Die Konsumentenstadt. Konsumenten in der Stadt des Mittelalters, éd. Stephan Selzer, Vienne–Cologne–Weimar, Böhlau, 2018 ; 1 vol., 287 p. (Städteforschung. Veröffentlichungen des Instituts für vergleichende Städtegeschichte in Münster, sér. A, 98). ISBN : 978-3-412-50830-2. Prix : € 35,00
- Par Gisela Naegle
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- NAEGLE, Gisela,
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- Naegle, G.
https://doi.org/10.3917/rma.253.0651b
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1 Éditées par S. Selzer, les treize contributions de ce livre sont issues d’un colloque sur la « ville de consommateurs » (« Konsumentenstadt ») organisé à Munster en 2015. Il s’agit d’une juxtaposition d’art. consacrés à des questions méthodologiques et théoriques avec des études de cas sur différentes parties de l’Europe : Liège ; Verdun ; villes monastiques en Irlande ; des villes du Nord de l’Allemagne (dont Lunebourg), de la Rhénanie et de la Franconie ; la ville universitaire de Leipzig ; des villes de la région minière du « Erzgebirge » et Rome. Dans son art. introductif, S. Selzer discute les origines de la définition et l’évolution de l’emploi du concept de la « ville de consommateurs ». La notion de « Konsumentenstadt » (M. Weber) ou de « Konsumtionsstadt » (W. Sombart) renvoie au débat scientifique de la recherche germanophone du début du xxe siècle. À cette époque, M. Weber élabora sa définition célèbre en dialogue avec d’autres auteurs comme G. Schmoller, K. Bücher et W. Sombart. L’historiographie ultérieure l’entendit surtout dans le sens d’un « idéal-type » (« Idealtyp ») tandis que, dans la réalité, on trouverait davantage de formes mixtes. D’après l’É., l’objet d’enquête sont donc des villes médiévales obéissant aux critères suivants : l’absence d’une production importante de denrées destinées à l’exportation et de revenus conséquents issus d’activités commerciales ; une économie urbaine stimulée principalement par la consommation de personnes individuelles, d’institutions ou de groupes de consommateurs (p. 16). F. Lenger fournit une comparaison synthétique très éclairante des différentes approches théoriques et des nuances de définitions de la ville de consommateurs chez Sombart, Bücher et Weber, ainsi que de leur accueil par les médiévistes. Analysant l’emploi dans la ville antique, V. Grieb critique la thèse de M. Finley selon laquelle le grand consommateur qui, sans être producteur de denrées agricoles et sans participer au commerce, aurait vécu de ses rentes y aurait été la règle. Selon l’A., une telle situation serait plutôt une exception. L’importance réelle des revenus issus des rentes pour l’évolution des villes fait également débat parmi les médiévistes. F.G. Hirschmann présente les projets urbanistiques lancés par l’évêque Notger de Liège, par son élève Haymon de Verdun et par l’abbé Richard de Saint-Vanne pour les villes de Liège et de Verdun autour de l’an mil. Pour Liège, il souligne l’impact de l’idée d’imitatio Romae. G. Deutschländer discute la pertinence du concept de « ville d’abbaye » (« Abteistadt ») pour les villes irlandaises médiévales. Il reste sceptique et y voit plutôt une évolution qui aurait été vite interrompue. L’étude de S. Rabeler porte sur les conséquences économiques de la consommation dans les villes du Nord de l’Allemagne des xiie et xiiie siècles. À propos du cas d’Oldenstadt, qui fut abandonné au profit d’Uelzen, il décrit le transfert géographique d’une ville. Même pour Lübeck, il invite à repenser l’hypothèse de l’importance cruciale du commerce de longue distance (« Fernhandel ») pour l’évolution économique des villes médiévales. S’appuyant sur des registres de douanes des années 1445–1485, A. Esch dessine le portrait vivant d’une ville de consommateurs par excellence : la Rome médiévale avec son afflux de pèlerins, visiteurs, ambassadeurs, pétitionnaires et fonctionnaires de l’administration ecclésiastique. Dans ce contexte, il met en relief les conséquences de la présence ou de l’absence du pape (par exemple, sur l’évolution des loyers). La très intéressante contribution de J. Schneider examine les relations entre villes et nobles à l’occasion de grands tournois nobiliaires. L’A. montre les conséquences logistiques importantes de la présence temporaire de centaines de personnes en un endroit. Ces grandes fêtes accroissaient la demande en produits de luxe et en denrées alimentaires de base sur une durée très courte. K. Igel examine le rôle des institutions ecclésiastiques en tant que grandes consommatrices dans la ville d’Osnabrück et quelques autres. Utilisant des comptes, d’autres documents fiscaux et des doléances, E. Bünz et A. Sembdner ajoutent le cas fort instructif de la ville universitaire de Leipzig. Les relations entre l’Université et le gouvernement urbain furent parfois tendues. D’après les A., l’Université revêtit une fonction de catalyseur pour l’évolution économique, mais, à long terme, sa portée resta assez limitée. Cependant, le commerce et la production de livres, et l’invention de l’imprimerie auraient été des facteurs favorables de grande importance. U. Schirmer étudie l’approvisionnement alimentaire des villes de la région minière de l’Erzgebirge (1470–1547). Cette région montagneuse fut caractérisée par la présence de plusieurs centres urbains ainsi que celle d’environ 160 petites agglomérations minières. Recourant à plusieurs images d’objets qui y furent trouvés, E. Ring présente les résultats de fouilles archéologiques de Lunebourg (particulièrement des cloaques installés depuis le xive siècle, mais dans lesquelles la plupart des pièces trouvées s’étalent entre le xvie et le xviiie siècle). La dernière contribution du volume, celle de G. Gleba, dresse un bilan des différentes méthodes d’exploitation d’un type particulier de sources : les livres de comptes médiévaux (« Rechnungsbücher »). Dans l’ensemble, ce volume offre des bilans et des réflexions bienvenus sur les méthodes et les concepts en histoire économique des villes médiévales. Les études de cas présentent une variété d’exemples d’horizons très divers. Il invite ainsi à repenser une notion bien établie du bagage théorique de l’historiographie urbaine.
2 Gisela Naegle