Correspondance
Pages 807 à 814
Citer cet article
- HECK, Christian,
- BOUCHET, Florence
- et DÉDÉYAN, Gérard,
- Heck, Christian.,
- et al.
- Heck, C.,
- Bouchet, F.
- et Dédéyan, G.
https://doi.org/10.3917/rma.223.0807
Citer cet article
- Heck, C.,
- Bouchet, F.
- et Dédéyan, G.
- Heck, Christian.,
- et al.
- HECK, Christian,
- BOUCHET, Florence
- et DÉDÉYAN, Gérard,
https://doi.org/10.3917/rma.223.0807
Notes
-
[1]
Université de Paris-Sorbonne, 1995.
-
[2]
Thomas III de Saluces, Il Libro del Cavaliere Errante (BnF ms. fr. 12559), dir. M. Piccat, Asti, 2008.
-
[3]
M.J. Ward, A Critical Edition of Thomas III, Marquis of Saluzzo’s Le Livre du Chevalier Errant, PhD, University of North Carolina, Chapel Hill, 1984.
-
[4]
Voir P.-O. Dittmar, Lapsus figurae. Notes sur l’erreur iconographique, Quand l’image relit le texte. Regards croisés sur les manuscrits médiévaux, éd. S. Hériché-Pradeau, M. Perez-Simon, Paris, 2013, p. 319–335.
-
[5]
Éd. É. Hamon, V. Weiss, Paris, 2012.
-
[6]
Le livret indique simplement (p. 12) : « Bien que le lieu soit imaginaire, le décor est typique de l’habitat parisien » (ce que j’aurais certes dû signaler). Voir aussi J. Berlioz, Le commentaire de documents en histoire médiévale, Paris, 1996, p. 62–65 ; P. Mane, Images de la vie des villageois, Actes des Congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 21e congrès, Caen, 1990, Villages et villageois au Moyen Âge, en ligne, URL : http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_1992_act_21_1_1582, p. 169 ; Paris 1400. Les arts sous Charles VI, éd. É. Taburet-Delahaye, Paris, 2004, p. 24, fig. 4.
-
[7]
Je profite de ces lignes pour corriger deux coquilles : p. 27, C 3 se situe dans la colonne 1 du fol. 2r ; p. 75 (fin de l’avant-dernier paragraphe), la citation amoit moult deduit figure au fol. 168v.
-
[8]
T. 121/3–4, 2015, p. 703–741.
-
[9]
3 vol., Nicosie, 2005.
-
[10]
Leyde, 2013.
-
[11]
Paris, 2010.
-
[12]
2 vol., Nicosie, 2010.
-
[13]
T. 116/2, 2010, p. 497–498.
-
[14]
G. Dedeyan, Les Arméniens entre Grecs, Musulmans et Croisés. Étude sur les pouvoirs arméniens dans le Proche-Orient méditerranéen (1068–1150), 2 vol., Lisbonne, 2003.
-
[15]
Paris, 2007.
-
[16]
Paris, 2007.
-
[17]
2 vol., Paris, 2012.
-
[18]
M.A. Chevalier est aussi l’« éditeur » des actes d’un colloque, La fin de l’ordre du Temple, Paris, 2012, ouvrage mentionné par P.V. Claverie, qui porte une remarque peu civile sur la contribution de l’auteur de l’« article sur la période 1291–1307 » (p. 731), qui n’est autre que M.A. Chevalier. Elle a aussi écrit l’article sur les activités orientales du Temple dans le recueil sur l’économie templière (cité p. 731, n. 64). Si P.-V. Claverie avait étudié Les nouvelles tendances de l’historiographie de l’Orient latin sur une décennie (2004–2014), au lieu de neuf ans (2005–2014), il n’aurait assurément pas manqué de souligner l’apport essentiel, pour l’histoire des institutions et de la société de Chypre au Moyen Âge, de l’ouvrage monumental dirigé par B. Imhaus, Lacrymae Cypriae. Les larmes de Chypre. Recueil des inscriptions lapidaires pour la plupart funéraires, de la période franque et vénitienne de l’île de Chypre, 2 vol., Nicosie, 2004 (dont le titre est repris d’un ouvrage du Major J.T. Chamberlayne, qui la précéda dans ses recherches chypriotes). Rappelons enfin, pour ce qui concerne la domination latine dans l’espace grec, les références précises de l’ouvrage d’I. Ortega, qui a pris brillamment le relais d’A. Bon (références omises dans l’appréciation positive faite à la p. 710), Les lignages nobiliaires dans la Morée latine (xiiie–xve siècle). Permanences et mutations, Turnhout, 2012.
