Dublin in the Medieval World. Studies in Honour of Howard B. Clarke, éd. John Bradley, Alan J. Fletscher, Anngret Simms, Dublin, Four Courts Press, 2009 ; 1 vol., xxxii–584 p. ISBN : 978-1-84682-154-7. Prix : GBP 45 ; € 55,00
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Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rma.203.0727e
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rma.203.0727e
1 La trentaine d’études réunies dans ce substantiel volume sont un hommage à H. Clarke, dont les travaux en histoire urbaine et sur l’histoire de l’Irlande font autorité. Ce n’est d’ailleurs pas sans consternation que l’on y apprend que la chaire d’histoire médiévale que tenait H.C. à l’University College Dublin a été supprimée lors de son départ en retraite, un événement qui reflète malheureusement assez bien les destinées de l’histoire médiévale dans de nombreux départements d’histoire, et l’obscurantisme croissant qui conduit, au sein même des études historiques, à marginaliser la connaissance de la période médiévale. Dublin in the Medieval World est pourtant un beau manifeste en faveur du Dublin viking et médiéval. L’ouvrage est organisé, après la première part. introductive sur H.C. et son œuvre, en trois grandes sections, qui portent sur Dublin à l’époque des Vikings, Dublin médiéval et les représentations de Dublin. On note aussi un bel article de S. Phillipps sur la carrière de Bogo de Bayouse, un proche de Roger Mortimer qui trempa dans l’arrestation d’Edmond, comte de Kent, l’oncle d’Édouard III, voire dans la disparition d’Édouard II, et qui termina ses jours à Rome.
2 Les études qui portent sur Dublin à l’époque médiévale nous permettent de mieux connaître le réseau des églises et des communautés religieuses dans la ville, ainsi que ses fortifications, ses ports ou ses métiers. On relève notamment une intéressante analyse – suivie d’une édition –, d’une recension de la Chronique de Dublin (A.J. Fletcher), laquelle nous renseigne sur l’esprit des élites civiques. Plusieurs mises au point portent sur les grandes fondations religieuses à Dublin, en particulier la cathédrale de Christ Church, l’abbaye cistercienne de St Mary et le couvent des Ermites de Saint-Augustin. C’est peut-être la deuxième part., malgré tout, qui retiendra davantage l’attention du non-spécialiste. Plusieurs contributions nous permettent de nous faire une idée plus précise de la présence scandinave en Irlande. Les premiers raids dans la région de Dublin eurent lieu à partir de 821 ; dans les années 830, on peut suivre l’installation progressive des Scandinaves, la première installation durable étant datée de 841. Rapidement, les Vikings tentèrent de contrôler un large territoire, vendant leur protection aux populations locales. J. Bradley propose une analyse de l’installation des Scandinaves dans ce qui allait devenir « Dyflinarskirí » (« Dublin shire ») : cette approche rompt avec l’utilisation massive des objets archéologiques comme identifiants ethniques, en faveur d’une lecture beaucoup plus souple de l’ethnicité du haut Moyen Âge. Dans le cas de « Dyflinarskirí », on peut suivre la politique scandinave au sein d’un territoire gouverné depuis Dublin, protégé par des forts périphériques, et qui comportait de nombreux sites de peuplement autochtones ; cela nécessitait, comme le démontre l’A., une politique de coopération et de négociation avec les Irlandais, qui allait faire passer les Scandinaves d’une classe gouvernante militaire à une population beaucoup plus ouverte aux contacts. Ce mélange profond apparaît aussi comme un facteur décisif dans l’étude de D. Ó Corráin sur le bilinguisme : ce phénomène est apparent à partir du milieu du xe siècle, et atteint sa période d’intensité maximale aux xie et xiie siècles, mais il est surtout documenté pour les élites, et il est difficile d’en déterminer l’étendue au-delà, même si l’on peut penser que le bilinguisme marqua systématiquement les communautés irlando-norvégiennes. Parmi les facteurs de rapprochement entre les deux communautés, on observe une attitude similaire à l’égard de l’enfance, particulièrement visible dans les textes juridiques, mais, aussi, dans les objets archéologiques qui documentent l’enfance et les jeux. Enfin, l’analyse de M. Valante nous permet de mieux connaître l’usage des navires et des flottes par les Scandinaves puis, dans un second temps, par les Irlandais eux-mêmes. Alors que pour la traversée des mers on recourait sans doute à des navires profonds et de tonnage relativement important, les navires utilisés pour les raids sur les côtes et pour remonter le cours des rivières étaient les fameux « longships » à fond plat, qui permettaient aussi de se replier rapidement en emportant des captifs. Avec le développement du réseau commercial à partir de la fin du ixe siècle, ce furent les knárr, les navires cargos, qui l’emportèrent. Quant aux chefs irlandais, leurs premières tentatives dans ce domaine datent du début du xe siècle, mais il leur fallut pouvoir contrôler des ports comme Dublin et Limerick pour commencer à développer les flottes à grande échelle, un phénomène qui contribua aussi profondément à transformer les mœurs de la guerre en Irlande.
3 Frédérique Lachaud