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Article de revue

Des cathédrales sans sépulture canoniale (1200–1500) : le cas de Chartres et de quelques autres

Pages 581 à 614

Citer cet article


  • Jourd’heuil, J.-V.
(2018). Des cathédrales sans sépulture canoniale (1200–1500) : le cas de Chartres et de quelques autres. Le Moyen Age, Tome CXXIV(3), 581-614. https://doi.org/10.3917/rma.243.0581.

  • Jourd’heuil, Jean-Vincent.
« Des cathédrales sans sépulture canoniale (1200–1500) : le cas de Chartres et de quelques autres ». Le Moyen Age, 2018/3 Tome CXXIV, 2018. p.581-614. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2018-3-page-581?lang=fr.

  • JOURD’HEUIL, Jean-Vincent,
2018. Des cathédrales sans sépulture canoniale (1200–1500) : le cas de Chartres et de quelques autres. Le Moyen Age, 2018/3 Tome CXXIV, p.581-614. DOI : 10.3917/rma.243.0581. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2018-3-page-581?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.243.0581


Notes

  • [1]
    Les dates de mort des chanoines, avec une marge d’erreur d’une ou deux années, sont établies en fonction des sources de première main, et à défaut, dépendent de l’étude couvrant les années 1350–1500 menée par le regretté P. Desportes pour le volume chartrain inédit des Fasti Ecclesiæ Gallicanæ. La date des testaments est indiquée entre parenthèses, car elle peut précéder de plusieurs années celle de la mort du disposant. Sont exclus du corpus de cette étude les chanoines de Chartres qui étaient aussi à leur mort cardinal ou évêque : ceux-ci n’auraient été cités que s’ils avaient demandé ou obtenu une tombe à Chartres.
  • [2]
     En 1300, le chapitre déclara avoir 69 canonicats, cinq des dix-sept dignitaires avaient double prébende, 60 chanoines une prébende chacun et quatre autres une demi-prébende chacun. Ces prébendes et dignités, à l’exclusion du décanat, étaient à la collation de l’évêque. Divers établissements et offices, outre le chapitre en communauté, se partageaient dix-sept autres prébendes (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, éd. E. de Lépinois, L. Merlet, t. 2, Chartres, 1863, p. 279). Une sorte de gesta episcoporum, appelée à Chartres la « vieille chronique » et qui fut rédigée dans sa première version entre 1389–1400 et 1422, établit un rapport entre le nombre des chanoines et celui des 72 disciples envoyés en mission par le Christ (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 1, 1862, p. 47). En 1476, le chapitre déclara 72 canonicats et dix-sept dignités (Chartres, Archives départementales d’Eure-et-Loire [= ADEL], G 893).
  • [3]
     Nous avons déjà indiqué l’absence de sépulture dans la cathédrale de Chartres (J.V. Jourd’heuil, La cathédrale est-elle un lieu de prestige pour les sépultures épiscopales ? Étude des sièges entre Loire et Meuse du xie au xve siècle, Inhumations de prestige ou prestige de l’inhumation ? Expressions du pouvoir dans l’au-delà (ivexve siècles), éd. A. Alduc-Le Bagousse, Caen, 2009, p. 243–264), tandis que cette particularité est absente du monumental Chartres, éd. M. Pansard, Strasbourg, 2013, qui traite rapidement des chanoines et des évêques médiévaux. Sans le justifier, l’archéologue C. Ben Kaddour, Chartres et sa proche campagne au haut Moyen Âge (fin ve–fin xe siècle). Topographie urbaine et péri-urbaine, analyse de structures et étude du mobilier : premier bilan, Revue archéologique du Centre de la France, t. 53, 2014 [en ligne], § 44. URL : https://journals.openedition.org/racf/2104, dit que la cathédrale n’accueillait pas de sépulture jusqu’au xvie siècle.
  • [4]
     A. Ollagnier, D. Joly, Carte archéologique de la Gaule,t. 28, L’Eure-et-Loir, Paris, 1994, p. 172.
  • [5]
     Quelques 600 fragments, échappés du sinistre, sont en cours d’étude par l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, de Paris (communication d’I. Bretthauer et C. Rabel). L. Amiet, qui a lu les registres des délibérations, n’évoque jamais les sépultures des chanoines dans son Essai sur l’organisation du chapitre cathédral de Chartres (du xie au xviiie siècle), Chartres, 1922. Le chanoine de Chartres Jean-Baptiste Souchet († 1654) rédigea une histoire en citant régulièrement ces registres (Histoire du diocèse et de la ville de Chartres, 4 vol., Chartres, 1866–1873). L’éditeur du manuscrit a indiqué en note les folios des registres concernés : il n’est presque jamais question de sépulture.
  • [6]
     Obituaires de la province de Sens, t. 2, Diocèse de Chartres, éd. A. Molinier, Paris, 1906 ; J.L. Lemaitre, Répertoire des documents nécrologiques français, t. 1, Paris, 1980, p. 461–495.
  • [7]
     L’année de sa mort en 1297, le chanoine de Chartres Jean de Rochefort testa à Langres en élisant sépulture dans le cloître de la cathédrale langroise ou au chœur des franciscains de Chartres. Ce doyen de Langres et fils du vicomte de Chartres eut finalement sa sépulture au lieu désigné à Chartres, devant le maître-autel près de parents laïques, en un endroit privilégié qu’il ne pouvait espérer dans une cathédrale (Chamarandes-Choignes, Archives départementales de la Haute-Marne, 2 G 103).
  • [8]
     Un inventaire des testaments de clercs et de laïcs dressé par un archiviste du chapitre vers 1780, commence par un testament de 1286, mais il est partiel, puisqu’il ne compte que deux pièces pour le xive siècle (Chartres, ADEL, G 140). L’obituaire de la cathédrale mentionne en revanche que le chapitre reçut déjà des biens des exécuteurs testamentaires du chanoine Matthieu de Thymerais († 1245), de l’archidiacre de Blois Guismond († entre 1246 et 1259) et du chancelier Constantin († 1250), que les chanoines Yves de Verdelio († vers 1255) et Simon de Montlhéry († vers 1292) firent des legs in testamento suo, que le chancelier Pierre des Champs († vers 1256) testamentumfecit, etc. (Obituaires de la province de Sens, t. 2,p. 66, 85, 94, 96, 98, 101).
  • [9]
     Le sous-chantre Renaud de Fessard (1270) demandait par testament l’abbatiale augustine Saint-Chéron dans la banlieue de Chartres. (Chartres, ADEL, H 2823).
  • [10]
     L’obituaire de la cathédrale mentionne souvent qu’un chanoine moriens legavit.
  • [11]
     La dalle du chanoine Simon de Bérou († vers 1220) se trouve dans la chapelle axiale de l’abbatiale.
  • [12]
     L’épitaphe de la dalle conservée dans l’hôpital de Bonneval indique que Nicolas de Frécot, archidiacre du Dunois, repose à côté de son frère, également archidiacre. De fait, fils du chevalier Gautier de Frécot (Obituaires de la province de Sens, t. 2,p. 40, 99), Jean († 1226) était à sa mort diacre et archidiacre de Blois. L’abbaye se situait près du fief duquel cette famille tirait son nom.
  • [13]
     Les chanoines Étienne et Gui de la Couture, morts probablement au xiiie siècle, furent inhumés au cloître dans l’habit franciscain, le chanoine Henri du Cloître († 1235) au cloître, l’archidiacre de Blois Guismond († entre 1246 et 1259), amicus et benefactor fratrum, au chapitre, l’archidiacre de Dunois Manassès de Garlande († 1260) au chœur. Les chanoines Gérard Colonna († 1275) et Guillaume Néron († 1276) furent ensevelis au chapitre, le chanoine Pierre des Touches († 1280) au cloître, l’archidiacre de Dunois Robert des Ursins († 1287) au chœur, le chanoine Eudes de Mustonaria († 1297) devant la porte du chapitre, le chanoine Jean de Rochefort († 1298), amicus fratrum specialissimus et fils du vicomte de Chartres, à gauche du maître-autel près de sa mère Agnès du Puiset († 1294).
  • [14]
     Il s’y trouvait aussi les évêques Hugues de La Ferté († 1236), ancien doyen, Henri de Grez († 1246), ancien archidiacre de Blois, Matthieu des Champs († 1259), ancien sous-doyen, Pierre de Minci († 1276), ancien doyen. L’obit de ce dernier précise que le pontife fut enterré devant le maître-autel près de ses oncles, Henri et Étienne de Grez (Ibid. p. 53). Celui d’Henri précise que, mort à Meulan aux confins septentrionaux de son diocèse, il a été transféré « devant l’autel St-Jacques près d’Étienne son frère, ancien doyen de cette église, afin qu’il ait une sépulture contiguë : hec est enim vera fraternitas, ut quos fraterna dilectio in vita conjunxit, post vitam etiam locorum distancia non distingat » (Ibid., p. 110).
  • [15]
     L’épitaphe indique que les effigies sont celles de deux frères ayant été archidiacre. J. Adhémar, collab. G. Dordor, Les tombeaux de la collection Gaignières : dessins d'archéologie du xviie siècle, Gazette des Beaux-Arts, t. 84, 1974, p. 40, no 180.
  • [16]
     Le chancelier Constantin († 1250) y fut enterré (Obituaires de la province de Sens,p. 85). Yves de Chartres, premier abbé augustin de Saint-Quentin de Beauvais, l’avait précédé en un lieu qui connut des prises d’habit de chanoines de la cathédrale à la fin du xie siècle et au xiie siècle, soit ad succurendum, soit par l’effet d’une conversion en pleine santé (Ibid., p. 5, 68, 230, 231, 233). Il est pour ainsi dire certain – et méconnu – que l’évêque voulut régulariser le chapitre cathédral et qu’il dut se contenter, dans un second temps, d’installer des chanoines réguliers dans une ancienne église abandonnée des faubourgs.
  • [17]
     Chartres, Bibliothèque Municipale, ms. 1058, éd. Y. Delaporte, L’ordinaire chartrain du xiiie siècle publié d’après le manuscrit original, Chartres, 1953.
  • [18]
     Ibid., p. 195.
  • [19]
     J.V. Jourd’heuil, La mort et la sépulture des évêques des provinces ecclésiastiques de Lyon, Reims, Rouen et Sens du xie au xve siècle, t. 1, Thèse de doctorat en Histoire, Université de Bourgogne, 2010, p. 274.Les évêques sont rejoints dans la tombe par l’archevêque de Rouen Robert de Normandie en 1037, frère d’une comtesse de Chartres, et des membres de cette famille au xie siècle. L’archevêque de Dol Gilduin mourut dans le Chartrain en 1077, avant d’être transporté chez les bénédictins de Chartres. Son corps fut élevé en 1165 en même temps qu’une Vita fut rédigée : un culte naquit autour de ce corps. Un évêque de Dol, Clément de Vitré, mort vers 1243, le rejoignit dans l’abbatiale sans qu’on puisse l’expliquer. Le chanoine de la cathédrale Guillaume Pullus y prit l’habit vers 1110 (Cartulaire de l’abbaye de Saint-Père de Chartres, éd. B. Guérard, Paris, 1840, p. 341).
  • [20]
     L’aumusse ne fait pas partie des attributs pour représenter un chanoine dans la première moitié du xiiie siècle (C. Lautier, The canons of Chartres : their patronage and representation in the stained glass of the cathedral, Patronage. Power and agency in medieval art, éd. C. Hourihane, Princeton, 2013, p. 99–118).
  • [21]
     Pour V. Tabbagh, La cathédrale, un bien commun ?, Saint-Étienne d’Auxerre, la seconde vie d’une cathédrale, éd. C. Sapin, Paris, 2011, p. 28, « le milieu canonial auxerrois semble indifférent à une mémoire individuée que pérenniseraient des tombeaux et des images ».
  • [22]
     L’archidiacre du Dunois Philippe de Lévis (vers 1200) (Obituaires de la province de Sens, p. 253) y fut enseveli. Il a rejoint les six évêques morts en charge entre 1149 et 1217 (Jourd’heuil, La mort et la sépulture des évêques, t. 2, p. 123).
  • [23]
     Jean de Sarney se fit dominicain au milieu du xiiie siècle (Obituaires de la province de Sens, p. 100). Dans la seconde moitié du xiiie siècle, Jean de Saint-Sauveur, chanoine diacre, volens in paupertate mori, prebendam suam resignavit et apud Sanctum Karaunum (Saint-Chéron) habitu religionis illius sumpto migravit ad Dominum (Ibid., p. 48) : combien de jours séparèrent la résignation de la prébende, la prise d’habit et la mort ?
  • [24]
     Entre 1405 et 1407, le chapitre donne quittance à un tailleur de pierre pour le tombeau du chanoine Gérard Grandin chez les chanoines réguliers de Bourgmoyen à Blois (Chartres, ADEL, G 163).
  • [25]
     Les évêques dormaient la veille de leur première entrée à Saint-Martin-en-Val, collégiale devenue vers 1128 prieuré de Marmoutier (J.V. Jourd’heuil, Fiche de la collégiale Saint-Martin de Chartres, Base des collégiales séculières de France (816-1563) [en ligne], version du 5/5/2019).
  • [26]
     Le chanoine prêtre Jean Poillecoq († 1415), natif du diocèse de Chartres, reposait au chœur ut apparet in tumba (Obituaires de la province de Sens,p. 127).
  • [27]
     Le chambrier Renaud de Moulins († 1412) reposait au chœur (C. Métais, Pièces détachées pour servir à l’histoire du diocèse de Chartres, t. 1, Chartres, 1899, p. 31). Le chanoine Jacques de Templeuve (1434) élut sépulture devant la statue de la Vierge s’il mourait à Chartres (Chartres, ADEL, G 1468), le chanoine Étienne Mailly (1457) au chœur (Ibid., G 1468), le chanoine Jean Sorel (1480) et doyen de Saint-André devant la porte d’entrée du chœur où gisaient ses parents (Ibid.,G 1469).
  • [28]
     Le sous-chantre Jean de Chantemerle (1344) demandait la chapelle fondée par un chambrier du chapitre à Saint-Jean-en-Vallée ou une église paroissiale (Ibid., G 1462), comme le doyen Philippe de Talaru (1365 et 1379) voulut, s’il mourait à Chartres, une tombe près du maître-autel à l’opposé de la tombe du doyen Bernard Hugues de Cardaillac († 1357) (Ibid., G 1463).
  • [29]
     Le doyen Raoul de Chevry († 1334) y fut enterré, le chanoine Jean de Moulins-Neufs (1387) voulait être près du chanoine Étienne Roger († 1383) (Ibid.,G 1463), le prévôt d’Ingré dans l’Église de Chartres, Charles d’Illiers (1514) voulait rejoindre les entrailles de son frère, chancelier du chapitre, Florent d’Illiers († 1493) au chœur (Ibid., G 1471). M. Négri, Les Mendiants et la mort en milieu chartrain à l’époque médiévale, Bulletin de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, t. 91, 2007, p. 1–3 ; Id., Les sépultures médiévales des deux couvents mendiants chartrains, Bulletin de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, t. 92, 2007, p. 11–54.
  • [30]
     L’ancien sous-doyen de Chartres devenu évêque de Chartres, Jean de Garlande, rejoignit en 1315 son oncle archidiacre Manassès de Garlande déjà évoqué. L’archidiacre de Dunois Geoffroi de Jaigniaco († 1316) fut enseveli au chœur, le chanoine Guillaume Floiardi († 1323) en habit franciscain au chapitre, le chanoine Geoffroi de Fouchiz († 1324) et le chanoine Guillaume Rongart († 1327) en habit franciscain au chœur, le chanoine Gargan († 1329) au cloître, le chanoine Nicolas de Braye († 1338) au chœur, le chanoine Pierre de Luato († 1407), amicus et benefactor fratrum specialis et notabilis, au cloître, le chanoine Jean Mégret († 1456) dans la nef (Obituaires de la province de Sens, p. 316–323, 326–328, 332, 336, 338, 340, 341). Le chancelier Jean Baudaille (1433) avait élu sépulture dans ce couvent (Chartres, ADEL, G 1468). D’autres chanoines dont la mort est impossible à préciser sont encore concernés. En 1359, Innocent VI avait autorisé les franciscains à reconstruire leur couvent après leur transfert à cause des guerres (Ibid., H 4171). L’évêque de Chartres Philippe de Boisgilloud († 1418), ancien chanoine de Chartres, fut aussi déposé en ce lieu.
  • [31]
     Le sous-chantre Jean Portier (1457) voulait reposer près de la tombe de sa mère, dans l’église Saint-Martin-le-Viandier de Chartres dans laquelle il avait reçu le baptême (Ibid., G 1468), le chanoine de la cathédrale et de Saint-André, curé de Saint-Prest (dioc. Chartres) Jean Quatregrains (1456) élut sépulture dans la même église, près de Jean Fillon dit de Chartres († après 1417), chanoine de la cathédrale, et du maître-autel (Ibid., G 1468).
  • [32]
     Le chanoine Guillaume de Saint-Bénigne (1417) souhaita reposer devant l’autel Sainte-Catherine de Sainte-Foy (Ibid., G 1466), le chanoine Jacques Charpentier (1419) (Ibid., G 1466) et le sous-doyen Jean Biseul (1463) désignèrent le chœur (Ibid., G 1469).
  • [33]
     Le doyen Philippe de Talaru (1365) désigna la chapelle Saint-Étienne si les guerres l’empêchaient d’être inhumé à Saint-Jean-en-Vallée (Ibid., G 1463). Le chanoine Jacques Hodierne († 1469) y avait élu sépulture, mais en fut empêché par l’évêque et l’abbé de Saint-Jean-en-Vallée (Ibid., G 624).
  • [34]
     Jean Pourrette (1417), chanoine et maître de la maison-Dieu de Nogent-le-Rotrou (dioc. Chartres), curé de Gambes (dioc. Chartres), élut sépulture dans la chapelle de l’Aumône s’il mourait à Chartres, sinon dans l’église de Gambes ou au cimetière de sa maison-Dieu avec les pauvres (Ibid., G 1466).
  • [35]
     L’archidiacre de Dreux Pierre Beschebien († 1496) y reposait (Adhémar, Dordo, Les tombeaux de la collection Gaignières, Gazette des Beaux-Arts, t. 88, 1976, p. 43, no 1327).
  • [36]
     Le chèvecier Louis Voisin (1314) y est enterré (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 2, p. 233, n. 2), le chèvecier Guillaume Vallée (1475) désigna l’espace entre les stalles (Chartres, ADEL, G 1469). Le chanoine Jean Legay († 1505) y fut inhumé. Selon P. Desportes, Legay est un parent des Illiers : l’évêque de Chartres René d’Illiers († 1507), ancien archidiacre de Pincerais à Chartres, y fut aussi enseveli (Obituaires de la province de Sens, p. 334), ainsi que son prédécesseur sur le siège, Pierre Beschebien († 1459), ancien prévôt de Normandie à Chartres.
  • [37]
     En 1326, le pape demanda à l’évêque de Paris d’absoudre ceux qui avaient été excommuniés pour avoir enlevé les viscères du chanoine de Chartres Philippe de Messana. Ceux-ci avaient été enterrés dans le cimetière de l’église Saint-Benoît de Paris, pour que le corps soit transporté dans la collégiale Saint-Sauveur de Blois ainsi que l’avait demandé le testament (Jean xxii, Lettres communes, éd. G. Mollat, t. 6, Paris, 1912, p. 380, no 27152).
  • [38]
     R. Merlet, Les architectes de la cathédrale de Chartres et la construction de la chapelle Saint-Piat au xive siècle, Bulletin Monumental, t. 70, 1906, p. 223, qui a lu les registres des délibérations, pense que la salle capitulaire fut bâtie à l’emplacement de l’ancienne.
  • [39]
     Piat est un martyr vénéré in corpore à Chartres, perçu tantôt comme évangélisateur du Chartrain, tantôt comme celui du Tournaisis en le confondant avec son homonyme de Tournai pour lequel Fulbert de Chartres avait rédigé un hymne.
  • [40]
     Chartres, ADEL, G 544.
  • [41]
     Obituaires de la province de Sens, p. 162. Le cardinal avait déjà mis en dépôt 5 000 florins dans les mains du chapitre (Chartres, ADEL, G 544).
  • [42]
     Le vidame de Chartres prêtait hommage pour cet office à chaque nouvel évêque. Guillaume était aussi seigneur de Meslay (1331–1375) dans le Vendômois. Sans postérité, il transmit la vidamie à sa sœur Jeanne, mariée vers 1380 à Robert de Vendôme, seigneur de La Chartre-sur-le-Loir, à l’ouest de Vendôme, d’une branche cadette de la célèbre maison comtale. On ne sait où ils ont été inhumés, mais le vidame testant en 1363 élut sépulture à Saint-Jean-en-Vallée (Cartulaire de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres, éd. R. Merlet, Chartres, 1906, p. 227).