À la suite de la publication du compte rendu consacré dans Le Moyen Âge, t. 121, 2015, p. 452–454, par Monsieur Marco Piccat au livre de Madame Florence Bouchet, L’iconographie du Chevalier errant de Thomas de Saluces, Turnhout, Brepols, 2014 ; 1 vol., 168 p. (Répertoire iconographique de la littérature du Moyen Âge. Le corpus du RILMA, 3), Christian, Heck, directeur de la collection où est paru le volume, et F. Bouchet nous ont fait parvenir le texte suivant, que nous publions volontiers
1Il est regrettable d’avoir à préciser que le c.r. de M. Piccat ne prend en compte ni ce qui constitue la nature même de la collection du Corpus du RILMA, ni la manière dont F. Bouchet a su s’y situer avec clarté et cohérence. Pour M.P., l’ouvrage de Bouchet « ne correspond pas du tout à l’iconographie du texte de Thomas III, mais à un commentaire d’un texte qui, en fait, n’a jamais existé » ; et l’inclusion, dans la liste des enluminures du cycle, de six miniatures de Turin aboutirait à « reconstruire une écriture hypothétique originale et unique [...] opération acritique et antihistorique ». Comme la présentation du principe et des méthodes de la collection le précise pourtant bien dans chacun des volumes, il s’agit de répertorier l’ensemble des scènes illustrées dans la tradition manuscrite de l’œuvre considérée et de reproduire la totalité des enluminures historiées d’un de ses mss, accompagnées d’un commentaire, pour mettre à la disposition de la communauté scientifique un ensemble fondamental et très largement inédit, en donnant les clefs de base pour une identification des scènes, et leur relation au passage correspondant de l’œuvre littéraire.
2F. Bouchet a parfaitement respecté ces buts. Ses notices décrivent et analysent les enluminures, dans l’ordre de l’œuvre littéraire et en lien avec celle-ci, mais ne sont en rien le « commentaire d’un texte ». Par ailleurs l’inclusion, dans la séquence, de six miniatures de Turin, respecte là aussi un principe de la collection : les enluminures du cycle étudié reçoivent un commentaire significatif et plus ou moins développé, alors que les six enluminures de Turin ne sont signalées que par un titre entre crochets, sans analyse, et ne sont pas reproduites. Elles ne peuvent donc pas être confondues avec la séquence du cycle du ms. de Paris, et aucun lecteur ne peut s’imaginer être en présence de cette « écriture hypothétique » que dénonce à tort le c.r. Par contre, pour l’historien de l’art, comme pour tout médiéviste, savoir qu’il existe dans Turin, sur tel folio, une enluminure sur laquelle « L’ange envoyé par le dieu d’Amour réconforte le Chevalier », savoir que ce thème iconographique est absent du ms. de Paris, savoir quelles sont, dans Paris, les enluminures immédiatement proches de cet épisode, tout ceci est extrêmement précieux pour toutes les études d’iconographie, et contribue à constituer ce Corpus du RILMA qui donne ainsi enfin accès à un matériau analysé dans son intégralité.
