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Compte rendu

Orbis disciplinae. Hommages en l’honneur de Patrick Gautier Dalché, éd. Nathalie Bouloux, Anca Dan, Georges Tolias, Turnhout, Brepols, 2017 ; 1 vol., 841 p. ISBN : 978-2-503-56705-1. Prix : € 127,36.

Page XI

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  • De Craecker-Dussart, C.
(2018). Orbis disciplinae. Hommages en l’honneur de Patrick Gautier Dalché, éd. Nathalie Bouloux, Anca Dan, Georges Tolias, Turnhout, Brepols, 2017 ; 1 vol., 841 p. ISBN : 978-2-503-56705-1. Prix : € 127,36. Le Moyen Age, Tome CXXIV(3), XI-XI. https://doi.org/10.3917/rma.243.0733k.

  • De Craecker-Dussart, Christiane.
« Orbis disciplinae. Hommages en l’honneur de Patrick Gautier Dalché, éd. Nathalie Bouloux, Anca Dan, Georges Tolias, Turnhout, Brepols, 2017 ; 1 vol., 841 p. ISBN : 978-2-503-56705-1. Prix : € 127,36. ». Le Moyen Age, 2018/3 Tome CXXIV, 2018. p.XI-XI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2018-3-page-XI?lang=fr.

  • DE CRAECKER-DUSSART, Christiane,
2018. Orbis disciplinae. Hommages en l’honneur de Patrick Gautier Dalché, éd. Nathalie Bouloux, Anca Dan, Georges Tolias, Turnhout, Brepols, 2017 ; 1 vol., 841 p. ISBN : 978-2-503-56705-1. Prix : € 127,36. Le Moyen Age, 2018/3 Tome CXXIV, p.XI-XI. DOI : 10.3917/rma.243.0733k. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2018-3-page-XI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.243.0733k


1 Voici un bel ouvrage dédié à P. Gautier Dalché à l’occasion de son admission à l’éméritat au CNRS et à l’École pratique des hautes études (EPHE), Sorbonne. Élèves, collègues et amis lui rendent hommage dans 36 contributions touchant de près ou de loin à ses thèmes de prédilection : les connaissances géographiques et les représentations textuelles et cartographiques de l’espace de l’Antiquité tardive au xvie siècle, que l’on retrouve dans la liste impressionnante de ses publications.

2 Dans la première part., Espaces sacrés, F. Bougard considère la représentation de l’espace à travers un petit objet circulaire pouvant être une hostie ou le monde, tenu entre deux doigts et présent sur de nombreux mss religieux du ixe au xiie siècle. Il opte plutôt pour la seconde solution. D. Poirel étudie l’Alter Mundus de Hugues de Saint-Victor, qui n’amène pas la dépréciation de l’ici-bas, où la raison humaine ordonne avec sagesse, pérennise et unifie autour du Christ. B. Obrist nous éclaire sur l’introduction de l’enfer dans la cosmographie médiévale. Tandis que J.P. Rothschild donne un aperçu de la place qu’occupent le monde et la Terre sainte dans la littérature hébraïque plus admirative des questions scientifiques que désireuse de les comprendre. Les Mappae Mundi sont des représentations géographiques à lire de différentes manières, comme le fait remarquer F. Schmieder : certaines données sont réalistes (mers, rivières, côtes, etc.), d’autres symboliques, allégoriques ou morales. M. Kupfer étudie la vision cosmique de saint Benoît relatée par Grégoire le Grand et se demande pourquoi des cartes en TO se retrouvent sur les représentations picturales de cette scène. À la fin du Moyen Âge, les franciscains jouent un rôle important auprès des pèlerins partis vers la Terre sainte en décrivant les lieux saints. M. Campopiano étudie ces textes dressant des listes de lieux et donnant de véritables descriptions topographiques, avec mention des distances. Il est question aussi de représenter les lieux saints de Jérusalem pour permettre un pèlerinage « virtuel » sous différentes formes : architecturales, sculpturales, figuratives et textuelles. M. Hoogvliet y voit une motivation pour le développement de techniques de mesures ; par exemple, l’horloge mécanique mesurant le temps religieux. C. Delano-Smith passe au crible les mss des commentaires de la Bible de Nicolas de Lyre (1323–1332). Comme aucun n’est de sa main, elle se demande dans quelle mesure les dessins, diagrammes, plans et cartes sont fidèles à ses intentions.

3 En deuxième part., Images du monde, D. Marcotte s’intéresse à Orose ayant contribué au début du ve siècle à la fortune de la représentation schématique de la Terre en TO, même si elle n’apparaît pas directement chez lui, mais seulement aux viiieixe siècles, via Isidore de Séville. F. Prontera s’intéresse aux chaînes du Caucase et des monts Taurus, dont il étudie l’évolution des représentations dans les images du monde : celles-ci conservent certains contours de la carte antique, avant de connaître des modifications dictées par les conceptions, les connaissances et les goûts de la civilisation médiévale. C. Deluz traite de la perception de l’espace dans la géographie médiévale occidentale. Le monde est clos, compris en entier dans la sphère du ciel, le cosmos, dont la Terre est le centre. Mais il est aussi ouvert au désir de la découverte, les océans comme les continents pouvant être sillonnés.

4 Dans la troisième part., intitulée Lieux, R. Seignobos parle du Nil. Au Moyen Âge, subsiste l’hypothèse, notamment transmise par Orose, d’une origine occidentale du Nil, près de l’Atlas. Cette idée est ancrée dans l’Occident chrétien au point que le modèle ptoléméen, selon lequel le fleuve prendrait sa source dans les « Monts de la Lune » au sud de l’équateur, ne parvient pas à l’oblitérer. Ce qui n’est pas le cas dans le monde arabe. C. Zedda et R. Pinna étudient la place de la Sardaigne en Méditerranée, revenant sur la thèse de Fernand Braudel qui la considérait comme très isolée et marginale. Enfin, P. Fermon nous mène à Saint-Omer, riche de représentations, parmi lesquelles le rouleau bien connu du cours de l’Aa (milieu du xve siècle) avec une vue cavalière.