  • [43]
     Chartres, ADEL, G 682 (copie). Merlet, Les architectes, p. 227–228, a transcrit partie de l’acte d’après le registre des délibérations : fiantque inibi capella, oratoria, cimiterium pro sepelliendis canonicis Carnotensibus in futurum. À la fin du xve siècle, des maisons se situaient in claustro ante capellam novam Sancti Piati (Obituaires de la province de Sens, p. 137).
  • [44]
     Le cimetière des chanoines, habitués et officiers de la cathédrale fut béni le 27 juillet 1359 par l’évêque de « Rosmen » (Russionensis), dominicain du couvent de Chartres, évêque auxiliaire de l’évêque Louis de Vaucemain (Souchet, Histoire, t. 1, p. 208). L’ouverture du cimetière à d’autres personnes que les chanoines est-elle une relecture de Souchet ou une juste transcription de sa part ? Le cimetière avait-il quelque succès puisqu’en mai 1416, le chapitre donna seize livres à un charpentier pour avoir évacué des terres que erant in cimiterio juxta capitulum (Chartres, ADEL, G 166, registre des contrats reçus par le chapitre de Chartres, 1416–1417, fol. 5v) ? En même temps, le même homme reçut 67 sous pour avoir enlevé de la terre près de la chapelle Saint-Nicolas au nord de la cathédrale. L’inventaire-sommaire des archives mentionne un cimetière « Saint-Jérôme », or le vocable est absent de la source. Peut-on penser que le bas-chœur de la cathédrale y était aussi admis ? L’évêque René d’Illiers dédicaça l’oratoire à saint Jérôme, le jour de sa fête en 1501 (Souchet, Histoire, t. 3, p. 454). Le chanoine Galard Gourdain († 1504) élut sépulture dans la chapelle Saint-Jérôme qui est ou cimetyère de l’esglise de Chartres (Chartres, ADEL, G 1471). Selon l’obit du chanoine prêtre François Baudry († 1509), celui-ci édifia oratorium sancti Hieronymi in cemeterio capituli […] ibidem moriens tumulari voluit (Obituaires de la province de Sens, p. 170). Soit l’oratoire n’a pas été élevé comme il avait été statué en 1358, soit celui de 1501 en remplaça un autre.
  • [45]
     Une croix fut posée à l’endroit de l’ancien cimetière dans les années 1850, remplaçant une autre posée en 1825 par l’évêque et au pied de laquelle fut inscrit : Hic ab antiquis temporibus corpora canonicorum et ministrorum insigniis ecclesiae Carnot[ensis] iacerant […].
  • [46]
     Chartres, ADEL, G 1464.
  • [47]
     Un obit dans la cathédrale unissant les frères Guete ne mentionne pas la forte somme, mais cela ne dit rien de l’inhumation (Obituaires de la province de Sens, p. 166).
  • [48]
     On sait seulement que Pierre Guete senior fonda en 1393 une messe au maître-autel et, après sa mort, un obit, en offrant 200 francs d’or pour acheter une rente (Chartres, ADEL, G 1464). Cet acte est mentionné dans l’inventaire des titres du chapitre dressé vers 1780, au titre de la « caisse des fondations », mais le testament n’en dit mot (Ibid., G 134, fol. 203v). P. Desportes, Diocèse de Chartres (Fasti Ecclesiæ Gallicanæ), nos 1073, 1074, à paraître.
  • [49]
     Toutes les sépultures des évêques morts en charge entre 1200 et 1500 sont connues, mais seuls quatre testaments sont conservés. Aux tombes déjà mentionnées, il faut en ajouter huit autres. Mort près de Blois, Gautier († 1234) fut enseveli dans l’abbaye cistercienne de Preuilly (dioc. Sens) dont il était le profès, comme Simon Le Maire († 1360) fut conduit dans l’abbaye de Marmoutier (dioc. Tours) dont il fut l’abbé. Mort au diocèse d’Auxerre, Aubri Cornu († 1243) fut transféré dans la cathédrale de Nevers où son frère était évêque. Morts à Paris, Simon de Perruchey († 1297) a choisi le chœur de l’église des Saints-Innocents et Louis de Vaucemain († 1357), le chœur des ermites de Saint-Augustin près de son hôtel. Thibaud Le Moine († 1441) mourut peut-être aussi dans la capitale, étant déposé aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de la ville. Robert de Joigny († 1326) rejoignit sa famille comtale au prieuré clunisien de Joigny (dioc. Auxerre). Jean Le Fèvre († 1390) demanda de reposer au collège clunisien de Saint-Martial d’Avignon près duquel il trépassa. Jourd’heuil, La mort et la sépulture des évêques, t. 2, p. 642, 914.
  • [50]
     C’était le cas de Pierre de Chappes († 1336) enterré dans son titre à Saint-Martin-des-Monts, d’Aimeric de Châtelus († 1349) mort à Avignon sans laisser trace d’une tombe et du clunisien Guillaume de Chanac († 1384), déposé aux dominicains d’Avignon puis transféré dans l’abbaye Saint-Martial de Limoges.
  • [51]
     Notre-Dame de Paris reçut les corps de deux anciens évêques de la capitale devenus cardinaux, Étienne de Poissy († 1373) mort à Avignon et Aymeric de Maignac († 1385), ou encore celui de François Hallé († 1492), à sa mort grand archidiacre de Paris et archevêque de Narbonne. Id., Les sépultures épiscopales parisiennes du xiie siècle à la Renaissance : de Saint-Victor à Notre-Dame, Notre-Dame de Paris 1163–2013. Actes du colloque scientifique tenu au collège des Bernardins à Paris du 12 au 15 décembre 2012, éd. C. Giraud, Turnhout, 2013, p. 176–179.
  • [52]
     On ne sait si, dans les années 1170, la cathédrale possédait un autel paroissial dans ses murs ou si les chanoines relevaient déjà du prieuré-cure Sainte-Foy. Légat et archevêque de Sens (1168–1176), Guillaume de Champagne avait gardé l’administration du siège de Chartres dont il était l’évêque depuis 1165. Il confirma à l’abbé de Saint-Jean-en-Vallée le fait que dans les limites de leur paroisse, seuls les chanoines réguliers du prieuré-cure de Sainte-Foy pouvaient procéder à des inhumations, à l’exception des morts de l’Aumône Notre-Dame. En 1179, Alexandre III envoya encore une bulle au sujet de ces droits au nouvel évêque, Jean de Salisbury. L’abbé de Saint-Jean-en-Vallée s’étant plaint au pape, ce dernier décida qu’il y aurait un cimetière dans la paroisse Sainte-Foy pour les corps portés dans cette église, laissant exister le cimetière ancien destiné aux pauvres de l’hôpital de la maison Notre-Dame dont la chapelle venait d’être reconstruite. Cela dit, puisque les clercs de cet hôpital enterraient parfois les malades ailleurs contre l’antique coutume, le pape demandait à l’évêque d’enquêter. Peu après, Salisbury s’exécuta (Cartulaire de Saint-Jean-en-Vallée, p. 51–56).
  • [53]
     Chartres, ADEL, G 624.
  • [54]
     Ibid., G 892.
  • [55]
     Le premier conflit au sujet de l’exemption revendiquée par le chapitre se déroula sous l’épiscopat de Robert de Joigny de 1315 à 1326. Il ne donna pas lieu à des commentaires sur les inhumations : à cette époque et déjà dans un acte non daté probablement du siècle précédent, le chapitre prétendait avoir la juridiction du cloître et de ses habitants, pouvoir mettre la cité en interdit et y autoriser la tenue du synode ou l’érection d’une église (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 2, p. 3–6, 268–271 ; Chartres, ADEL, G 892). Jamais la « vieille chronique » ou encore le bref traité sur L’origine de l’église de Chartres (Ibid., G 293, fin du xve s.) ne mentionnèrent incidemment qu’un évêque ne pouvait être enterré dans la cathédrale, même quand il s’agissait de situer les tombes épiscopales des xivexve siècles. Robert de Joigny demanda en vain aux chanoines, dont il avait été, de fournir les preuves de leur exemption. Il renonça avec peine à exercer sa juridiction spirituelle sur les chanoines, après que plusieurs chapitres cathédraux ont écrit au pape en 1322 pour confirmer que le chapitre de Chartres était réputé ne dépendre que du Siège apostolique (Ibid., G 892). Cette consultation confirme en creux qu’il ne devait pas exister de bulle établissant ce privilège sans doute usurpé : les registres de Jean XXII et les archives chartraines n’ont pas conservé la trace de cette exemption. Par une bulle anormalement longue, Clément VI confirma l’exemption des chanoines de Chartres à l’égard de l’archevêque de Sens en 1350 (Ibid., G 712). Le chapitre accusa l’évêque d’avoir violé l’immunité de la cathédrale à deux reprises entre 1415 et 1420 (Ibid., G 816), puis encore sous Miles d’Illiers.
  • [56]
     Lubin (vie siècle) était vénéré dans son sarcophage à l’intérieur des cryptes de Notre-Dame, mais un corps saint ne saurait polluer la virginité de la cathédrale. La « vieille chronique » situait son saint corps à Saint-Martin-en-Val et sa tête, « dans la cathédrale », en un très noble vase (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 1, p. 5). Par une ironie du destin, le corps de Miles d’Illiers fut déposé, un an après sa résignation en décembre 1492 en faveur de son neveu, dans la chapelle du palais épiscopal, peut-être dans un mur plutôt que dans le sol, puis transféré en 1520 au couvent dominicain voisin (Souchet, Histoire, t. 3, p. 439).
  • [57]
     En 1114, un prêtre desservait l’église des « Saints-Serge-et-Bache et Saint-Nicolas » (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 1, p. 122). En 1190, la chapelle des Saints-Serge-et-Bacche in curia domorum episcoporum sitam, qui ne gardera plus tard que le vocable de l’évêque de Myre, fut donnée par l’évêque Robert de Mouçon au chapitre, sans retenir aucun droit. Un livre des anniversaires de la cathédrale indique au milieu du xiiie siècle que la chapelle Saint-Nicolas ou des Saints-Serge-et-Bacche se trouvait in curia episcopi (Obituaires de la province de Sens, p. 122, 125). En 1389, il était question de « l’église Saint-Nicolas » in claustro Carnotensis (Chartres, ADEL, G 624) : M. Jusselin, La chapelle Saint-Serge-et-Saint-Bacche ou Saint-Nicolas-au-Cloître à Chartres, Bulletin Monumental, t. 99, 1940, p. 133–155. Lors de la destruction de la chapelle Saint-Nicolas, on découvrit en 1703 un sarcophage, aujourd’hui conservé dans la chapelle Saint-Piat, au nom de l’évêque de Chartres Calétric, mort au VIe siècle et tenu pour saint (Chartres, ADEL, G 625–626), mais rien ne dit où il se trouvait aux siècles précédents.
  • [58]
     En 1099, Yves de Chartres avait donné la collégiale Saint-Étienne à Saint-Jean-en-Vallée au moment où il régularisait ce dernier lieu. Le doyen de Chartres Philippe de Talaru prévoyait en 1365 de reposer éventuellement au « prieuré Saint-Étienne », soit le prieuré dépendant de Saint-Jean-en-Vallée, dans le cloître (Ibid. G 1463). Par une troublante concordance des temps, le pape unit le prieuré à la mense abbatiale de Saint-Jean-en-Vallée le 7 novembre 1475. La bulle apprenait que le prieuré n’abritait pas de paroisse et n’était pas conventuel. Ce dernier n’apportait que cinq livres petits tournois de revenus annuels, mais il accueillait pour leurs offices les chanoines de Saint-Jean-en-Vallée pendant les guerres et abritait leurs objets précieux (Cartulaire de Saint-Jean-en-Vallée, p. 3, 233–235).
  • [59]
     Durant son long épiscopat, Miles d’Illiers refusa de se retirer de la cathédrale alors que les chanoines lui reprochaient d’être excommunié. D’autres procès portés devant le bailli royal de Chartres et le Parlement entre l’évêque et le chapitre émaillèrent la même période au sujet de la juridiction spirituelle du chapitre dans la cathédrale, contestée par l’évêque. Le Parlement confirma par ailleurs au chapitre le droit d’empêcher l’un de ses membres de devenir officier épiscopal (Chartres, ADEL, G 893). L’évêque voulut s’attaquer à toutes les exemptions de son diocèse et aux privilèges des réguliers. Louis XI dut par exemple intervenir en 1477 et en 1478 quand le Parlement devait juger les revendications de l’évêque, qui est subtil et capcieux en matière de procès, contre l’abbé exempt de la Trinité de Vendôme. Illiers était allé jusqu’à lancer l’interdit sur le monastère abritant la Sainte Larme (Louis XI, Lettres, éd. J. Vaesen, t. 6, Paris, 1898, p. 258, 297, 311, 339).
  • [60]
     La mémoire épiscopale était défaillante, car Jacques Hodierne est attesté comme mort en juin 1469 (Desportes, Diocèse de Chartres, no 154).
  • [61]
     L’abbé portait la crosse de l’évêque le jour de sa joyeuse entrée pour souligner encore la relation singulière entre Saint-Jean-en-Vallée et les pontifes (Souchet, Histoire, t. 3, p. 235).
  • [62]
     Alexandre III avait précisé en 1173 qu’un cimetière ne pouvait s’établir à Chartres et dans sa banlieue qu’avec l’accord de l’évêque et du chapitre (Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. 1, p. 191), ce qui laissait la voie possible pour inhumer dans la cathédrale.
  • [63]
     Obituaires de la province de Sens, p. 226–234.
  • [64]
     Il n’est jamais question de ce monopole des sépultures des chanoines de la cathédrale, dans le riche fonds publié de l’abbaye Saint-Jean-en-Vallée.
  • [65]
     Souchet n’en dit rien alors qu’il ne manquait pas de relever les anecdotes des registres des délibérations : les folios manquaient-ils ? P. Desportes a repéré en 1457 un Jean Geuffron (Desportes, Diocèse de Chartres, no 1628), homonyme probable de Jean Bufferay ou Buffereau, chanoine de 1457 à sa mort en 1466 (Ibid., no 317).
  • [66]
     Paris, Sens et Orléans, dans la même province que Chartres, offraient au xve siècle un schéma presque identique : le chœur et parfois la chapelle axiale pour les évêques, éventuellement associés à de grands laïcs (et même une reine et un dauphin à Paris), le reste pour les chanoines. Imaginer que cela fut un « modèle » supposerait que la cathédrale soit à tout prix convoitée à la fin du xve siècle. Or les circonstances ou les choix personnels font qu’aucun archevêque de Reims ne reposa au xve siècle dans sa cathédrale.
  • [67]
     Chartres, ADEL, G 624.
  • [68]
     Ibid., G 893.
  • [69]
     L’évêque avait reconnu au chapitre sa pleine juridiction sur la chapelle Saint-Nicolas en 1353 (Souchet, Histoire, t. 3, p. 195).
  • [70]
     Chartres, ADEL, G 1463.
  • [71]
     Ibid., G 1468.
  • [72]
     Le premier duc d’Orléans fut enterré en 1375 dans la chapelle axiale de la cathédrale ligérienne, rejoint par le cœur de sa veuve en 1394.
  • [73]
     Louis de Bourbon fut plus tard prisonnier des Anglais de la bataille d’Azincourt à 1422.
  • [74]
     M.J. Bulteau,Monographie de la cathédrale de Chartres, 2e éd., t. 1, Chartres, 1887, p. 149, lut le registre capitulaire sans révéler de débat. Souchet, Histoire, t. 3, p. 310, prétend que le comte de Vendôme croisa par hasard puis suivit la procession du chapitre le mercredi des Rogations le 31 mai lorsqu’elle revenait de Saint-Martin-en-Val. Le jour de l’Ascension, il serait entré en chemise avec un cierge de 50 livres de cire, en pénitent, pour le poser devant la statue de la Vierge contre le pupitre de la nef. Devant le doyen et les chanoines, Vendôme déclara avoir été libéré de prison grâce à la fête de l’Annonciation, se dire désormais homme et vassal de la Vierge et de son église, mais aussi vouloir augmenter la solennité des cinq fêtes de la Vierge contre une rente. Sans citer sa source qui n’est peut-être pas le registre des délibérations et disant avoir lu l’acte de fondation du 2 juin 1413, Souchet ajoute qu’après la messe dite à l’occasion de ces fêtes, après la mort du comte, les chanoines iraient dire devant la chapelle que le chapitre lui permectoit de faire construire, à costé de l’église, le pseaulme De profundis, avec l’oraison Inclina, etc., et jecter de l’eau béniste à l’endroit où il vouloit que son cœur fust posé en ladite chapelle. L’historien du chapitre achève en indiquant voir encore l’« effigie » du comte contre le premier pilier de la croisée, devant la statue de la Vierge. La « statue de pierre […] posée contre la muraille » représentant Louis de Bourbon et sa première femme épousée en 1414 ont été vues par B. de Montfaucon, Les monumens de la monarchie françoise, t. 3, Paris, Julien-Michel Gandouin et Pierre-François Giffart, 1731, p. 191). Étaient-ce des gisants ou les statues en pied posées à l’extérieur de la chapelle ?
  • [75]
     Souchet, Histoire, t. 3, p. 295.
  • [76]
     Chartres, ADEL, G 1466. F. Gatouillat, La chapelle Vendôme, Chartres, p. 105, cite le cœur sans s’en étonner.
  • [77]
      La collégiale était la principale nécropole des Vendôme. J. V. Jourd’heuil, Fiche de la collégiale Saint-Georges de Vendôme, Base des collégiales séculières de France (816-1563) [en ligne]. La mère de Louis y fut ensevelie en 1412 en vertu de son testament de 1403 (Paris, Bibliothèque nationale de France, Coll. Moreau, ms. 1161, fol. 562v–575r). Elle fut déposée près de son mari Jean († 1393), comte de La Marche, de Castres et de Vendôme. Le couple fut représenté sur la baie vitrée de la chapelle de Notre-Dame de Chartres. Le même testament révèle que le père de Catherine de Vendôme, Jean († 1365), reposait à Saint-Vincent de Castres et que sa mère avait été inhumée en 1376 aux dominicains de Paris.
  • [78]
     On ne peut pas dire que le chapitre de Chartres et la cité alors majoritairement favorables au duc de Bourgogne aient voulu plaire à un pilier de leur parti, car Louis de Bourbon était un partisan du duc d’Orléans et fut emprisonné pour cela en 1407 et en 1412. Michel Pintoin (Religieux de Saint-Denis), Chronique, éd. L.F. Bellaguet, t. 5, Paris, 1844, p. 162–164, 562, fit l’éloge de sa piété en expliquant que le comte de La Marche avait emprisonné son cadet et s’était emparé de ses terres, parce que leur mère, morte quelques mois plus tôt, avait uniquement désigné le second comme exécuteur testamentaire. Jacques de Bourbon était un partisan de Jean sans Peur et fut le roi de Naples de 1415 à 1419, avant de se tourner vers le dauphin de France et de prendre l’habit franciscain à Besançon en 1435. Leur sœur Charlotte est devenue reine de Chypre en 1409. Ces personnages, représentés sur les vitraux de la chapelle de Vendôme, lui donnaient un caractère royal. Une autre sœur, Anne († 1408), avait été l’épouse de Louis de Bavière, frère de la reine. Quand un secrétaire du duc de Bourgogne demanda en 1420 de reposer dans la nef de la cathédrale de Paris, le chapitre répondit à ses exécuteurs testamentaires que la nef revenait aux chanoines et que le chœur était réservé aux évêques, cardinaux, personnes de sang royal et princières. Il lui proposa la petite collégiale voisine en guise de pis-aller (Jourd’heuil, Les sépultures épiscopales parisiennes, p. 185–186).
  • [79]