3Christian Heck
4Après cette mise au point sur le cahier des charges qui régit la collection du Corpus du RILMA, il m’appartient, en tant qu’auteur de l’ouvrage mis en cause, mais aussi d’une thèse de doctorat sur le Livre du Chevalier errant [1] et de sept art. sur cette œuvre, de réfuter l’allégation selon laquelle je n’aurais pas une connaissance correcte du texte de Thomas de Saluces. Contrairement à ce que prétend M.P., les textes des mss de Paris et de Turin ne sont pas confondus : les principales différences entre les deux versions sont signalées dans la n. 71 de la p. 19 ; pour ce qui est de la distinction matérielle entre les deux mss, la n. 79 de la p. 21, et la p. 25 sont suffisamment explicites. Il ne s’agit donc nullement de construire artificiellement un texte archétypal en combinant les deux mss. C’est bien sur le ms. Paris, Bibliothèque nationale de France (= BnF), fr. 12559, que porte l’analyse, et le lecteur n’est nullement forcé « à passer d’une lecture des images selon l’ordre du ms. parisien, à une autre, reconstruite au moyen des miniatures du codex de Turin ». Précisons que, malgré les différences entre les deux rédactions de l’œuvre, la trame narrative (et donc « l’ordre ») reste la même d’un ms. à l’autre (le texte de Turin omet simplement quelques épisodes adventices).
5Il convient ensuite de rappeler que l’objet de ce volume n’est pas une analyse littéraire détaillée du Livre du Chevalier errant. Par conséquent, l’introduction (p. 7–23) s’oblige à la concision mais prétend être un peu plus qu’un « commentaire rapide sur l’œuvre » car elle synthétise mes recherches sur le Livre du Chevalier errant menées depuis ma thèse. De même on n’a pas jugé nécessaire de développer la biographie de Thomas III au-delà de ses lignes principales. Il est faux d’affirmer que ma proposition (argumentée) concernant les date et lieu de composition « contredit la totalité des études qui traite[nt] de l’œuvre du marquis » : la question est certes débattue, comme l’expose la p. 9, et je me situe dans ce débat sans inventer d’hypothèse particulièrement originale. Il n’y a pas lieu de reprocher de « lourdes omissions bibliographiques » quand deux art. seulement sont en cause. Là encore, vu la nature de l’ouvrage (centré sur l’iconographie), la bibliographie littéraire pouvait se permettre d’être sélective. L’art. de G. Gasca Queirazza sur les usages linguistiques dans le marquisat de Saluces a été pour cette raison laissé de côté ; quant à celui d’A. Amatuzzi, il fait partie d’un volume collectif dûment recensé dans la bibliographie (p. 89), mais il n’y avait pas lieu d’en faire un usage spécialement développé car il aborde des faits linguistiques et le recours aux proverbes. Au demeurant, la bibliographie (p. 87–100) rassemblée au sujet du Livre du Chevalier errant est à ce jour la plus complète : elle compte 54 références spécifiques (ainsi que 156 générales, principalement sur l’histoire de l’art, et dans une moindre mesure sur l’histoire de la littérature) ; à titre de comparaison, la bibliographie rassemblée dans l’édition du Livre du Chevalier errant co-dirigée par M.P. (p. 1067–1070) [2] se borne à dix-huit titres spécifiques, faisant l’impasse sur les travaux de plusieurs chercheurs (dont moi-même) qui semblent avoir pour défaut de ne pas être italiens…
6Enfin, l’objet essentiel du livre, à savoir l’analyse iconographique, n’est pas convenablement apprécié. M.P. se réfère au premier éditeur du Livre du Chevalier errant, M.J. Ward, pour rappeler qu’« il y a de sérieuses divergences entre le texte du ms. de Paris et les illustrations », ce dont j’ai bien évidemment tenu compte dans mon commentaire. Il liste ensuite une série d’« erreurs » qu’on pourrait à première lecture croire être les miennes alors que M.P. résume les p. civ–cvi de l’édition Ward concernant l’enluminure du ms. Paris, BnF, fr. 12559. Le terme même d’« erreur » manifeste une conception normative et obsolète du rapport entre texte et image. Depuis le travail de Ward [3], les recherches en ce domaine ont beaucoup progressé et l’on préfère user du terme plus neutre d’« écart » lorsque l’image ne reproduit pas exactement le propos du texte [4]. Ces écarts doivent être interprétés, ce à quoi je me