5 La quatrième part., Itinéraires, nous amène au voyage, non par des cartes ou des plans, mais par des textes. S. Sato étudie la raison du voyage de Childéric Ier, père de Clovis, vers le territoire habité par les Thuringiens, difficile à localiser à une époque de migrations. N. Lozovsky s’intéresse à la représentation de l’espace géographique via les auteurs des vies du fondateur de l’abbaye de Saint-Gall. Au Moyen Âge, la Manche est importante dans l’espace économique et même un passage obligé pour approvisionner les Îles britanniques, attisant les convoitises et favorisant la piraterie. M. Arnoux explique les raisons de la capture en 1316 (en période de grande famine) par l’amiral du roi de France, à Sandwich, d’un navire génois chargé de céréales. Il édite deux documents éclairants : une lettre du roi d’Angleterre en réaction à ce méfait et une enquête sur les dommages subis. C. Gadrat-Ouerfelli analyse une lettre du franciscain Jean de Montecorvin, écrite en Inde vers 1292 lors de son voyage vers l’Extrême-Orient. Son contenu – observations astronomiques et climatiques, description de l’Inde et notes sur la navigation dans l’océan Indien – laisse entendre qu’elle pouvait aider les futurs voyageurs. V. Resende mesure la diffusion du Livro de Marco Paulo, édition portugaise parue en 1502.

6 Dans la dernière part., Transmission, A. Dan revient sur la remise en question de la perte du savoir antique. Priscien de Lydie (vie siècle) et ses Solutiones ad Chosroem l’amènent à revoir les scénarios simplistes d’une importation directe des savoirs grecs à Bagdad ou d’un oubli subit du grec en Occident. La route des transferts de savoirs Alexandrie–Antioche–Bagdad croiserait celle de l’Occident chrétien Athènes–Constantinople–Paris. Pour être approfondi, ce sujet nécessitera beaucoup d’éditions et d’études de textes mineurs, ce qui devrait plaire à P. Gautier Dalché. J.P. Boudet étudie le Centiloquium, recueil de 100 aphorismes astrologiques faussement attribués à Ptolémée et dont l’origine reste obscure. Il part d’une version arabe (un texte initial en grec aurait existé), qui aurait servi à six traductions en latin antérieures à 1250. I. Ventura s’attarde sur un lexique pharmaceutique écrit à Salerne au xiie siècle. Ce fut un véritable « best-seller », non par le nombre de mss mais par la forme, la structure et les caractéristiques de l’ouvrage : simple, accessible et utilisable. L’A. donne l’exemple de la notice sur l’absinthe. J.C. Ducène, spécialiste des textes arabes, détecte les sources d’un ouvrage géographique du xiiie siècle dû à Ibn Sa’ïd al-Maġribï, notamment une carte de l’œkoumène, non identifiée mais apparemment détaillée, avec toponymes, chaînes de montagnes, cours des rivières, forme des côtes et certaines coordonnées. Simon de Plumetot (1371–1443), officier royal normand, laissa des notes géographiques sur la Guerre des Gaules de Jules César et la Géographie de Ptolémée. N. Bouloux nous informe par ce biais sur la réception des textes antiques au xve siècle : Plumetot illustre la passion des savants français pour l’histoire du royaume. A. Hiatt assimile l’heptarchie anglo-saxonne à un exemple précoce de construction d’une topographie du passé. Ce concept, selon lequel les sept royaumes antérieurs à la conquête normande coexistaient d’une manière stable, a été inventé au xiie siècle, puis représenté par des diagrammes au siècle suivant, notamment dans les écrits de Matthieu Paris. Peut-on en conclure que la géographie historique existait alors ? Pas vraiment, même si la conjonction de la topographie et de l’histoire était plus rigoureuse et plus avancée qu’on ne le croit souvent. A. Cattaneo rappelle que Fra Mauro était de son vivant considéré comme un cosmographus incomparabilis. Pourtant, très vite après sa mort (ca 1466), il est oublié. Ce n’est que trois siècles plus tard qu’il est reconsidéré comme le véritable auteur de la Mappamundi appelée jusque-là « mappemonde de Saint-Michel ». La contribution de E. Vagnon présente un ms. d’une grande qualité esthétique et pourtant négligé jusqu’en 2009 : un recueil anonyme d’instructions nautiques écrit en français au début du xvie siècle, peut-être inspiré d’un portulan médiéval et d’un texte de Buondelmonti (xve siècle).

7 La lecture de cet ouvrage imposant et beau à la fois permet de constater la variété des contributions et leur inscription dans la perspective chère à P. Gautier Dalché : la perception de l’espace géographique. Elles traitent de représentations spatiales sous différentes formes : textes, cartes, œuvres d’art, manuscrits illustrés, etc. Soulignons une typographie particulièrement soignée et de nombreuses illustrations de qualité. Les textes sont en français, anglais, allemand et italien, avec résumés en anglais. Suivent la biographie des contributeurs, la liste des illustrations, un index des mss classés par lieu de conservation et un index des noms propres. La plupart des textes se signalent par des argumentations au plus près des sources et un développement clair de thèses. Certains mettent en valeur des sources non éditées jusqu’ici, parfois mises en annexe. Au total, une palette fascinante des thèmes de recherche de P. Gautier Dalché.

8 Christiane De Craecker-Dussart


Date de mise en ligne : 15/11/2019

https://doi.org/10.3917/rma.243.0733k