     P. Contamine, Charles vii. Une vie, une politique, Paris, 2017, p. 257, 277, 325, 403. Louis de Vendôme participa aux côtés de Jeanne d’Arc à la libération d’Orléans et fut présent au traité d’Arras. On aimerait lire son testament du 28 juin 1445 et son codicille rédigé à Tours le 14 décembre 1446 (Anselmede Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, 3e éd., t. 1, Paris, Compagnie des Libraires, 1726, P. 522). Le premier était conservé dans le chartrier de la collégiale de Vendôme avant la Révolution (cité par M. Simon († 1781), Histoire de Vendôme et de ses environs, t. 1, Vendôme, 1834, p. 233), mais il n’est plus dans le fonds de la collégiale aujourd’hui conservé à Blois, Arch. dép. du Loir-et-Cher. Le comte avait rédigé un premier testament le 30 juin 1412 (Paris, Archives nationales de France [= ANF], K 534A, no 25). L’inventaire des titres du chapitre rédigé vers 1780 mentionne, au titre de la « caisse des fondations », la donation du 2 juin 1413, mais pas de testament (Chartres, ADEL, G 134, fol. 207r).
  • [80]
     A. Prache, La chapelle de Vendôme à la cathédrale de Chartres et l’art flamboyant en Île-de-France, Wiener Jahrbuch für Geschichte, t. 46–47, 1993–1994, p. 569–575. Merci à P. Plagnieux pour la transmission de cet article.
  • [81]
     Évidemment, les testaments conservés ne rendent pas compte de tous les testaments, même épiscopaux, qui ont existé.
  • [82]
     On peut penser que la virginité du sol avait été préparée par l’apparition vers 1250 de la Vierge comme suzeraine temporelle de Chartres et vers 1255 de la cathédrale comme « chambre » de Marie sous la plume de Jehan Le Marchant, un clerc versificateur au service de l’évêque (N. Balzamo, Les deux cathédrales. Mythe et histoire àChartres (xiexxe s.), Paris, 2012, p. 70–71, 85, 93). Aux p. 118–119, il ne mentionne qu’une seule fois l’absence de sépulture dans la cathédrale : « C’est un fait que nul n’avait jamais été enterré à l’intérieur même de la cathédrale depuis sa reconstruction au xiiie siècle. ») sans la vérifier ni la commenter longuement.
  • [83]
     Chartres, ADEL, G 1462, G supplément 271.
  • [84]
     Ibid., G 1464. Les églises réputées fondées avant l’Incarnation sont rares et mériteraient une étude comparative. L’abbé Guibert († 1124) écrivit que son abbaye Notre-Dame de Nogent, fondée en 1059, avait succédé à une chapelle dédiée avant l’Incarnation à la future mère de Dieu (Guibert de Nogent, Autobiographie, éd. E.R. Labande, Paris, 1981, p. 217). Chartres se voulait plus ancienne encore que la fondation mythique de Notre-Dame-du-Pilier à Saragosse par l’apôtre Jacques.
  • [85]
     Chartres, ADEL, G 714. En 1367, Charles V dota deux messes et un obit mensuel dans la cathédrale en rappelant la fondation de celle-ci du vivant de la Vierge (Ibid., G 1462). L’ancien duc de Normandie voulut que son cœur soit transporté au chœur de la cathédrale de Rouen, pratique qui lui aurait été probablement refusée à Chartres.
  • [86]
     Il faut attendre Gerson pour lire la légende d’un sanctuaire druidique précédant la cathédrale de Chartres.
  • [87]
     Nous avions déjà fait état de l’absence de mouvement général de l’entrée des corps canoniaux dans les cathédrales (J.V. Jourd’heuil, Sanctuaires, inhumations et sépultures épiscopales de Langres des origines au début du xvie siècle, Les clercs, les fidèles et les saints en Bourgogne médiévale, éd. V. Tabbagh, Dijon, 2005, p. 49).
  • [88]
     Id., Survivre par l’écrit chez les ecclésiastiques rouennais du xve siècle, Tabularia. Études (en ligne), no 8, 2008, URL : https://journals.openedition.org/tabularia/701, avance que les chanoines de Rouen ne souhaitaient pas, au xve siècle, de monuments pour perpétuer le souvenir de leur sépulture et de leur nom.
  • [89]
     M. Lauwers, Naissance du cimetière. Lieux sacrés et terre des morts dans l'Occident médiéval, Paris, 2005.
  • [90]
     D. Lohrmann, Papsturkunden in Frankreich, t. 7, Nördliche Île-de-France und Vermandois, Göttingen, 1976, p. 341-344, no 81. Le dernier item de l’acte du légat indique Porro defunctorum canonicorum et casatorum corpora et servientium sancti Petri de domo Belvacensis episcopi ut consuetudo est ad ecclesiam vestram deferantur, et a communi conventu honorifice sepulture tradantur.
  • [91]
     O. Guyotjeannin, Episcopus et comes. Affirmation et déclin de la seigneurie épiscopale au nord du royaume de France (Beauvais–Noyon, xe–début xiiie siècle), Genève, 1987, p. 17, dit que les évêques de Beauvais partent du tombeau de Lucien pour leur première entrée dans la ville. Le « second siège » est très mal connu. Il se situe généralement dans la cité ou sa banlieue, mais parfois aux confins du diocèse pour ancrer un espace (Losne est secunda sedes de Chalon).
  • [92]
     L. Pietri, C. Mériaux, Beauvais, Topographie chrétienne des cités de la Gaule, t. 14, Paris, 2006, p. 138–140.
  • [93]
     Lohrmann, Papsturkunden, p. 586-587, no 281 : predictos canonicos alibi non permittunt eligere sepulturam, quod de institutione canonica universis Christi fidelibus est permissum.
  • [94]
     Jourd’heuil, La mort et la sépulture des évêques, t. 2, p. 532.
  • [95]
     A. Dufour-Malbezin, Actes des évêques de Laon des origines à 1151, Paris, 2001, p. 74-75, no 4. L’évêque de Laon confirma encore en 973 aux moines de Saint-Vincent, secunda Laudunicorum pontificum sedes, la sépulture des évêques, clercs et chevaliers ; il rappela aussi que ce lieu accueillait l’intronisation des évêques (Ibid., p. 82, no 9). Les termes furent repris dans un acte épiscopal de 1068 (Ibid., p. 106, no 30), mais un autre de 1140 modifia la liste des bénéficiaires en évoquant les évêques, chanoines et chasés de la mère-église, en rappelant le second siège (Ibid., p. 304, no 200).
  • [96]
     En 1183, l’évêque de Laon donna des dîmes aux chanoines de la cathédrale pour les dédommager du patronage d’une église donnée à l’abbaye Saint-Vincent afin d’obtenir le droit d’inhumation des chanoines dans leur propre cimetière (Paris, ANF, L 731, no 30).
  • [97]
     Cartulaire du chapitre de Laon (xiiie s.), Laon, Archives départementales de l’Aisne (=ADA), G 1850, fol. 57r.
  • [98]
     La porta mortuorum marquait la sortie des corps de la cité en direction de Saint-Vincent.
  • [99]
     Laon, ADA, G 1850, fol. 76rv.
  • [100]
     Dufour-Malbezin, Actes des évêques de Laon, p. 79, no 6.
  • [101]
     Anciens chanoines de Laon, Roger de Rozoy et Renaud Surdelle († 1210) reposèrent à Saint-Vincent de Laon. Robert de Châtillon († 1215) n’a pas laissé trace de sa tombe. Ancien archidiacre de Laon, Anselme de Mauny († 1238) fut enterré près de sa famille chez les cisterciens de Vauluisant (dioc. Sens).
  • [102]
     A. Saint-Denis, M. Plouvier, C. Souchon, Laon. La cathédrale, Paris, 2002, p. 100, 179 (« La nef accueille les sépultures des chanoines, à partir de 1183 »), 260. A. Saint-Denis, L’historien et la cathédrale. La datation des premières cathédrales gothiques : l’exemple de Laon, Ex animo. Mélanges d’histoire médiévale offerts à Michel Bur, éd. P. Corbet, J. Lusse, Langres, 2009, p. 199, 224, reconnaît ensuite que le cimetière de 1183 ne désignait pas le sol de Notre-Dame et mentionne une dalle funéraire canoniale dans la cathédrale datée de 1261.
  • [103]
     J. Madignier, Être inhumé au cloître canonial d’Autun aux xiie, xiiie et xive siècles, Les clercs, les fidèles et les saints, p. 57–75 ; Id., Les chanoines du chapitre cathédral d’Autun du xie siècle à la fin du xive siècle, Langres, 2011, p. 300–307.
  • [104]
     Il est presque impossible d’identifier les sarcophages mérovingiens ou carolingiens trouvés parfois aux abords d’une cathédrale. De tels contenants furent découverts vers 1990 dans la cour du cloître du xiiie siècle au sud de la cathédrale de Langres, sans pouvoir affirmer qu’ils appartenaient à des chanoines.
  • [105]
     L’analyse de la lettre indique Decano et capit. eccl. Anicien. facul. habendi caemeterium et liberam sepulturam in ead. eccl. vel prope ipsam, quae tantae ab olim reverentiae ac devotionis extitit, ut reputaretur indignum in ea humana corpora tumulare (Jeanxxii, Lettres communes, éd. G. Mollat, t. 7, Paris, 1919, p. 39, no 30091).
  • [106]
     X. Barral i Altet, La cathédrale du Puy-en-Velay, Paris, 2000, p. 73. La nef et le chœur de la cathédrale sont bâtis à même la roche, et compliquaient la mise en place de fosses. L’abbé de Cluny et évêque du Puy, Jean de Bourbon († 1485), avait donné une rente considérable de 4 000 livres au chapitre du Puy à condition de pouvoir reposer dans la cathédrale, ce qui ne lui fut pas accordé (P. Caillet, Jean de Bourbon, évêque du Puy, abbé de Cluny, lieutenant général en Languedoc et en Forez 1413(?)–1485, Le Puy, 1929, p. 70). Ces considérations seront certainement corrigées par l’étude en cours du chapitre du Puy par S. Fray pour les Fasti Ecclesiæ Gallicanæ. Nous le remercions pour ses remarques liées à la bulle de 1327.
  • [107]
     J.V. Jourd’heuil, Une cathédrale longtemps préservée des cadavres. Les inhumations des archevêques et des chanoines de Sens du xie siècle à la Renaissance, Saint-Étienne de Sens. La première cathédrale gothique dans son contexte. Actes du colloque international en l’honneur du 850e anniversaire de la consécration de la cathédrale de Sens, 10-12 octobre 2014, Paris, 2017, p. 277-311
  • [108]
     Chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, dite de Clarius, éd. R.H. Bautier, M. Gilles, Paris, 1979, p. 48 : edificavit ecclesiam in honore Salvatoris super terram sancti Petri ubi canonicorum sepulturam instituens, se ipsum ibi sepelire fecit.
  • [109]
     Auxerre, Archives départementales de l’Yonne (= ADY), G 130.
  • [110]
     V. Tabbagh, Diocèse de Sens, Turnhout, 2011 (Fasti Ecclesiæ Gallicanæ, 11), p. 235, 236, 295, 336, 441, 459, nos 432, 528, 577, 861, 955, 1060.
  • [111]
     Ibid., p. 226, 245, 268, 292, 306, 429, nos 127, 377, 492, 582, 692, 781.
  • [112]
     Ibid., p. 384, no 661. Le chanoine Hugues de Pise élut sépulture chez les mineurs de Sens en 1321 (Beauvais, Archives départementales de l’Oise, G 692).
  • [113]
    Geoffroi de Courlon, Chronique de l’abbaye Saint-Pierre-le-Vif de Sens rédigée vers la fin du xiiie siècle, éd. G. Julliot, Sens, 1876, p. 570.
  • [114]
    Auxerre, ADY, G 124.
  • [115]
    Jean xxii, Lettres communes, éd. G. Mollat, t. 8, Paris, 1924, p. 71, no 47182.
  • [116]
     V. Tabbagh, Carrière et piété d’un évêque de Chalon-sur-Saône : Nicolas de Veres, 1374–1386, Annales de Bourgogne, t. 74, 2002, p. 337–354 ; Y. Gallet, Chalon-sur-Saône, cathédrale Saint-Vincent, Congrès archéologique de France, 166e session, Saône-et-Loire, Paris, 2010, p. 95–108.
  • [117]
    H. Chopin, Fondation du chapitre Saint-Thomas de Fourvière, Lyon, entre Empire et royaume (843–601). Textes et documents, éd. A. Charansonnet, Paris, 2015, p. 248. Merci à H. Chopin pour son aide.
  • [118]
    Un chanoine élut sépulture à l’abbaye de l’Île-Barbe (1238), un panetier chez les dominicains de Lyon (1247) avant un archidiacre de Lyon (1250) près de sa mère, un doyen chez les franciscains de la ville (1250), un chamarier à l’abbaye cistercienne de Valbenoîte (1254), un trésorier au cimetière de Saint-Irénée (1257), un chamarier chez les dominicains de Lyon (1261) suivi par un sacristain (1262) et trois autres chanoines (1287, 1296, 1298), un doyen à Cluny (1271) près de son frère ancien chamarier de Lyon, un autre chamarier au prieuré Saint-Pierre de Mâcon (1276) (M.C. Guigue, Obituarium Lugdunensis, ecclesiae. Nécrologe des personnages illustres et des bienfaiteurs de l’Église métropolitaine de Lyon du ixeau xve siècle, Lyon, 1867,p. 4, 31, 63, 149, p.j. nos 41, 44, 46 ; Id., Cartulaire lyonnais, t. 1, Lyon, 1885, nos 319, 326, 421, 440).
  • [119]
     C. Arlaud, J. Burnouf, Y. Esquieu, Lyon, Les chanoines dans la ville. Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux en France, éd. J.C. Picard, Y. Esquieu, Paris, 1994, p. 276–281. Cette étude entre en contradiction avec l’observation qu’Id., Autour de nos cathédrales. Quartiers canoniaux du sillon rhodanien et du littoral méditerranéen, Paris, 1992, p. 284, sur la foi de L. Bégule, Monographie de la cathédrale de Lyon, Lyon, 1880, avait faite en trouvant la sépulture du préchantre Guillaume de la Poype († vers 1287) dans la cathédrale lyonnaise. Sans vouloir donner tort aux uns ou aux autres, on peut aussi citer S. Guichenon,Histoire de Bresse et de Bugey, t. 3, Lyon, Jean Antoine Huguetan et Marc Antoine Ravaud, 1650, p. 322, qui situe la tombe du préchantre à Saint-Irénée en vertu d’un obit le spécifiant. Lyon passe au royaume de France sous Philippe III.
  • [120]
     La cathédrale Saint-Jean de Besançon, Besançon, 2006, p. 48 (B. de Vrégille) ; L. Delobette, Mémoire des morts et géographie tumulaire : les tombes des chanoines du chapitre métropolitain de Besançon, La mémoire à l’œuvre, éd. C. Cazanave, Besançon, 2014, p. 35–68. Merci à L. Delobette pour son aide et le don de son article.
  • [121]
     Ben Kaddour, Chartres et sa proche campagne, p. 3.
  • [122]
     L. Coulon, Topographie chartraine 950–1100, Fulbert de Chartres. Précurseur de l’Europe médiévale ?, éd. M. Rouche, Paris, 2008, p. 255–284.
  • [123]
     C. Sapin, F. Heber-Suffrin, Les cryptes de Chartres, Ibid., p. 285–300.
  • [124]
     Avant 1130 arriva à Chartres une Passion sénonaise de Savinien et Potentien. Il y était écrit que les disciples de ces deux saints évangélisèrent Chartres au Ier siècle, avant que les premiers convertis ne soient jetés dans un puits à côté de l’église déjà dédiée à la Vierge. Un bénédictin de Saint-Père de Chartres amplifia la sacralité du lieu peu après en écrivant que lors du saccage de la cité par les Normands de 858, les cendres des Chartrains furent jetées par les survivants « dans un puits situé à l’intérieur de l’église, c’est pourquoi on appelle encore aujourd’hui ce puits le Lieu fort […] y sont accomplis de nombreux miracles ». C’est probablement le moine sénonais qui adapta la topographie à son texte, non le moine chartrain qui voyait le puits dans la crypte et savait que les chanoines s’y rendaient en procession à la Toussaint. L’incendie de 1194 détruisit toute la cathédrale, mais pas les cryptes de Fulbert qui subsistent et que l’on pensait, à la fin du Moyen Âge, remonter aux premiers temps du christianisme, puisqu’elle contenait le puits... La « vieille chronique » reprit la fondation de l’église de Chartres dédiée à la Vierge avant l’Incarnation et les corps des premiers chrétiens jetés dans le puits « à l’intérieur de l’église » (Balzamo, Les deux cathédrales, p. 58–62, 85, 99).
  • [125]
     On note tout de même que dans la Panormie, compilation canonique attribuée à Yves de Chartres, dans ses Opera omnia, éd. J.P. Migne, Patrologia Latina, t. 161, Paris, 1855, col. 1087, le chapitre xxv du livre ii concerne les sépultures dans les églises. Celui-ci reprend, aussi brièvement que les autres chapitres, le canon d’un concile de Meaux qui nie à quiconque le quasi-droit héréditaire de reposer dans une église, à l’exception des évêques et des prêtres ayant mené une vie digne. Jamais apparemment un synode diocésain ou un concile à plus vaste échelle ne prit soin de justifier l’absence de sépulture dans la cathédrale de Chartres. Les trois chapitres concernant les sépultures montrent qu’il s’agissait d’encadrer le rapport de la tombe avec l’argent et la morale du défunt. Le Décret d’Yves de Chartres n’aborde pas le problème des sépultures dans les églises.
  • [126]
     Histoire de Sébastien Le Pelletier. Prêtre ligueur et Maître de grammaire des enfants de chœur de la cathédrale de Chartres pendant les guerres de la Ligue (1578–1592), éd. X. Le Person, Genève, 2006, p. 175. La référence est citée par Balzamo, Les deux cathédrales, p. 173–174.
  • [127]
     G. Doyen, Histoire de la ville de Chartres, du pays chartrain et de la Beauce, t. 2, Chartres, Deshayes, 1786, p. 73–74.
  • [128]
     Le gouvernement anticlérical avait refusé en 1903 une sépulture dans une église de sa ville, Saint-Brice alias Saint-Martin-en-Val, à Mgr Mollien mort le 28 mai 1904 : le 30 mai, il envoyait un télégramme au chapitre cathédral, administrant le diocèse, lui demandant d’enterrer l’évêque nulle part ailleurs qu’au cimetière communal… ou que dans la cathédrale, par esprit de provocation. La famille du défunt parlait même de rapporter le corps dans son diocèse natal d’Amiens. Le registre des délibérations du chapitre de Chartres rapporte donc au 31 mai que « la nécessité permet et impose, semble-t-il, une exception à la règle traditionnelle », rappelant que jamais la cathédrale ne reçut de sépulture, sinon celle provisoire d’un prince (sic) dans la chapelle de Vendôme : « le gouvernement voulant la cathédrale pour lieu de sépulture, provisoirement on peut accéder à cet ordre regrettable et inéluctable en faisant des réserves pour l’avenir ». Les chanoines titulaires ordonnèrent donc de creuser un caveau provisoire dans la chapelle Saint-Nicolas située dans les cryptes. Le 6 juin, les chanoines et les membres du conseil de fabrique demandèrent au gouvernement l’autorisation de transformer en chapelle funéraire l’ancienne salle capitulaire, qui continuerait de servir de sacristie et de vestiaire. Le 7, le chapitre envoyait une lettre au ministre de l’Intérieur et des Cultes pour obtenir une dérogation du Président à l’article 1 du décret du 23 prairial an XII prohibant les inhumations « dans les édifices clos et fermés où l’on se réunit pour la célébration d’un culte ». Alors que le président pouvait accorder une inhumation dans une des nombreuses églises de Chartres comme tant de dispenses avaient été accordées tout au long du xixe siècle, Mgr Mollien fut finalement transféré dans l’ancienne salle capitulaire par son successeur le 16 novembre 1905, trois semaines avant la Séparation des Églises et de l’État (Archives diocésaines de Chartres, merci à son responsable J.C. Hanss). L’abbé Charles Métais qui fouillait l’abbaye de Josaphat pensa trouver les restes de l’évêque Jean de Salisbury et les déposa dans le même caveau (Procès-verbaux de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, t. 12, 1905–1909, p. 252). Mgr Lagrange († 1895) y fut également transféré en 1907 après son exhumation de la chapelle d’un séminaire près d’Orléans. On est frappé par les raccourcis chronologiques entre la période médiévale et le début du xxe siècle. Pierre Guette ne demanda-t-il pas une tombe dans la même salle capitulaire cinq siècles plus tôt ? L’abbé A. Clerval pensa trouver la tombe du chanoine lorsqu’on trouva au milieu de l’ancienne salle capitulaire, pour aménager ledit caveau, un squelette à 1,80 m de profondeur dans une tombe maçonnée (Une sépulture de chanoine dans la salle capitulaire, La Voix de Notre-Dame, Chartres, 17 décembre 1904, p. 630–632). En raison de l'aménagement prochain de l'ancienne salle capitulaire en Trésor par l'État, les maçons sont tombés fortuitement en 2018 sur un trou, sous le dallage. Les archéologues ont constaté de visu des restes humains disposés de manière informelle, sans pouvoir pousser plus avant de ce côté.