suis efforcée au fil des analyses des miniatures, loin de me borner, comme le prétend M.P., « à signaler les variantes, sans mettre en évidence ni relier les données documentaires en [ma] possession » (quelque 300 n. accompagnent l’étude du cycle iconographique et fournissent les sources utiles). Ce travail m’a d’ailleurs permis de rectifier plusieurs descriptions des miniatures du ms. Paris, BnF, fr. 12559, faites par Ward. Si le format imposé par la collection ne permettait pas de se livrer à une « réflexion d’ensemble sur le problème de la liberté et de la capacité de l’artiste à exécuter une miniature en rapport avec le texte », reste que le commentaire cursif des miniatures (développé sur deux ou trois pages pour les plus complexes d’entre elles) fournit les éléments pertinents en la matière, si le lecteur veut bien le lire sans trouver cela trop « fatigant ». M.P. affirme que « la miniature de la place avec le marché » (je suppose C 79 dans le cycle, détaillée aux p. 74–75 et non p. 9 comme indiqué dans le c.r.) représente « les Saints-Innocents à Paris », sans donner la moindre justification. Or, aucune des études que j’ai pu consulter n’émet cette hypothèse, y compris le livret de la récente exposition des Archives nationales La demeure médiévale à Paris [5] qui présentait le ms. Paris, BnF, fr. 12559, au fol. 167r contenant cette miniature [6]. M.P. ne fait retour sur aucune autre des 93 miniatures du ms. et n’envisage pas que certaines d’entre elles puissent apporter des éléments neufs pour la compréhension du Livre du Chevalier errant, préférant conclure que cette étude « banalise l’histoire de [l’]apparat iconographique » de l’œuvre de Thomas de Saluces. C’est encore dénaturer la démarche qui fait apparaître à quels endroits l’enlumineur fait preuve d’originalité et à quels autres il puise, comme c’était l’usage en son temps, à un répertoire de motifs déjà constitué.
7La réflexion sur une œuvre aussi riche que celle de Thomas de Saluces nécessite la collaboration et le dialogue entre chercheurs de tous pays, sans exclusive ni pré carré. Cet ouvrage espère simplement y contribuer [7].
8Florence Bouchet
9Cet échange de vues termine la discussion et, selon les usages de la revue, le débat est considéré comme clos.
À la suite de la publication de la bibliographie de Monsieur Pierre-Vincent Claverie, intitulée Les nouvelles tendances de l’historiographie de l’Orient latin (2005–2014), dans Le Moyen Âge, t. 121, 2015, p. 703–741, Monsieur Gérard Dedeyan nous a fait parvenir le texte suivant, que nous publions volontiers
10P.V. Claverie a consacré une longue étude, très documentée et particulièrement utile, dans la revue Le Moyen Âge [8], à un sujet majeur pour les médiévistes, Les nouvelles tendances de l’historiographie de l’Orient latin (2005–2014), étude présentée « En hommage au Professeur Jean Richard, membre de l’Institut, pour le 70e anniversaire de la publication de son Comté de Tripoli sous la dynastie toulousaine ».
11Dans ce riche bilan, mené par un historien sérieux et très au fait des sources diplomatiques, dont on connaît, entre autres publications, L’ordre du Temple en Terre sainte et à Chypre au xiiie siècle [9] et Honorius III et l’Orient (1216–1227). Étude et publication de sources inédites des archives vaticanes (ASV) [10], cités à juste titre dans son art. de la revue Le Moyen Âge, porte un jugement surprenant sur le substantiel ouvrage de M.A. Chevalier, maître de conférences à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, Les ordres religieux-militaires en Arménie cilicienne. Templiers, hospitaliers, teutoniques et Arméniens à l’époque des Croisades [11]. Ce livre a eu l’honneur d’être préfacé (p. iii–iv) par J. Richard, auquel nous laissons la parole, en citant ces extraits de la Préface :
« L’ouvrage de Marie-Anna Chevalier représente le fruit d’une longue enquête menée à travers une documentation inégale et très diverse qui associe plusieurs domaines et exige le recours à une compétence, qu’il faut souligner, en matière linguistique. Il suffira de dire que, grâce à cette maîtrise des langues, elle est parvenue à corriger les erreurs nées de traductions inexactes. Elle a su retrouver des textes jusqu’ici inconnus ou mal utilisés.
