Les corones du corona
- Par Didier Wouters
Pages 110 à 112
Citer cet article
- WOUTERS, Didier,
- Wouters, Didier.
- Wouters, D.
https://doi.org/10.3917/graph.070.0110
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- Wouters, Didier.
- WOUTERS, Didier,
https://doi.org/10.3917/graph.070.0110
1C’est qu’il en faut pour braver le monde des humains. Même pas peur : il a commencé par un gros morceau : la Chine, et il l’a mise à genoux avant de s’attaquer au reste du monde
215 mars : Depuis quinze jours la speakerine du JT égrène consciencieusement des chiffres de bataille navale dans un rapport troublant touchés/coulés, invitant chacun à calculer avec autant d’angoisse que de soulagement le taux létal de la bestiole. Jusqu’à jeudi la référence c’était la grippe, une bonne grippe un peu sévère, mais bon, on en avait vu d’autres. Mais, jeudi : c’est déjà très loin. Depuis, les bourses (les autres) ont dévissé, les écoles ont fermé,… puis les lieux de convivialité et de culture : on se confine tout déconfit… mais on vote et on rompt l’isolement dans l’isoloir.
320 mars : c’est le printemps. Mon regard traverse la baie vitrée. Le cycle de la vie que je connais et qui me rassure est bien à l’heure, et le jardin fait vert de tout bois. Mais dans le silence de la vie sociale en suspens, le chant des oiseaux a pris un relief inhabituel et inquiétant : trop fort, assourdissant, et j’ai presque envie de baisser le volume : vos gueules les mouettes !
4Mardi dernier, au deuxième jour du confinement, je me suis fait beau et je me suis aventuré, muni de mon ausweis, faire le tour du pâté de maison. A trente mètres, une voisine qui taillait ses rosiers m’a apostrophé : « Bonjour, c’est vraiment particulier cette situation : on ne peut plus se parler que de loin ». J’ai cru rêver : depuis cinq ans que j’habite le quartier, elle ne m’avait jamais adressé la parole ! Nous avons donc fait connaissance et j’ai plus appris de sa vie en cinq minutes qu’en cinq années d’indifférence.
5Depuis, ce surcroît de sollicitude augmente de façon exponentielle, plus vite que les atteintes virales. Il y en a que ça rassure. Moi ça m’inquiète plutôt ces effets secondaires du virus : c’est suspect tant d’amour : ça doit être très très grave ce qui se passe. Plus la distance physique s’impose, plus la proximité psychique s’expose : le coronamour a frappé.
6C’est d’autant plus inquiétant que l’excès a ses rapides contraires, que le revers de la médaille n’est jamais très loin, et que les solidarités autres que de façade sont fragiles. De là, à se haïr et à se battre pour un respirateur, si la situation se tend davantage …il y a sans doute moins d’une semaine en ces temps qui courent très vite.
7Vivement le retour à la normale et à un peu d’indifférence. Je veux qu’on m’oublie et pouvoir faire tranquillement un tour dans mon quartier sans qu’on me raconte sa vie.
8Revenons à la lecture : A l’heure du confinement, les articles qui suivent, et où se côtoient les questions des sdf et du logement, résonnent particulièrement...on n’est quand même plus proche des crécelles que des musettes…
9Bonne lecture.