1Chartres abrita l’un des plus puissants chapitres cathédraux de France, comptant environ 70 chanoines et dix-sept dignités à la fin du Moyen Âge [2]. Il est à peu près certain que la cathédrale, totalement reconstruite au xiiie siècle, n’admit aucune sépulture de chanoines entre 1200 et 1500. Pour expliquer cet état a priori surprenant et méconnu [3], il ne fut jamais avancé qu’il fallait protéger la cathédrale des cadavres, parce que celle-ci aurait été comme un reliquaire de l’insigne vêtement de la Vierge attesté depuis le ixe siècle. Il se trouve plutôt des explications qui varient au cours du temps et rien ne dit qu’il fallut régulièrement justifier cette pratique. Aussi envisagerons-nous d’abord la topographie funéraire des chanoines au xiiie siècle, en fonction des rares sources qui la documentent, puis durant les deux siècles suivants, mieux connus. Ensuite, il sera question de l’unique justification explicite de l’interdit des corps dans la cathédrale, faite en 1475. Enfin, une dernière partie obligera à situer l’interdit chartrain dans un espace plus large en le confrontant à la topographie funéraire d’autres chapitres cathédraux : cela conduit à relativiser le caractère exceptionnel de cet interdit jusqu’au milieu du xive siècle.

1. Sépultures connues et élections de sépulture entre 1200 et 1500

2Pour connaître les lieux de sépulture, il faut compter sur les dalles funéraires subsistantes, les relevés d’inscriptions et les dessins modernes qui les ont reproduits, quand les localisations paraissent refléter un état initial. L’archéologie a toujours évité le sol de Notre-Dame, en dehors de quelques parties des cryptes [4]. La cité ne dispose pas de sources narratives nombreuses et les registres des délibérations du chapitre qui remontaient à 1298 ont presque tous disparu dans un incendie en 1944 [5]. Les sources nécrologiques éditées avant la dernière guerre ont en revanche gardé la mention de sépultures [6]. Les testaments canoniaux conservés livrent un échantillon suffisamment étendu pour être représentatif. Même si une élection de sépulture ne signifie pas que le disposant a été enterré dans le lieu désigné, il n’est pas anodin de savoir qu’aucun testament ne désigna une fosse dans la cathédrale. Le lieu de la mort conditionne aussi souvent la tombe. À la fin du Moyen Âge, un chanoine de Chartres n’était rarement que cela. Quand il cumulait à sa mort avec des bénéfices en d’autres endroits ou quand il exerçait des responsabilités apud sedem, dans la proche capitale au service du roi ou de son Parlement, cela multipliait les raisons d’être enterré loin des rives de l’Eure [7]. Dans ces conditions, que peut-on dire des sépultures avérées, d’abord entre 1200 et 1300 ?