C’est ce qui lui a permis d’embrasser un vaste ensemble à la fois occidental et oriental : l’histoire des ordres religieux-militaires (et accessoirement hospitaliers) – l’Hôpital, le Temple, l’Ordre teutonique – dans les territoires qui ont constitué le royaume médiéval de Petite-Arménie, mais aussi celle de leurs rapports avec les Arméniens fixés dans les États latins issus des croisades. Ici, les Arméniens apparaissent comme l’élément dominant ; là ils représentent une des composantes de la mosaïque ethnique des terres franques, tantôt incorporés à la chevalerie, tantôt artisans ou paysans ; on les rencontre comme donateurs, comme voisins, comme sujets dans les seigneuries.
Mais l’aspect militaire et politique n’est qu’un des éléments de l’enquête de Mademoiselle Chevalier. Elle s’est intéressée, bien entendu, aux forteresses et aux réseaux qu’elles constituaient ; mais aussi à leurs garnisons, aux règles qui régissaient ces communautés de religieux et de combattants. Elle s’est aussi penchée sur leurs domaines ruraux, sur leur exploitation, sur leur rôle économique – y compris les responsiones qu’ils fournissaient aux instances centrales des ordres. Il y a là toute une perspective sur l’économie rurale du pays arménien qui ne peut que retenir l’attention ; mais c’est aussi une étude de société. Hospitaliers, templiers et teutoniques sont des seigneurs qui ont des vassaux et des sujets, en général de droit local. Les rapports des uns et des autres font l’objet d’une étude qui se révèle fort instructive.
Autant que la connaissance des ordres eux-mêmes, c’est celle du royaume arménien toute entière qui profite de cette enquête dont on ne saurait dire toute la richesse et toute la pertinence, dans un domaine qui associe la documentation arménienne à la documentation latine et qui restait à explorer. Mademoiselle Chevalier mérite toute notre gratitude. »
13C’était le même J. Richard qui, lors de la soutenance de la thèse de doctorat (dont j’étais le directeur) d’où est issue la publication susmentionnée, à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, le 12 décembre 2007, signait, en tant président du jury (qui comptait d’éminents spécialistes des croisades comme A. Demurger, de l’espace turco-byzantin comme M. Balivet, des ordres religieux et militaires en Occident comme D. Le Blévec), le document additionnel devant justifier l’attribution de la mention « Très Honorable avec les félicitations du jury » (accordées à l’unanimité). Ce qui surprend, dans le long paragraphe (p. 728) que P.V. Claverie consacre à M.A. Chevalier, c’est que l’attention portée à l’ouvrage de celle-ci concerne uniquement quelques anthroponymes et toponymes que l’auteur, selon P.V. Claverie, a déformés. On peut noter que, dans la présentation du remarquable Bullarium Cyprium, publié par C. Schabel [12], quelques erreurs d’identification de toponymes, ou quelques maladresses – selon P.V. Claverie – concernant la transcription des toponymes, sont considérées comme « quelques coquilles » (de fait, il ne s’agit de rien de plus). Dans le c.r., dans l’ensemble tout à fait élogieux, qu’il avait fait de l’ouvrage en question, dans Le Moyen Âge [13], Philippe Josserand classait les rares erreurs anthroponymiques ou les variations graphiques de M.A. Chevalier parmi les « vétilles ».
