Dietmar Rieger, Esclarzir paraul’escura. Regards sur la diversité des lettres médiévales, Paris, Classiques Garnier, 2016 ; 1 vol., 431 p. (Recherches littéraires médiévales, 22). ISBN : 978-2-406-05882-3. Prix: € 43,00
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Citer cet article
- MÜHLETHALER, Jean-Claude,
- Mühlethaler, Jean-Claude.
- Mühlethaler, J.-C.
https://doi.org/10.3917/rma.232.0377zp
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- Mühlethaler, J.-C.
- Mühlethaler, Jean-Claude.
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1 Quel beau cadeau fait aux médiévistes que ces importants art. de D. Rieger, dont certains, rédigés en allemand, sont ici traduits en français ! Le recueil complète heureusement les travaux réunis jadis dans Chanter et dire [12] : y figurent des art. publiés entre 2000 et 2011, lesquels portent, pour l’essentiel, sur la littérature narrative (de Chrétien de Troyes à Amadis de Gaule) et sur le lyrisme (des troubadours, chers à D.R., au Ditié de Jehanne d’Arc de Christine de Pizan). Des études de cas alternent avec de vastes fresques où sont abordés la question (juridique et littéraire) du viol et du rapt (p. 99–111), le thème de la « femme dédaignée » (p. 295–314), les mises en scène tour à tour favorables et hostiles à Guenièvre dans les textes français, mais aussi – ouverture bienvenue ! – dans les textes allemands du Moyen Âge (p. 153–190). S’y ajoutent de stimulantes réflexions d’ordre théorique sur l’évolution des genres lyriques (p. 365–385), les liens entre lyrisme et narration (p. 153–190), ainsi que sur la figure protéiforme de l’auteur inscrit (p. 337–352) avec, pour corollaire, l’épineuse question de la lecture personnelle des poésies dans les milieux aristocratique et bourgeois du xiiie siècle finissant.
2 Le Sitz im Leben ! Élève d’E. Köhler, D.R. ouvre le recueil (Introduction, p. 11–41) par un ardent plaidoyer en faveur de la – nécessaire ! – contextualisation historique des œuvres et d’un « closereading » qu’il pratique lui-même d’une main de maître. L’art. (p. 129–151) consacré au Chevalier au lion est un modèle du genre : après avoir passé en revue la critique, évalué différentes lectures possibles, il suit pas à pas le héros dans son interprétation symbolique du monde. L’étude témoigne d’une rigueur intellectuelle exemplaire et mérite d’être placée entre les mains de chaque étudiant, voire de collègues parfois tentés de passer sous silence l’apport de nos prédécesseurs.
3 L’introduction contient aussi une attaque en règle contre les dérives post-structuralistes, les « cultural studies », l’arbitraire du déconstructivisme. Mais est-il nécessaire, en 2016, de s’en prendre encore aux « exagérations » (p. 32) de B. Cerquiglini, alors que nous sommes confrontés aux thèses autrement provocatrices d’un P. Bayard ? Il est vrai que la bibliographie en fin de volume se limite aux travaux dus à la plume des médiévistes. Même s’il s’agit là d’un choix légitime, le débat critique s’en trouve décontextualisé, car il n’intègre pas des réflexions plus récentes dont nous sommes redevables aux modernistes. D.R. aurait pu situer sa démarche par rapport aux mécanismes heuristiques discutés par Y. Citton dans Lire, interpréter, actualiser [13]. Le romaniste allemand s’intéresse, lui aussi, aux procédés de l’« actualisation », ainsi quand il montre que Des Essarts adapte l’Amadis aux attentes du public français. La rencontre de « l’histoire de Tristan et [du] monde arthurien » (p. 194) relève de ce que R. Saint-Gelais appelle la « transfictionnalité » ; la « poétisation de la réalité » (p. 77), que D.R. retrace dans Girart de Roussillon, fait écho à la notion de « métaphorevive », base même de la littérarité selon P. Ricœur. Quant au concept d’« originalité » (p. 249) appliqué à l’époque médiévale, il est moins négligé par les spécialistes que ne le pense D.R. : un colloque lui a été consacré à Louvain-la-Neuve [14] et la « nouveauté » a fait l’objet d’un long développement dans la thèse de N. Labère [15] sur le genre de la nouvelle. Bref, les recherches de D.R. répondent à des interrogations plus actuelles que ne le suggère son introduction. Son recueil s’impose, par bien des aspects, comme un ouvrage de référence pour les années à venir.
4 Jean-Claude Mühlethaler