3À Chartres comme ailleurs dans la France du nord, les testaments canoniaux conservés sont rares au xiiie siècle et leur usage n’était pas développé [8]. Ils n’indiquent qu’exceptionnellement une élection de sépulture [9], parce que celle-ci était abordée oralement avec pragmatisme sur le lit de mort [10]. Une église chartraine aurait pu attirer tous les corps de facto ou de jure, mais cela aurait laissé des traces. Dans le diocèse subsistent quelques dalles à effigie du xiiie siècle, avec une épitaphe, chez les bénédictins de Saint-Père de Chartres [11], en contrebas de la cité, et de Saint-Florentin de Bonneval [12]. Il doit s’en trouver d’autres dans ce diocèse étendu de la Loire (Blois) à la Seine (Mantes), en passant par le Vendômois et le Perche. Dans la cité, l’obituaire franciscain mentionne plusieurs sépultures canoniales [13], mais on déplore la perte de l’obituaire dominicain. Les deux ordres mendiants s’étaient installés dès les années 1230. Tel dessin pour Gaignières se souvient d’une précoce tombe double aux dominicains [14], au nord-est de la cathédrale, unissant le doyen Étienne de Grez († 1243) à son frère Henri, évêque de la cité (1244–† 1246) [15]. D’autres tombes, de simples chanoines cette fois, existaient encore chez les chanoines réguliers de Saint-Jean-en-Vallée fondés au nord des murs de la cité, par l’évêque Yves († 1116) [16]. Il pouvait se trouver un cloître cathédral avec des inscriptions obituaires, pas toujours connectées avec le corps qu’elles nommaient, mais on ne sait rien de cet improbable cloître qui n’est jamais cité, pas même dans l’ordinaire de la première moitié du xiiie siècle [17]. Ce manuscrit en revanche fait état d’un chapitre des plus intéressants sur les funérailles canoniales. On suit le corps de la maison canoniale à la cathédrale où étaient chantées les obsèques. Ensuite, tout à la fin de ce qui devait être fait dans la cathédrale, le chœur chantait In exitu Israel avec les autres séquences usque ad ecclesiam ad quam vadunt. Le clergé de la cathédrale accompagnait toujours le corps puisqu’il était prévu d’y entendre des psaumes et une antienne, avant de s’en retourner. Le choix de l’église était donc laissé libre et il n’était pas question d’un cimetière à l’air libre. Une seule possibilité était clairement spécifiée, comme si elle révélait l’usage dominant. En effet, l’ordinaire ajoutait que « si » le corps devait être porté à l’abbaye Saint-Père ad sepulturam, prières et chants se répartissaient entre les chanoines, le semainier du chapitre, l’abbé et le prêtre de l’église voisine de l’abbatiale, dédiée à saint Hilaire, avant de porter le corps ad sepulchrum[18]. Cela laisserait supposer que la plus ancienne abbaye, extra muros, recevait depuis longtemps nombre de chanoines de la cathédrale, ce que les cartulaires et la chronique du moine Paul (deuxième moitié du xie siècle) ne permettent curieusement pas de confirmer. Or l’on sait que les évêques et de grands personnages y reposèrent régulièrement du ixe siècle à 1060 [19]. Les bénédictins de Saint-Père auraient donc pu prétendre un temps au privilège des sépultures des évêques et des chanoines, au moins jusqu’au début du xie siècle, juste avant la rédaction de la chronique et des cartulaires, mais alors pourquoi auraient-ils détruit les anciens diplômes relatifs aux inhumations ? Les liens avaient cependant été forts entre Notre-Dame et Saint-Père ; un évêque avait donné douze prébendes dans la cathédrale aux bénédictins en 950, sans l’associer à des prières mutuelles ou à des considérations funéraires. Le nombre avait été réduit ensuite à six.

4Les fondations connues par les obituaires et les archives du chapitre, abondantes, ne mentionnent jamais de tombes à Notre-Dame. Des chanoines finançaient en revanche l’inscription de leur nom associé à leur portrait de donateur dans ses baies vitrées [20], ce qui constituait une memoria plus insigne et pérenne qu’un monument funéraire. Nonobstant, certains chanoines ont pu être enterrés sans monument et sans la moindre inscription, dans une église, en plein air dans un cimetière et même a priori dans la cathédrale [21]. Au nord de la cité, à Lèves, les bénédictins de Josaphat durent aussi accueillir quelques corps [22]. Pour ne considérer que le Chartrain, on remarque donc au xiiie siècle une dispersion des sépultures canoniales dans les églises régulières de la cité et des faubourgs, sans jamais conduire dans la cathédrale ou spécifiquement dans une seule église. L’historiographie minore trop le transitus des chanoines et les prises d’habit inarticulo mortis qui disent assez que les individus concernés ne voulaient pas mourir en chanoine séculier, fût-ce d’une cathédrale réputée. Le nécrologe de la cathédrale en usage aux xiexiiie siècles indique plusieurs fois, sans citer de lieu précis, tel chanoine qui ex canonico monachus fuit[23].

5Comme il a été dit, les testaments des xivexve siècles ne rendent pas compte de toutes les inhumations demandées et obtenues, mais il n’est pas anodin de constater qu’aucun ne coucha la cathédrale ou son cloître putatif comme un lieu possible, fût-ce sous la forme d’une alternative dépendant du bon vouloir des chanoines. Parfois, un testament mentionne une sépulture canoniale, indiscutable, car celle-ci sert alors de repère topographique. Sans compter les lieux dispersés dans le diocèse [24] et au-delà, puisqu’il est question ici de la topographie funéraire de Chartres, les tombes canoniales étaient demandées dans une dizaine de lieux de la cité et de sa banlieue, sans révéler de mouvement vers une église particulière à un moment donné. En dehors de la léproserie qui put accueillir un chanoine malade, des collégiales Saint-Maurice et Saint-Aignan, du prieuré bénédictin extra muros Saint-Martin-en-Val [25], toutes les églises étaient concernées. Ce furent à des degrés divers l’abbaye Saint-Père [26], la collégiale Saint-André [27] en contrebas du palais épiscopal, l’abbaye Saint-Jean-en-Vallée [28], les dominicains [29] et les franciscains [30]. De simples églises paroissiales étaient aussi désirées, parce qu’un chanoine habitait à proximité, y avait été baptisé ou y avait sa famille [31]. À l’ombre de la cathédrale, de modestes lieux pouvaient aussi abriter le repos des chanoines, sans être particulièrement convoités. Il se trouvait d’abord deux prieurés de Saint-Jean-en-Vallée, le prieuré-cure Sainte-Foy [32] à l’ouest de Notre-Dame et duquel relevait le quartier canonial, le prieuré Saint-Étienne dans le cloître, au sud-est de la cathédrale [33]. C’étaient enfin la chapelle de l’hôtel-Dieu, appelé Aumône de Notre-Dame, sur le parvis [34], et la chapelle Saint-Nicolas dans le cloître [35], au nord de l’église-majeure et à l’ouest du palais épiscopal. Dans la banlieue de la cité, seuls les chanoines réguliers de Saint-Chéron [36] sont convoités. Le choix des chanoines n’était bridé par aucune contrainte, dès lors que la communauté désignée l’agréait, que le lieu de la mort n’empêchait pas le transport du corps [37] et, selon toutes les apparences, dès lors que le choix ne se portait pas sur la cathédrale. En dépit de toutes ces possibilités, en 1358, des chanoines voulurent rapprocher encore davantage de la cathédrale certaines de leurs tombes, sans se contenter du sol des chapelles et des prieurés qui la voisinaient. Même s’il n’était pas éprouvé par tous les chanoines, ce besoin s’était fait sentir dans les discussions et il a été entendu.

6Le cimetière en question ne serait sans doute pas apparu si l’étroit terrain situé entre la terrasse dominant la vallée de l’Eure et le chevet de la cathédrale n’avait pas été perturbé trois décennies auparavant. Le chapitre avait en effet décidé en 1323 de bâtir hors œuvre une nouvelle salle du chapitre en pierre et ita altum quod possit introcedere seu ire ab ecclesia in dictum capitulum sine aliquo descensu vel ascensu[38]. L’année suivante, il prit la décision de transférer à l’étage de la future salle capitulaire la chapelle de la cathédrale dédiée à saint Piat [39]. Notre-Dame n’avait que trois modestes chapelles ouvertes sur le déambulatoire, mais aucune chapelle semble-t-il ne donnait sur les bas-côtés ou le transept. Ce fut sous l’épiscopat d’Aymeric de Châtelus (1332–1342), vers 1335, que les travaux de l’étage de la salle capitulaire commencèrent. Devenu cardinal en 1342 et renonçant à Chartres, ce Limousin reçut une prébende canoniale dans son ancienne église dès 1343. Il fonda par testament en 1349, l’année de sa mort in curia, un collège de douze chanoines dépendant du chapitre cathédral. Moyennant la somme considérable de 12 000 florins, « le cardinal de Chartres » voulut les installer dans l’imposante chapelle Saint-Piat [40]. Les exécuteurs du testament respectèrent les volontés : la somme apparaît dans un obituaire de la cathédrale en évoquant duodecim canonicorum seu capellanorum Sancti Piati[41]. La chapelle fut directement reliée à la cathédrale par un escalier béni en 1358. Les actes la disent in ecclesia Carnotensis pour la rattacher canoniquement au chapitre, mais elle est bien distincte de Notre-Dame et son sol ne lui permet pas de servir de cimetière. Après le rapide achèvement de la chapelle Saint-Piat, les chanoines décidèrent alors en chapitre général en 1358 que la place située entre cette chapelle et le palais épiscopal, recevrait « une chapelle ou un oratoire » et « un cimetière pour ensevelir les chanoines » de la cathédrale. Le vidame de Chartres [42] céda alors un bout de terre pour agrandir le cimetière, recevant des chanoines, pour lui et ses successeurs, la possibilité d’y reposer avec eux, comme si c’était une sépulture privilégiée en soi. Il se trouvait donc des chanoines qui voulaient une fosse anonyme au plus près de Notre-Dame et de la salle qui les rassemblait le matin pour la lecture de l’obituaire, plutôt qu’une coûteuse dalle à leur effigie et à leur nom. La délibération capitulaire est rédigée de telle sorte qu’on ne peut dire si le cimetière seul devait accueillir des corps, ou si l’oratoire était une autre possibilité. Le chapitre précisait que le cimetière se situerait aussi contre le « lieu dans lequel siège le chapitre sous la chapelle Saint-Piat, avec cet auvent (porticus) qui est entre ladite chapelle et l’église de Chartres [43] ». Le succès de cette entreprise est difficilement mesurable [44], mais l’existence, après 1360, de tant de tombes et d’élections de sépulture en dehors de ce cimetière prouve que la quasi-totalité des chanoines voulut toujours une sépulture dans une église, sans se soucier particulièrement d’une proximité physique avec la cathédrale. Cet endroit devenu « le cimetière du chapitre », était certainement sans précédent (fig. 1 [45]). Si un cloître avec au moins une galerie avait existé, n’aurait-il pas été préféré à cette création ? On doit aussi se demander si la nouvelle salle capitulaire eut les faveurs d’éminents chanoines, puisque c’était un lieu d’inhumation privilégiée en milieu régulier.

7Une seule élection de sépulture la désigna, non sans prendre le soin d’apporter une justification qui témoignait de son caractère audacieux. Le 30 juillet 1399, le chanoine Pierre Guete (ou Gayte) le jeune voulut donner par testament la somme considérable de 1 000 l. et treize arpents de vigne au chapitre, à la condition de ne pas poursuivre ses héritiers pour des réparations et de reposer dans la salle capitulaire :

8

Item sepulturam meam eligo in medio capituli prefate ecclesie Carnotensis videlicet ante imaginem beate Marie Virginis que imago depicta est in capite ipsius capituli […] inter duos coffros ibidem existentes […] deinde volo non ratione putrefactionis corporis mei sed propter reverentiam et honorem dominorum meorum predictorum, ibidem pluries et multociens in capitulo existentium, quod supra corpus meum ponatur una tumba lapidea precio octoginta francorum auri […] [46].

9Si la clause d’inhumation n’était pas respectée, le chapitre n’hériterait de rien. Ce passage en principe situé après la recommandation de l’âme du disposant, au deuxième item, fut ici couché tout à la fin du testament. Rien ne prouve que la fosse y fut creusée, elle est même peu probable [47], mais c’était déjà beaucoup que ce chanoine ait pu l’espérer. Le disposant insista sur la détestation des corps putrides, alors même que la salle était indépendante de la cathédrale, peut-être contrairement à l’ancienne… dont on ne sait rien. Certains chanoines pouvaient aussi considérer que la salle capitulaire était une excroissance de la cathédrale, et ce faisant une partie d’elle. Dès lors, ceux qui désiraient le plus conserver l’interdit des corps dans la cathédrale, craignaient sans doute qu’agréer le vœu de leur confrère revenait à préparer les tombes de demain entre les murs de Notre-Dame et dans ses cryptes. Pierre Guete connaissait de longue date le chapitre auquel il appartenait depuis 1348. Resté sous-diacre, il était le fils d’un trésorier général des finances (1359) originaire de Clermont et le frère de Pierre l’aîné, chanoine de Chartres mort en 1395 dont on ne connaît ni le testament ni la tombe [48].

10Même à la fin du xve siècle, tout milite pour considérer qu’un chanoine n’a jamais pu, ni même voulu, élire sépulture à l’intérieur des murs de la cathédrale de Chartres, pas même dans la salle capitulaire bâtie hors œuvre dans les années 1320. Et c’est aussi le cas des évêques : entre 1200 et 1500, ces derniers sont dispersés dans la cité chez les mendiants (8), dans ses abords à Josaphat (1), Saint-Jean-en-Vallée (2) et Saint-Chéron (2), mais aussi jusqu’à Paris (3), Avignon (1) et ailleurs (4), en fonction du lieu de leur mort, de leur famille ou de leurs cursus [49]. Par ailleurs, que l’on sache, aucun autre corps n’a jamais été enseveli dans la cathédrale de Chartres. L’interdit y est donc souverain et strict, sans pour autant que les chanoines négligent la cathédrale pour entretenir leur mémoire à travers obits et chapellenies. Notre-Dame de Chartres se singularise par le faible nombre de chapelles dans son déambulatoire, son transept et sa nef, à comparer avec les cathédrales voisines. Par exception avec ce qui est observé généralement ailleurs en plein xve siècle, les fondations spirituelles voulues dans la cathédrale par les chanoines et les évêques sont à Chartres nécessairement disjointes de leurs cadavres. Il ne saurait être question de messe suivie d’une absoute faite par l’officiant sur la tombe du fondateur. Finalement, la mémoire des chanoines rejoignait par nature celle donnée aux évêques qui en avaient voulu une et à celle de quelques personnes royales, princières, comtales et cardinalices. Même un cardinal passé par le siège de Chartres [50] ou possédant à sa mort une dignité voire un simple canonicat à Chartres n’a pas essayé de reposer à Notre-Dame, désirant une tombe « supra-privilégiée [51] ». Les fondations de Chartrains ou de chevaliers du diocèse, souvent parents d’un chanoine, étaient exceptionnelles, tout au plus a-t-on accepté au xiiie siècle que des métiers financent un vitrail. On peut maintenant se demander si les clercs ont cherché à motiver cette interdiction des sépultures ou si la force des habitudes suffisait à tous pour se garder d’enfreindre cette pratique.

2. La justification de l’interdit des corps en 1475

11Pour expliquer un interdit funéraire au sein de la cathédrale, une seule archive arrête l’attention [52], celle rendue le 3 juin 1475 par les maîtres des requêtes du roi dans un conflit opposant l’évêque aux chanoines [53]. Elle livre une construction intellectuelle alors partagée par tous. Le litige n’était pas porté devant l’archevêque de Sens, le primat de Lyon ou le pape. Le Parlement ne disait pas le droit dans son abstraction, mais il devait composer avec la coutume et le contexte local, l’ancienneté d’un usage, dont relève l’histoire funéraire.