14Avec P.-V. Claverie, il en va tout autrement. Du contenu même du livre – de près de 900 p. –, il ne dit pas un mot. Réduite à la mise en exergue d’erreurs dans le domaine de l’anthroponymie et de la toponymie, son analyse donne à penser que l’étude sur Les ordres religieux-militaires en Arménie cilicienne ne présente aucun intérêt pour les historiens des croisades. Nous tenons à dire que cette étude a d’abord le mérite de montrer, à travers les ordres religieux-militaires, l’étroitesse des relations des Francs avec la principauté d’Arménie cilicienne (1073–1198), puis « royaume d’Arménie » (1198–1375), dont les institutions se calquent progressivement sur celle de la principauté d’Antioche et, à un moindre degré, sur celles du royaume de Jérusalem. L’Arménie, dont le rôle à l’époque des croisades, avait été magistralement mis en relief par R. Grousset, puis par J. Richard (dont le premier avait fortement encouragé les débuts), prend place, avec l’ouvrage de M.A. Chevalier, qui maîtrise aussi bien les sources arméniennes (elle en donne, en appendice à son livre, d’utiles traductions de chroniques et de colophons de manuscrits) que les sources latines, dans l’historiographie des croisades, après mon propre ouvrage sur Les Arméniens entre Grecs, Musulmans et Croisés (2003) [14], et la belle étude comparatiste, fondée sur une remarquable familiarité avec les sources arméniennes, grecques et latines, d’I. Augé, Byzantins, Arméniens et Francs au temps de la Croisade [15], parue la même année que celle, plus modeste, mais très pertinente, du regretté F. Luisetto, Arméniens et autres chrétiens d’Orient sous la domination mongole [16], qui met l’accent sur l’Ilkhanat de Ghâzân, et avant la somme magistrale de C. Mutafian, L’Arménie du Levant. xiie–xive siècle [17].
15M.A. Chevalier, dans son ouvrage, a su mettre en évidence les relations des souverains arméniens avec les ordres religieux-militaires, conflictuelles avec les templiers, privilégiées avec les hospitaliers et les teutoniques (dont Lewon Ier, puis Het’oum Ier et son épouse Zapêl, deviennent respectivement confratres et consoror de l’ordre). L’auteur dresse aussi la cartographie des positions matérielles des ordres en Arménie cilicienne, les commanderies étant constituées de forteresses (que M.A. Chevalier est en mesure d’inscrire sur le plan géostratégique, mais aussi d’étudier sur le plan de l’architecture militaire), de villes, de ports, de casaux, entre autres, dont l’emplacement est indiqué et les donateurs mentionnés (des cessions sont même faites, en matière de diplomatie, sur le territoire de l’État arméno-cilicien). La dimension économique de la présence des ordres est aussi prise en compte (productions agricoles, rôle des péages des ports possédés par les ordres). M.A. Chevalier s’est interrogée également sur le statut des ordres, intermédiaires entre celui d’un seigneur (dont le souverain arménien n’était pas le suzerain) et d’une institution étrangère influente. L’auteur étudie encore les relations des ordres avec la population indigène des commanderies, leur influence dans le domaine spirituel et militaire, et souligne la proximité des hospitaliers et des teutoniques avec la cour de Sis (présence pour les événements importants, rôle de médiateurs pour les mariages nobiliaires franco-arméniens). La politique extérieure des ordres est soigneusement explorée, ainsi que leur rôle dans l’élaboration de projets de « passage ». L’ouvrage est particulièrement inédit pour le xive siècle, mettant en lumière les interventions diplomatiques et militaires des hospitaliers – outrepassant parfois les réserves de la papauté – en faveur de l’Arménie cilicienne. Dépassant le cadre cilicien, M.A. Chevalier a encore abordé les relations des ordres militaires avec les Arméniens – de toutes conditions ; en particulier dans la principauté d’Antioche et le royaume de Jérusalem, mais aussi dans le Dodécanèse.
16Nous espérons que l’on se rendra compte, à travers ces quelques observations sur Les Ordres religieux-militaires en Arménie cilicienne, de l’apport original de cet ouvrage tant pour l’histoire des ordres que pour celle de l’État arménien de Cilicie [18].
17Gérard Dedeyan
18Cet échange de vues termine la discussion et, selon les usages de la revue, le débat est considéré comme clos.