Entre stabilité et itinérance. Livres et culture des ordres mendiants. xiiie–xve siècle, éd. Nicole Bériou, Martin Morard, Donatella Nebbiai, Turnhout, Brepols, 2014 ; 1 vol., 470 p. (Bibliologia. Elementa ad librorum studia pertinentia, 37). ISBN : 978-2-503-55019-0. Prix : € 85,00
- Par Renaud Adam
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- ADAM, Renaud,
- Adam, Renaud.
- Adam, R.
https://doi.org/10.3917/rma.223.0701m
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1 N. Bériou, M. Morard et D. Nebbiai nous livrent ici, dans la collection Bibliologia, les actes d’un colloque qui s’est tenu les 19 et 20 novembre 2010 au centre d’études du Saulchoir-Istina, auprès de la bibliothèque du couvent de dominicains de Saint-Jacques à Paris, autour de la place du livre au sein des ordres mendiants au bas Moyen Âge. Ce volume contient 16 contributions dédiées à la typologie des mss mendiants et à l’organisation des collections de livre au sein de différents ordres mendiants, caractérisées par le système du double dépôt (d’une part une bibliothèque de consultation sur place et d’autre part une bibliothèque de circulation dédiée au prêt). Les É. ont fait le choix heureux de retenir des contributions dévolues non seulement aux ordres mendiants principaux, mais également aux plus petits ordres dont le rayonnement s’est cantonné à une sphère nationale voire régionale.
2 Le titre de l’ouvrage, Entre stabilité et itinérance, résume parfaitement le rapport qu’entretenaient les frères mendiants à l’objet livre. Ainsi, à la différence d’autres ordres, les mendiants ont refusé le confort et la sécurité liés à la détention de biens propres pour se lancer sur les routes et s’implanter au cœur des villes, plaçant le livre au centre d’une politique de communication des savoirs autour d’un réseau de couvents leur garantissant un accès constant aux collections livresques.
3 Trois thématiques rythment ce volume. La première, intitulée Les bibliothèques mendiantes et l’étude dans le livre, contient des art. consacrés à la bibliothèque des franciscains de Padoue (E. Fontana), à celles des premiers bienfaiteurs de la Sorbonne, Robert de Sorbon et Gérard d’Abbeville (C. Angotti), à celle des dominicains de Toulouse (M.M.) et aux livres des dominicaines de Westphalie (J.H. Hamburger, E. Schlotheuber). La seconde part. est dédiée réseaux institutionnelles et personnels des frères et sœurs mendiants avec des contributions relatives aux franciscains et leurs livres en Italie (N. Giovè, L. Pellegrini), aux dominicains de Florence et de Sienne (C. Gadrat), aux usages des livres chez les moniales dominicaines observantes en Italie (S. Duval) et au sein de l’ordre des croisiers (X. Hermand), ainsi qu’à la place de l’humanisme chez les ermites de saint Augustin (C. Caby). La dernière part. se penche sur la circulation et la réception des livres et des textes, nous offrant au passage des incursions jusqu’au xviie siècle. On découvre ainsi quelle fut la réception des œuvres de Saint-Victor chez les franciscains (D. Poirel), la diffusion de la Summa de abstentia attribuée à Nicolas de Biard (S. Delmas), les sources du Pugio fidei de Raymond Martin (P. Bobichon), la relation à la littérature en langue vernaculaire chez les mendiants en Hongrie (E. Madas), l’utilisation faite par Jean Tauler de Maître Eckhart et l’attitude des mendiants du xviie siècle face aux mss médiévaux (F. Henryot).
4 D’une contribution à l’autre, on peut prendre toute la mesure de la place si particulière que les ordres mendiants ont occupé depuis leur fondation au xiiie siècle jusqu’au xve siècle dans la production et la circulation des livres, place tout aussi paradoxale puisque, comme le rappelle D.N. en introduction, « la possession des livres est autorisées et même encouragée dans ces ordres qui font profession de vivre la pauvreté, individuelle et collective » (p. 7). On le comprendra, ce volume offre une belle immersion au sein de la culture livresque de la société occidentale du bas Moyen Âge.
5 Renaud Adam