12Ancien maître des requêtes lui-même (1443) et conseiller au Parlement (1448–1459), l’évêque Miles d’Illiers gouvernait son diocèse depuis son élection soutenue par le roi en 1459. D’une famille seigneuriale du Chartrain en pleine ascension, le plaignant avait été le doyen du chapitre pendant seize ans et son sous-doyen quatre autres années. Ce docteur in utroque et ancien régent de la faculté de décret de Paris fut un procédurier autoritaire durant son long épiscopat (1459–1492) : on ne compte pas les procès engagés contre le chapitre cathédral et les communautés ecclésiastiques de son diocèse. En 1475, sa plainte commença par dire que la cathédrale était la plus ancienne église de la chrétienté fondée en l’honneur de « la Vierge qui enfanterait », avant l’Incarnation. L’évêque ne faisait que reprendre ce qui n’était pratiquement pas discuté depuis 1322, dans le nord de la France tout au moins, quand plusieurs chapitres cathédraux consultés pour appuyer l’exemption totale de leurs confrères écrivirent que la Vierge « alors qu’elle vivait encore parmi les hommes, avait élu l’église de Chartres pour être son temple [54] ». La mythographie chartraine coucha encore cela par écrit dans la « vieille chronique » composée entre 1389–1400 et 1422. En revanche, Miles d’Illiers fut, à notre connaissance, le premier à en tirer une conséquence en écrivant par analogie que la cathédrale était vierge de toute inhumation : Notre-Dame était restée depuis sa fondation entière et non corrumpue sans ce que oncques pape, cardinal, evesque, roy, prince, ne autre personne de quelque estat y eust esté inhumé ne enterré pour quelconque don, bienfait ou legs qui eust esté fait aux évesques, chappitre, ne à la fabrique d’icelle église, et en signe de ce et de la grant virginité de nostre Dame et aussi de la terre de son église de Chartres[55]. L’évêque était-il le premier à le penser ou seulement le premier à formaliser ce qui était admis par tous ? Il appliquait la virginité de la mère de Dieu au sol de la cathédrale, dès lors sur-sacralisé. Par cette liste prestigieuse incluant jusqu’au pape, il voulait dire que même les legs pro sepultura des plus Grands avaient été de tout temps inconcevables. La liste prenait soin d’exclure tous ceux qui ici et là pouvaient prétendre à une sépulture privilégiée dans des églises élitistes. Les chanoines étaient absents de l’énumération tant ils étaient bas dans la hiérarchie mentale de Miles d’Illiers. Alors qu’en certaines cathédrales, l’évêque et les chanoines s’entendaient pour se réserver la cathédrale comme cimetière, à Chartres, l’évêque excluait les chanoines de toute inhumation possible dans « leur » église – sans la demander pour lui-même – sous le prétexte que des personnes plus éminentes qu’eux ne l’avaient jamais obtenu. Notre-Dame de Chartres était encore plus fermée que le chœur des chartreuses accueillant depuis au moins un siècle laïcs, évêques, cardinaux et papes. De surcroît, l’évêque ajouta une autre liste, celle des lieux sans sépulture par contagion de la pratique observée dans la cathédrale, lors même qu’il savait la chose partiellement vraie : et semblablement toutes et chascunes les chappelles qui estoient [dans la cathédrale] et sont entour d’icelle […] dedans ladicte église trente six, et dedans le circuit d’icelle […] et empres ladicte église autant comme un gect de pierre en y avoit et a quatre. Le pontife énuméra donc les quatre chapelles (fig. 2), aujourd’hui disparues, voisines de la cathédrale et qui ne devaient pas recevoir de corps, du moins en principe. Primo, il y avait la chapelle du palais épiscopal, appelée l’oratoire de l’évesque, que Miles d’Illiers disait fondée par son prédécesseur saint Lubin [56]. Secundo, c’était la chapelle Saint-Nicolas au milieu, précise encore le plaignant, de la cour épiscopale, avec une entrée donnant sur le palais et une autre sur le cloître. Celle-ci est restée entière et non corrumpue de corps humain et ny avoit en ladicte chappelle fons ne sains huilles ne le corps Jesucrist ny reposoir ne aussi n’estoit point benoiste ne aussi les hautelz. Elle servait, selon l’évêque, au chapitre quand la cathédrale était empêchée. Elle accueillait des fondations et une messe quotidienne pour la confrérie de la Conception Notre-Dame composée de bourgeois, et ce, par concession épiscopale. Le danger de la corruption cadavérique était encore soulignée [57]. Tertio, la chappelle ou prieuré Saint-Étienne se situait sur la paroisse du prieuré-cure Sainte-Foy, dans le cloître, au sud-est de la cathédrale. Miles d’Illiers tenait à dire que pareillement n’avoit point de peuple et par consequent point de sépulture[58]. Il ajoutait avoir toute juridiction sur elle. Enfin, quarto, la chapelle de l’hôtel-Dieu, également dans le cloître, avait le privilège d’enterrer les pauvres dont le maître et administrateur avait la cure des âmes, et ce, encore une fois, par concession épiscopale. C’était bien la seule permission de sépulture qui était concédée dans l’entourage immédiat de Notre-Dame.

13À la vérité, l’évêque n’avait pas à justifier l’absence des corps dans la cathédrale, mais il lui fallait plutôt maintenir un – supposé – interdit similaire dans trois des quatre plus proches chapelles qui la voisinaient. Il disait devoir exercer pleinement la juridiction temporelle et spirituelle sur ces quatre chapelles, à défaut de pouvoir le faire dans la cathédrale : c’était là le vrai motif du procès. Le plaignant ne pouvait plus se faire entendre de ses chanoines sans passer par la justice royale, après de nombreuses escarmouches [59]. Tous les prétextes étaient exploitables et c’était le testament d’un chanoine qui provoqua cette plainte-ci. Le pontife avait été horrifié – disait-il – par l’élection de sépulture, deux ans auparavant [60], du chanoine Jacques Hodierne dans la chapelle Saint-Étienne. L’évêque et l’abbé de Saint-Jean-en-Vallée, duquel dépendaient le prieuré-cure Sainte-Foy et ladite chapelle, avaient empêché le chapitre de transporter le corps à Saint-Étienne. Ils rappelèrent aux chanoines que le corps devait être porté comme il se devait, soit dans l’église paroissiale de Sainte-Foy de laquelle relevaient les chanoines, soit à Saint-Jean-en-Vallée, deux lieux sous la juridiction spirituelle de l’évêque [61]. Miles d’Illiers croyait aussi devoir rappeler qu’en vertu des ordonnances de ses prédécesseurs, non seulement aucune chapelle du diocèse ne devait recevoir la moindre sépulture sans concession épiscopale [62], mais plus encore, tout chanoine mort devait être porté en procession par le doyen et le chapitre à Saint-Jean-en-Vallée pour y entendre un service solennel et y être enterré (!). En outre, les chanoines réguliers disaient assurer une messe quotidienne pendant un an à la mémoire du chanoine à partir du jour de son inhumation, contre les gros fruits de la prébende autrefois perçue par le défunt pendant la même durée : le chanoine qui succédait au défunt dans cette prébende ne touchait donc plus ces fruits la première année. De fait, ces conventions sur les annates des prébendes de la cathédrale, connues ailleurs, avaient été établies au temps d’Yves de Chartres. Cet évêque avait aussi donné à « son » abbaye une prébende et une stalle à Notre-Dame. Des prières entre les deux églises soudaient les deux communautés. Comme nous l’avons dit, bien des chanoines de Notre-Dame avaient été enterrés chez les augustins, certains même avaient renoncé au siècle en y prenant l’habit [63]. Deux évêques de Chartres seulement, Jean Pasté († 1332), ancien doyen du chapitre, et Ebles du Puy († 1380), ancien sous-doyen, avaient librement décider de reposer à proximité du vénérable Yves. Seulement, trois siècles après l’ordonnancement voulu par celui-ci, Saint-Jean-en-Vallée avait depuis longtemps perdu le monopole des corps des chanoines de la cathédrale, à supposer qu’il exista [64]. Si leurs testaments s’acquittaient régulièrement d’une somme au prieur-curé de Sainte-Foy, les chanoines demandaient des obsèques principales un peu partout, mais surtout dans la cathédrale. Le curé dont la paroisse incluait la cathédrale et le cloître, se trouvait lésé dans ses droits, et le curé d’alors n’était autre que l’abbé de Saint-Jean-en-Vallée, prieur commendataire de Sainte-Foy. En 1475, les chanoines venaient d’horizons bien trop divers et étaient largement indépendants de l’autorité épiscopale, pour obéir au rappel épiscopal de l’usaige et commune observance relatifs à leur tombe, peut-être inventés. L’évêque voulait imposer une tutelle spirituelle aux chanoines morts dans la cité et profitait de la tombe empêchée de Jacques Hodierne pour affirmer que le doyen et le chapitre, subgetz et justiciables dudit évesque avoient voulu inhumer et ensépulturer le corps d’un chanoine sans l’auctorité dudit évesque, ce qui était faire peu de cas de l’exemption de facto dont jouissait le chapitre depuis un siècle et demi. Si l’on en croit l’évêque enfin, l’opiniâtreté des chanoines était allée loin, car le chapitre voulu faire ensépulturer en ladicte église de Chartres le corps du chanoine Jean Beuffroy [65] au moyen d’un legs. Rien ne permet de vérifier ce qui aurait été une rupture majeure dans l’histoire funéraire de la cité, mais la tentative d’inhumation paraît peu probable : le chapitre ne s’en défendit pas et le testament s’est perdu. Puisque cette tombe rompait l’immunité de ladite église de Chartres et pour éviter le scandalle et contre les inhibicions à eulx faictes par ledit évesque, le chapitre décida d’inhumer le défunt dans la chapelle Saint-Nicolas, ce qui n’était pas davantage permis à suivre le raisonnement épiscopal susdit. Ce chanoine ne paraît pas avoir été exhumé.

14Miles d’Illiers avait été consacré, il ne raisonnait plus comme le chanoine qu’il avait été pendant 27 ans, même s’il se trouvait plusieurs de ses parents dans les stalles : le doyen (1459–1509) était même son propre frère, Charles. On aurait pu imaginer que l’évêque veuille créer une hiérarchie des espaces funéraires et négocier avec les chanoines : le chœur et le sanctuaire pour les évêques et les corps de sang royal, ou seulement une chapelle axiale ou un transept pour les évêques, le reste pour les chanoines [66]. Les gens du roi donnèrent provisoirement raison au chapitre jusqu’à la fin de l’enquête et du procès. Le 31 décembre 1475, un sergent du bailli de Chartres présenta les lettres du 3 juin précédent à l’évêque, lequel exprima le désir de faire appel [67]. L’année suivante, le Parlement donna tort à Miles d’Illiers [68].

15À la fin du xve siècle, l’évêque défendait la virginité de la cathédrale et les espaces consacrés de ses abords pour y imposer sa juridiction, contre l’exemption revendiquée des chanoines : les griefs relatifs aux inhumations étaient un prétexte et au fond, il n’est pas certain que la cathédrale de Chartres ait été menacée par l’entrée d’un seul cadavre. Dans l’acte provisoire rendu par les maîtres des requêtes, le chapitre ne se défendait pas aussi longuement que l’évêque : il mettait en avant des arguments plus simples, mais plus forts, sans revendiquer un « droit » à reposer à Notre-Dame. Le chapitre répondit qu’il relevait immédiatement du pape au spirituel, du roi et de son Parlement au temporel, sans jamais citer une quelconque bulle d’exemption : c’était le nœud de l’affaire. Les défenseurs ajoutaient que les églises paroissiales et les chapelles du diocèse dont ils possédaient la collation jouissaient également des mêmes privilèges. Jusque dans le détail, ils contredirent l’évêque en affirmant que la porte principale de la chapelle Saint-Nicolas au cloistre, soumise à leur juridiction, ouvrait par conséquent sur le cloître et non sur le palais, que cette chapelle abritait deux chapellenies à leur collation et que plusieurs laïcs y avaient été enterrés du seul consentement capitulaire [69]. Ils achevèrent en défendant leur privilège d’élire sépulture dans cette chapelle, comme l’avait demandé et obtenu Jean Beuffroy, ou en autres telles églises du diocèse de Chartres que bon leur sembleront réservé en l’église cathédral de Chartres, sans besoin du consentement de l’évêque. Il en allait de la liberté d’élection de sépulture des chanoines, notamment contre les prétentions de Saint-Jean-en-Vallée. Il semble bien que Miles d’Illiers mentait en faisant état d’une élection de sépulture dans la cathédrale.

16Les chanoines ne discutaient pas l’absence de sépulture à Notre-Dame : il y avait consensus de l’évêque et du chapitre sur ce point, ce qui est loin d’être banal. En d’autres cités, c’était tantôt le pontife, tantôt des chanoines qui émettaient le désir d’enfreindre cet interdit quand il existait. Parfois aussi, les chanoines étaient les conservateurs de pratiques liées à la cathédrale dont ils étaient les principaux usagers. À Chartres, il fallut une rude obéissance doublée de pesanteur pour que des chanoines, venus de tout le royaume sinon de toute la chrétienté, ne provoquent pas un débat sur l’étrangeté d’une telle pratique funéraire, du moins aux xive-xve siècles. Cet éventuel souci ne devait toutefois concerner que ceux qui pensaient mourir à l’ombre de Notre-Dame, sous l’aumusse. Or, en dépit de la disparition des registres des délibérations, réparée partiellement par les notes de Souchet, les chanoines semblaient avoir intériorisé sans discussion que ce qui était possible dans bien des cathédrales ne l’était pas à Chartres. Aucun dignitaire ne se risqua à contrevenir à la pratique, que d’aucuns appelleraient « tradition », en couchant la cathédrale comme un lieu d’inhumation possible parmi d’autres.

17On a par exemple le luxe de disposer de deux testaments de Philippe de Talaru, doyen de Chartres (1360-† 1381) et chanoine de Lyon à sa mort, ce qui permet de noter des évolutions que la conservation ordinaire d’un seul testament ne permet pas d’établir. Testant en 1365, ce conseiller du roi élisait sépulture dans la cathédrale de Lyon devant l’autel construit par lui et son frère, doyen du chapitre. S’il s’éteignait à Chartres ou à proximité, il voulait être déposé à Saint-Jean-en-Vallée, par conséquent dans la supposée tradition du chapitre cathédral, près du maître-autel. Seulement, après un délai, ses os seraient transportés jusqu’à Lyon, une pierre continuant ensuite de marquer au sol l’ancienne présence de son corps. Si jamais les guerres l’empêchaient, parce que l’abbaye était extra muros, le doyen se rabattait sur le prieuré Saint-Étienne dépendant de Saint-Jean-en-Vallée, dans le cloître, ce qui était clairement un pis-aller. Dans tous les cas, il finançait ses obsèques dans la cathédrale. Testant à nouveau en 1379, il demandait encore idéalement la cathédrale de Lyon devant l’autel fondé par son frère devenu archevêque [70]. S’il mourait à moins de trois jours de Chartres, il voulait être inhumé près du maître-autel de Saint-Jean-en-Vallée, avant le même transfert de ses os sur les bords du Rhône. Ses obsèques étaient prévues dans la cathédrale, et les chanoines de la collégiale Saint-André devaient dire au préalable les vigiles dans sa maison canoniale. Ce frère d’archevêque et doyen du chapitre cathédral reposerait donc à Chartres dans une abbaye, mais à Lyon dans une cathédrale dans laquelle il avait une simple prébende canoniale. Un autre testament illustre en négatif l’impossibilité de reposer dans la cathédrale de Chartres, alors que c’est, encore une fois, le type d’église exigé si la mort frappait dans une autre cité. Ainsi, en 1434, le prévôt de Normandie au chapitre de Chartres Jacques de Templeuve voulait-il être inhumé dans la collégiale Saint-André s’il mourait dans la cité, mais devant l’autel de Notre-Dame de l’Aurore dans la cathédrale d’Arras dont il était le chanoine s’il décédait en Artois [71]. Alors qu’on connaît, en d’autres cathédrales, des demandes exorbitantes de chanoines élisant sépulture au chœur, on ne trouve rien de tel à Chartres. Cela s’observe-t-il aussi chez de grands laïcs ?

