Ars Antiqua. Music and Culture in Europe c. 1150–1330, éd. Gregorio Bevilacqua, Thomas B. Payne, Turnhout, Brepols, 2021 ; 1 vol., XVIII–318 p. (Speculum Musicae, 40). ISBN : 978-2-503-59099-8. Prix : € 110,00
- Par Manon Louviot
Pages 759zu à 839zu
Citer cet article
- LOUVIOT, Manon,
- Louviot, Manon.
- Louviot, M.
https://doi.org/10.3917/rma.283.0759zu
Citer cet article
- Louviot, M.
- Louviot, Manon.
- LOUVIOT, Manon,
https://doi.org/10.3917/rma.283.0759zu
1 Les onze contributions rassemblées dans cet ouvrage résultent d’une conférence organisée à Lucca (Italie) en 2018 et visent à refléter l’état de la recherche sur la production musicale dans la seconde moitié du xiie siècle jusqu’au début du xive siècle.
2 Plusieurs contributions s’intéressent au conduit, genre majeur de la période en question. À l’aide d’exemples musicaux et textuels soigneusement édités, G. Bevilacqua (The Production of Polyphonic Conductus Collections in Ars Antiqua Manuscripts, p. 1–33) illustre la nécessité de l’analyse paléographique comparée des collections de conduits polyphoniques dans l’identification des pratiques de copie au xiiie siècle. Dans Conductus sine musica. Some Thoughts on the Poetic Sources of Latin Songs (p. 205–226), A.Z. Rillon-Marne étudie les frontières floues entre poésie rythmée (rithmi) et conduits dans la mise en page de deux collections de conduits. L’A. suggère que l’absence de notation musicale reflète un mouvement possible vers une lecture silencieuse de la poésie, dont les traces sont de plus en plus visibles à la fin du xiiie siècle. T.B. Payne (Vetus abit littera. From the Old to the New Law in the Parisian Conductus, p. 164–204) analyse plus spécifiquement un ensemble de 25 conduits traitant du topos de la Loi mosaïque. Il révèle un contenu poétique et, dans une moindre mesure, musical, dense et complexe, qui reflète les cercles intellectuels sophistiqués dans lesquels ces compositions étaient appréciées.
3 Dans Texting Vocality. Musical and Material Poetics of the Voice in Medieval Latin Song (p. 35–72), M.C. Caldwell discute les interactions entre langue, sémantique et musique dans le répertoire des rithmi notés, soulignant que les paramètres poétiques et physiques de la voix étaient au cœur du processus de composition et ce, avant même que les compositions ne soient actualisées dans la performance.
4 J.L. Roth-Burnette (Mapping Melodic Composition. A Metadata Approach to Understanding the Creation of Parisian Organum Duplum, p. 227–72) analyse les constructions mélodiques des organa à l’aide de métadonnées isolant différents paramètres d’une mélodie. Cette approche permet de repérer des schémas de composition à une très large échelle tout ouvrant des questions méthodologiques sur la pertinence de ces outils pour la compréhension musicale des organa.
5 Dans Poetic and Melodic Recurrences in the Thirteenth-Century Refrain Repertoire (p. 75–96), A. Ibos-Augé interroge le rôle des récurrences dans les refrains médiévaux. Elle illustre un réseau complexe d’intertexualité poétique et mélodique qui traverse les genres (motets, chansons) et dont la fonction (sémantique, structurelle, thématique) reste ouverte.
6 L’analyse du traitement mélodique des syllabes dans la chanson Worldes blis effectuée par G. Newcombe révèle un schéma de répartition du texte et de la musique spécifique au répertoire anglais, offrant notamment de nouvelles possibilités d’interprétation aux ensembles actuels de musique ancienne (Britain’s Cleric Composers. Poetic Stress and Ornamentation in Worldes blis, p. 141–161). A. Williamson (Polyphonic Music in the British Isles c. 1300. Networks of Practice, p. 271–304) opte pour une perspective plus large de la polyphonie insulaire en démontrant que malgré l’aspect fragmentaire des sources, les concordances laissent penser que les îles Britanniques ont développé un répertoire musical indépendant et sans doute aussi large que celui de Notre-Dame de Paris.
7 Se concentrant sur l’Italie, N. Morandi (The « corpus » of Sequences for Saint Anthony of Padua: A Study of the Musical sources, p. 125–142) démontre le développement indépendant de traditions liées au culte de saint Antoine de Padoue, dont la mise en musique de textes en grande partie hagiographiques fait preuve d’une grande variété et créativité.
8 Enfin, deux contributions se démarquent par leur thème : s’écartant de l’analyse de pièces spécifiques, K. Inoue et M. Macinatti s’intéressent aux contextes, respectivement, théorique (Franco of Cologne, Ars cantus mensurabilis. Ligature, Notation and Mode », p. 97–112) et philosophique (L’auditio del pulchrum musicale in Tommaso d’Aquino e Bonaventura da Bagnoregio, p. 113–124) du répertoire de l’Ars antiqua. En se fondant sur une analyse comparée des exemples notés de six manuscrits de l’Ars cantus mensurabilis, Inoue postule que les copistes étaient peu familiers des innovations notationelles de Francon. Macinanti analyse l’utilisation du concept de « Beau » dans les écrits de saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, le second se distinguant par la légitimation assumée de l’utilisation de la musique dans la liturgie pour accéder à la connaissance de Dieu.
9 Contrairement à ce que le titre laisse penser, l’ouvrage se concentre sur une zone géographique assez restreinte (Italie, Angleterre, France, et surtout Paris). Sa richesse réside dans la diversité des perspectives adoptées, qui incluent aussi bien analyse textuelle, musicale et codicologique, que performance, théorie musicale et philosophie. Par ailleurs, on regrette le caractère individuel revêtu par ce collectif : les bibliographies ajoutées à la fin de chaque contribution créent des redondances, tandis que l’organisation des chapitres par ordre alphabétique du nom des auteurs peut rendre une lecture globale de l’ouvrage assez confuse. Il est alors laissé au lecteur le soin de tisser lui-même des liens, dont l’intérêt, certain, aurait mérité d’être souligné explicitement : outre les zones géographiques (par exemple, l’Angleterre) et les genres (en particulier le conduit), on pense notamment aux thèmes abordés (par exemple, celui de topos). Toutefois, ceci n’ôte en rien l’intérêt de chacune des onze contributions, qui, ensemble, offre un aperçu des questions centrales de la recherche actuelle sur l’Ars antiqua.
10 Manon Louviot