18Quand le comté de Chartres était tenu par les comtes de Blois puis par les Valois-Alençon, ceux-ci étaient enterrés aux xiiie-xive siècles loin des rives de l’Eure. La cité releva définitivement de la Couronne en 1346 : Chartres ne fut pas donné ensuite en apanage, ce qui réduisait la probabilité qu’un comte ou un duc exige de reposer à Notre-Dame [72]. Les évêques et les chanoines ne poussèrent pas la détestation de la pourriture des corps jusqu’à interdire l’entrée des cercueils au moment des obsèques principales : c’était le sol qu’il fallait préserver. Une seule exception paraît avoir existé cependant, d’autant plus surprenante qu’elle viendrait d’un laïc. Louis de Bourbon, comte de Vendôme au diocèse de Chartres et cousin du roi, fut autorisé par le chapitre à construire l’unique chapelle ouvragée de la nef, sur le côté sud. Il l’avait voulue en action de grâce pour sa libération miraculeuse le jour de l’Annonciation 1413 après huit mois passés dans les prisons de son frère aîné, le comte de La Marche : la peine n’avait pas été insurmontable [73]. Fort opportunément, la veille de l’Ascension, le comte avait alors rencontré le chapitre en procession et s’était joint à lui [74]. Il était bien connu des membres de cette institution : en 1408, il avait été présent lors de la joyeuse entrée de Martin Gouge auquel il prêta ensuite hommage pour son fief des Roches-l’Évêque à l’ouest de Vendôme [75]. Le même jour se trouvaient aussi plusieurs membres de sa famille : le comte de La Marche et deux cousins, l’ancien chanoine de Chartres Jacques de Bourbon, archidiacre de Sens représentant l’archevêque, et Charles de Vendôme, vidame de Chartres. Grand chambellan de France en 1408, Louis de Bourbon devenait aussi le 15 novembre 1413 grand maître de l’hôtel du roi [76]. Contre une rente de 73 livres tournois, la fondation d’une messe avec procession le lendemain de cinq fêtes de la Vierge prévoyait dès 1413 d’aller dans la future chapelle, et après la mort du comte, d’y dire un De profundis avec l’oraison Inclina, avant de jeter de l’eau bénite sur la sépulture où gerra son cuer. Le corps fut inhumé en 1446 dans la collégiale Saint-Georges de Vendôme dont le comte était le patron [77], mais son cœur eut le privilège de reposer dans la chapelle familiale dédiée à l’Annonciation, connue ensuite sous le nom de « chapelle de Vendôme ». Les registres des délibérations capitulaires auraient peut-être révélé un débat sur ce privilège bien surprenant, aussi bien quand le chapitre accepta la fondation en décembre 1414 qu’en 1446. Louis de Bourbon-Vendôme était devenu l’un des plus proches officiers du roi fou et pour longtemps membre de son conseil [78]. Sa fidélité à Charles VII dès l’époque où cela était risqué emporta peut-être l’adhésion des chanoines de 1446 [79]. Sa famille représentée sur la baie vitrée montrait deux couples royaux qui imposaient aux autres leur majesté. Le cœur était tolérable, non le corps. Il est probable que le cœur du descendant de saint Louis fut déposé dans un coffret et mis sur un pilier ou un socle contre le mur extérieur qui semble d’ailleurs avoir reçu deux enfeux [80]. L’une de ces deux niches aurait même pu recevoir un gisant contenant le cœur. Le sol de la chapelle se trouve en hauteur par rapport au sol de la nef et repose sur des piliers visibles de l’extérieur, en dehors de l’emprise des cryptes. Était-ce une façon de montrer que, comme la chapelle Saint-Piat, celle de Vendôme n’était pas vraiment dans la cathédrale ? En raison des colonnettes s’élevant en retour sur l’entrée de la chapelle, A. Prache pense que celle-ci avait succédé à une autre. Le sol consacré d’une église ou d’un cimetière pouvait être souillé par le sang ou la semence, rendant la réconciliation du lieu obligatoire par un évêque. Or il faut bien ajouter à Chartres que la présence des os et de la chair putride dans le sol souillait aussi le lieu consacré. L’inhumation « à la hussarde » d’un évêque aurait été possible, mais aucune élection de sépulture [81] n’a été tentée en ce sens, en laissant s’accorder les exécuteurs et les chanoines. Le chapitre aurait obtenu l’exhumation du corps et peut-être demandé la réconciliation du lieu. Un évêque aurait pu demander la sépulture de son cœur après le précédent créé en 1413. Il fallut attendre la fin du xve siècle pour trouver une justification de l’interdiction des corps dans la cathédrale, comme une conséquence de la relation unique nouée entre Marie et cette église. Sans pareille écriture des origines, l’interdit des corps aurait dû s’appuyer sur une autre base.

19Grâce à l’étude du vaste corpus chartrain menée par N. Balzamo, on sait que l’origine virginale de la cathédrale de Chartres apparut à la vérité tardivement [82]. Deux fondations de seigneurs du diocèse l’indiquèrent, sous la dictée des chanoines et sans besoin d’évoquer un supposé interdit des sépultures. En 1330, le comte de Dreux dota une chapelle dans la cathédrale fondée en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie […] avant qu’elle ne montât au ciel, et donna une rente à l’œuvre de l’église dans les mêmes termes [83]. En 1351, le seigneur de Laferté-Bernard, Pierre de Craon, fonda une messe à l’autel du Crucifix en l’honneur de la benoiste Vierge Marie et de son église de Chartres, laquelle comme si tient fut fondée en son vivant et elle estant en terre avecques les sains Apoustres au temps de l’Ascension Nostre Seigneur[84]. Le rappel se fit plus régulier ensuite, de la volonté du chapitre plus que de celle des évêques. Trois semaines avant la défaite de Poitiers de 1356, Jean II fut le premier roi à faire état de la même origine alors qu’il accordait au chapitre le privilège de n’être jugé au temporel que par le Parlement de Paris [85]. La « vieille chronique » rédigée entre 1389–1400 et 1422 raconta ensuite que le premier évêque envoyé par saint Pierre avait trouvé des chrétiens à Chartres : Sens n’avait donc pas évangélisé la cité et Chartres méritait de longue date son exemption [86].

20Malgré la justification épiscopale de 1475, l’interdit des corps dans la cathédrale de Chartres n’appartient pas à la mythographie mariale, ce qui ne manque pas d’étonner en raison de son caractère exceptionnel passées les années 1350. Un large consensus sur la prohibition des sépultures perdura entre 1200 et 1500, et même au-delà, aussi bien chez les chanoines que les évêques. Les Chartrains laïques étaient bien trop insignifiants pour vouloir reposer à Notre-Dame. D’autres interdits sont documentés ailleurs, et point ne fut besoin de les justifier par une origine mariale immaculée de la cathédrale. Depuis quand l’absence d’inhumation canoniale à Notre-Dame de Chartres peut-elle être qualifiée d’exceptionnelle ? La réponse ne peut faire l’économie d’une comparaison avec d’autres cathédrales, sans quoi cela supposerait que toutes servaient par nature de cimetière aux chanoines qui le voulaient. S’il fallut attendre 1475 pour lire une interdiction explicite des sépultures dans la cathédrale chartraine, cela pourrait être lié à la perte de mentions antérieures. Cela pourrait aussi signifier que le besoin de justifier cet état ne devint criant qu’à la fin du xve siècle, sans quoi on s’étonne que la chronique des évêques et ses interpolations ne prirent jamais le soin d’expliquer, fût-ce par une incise, pourquoi tant de prélats ne furent jamais enterrés dans leur cathédrale. Pour ne pas considérer le cas chartrain comme une exception dès 1200 et tomber dans l’écueil de la monographie, on doit donc chercher des actes confirmant ou brisant l’interdit des sépultures canoniales en d’autres cathédrales [87], car il y eut bien des interdits explicites.

3. L’entrée tardive des corps canoniaux en d’autres cathédrales

21Les preuves sont essentiellement écrites. Les fouilles archéologiques dans les églises majeures sont aussi rares que partielles, et quand bien même, sans endotaphe, il est difficile d’attribuer un squelette à un chanoine. La connaissance de certaines cathédrales et des pratiques funéraires des chanoines est parfois impossible entre 1200 et 1500, en raison des destructions des édifices (Arras, Cambrai, Orléans, Thérouanne), de l’absence de monuments funéraires ou de dessins modernes les reproduisant (Auxerre, Rouen [88]), de la modestie des sources nécrologiques, du mutisme des sources narratives ou encore de la quasi-disparition des testaments (Avranches, Bourges, Coutances, Évreux, Orléans, Meaux, Nevers, Sées, Senlis, Soissons, Thérouanne). Il est par conséquent insensé d’avancer une chronologie, même approximative, de l’entrée des corps canoniaux dans les cathédrales de ces cités et a fortiori à l’échelle d’un royaume. Or les monographies de cathédrale ou de chapitre, nécessaires, laissent parfois entendre que les phénomènes observés dans le domaine funéraire relèvent de l’évidence, sinon d’un mouvement général. Il en est de l’entrée des chanoines dans les cathédrales, comme de l’histoire du cimetière [89] : chaque Église a son histoire, comme chaque cathédrale a la sienne.

22Les exemples qui suivent montrent que plusieurs cathédrales n’accueillaient pas « encore » le corps de leurs chanoines aux environs de 1200 et même plus tard. Ils ne reposent pas, comme à Chartres, sur un argument a silentio, si l’on excepte la démonstration de Miles d’Illiers, puisque plusieurs actes fixent le droit funéraire. En certaines cités, un établissement extra muros put même longtemps monopoliser les sépultures des chanoines et des évêques jusque vers 1200, terminus post quem de cette étude. Ces cas n’épuisent nullement l’histoire des sépultures canoniales de la chrétienté, sachant que la plupart des sièges français est à étudier. Leur compréhension se sait partielle, car ce ne sont pas deux ou trois documents qui rendent compte de l’histoire funéraire d’une cathédrale et d’un chapitre sur une longue période. Il s’agit de poser des bornes chronologiques et d’élargir la réflexion.

23Ainsi, en deux cités de la province de Reims, la fin du xiie siècle bouleversa la topographie funéraire des chanoines pour rapprocher ceux-ci de la cathédrale. En 1157, l’archevêque de Reims et légat confirma à l’abbaye extra muros Saint-Lucien de Beauvais tous ses biens temporels avec l’exclusivité des sépultures des évêques, chanoines, chasés, custodes, chapelains et serviteurs de la cathédrale [90]. Ces clercs et ces laïcs attendaient ensemble la résurrection au contact du premier évêque légendaire de la cité. L’ecclesia terrestre était prolongée dans la terre, en respectant probablement une hiérarchie dans la répartition des espaces funéraires. Les bénédictins obtenaient sans restriction de l’évêque cistercien Henri de France la reconnaissance de leur privilège et le choix n’était pas laissé aux chanoines morts dans la cité. Saint-Lucien se prévalait du titre de secunda sedes, qualité qui distinguait une église pour en faire le complément éminent de l’église majeure. Le second siège recevait souvent les sépultures du clergé du premier siège à une époque où les deux communautés étaient étroitement liées, dans le lointain souvenir où l’abbaye, alors basilique, était desservie par des séculiers soumis aux clercs de l’église majeure. L’évêque pouvait être intronisé encore au xiiie siècle dans le second siège [91]. Un évêque de Beauvais avait rédigé dans les années 860 une troisième passion dans laquelle Lucien apparaissait comme le premier évêque de la cité, en ajoutant sa céphalophorie jusqu’au cimetière des chrétiens. C’est peut-être à ce moment que Saint-Lucien se posa en complément de la cathédrale, avec l’aval des évêques qui étaient en même temps abbas du lieu. L’abbaye devenait le lieu de naissance du christianisme diocésain, au milieu des morts : Saint-Lucien était subditus atque conjuctus sanctae ecclesiae Belvacensis en 868 [92]. Henri de France fut transféré à Reims en 1162 et ses trois successeurs à Beauvais s’endormirent au loin, un à Chypre et deux sur le chemin de Rome. En 1186, sous l’évêque Philippe de Dreux († 1217), neveu de Louis VII, les chanoines se plaignirent au pape de ne pouvoir reposer ailleurs qu’à Saint-Lucien et de ne pouvoir « élire sépulture » alors que cela était, ajoutaient-ils, permis à tout fidèle [93]. On ne saurait sous-estimer l’audace de ce raisonnement et la requête faite directement au pape, jugé seul capable d’abolir un privilège funéraire pour éviter qu’une autorité inférieure suscite des contestations. Comme les moines défendaient leur monopole, le 21 mai 1186, Urbain III demanda au doyen de Paris et à l’abbé de Saint-Germain-des-Prés d’enquêter : la suite immédiate n’est hélas pas connue. En cette fin de xiie siècle, le chapitre ne voulait plus former une même personne morale avec l’évêque et des individus subalternes pour constituer l’ecclesia Belvacensis : la rupture était consommée jusque dans la tombe, après la séparation probable des deux menses. Philippe de Dreux qui s’était vu imposer une nouvelle enceinte gardée par la commune reconnue par Philippe Auguste, voulut sans doute manifester son pouvoir en devenant le premier évêque à reposer dans la cathédrale incluse dans l’enceinte gallo-romaine [94]. Il doubla d’ailleurs ce mur sur lequel s’appuyait son palais pour renforcer sa défense. Son cadavre fut enseveli dans l’actuelle Basse-Œuvre, avant l’ouverture d’un nouveau chantier grandiose après l’incendie de 1225. Les sources manquent pour dater la première tombe des chanoines, mais leur volonté d’élire librement sépulture, dans la cathédrale et dans tout autre lieu, était manifeste en 1186. C’était la même situation à Laon.

24En 930, habitée par des chanoines dans un faubourg de l’acropole laonnoise, l’église Saint-Vincent était, elle aussi, secunda sedes et, d’après le même acte, le lieu de sépulture des évêques et des chanoines [95]. Alexandre III confirma en 1174 le monopole des sépultures des évêques, des chanoines et des chasés aux bénédictins de Saint-Vincent. Les moines durent demander la bulle pour geler un droit qui risquait d’être disputé par les chanoines de la cathédrale, davantage encore que par les évêques. En effet, arriva en 1183 un accord entre les moines, l’évêque Roger de Rozoy (1174-† 1207) et le chapitre. Ceux-ci décidaient que la cathédrale devenait un lieu possible – non pas obligatoire – pour les évêques, les chanoines et les chasés [96]. À la demande de l’archevêque rémois, une enquête fut menée par l’abbé de Saint-Remi et le vidame de Reims pour savoir si le chapitre avait eu le droit de faire un cimetière pour les chanoines contre l’antiquecoutume de l’église Saint-Vincent[97] : on glissait du droit au droit coutumier. Les moines reprochaient aux chanoines d’avoir aménagé intra muros, peu avant 1183 et de toute évidence après 1174, un cimetière contre la coutume de la cité[98] : l’évêque soutenait certainement le chapitre puisqu’il avait probablement béni en personne cet endroit pour qu’il soit utilisable. Finalement, toujours en 1183, l’abbé et son convent adressèrent une lettre au doyen et aux chanoines, non à l’évêque, pour pacifier le litige : ils reconnurent la liberté d’utiliser ce nouveau cimetière aux évêques, chanoines et chasés de l’Église de Laon, ainsi qu’à toutes les autres personnes, clercs et laïcs, mais en reconnaissance de l’antique coutume, les chanoines devaient verser la modeste somme de 12 d. à chaque fête de la Saint-Vincent [99]. Cet accord trahit la position de faiblesse des bénédictins autant que la « crainte » persistante des chanoines de reposer dans le sol de la cathédrale. C’est alors que les moines forgèrent un faux, copié aussitôt dans un cartulaire de la fin du xiie siècle, selon lequel l’évêque de Laon avait installé des bénédictins à Saint-Vincent en 961 en leur donnant le titre de secunda sedes, avec le privilège des « sépultures des évêques, chanoines, chasés et coûtres de la mère église, leurs chapelains, serviteurs et familiers [100] » : la liste des bénéficiaires s’allongeait. La nouvelle topographie funéraire n’était pas le fait de l’évêque, puisqu’il fallut attendre 1249 pour que Notre-Dame accueille un premier pontife [101]. En raison des sources, il est impossible de dater la première inhumation d’un chanoine dans la cathédrale de Laon, mais c’est certainement l’un d’eux qui précéda le premier évêque [102].

25Dès lors, si un chanoine de Chartres avait aussi une prébende au chapitre de Laon ou de Beauvais en 1200, il ne devait pas être surpris par l’impossibilité de reposer à Notre-Dame de Chartres, puisqu’il savait que cela était aussi le cas 30 ans plus tôt dans les deux cathédrales de la province de Reims, et peut-être plus tard encore. Si l’on venait à prouver l’existence d’une sépulture canoniale dans l’une ou l’autre en 1210, cela ne signifierait pas pour autant que la pratique y était devenue la norme. D’autres cathédrales accueillirent encore plus tardivement leur premier corps canonial.

26À Autun, la cathédrale Saint-Nazaire ne connut de sépulture qu’à partir du xiiie siècle, dans la salle du chapitre et le porche pour les chanoines, l’église Saint-Jean-de-la-Grotte située au-dessous d’elle en reçut quelques-unes au siècle précédent. Seuls des enfants ont été retrouvés dans le cloître [103]. La grande église bâtie à côté, dédiée à saint Lazare, fut préservée des cadavres au xiie siècle pour les tenir éloignés du tombeau monumental du saint ressuscité. Devenue deuxième cathédrale en 1195, elle reçut ensuite les tombes de chanoines, d’évêques et de nombreux laïcs, à l’intérieur de ses murs, dans son parvis et à l’extérieur contre son chevet. Plus tardivement encore, des actes venus de diverses autorités permirent l’entrée des corps des chanoines en d’autres cathédrales, laissant penser en creux, peut-être à tort si l’on est hypercritique, que la pratique était sans précédent en ce qui concernait les chanoines [104].

27Le 15 octobre 1327, Jean XXII répondit par exemple favorablement au doyen et au chapitre du Puy en leur adressant une bulle donnant la liberté d’inhumation aux chanoines, « dans la cathédrale ou à proximité », car les sépultures y étaient interdites en raison de leur « indignité [105] ». L’absence de sépulture touchait aussi les abords de Notre-Dame du Puy. La bulle permettait de maintenir l’interdit dans la cathédrale, puisqu’elle rendait possible l’installation d’un seul cimetière à ses abords. L’évêque pourvu par le pape en février de la même année, qui était jusque-là doyen du chapitre, sembla étranger à la supplique, mais plus encore incapable juridiquement d’accorder ce droit. La bulle ne brisait le monopole funéraire d’aucune église ponote. La salle du chapitre et le clocher, au moins, devinrent un lieu de sépulture pour les chanoines et reçurent dalles funéraires et enfeux. Dans la même volonté de réaménagement des espaces, l’évêque fut sollicité en 1339 par le chapitre pour bénir de nouvelles parties de la cathédrale et du cloître. Le pontife reconnut ensuite en 1344 la seigneurie des chanoines sur le cloître, la cathédrale et ses clochers. Autant que nous sachions, aucun évêque médiéval n’est enterré dans la cathédrale [106].

28La cathédrale de Sens vit l’inhumation d’un premier archevêque en 1193 et d’un premier chanoine seulement après 1342 [107]. Vers 810, près de l’abbaye extra muros Saint-Pierre-le-Vif, le métropolitain avait fondé une église sous le vocable du Sauveur, pour servir de cimetière propre aux chanoines, autour de sa future tombe [108]. Ensuite, l’église Saint-Sauveur-des-Vignes desservie par des clercs sous la juridiction du chapitre adopta en 1111 la règle de Saint-Augustin sur ordre du prévôt de la cathédrale. En 1127, celui-ci affilia le prieuré Saint-Sauveur à l’abbaye augustine Saint-Jean près de Sens, elle aussi régularisée en 1111. Les liens mémoriels entre les nouveaux chanoines réguliers et les chanoines de la cathédrale étaient affermis : ceux de Saint-Jean recevaient les annates des prébendes vacantes des seconds en vertu d’une association spirituelle, contre une stalle dans la cathédrale donnée à un chanoine régulier appelé « corbeau [109] ». Saint-Sauveur continuait de mêler les corps anonymes de chanoines, dans une vaste fraternité égalitaire. Les tombes des chanoines semblèrent se disperser à la fin du xiie siècle. Les rares testaments et épitaphes d’avant 1342 et le volume des Fasti Ecclesiæ Gallicanæ indiquent quatre doyens, un archidiacre et un chanoine enterrés à Saint-Sauveur au xiiie siècle et encore en 1324 [110], deux doyens, un trésorier, un archidiacre et deux chanoines chez les prémontrés de Saint-Paul-lès-Sens jusqu’en 1323 [111], deux chanoines chez les franciscains [112]. Sans devoir évoquer d’autres endroits dispersés dans le diocèse, citons encore Saint-Pierre-le-Vif où reposait l’archidiacre d’Étampes Thibaud de Sens († 1292), fondateur d’une chapelle dans la cathédrale [113]. Il n’y a rien d’original dans tout cela, à ceci près que la cité entière, et donc la cathédrale, fut interdite aux sépultures canoniales jusqu’en 1342. Des sources nombreuses et détaillées permettent en effet d’affirmer qu’il fallut attendre le 29 janvier 1342 pour qu’un accord entre l’archevêque et le chapitre puisse autoriser les chanoines à reposer à Saint-Étienne [114]. L’objectif déclaré était d’augmenter la dévotion envers la cathédrale et les biens temporels de la fabrique. Désormais, tout fidèle de l’Église de Sens – ce qui semblait inclure tout diocésain – pouvait élire sépulture dans la cathédrale. Une autre décision dilua en même temps le caractère privilégié des sépultures des archevêques : les deux parties annonçaient à l’avenir examiner toute demande d’inhumation au chœur émanant de rois, de leurs descendants et d’autres « grands ». Dans ces conditions, l’interdiction observée à Chartres par exemple en 1340 ne pouvait être perçue comme anormale puisque la métropole voisine connaissait la même pratique. Le changement sénonais aurait pu influencer la topographique chartraine, comme ce fut le cas vraisemblablement sur les rives de la Saône à l’initiative d’un clerc de Sens.

29Chalon présente en effet un cas encore plus tardif d’interdiction des corps intra muros. L’abbaye bénédictine extra muros Saint-Pierre disposait du monopole de tous les cadavres des défunts de la petite cité, toutes conditions confondues. Une bulle en 1329 accorda un cimetière à la collégiale Saint-Georges intra muros[115]. Une autre en 1375 accorda à l’évêque Nicolas de Veres (1374-† 1386) et aux chanoines de pouvoir désormais reposer dans la cathédrale Saint-Vincent [116]. Le pape était l’autorité qui ici fut jugée seule capable de venir à bout d’une coutume : l’évêque n’était pas libre de disposer du sol de la cathédrale, alors même qu’il était la principale personne à pouvoir créer et réconcilier des cimetières. Grégoire XI a été sollicité au tout début de l’épiscopat de Veres, comme si cet ancien notaire du pape voulait « normaliser » la topographie funéraire de la cathédrale, c’est-à-dire l’aligner sur les pratiques majoritaires des autres églises majeures. Nous pensons que les origines sénonaises du pontife ont pesé dans sa réflexion. Né au nord de Sens, chanoine de Notre-Dame (1349) dans la cathédrale Saint-Étienne, puis chanoine (1353) et grand archidiacre (1372) au sein de la même église, Veres a assisté à l’entrée progressive des corps canoniaux à Saint-Étienne. S’il ne devait pas être surpris, en venant à Chalon, par une cathédrale n’accueillant « encore » aucun corps canonial, la surprise dut être plus grande en ce qui concernait les cadavres épiscopaux. Cet évêque obtint une tombe devant le jubé de son église. Simple chanoine de Sens, il avait fondé en 1371 une messe quotidienne dans sa cathédrale en précisant qu’après sa mort soit dit un Salve regina devant l’autel ou devant la tombe qu’il pensait devoir faire. Pour Nicolas de Veres, un chanoine ou un évêque doivent pouvoir reposer dans leur cathédrale. Nonobstant, la propre métropole de Chalon, Lyon, présentait une périodisation guère plus précoce pour les inhumations de ses chanoines.

30L’archevêque cistercien Guichard de Lyon, qui lança le nouveau chantier de la cathédrale Saint-Jean, avait dédicacé en 1174 une chapelle dédiée à saint Thomas Becket, à Fourvière. Très vite, en 1192, celle-ci avait été érigée en collégiale dans la dépendance du chapitre cathédral, avec un prévôt qui était aussi chanoine de Saint-Jean : l’archevêque cistercien Jean Bellesmains déclara dans l’acte avoir établi « au même endroit le cimetière de notre église, de telle manière que les chanoines comme les autres clercs qui desservent le chœur de la cathédrale, de Saint-Étienne ou de Sainte-Croix soient enterrés là, tout en préservant l'ancienne liberté par laquelle, tant qu'ils sont encore vivants, il leur est possible d'élire sépulture dans d'autres églises ; mais si le père du défunt est encore en vie, qu'il puisse choisir la sépulture de son fils lorsque ce dernier n'a donné aucun mandat à ce sujet [117]. » Il se pourrait que la collégiale prenait le relais de la collégiale Saint-Irénée concernant les sépultures canoniales. Si les testaments canoniaux d’avant 1250 ne mentionnaient pas systématiquement d’élection de sépulture [118], il semble bien que la cathédrale n’accueillit des chanoines qu’au cours du xive siècle [119].

31Rien n’interdit de penser que d’autres cathédrales, françaises et d’ailleurs, furent longtemps étrangères à toute inhumation canoniale, même au xve siècle. En Empire et voisine des diocèses de Chalon et de Lyon, la co-cathédrale Saint-Jean de Besançon, la plus ancienne de la cité, reçut un premier cadavre en 1670, lorsque la cathédrale Saint-Étienne fut détruite par les Français qui voulurent construire une citadelle à sa place [120]. Le phénomène est certain. Certaines de ces comparaisons auraient besoin d’être davantage étayées, mais les cas sénonais et bisontin sont suffisamment assurés pour ne pas considérer la situation chartraine comme un hapax au début du xive siècle. Si l’on ajoute Notre-Dame du Puy, l’exception chartraine supposée perd son originalité, sans pour autant devenir banale. L’entrée des premiers corps canoniaux dans plusieurs cathédrales de la France médiane et de la France du Nord n’était d’ailleurs advenue qu’à la fin du xiie siècle. Cela put se faire en passant par l’autorité apostolique ou celle de l’archevêque, par un accord entre l’évêque et le chapitre, après une enquête ou une décision de l’ordinaire. Il n’y eut ni temporalité commune ni processus similaire. Les corps des chanoines n’arrivèrent pas nécessairement dans la cathédrale en même temps que celui du premier évêque. La propre métropole de Chartres ne connut une première inhumation de chanoine dans la cathédrale qu’à partir de 1342. Chartres ne put cultiver, comme Sens, l’interdiction des corps intra muros, simplement parce qu’elle n’a pas eu de murs au Bas-Empire [121] : les premières enceintes ne furent bâties par les comtes qu’au xie siècle [122].

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33Un interdit chartrain des sépultures canoniales dans la cathédrale n’aurait pas eu de sens au viiie siècle quand aucun évêque n’était a priori inhumé en Gaule du Nord dans l’église majeure ou dans une église du groupe épiscopal quand il existait. Il ne devait pas révolter outre mesure les membres du chapitre en 1200 comme en 1300, puisqu’un même phénomène existait en bien d’autres cités. L’autre cathédrale française à accueillir un important pèlerinage marial, celle du Puy, connaissait la même absence (détestation ?) des cadavres dans son sol. Ensuite, après 1342, quand les chanoines de Sens purent élire sépulture dans leur cathédrale, le conservatisme chartrain en matière d’inhumation dut cette fois surprendre : cette période correspond précisément à la première mention d’une fondation virginale de la cathédrale. Cette invention faisait de cette église la première en date de la chrétienté et devait clore, de façon connexe, tout débat sur l’entrée des corps par une sur-sacralisation de son sol. Il faudrait chercher sous d’autres cieux s’il ne se trouvait pas de cathédrale demeurée pure de tout cadavre durant la période médiévale comme à Besançon et peut-être Le Puy. On pourra toujours mettre en doute l’absence totale de corps à Chartres et ailleurs, notamment pour les hautes époques. Des archéologues pourraient être sceptiques, mais une cathédrale française a-t-elle jamais été fouillée dans toute son emprise ? Certes, des sarcophages du viiie siècle pouvaient être oubliés au xiiie siècle : celui de l’évêque saint Calétric trouvé au xviiie siècle dans la chapelle Saint-Nicolas ne s’y trouvait sans doute qu’à la faveur d’un transfert. L’hagiographie chartraine aurait pu éclairer sur la présence de corps saints dans la cathédrale, pour mieux les opposer aux corps de simples mortels, mais la plupart de ces textes n’existent plus. Des sépultures auraient pu exister dans la cathédrale, parce qu’elles auraient été déplacées lors de la construction de l’église gothique. Il n’aurait pas été étonnant en 1200 et a fortiori lors du procès de 1475 que tous aient oublié de si anciennes sépultures qu’aucun texte écrit ne mentionnait par ailleurs. Les cryptes construites sous Fulbert n’ont jamais eu de vocation funéraire non plus [123], à l’exception notable des corps des premiers chrétiens jetés dans le puits, plus ou moins assimilés à de saints martyrs [124]. Dans leurs nombreux écrits, les évêques Fulbert et Yves n’ont jamais abordé la relation interdite des cadavres avec leur cathédrale, car c’eût été bien trop précoce [125]. L’un et l’autre trouvèrent une sépulture en terre régulière, sans la considérer comme méprisable par rapport à leurs quelques contemporains reposant dans leur cathédrale.

34Finalement, ce qui est radical à Chartres est l’interdit de tous les corps, évêques et chanoines compris, à partir de 1350 et au-delà de la seule période médiévale. Ce cas oblige à briser mentalement le lien entre cathédrale et sépultures. Si un chanoine de Chartres ne fut pas inhumé dans la cathédrale au xiie siècle ni même au xive siècle, c’est aussi le cas ailleurs et il n’était alors pas besoin d’échafauder une origine pré-chrétienne de la cathédrale.

35Pour autant qu’on sache, nul n’a jamais remis en cause l’interdit chartrain. À l’époque moderne, le maître de grammaire des enfants d’aube de la cathédrale Sébastien Le Pelletier rappela la pratique dans son journal des années 1580 : les sépultures étaient une source d’impureté dans la cathédrale, au même titre que l’hérésie protestante. Dans un discours sur la « dignité » de cette église, Le Pelletier écrit que les habitants de la cité furent les premiers chrétiens des Gaules. Ceux-ci voyant cette église dédiée « à la Vierge qui devait enfanter »,

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se sont abstenus de la profaner de la sépulture des corps humains, jugeant que, comme il n’y avoit jamays eu aultre enffant conceu à ventre de cette vierge singullière, que le filz de Dieu, par l’opération du Sainct-Esperit et qui au lieu de violer sa virginité, l’avoit consacrée pour demeurer perpétuelle. Ainsy seroit une espèce de sacrilège et profanation ou violement de cette virginité perpétuelle sy on présumoit d’inhumer aultre corps en cette église qui est comme le monument de cette virginité perpétuelle et c’est pourquoy ni roy ni princes de France, ny pas ung des anciens contes ou mesme des évesques de Chartres (quoy qu’il y en ait eu plus de cent), ny pas ung seul de tous ceux qui ont fondé des anniversaires et aultres divins services, n’a présumé d’y ellire sa sépulture[126].

37On remarque que la condition canoniale ne fut pas mentionnée dans la liste des personnes inhumées en principe dans « une » cathédrale. Avant de relater le siège de Chartres par les Huguenots en 1568, le prêtre ligueur acheva sa démonstration en croyant que cette absence de sépulture proclamait la perpétuelle virginité de la Mère de Dieu, contre ce qu’avait pu écrire au ive siècle l’hérétique Elvidius. Il avait nécessairement reçu l’écho d’un psychodrame lié à la virginité du sol de Notre-Dame. Un colonel d’un régiment gascon, Jean de Bourdeilles, avait trouvé la mort lors du siège de 1568. Pour l’honorer au fond comme les Orléanais avaient conduit des seigneurs écossais au chœur de leur cathédrale après le siège de 1429, on voulut enterrer le frère de Brantôme à Notre-Dame, mais la demande ne pouvait venir que de personnes étrangères à l’histoire de la cité. Le roi dut contraindre le chapitre, qui négocia un pis-aller qui n’est sans rappeler la sépulture probable du cœur de Louis de Vendôme : la terre ne devait pas être ouverte, le cercueil serait posé sur une grille de fer, sans toucher le pavé, et recouvert d’une tombe plate sans inscription. Ce fut exécuté près d’une porte ouvrant au nord du chœur, « proche le maître-autel, au-dessous de la chapelle des Reliques », jusqu’au déplacement du corps effectué par le chapitre en 1661 [127]. Le mythe de fondation de l’église finit par être abandonné au xviiie siècle, y compris dans les écrits de plusieurs chanoines. Il trouva quelques défenseurs au siècle suivant lorsqu’il fallait renouer avec les temps de chrétienté. L’interdit d’inhumer dans la cathédrale continue jusque de nos jours [128].

Fig. 1 Chartres, Cimetière des chanoines, à côté de la salle capitulaire, 2016, © J.V. Jourd’heuil

Description de l'image par IA : Ancienne église en pierre avec grandes fenêtres en vitraux, herbe verte devant.

Fig. 1 Chartres, Cimetière des chanoines, à côté de la salle capitulaire, 2016, © J.V. Jourd’heuil

Fig. 2 Lieux cités dans les lettres des maîtres des requêtes en 1475 (C : cimetière des chanoines, D : chapelle du palais épiscopal, H : Aumône Notre-Dame, 8 : emplacement de la chapelle Saint-Nicolas, 11 : chapelle Saint-Étienne), Plan de Chartres, xviiie siècle

Description de l'image par IA : Plan de Chartres avec des lieux cités dans les lettres des maîtres des requêtes en 1475.

Fig. 2 Lieux cités dans les lettres des maîtres des requêtes en 1475 (C : cimetière des chanoines, D : chapelle du palais épiscopal, H : Aumône Notre-Dame, 8 : emplacement de la chapelle Saint-Nicolas, 11 : chapelle Saint-Étienne), Plan de Chartres, xviiie siècle


Mots-clés éditeurs : cathédrale, chanoines, évêques, sépulture, testament

Date de mise en ligne : 15/11/2019

https://doi.org/10.3917/rma.243.0581