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Compte rendu

Olivier de Laborderie, Histoire, mémoire et pouvoir. Les généalogies en rouleau des rois d’Angleterre (1250–1422), Paris, Classiques Garnier, 2013 ; 1 vol., 507 p. (Bibliothèque d’histoire médiévale, 7). ISBN : 978-2-8124-1207-3. Prix : € 49,00

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Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2014). Olivier de Laborderie, Histoire, mémoire et pouvoir. Les généalogies en rouleau des rois d’Angleterre (1250–1422), Paris, Classiques Garnier, 2013 ; 1 vol., 507 p. (Bibliothèque d’histoire médiévale, 7). ISBN : 978-2-8124-1207-3. Prix : € 49,00. Le Moyen Age, Tome CXX(3), IV-IV. https://doi.org/10.3917/rma.203.0727d.

  • Lachaud, Frédérique.
« Olivier de Laborderie, Histoire, mémoire et pouvoir. Les généalogies en rouleau des rois d’Angleterre (1250–1422), Paris, Classiques Garnier, 2013 ; 1 vol., 507 p. (Bibliothèque d’histoire médiévale, 7). ISBN : 978-2-8124-1207-3. Prix : € 49,00 ». Le Moyen Age, 2014/3 Tome CXX, 2014. p.IV-IV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-3-page-IV?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2014. Olivier de Laborderie, Histoire, mémoire et pouvoir. Les généalogies en rouleau des rois d’Angleterre (1250–1422), Paris, Classiques Garnier, 2013 ; 1 vol., 507 p. (Bibliothèque d’histoire médiévale, 7). ISBN : 978-2-8124-1207-3. Prix : € 49,00. Le Moyen Age, 2014/3 Tome CXX, p.IV-IV. DOI : 10.3917/rma.203.0727d. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-3-page-IV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.203.0727d


Notes

  • [4]
    Londres, British Library, ms. Cotton Claudius D. vii.

1 La belle étude d’O. de Laborderie, qui reproduit sous une forme quelque peu allégée le texte de sa thèse de doctorat préparée sous la direction de J. Le Goff et soutenue en 2002, livre des perspectives renouvelées sur la connaissance de la littérature historique anglaise à la fin du Moyen Âge. Longtemps négligées par les spécialistes, les généalogies royales en rouleau, dont l’étude a été partiellement abordée dans des travaux plus anciens, constituent en effet un corpus original et riche, qui offre une voie d’accès privilégiée à la fois à la connaissance de la vision de l’histoire dans les élites anglaises, et à l’étude de leur conception du pouvoir. O.D.L. a délimité un corpus d’environ 42 rouleaux, en latin et en anglo-normand, certains illustrés et d’autres non, et qui couvrent la période qui va du règne d’Édouard Ier à celui d’Henri V. La phase de grande popularité de ces généalogies correspond en fait aux règnes d’Édouard Ier (vingt rouleaux) et Édouard II (huit rouleaux) ; et si la forme de la généalogie royale en rouleau ne disparaît pas après le règne d’Henri V, elle n’a plus le même aspect ni les mêmes fonctions. Les schémas placés à la fin de l’ouvrage suggèrent l’existence, au sein de ce corpus, de trois grandes familles de généalogies en rouleau : les généalogies latines, qui dériveraient de modèles établis par Matthieu Paris, les généalogies en anglo-normand – à partir d’un modèle latin – et enfin les généalogies en anglo-normand illustrées par des portraits royaux placés dans des médaillons.

2 Dans une première part., l’A. souligne les éléments caractéristiques du genre, spécifique à l’Angleterre, et défend l’argument selon lequel la forme du rouleau n’était pas sans rappeler les rouleaux utilisés dans l’administration royale anglaise : les généalogies royales en rouleau auraient ainsi évoqué l’autorité royale et bénéficié d’une sorte de sacralisation. Dans une deuxième part., les facteurs qui ont permis la naissance des généalogies en rouleau, en particulier le rôle joué par Matthieu Paris dans l’écriture de l’histoire à Saint-Albans, sont mis en évidence : l’hypothèse défendue ici celle d’une influence décisive jouée par les abrégés de Matthieu Paris sur la naissance des généalogies en rouleau. Il faut en tout cas voir dans les monastères bénédictins le cadre de l’élaboration de ce nouveau genre historique, ancré dans une histoire savante, mais destiné à « mettre à la disposition du public le plus large possible une histoire simple, claire et compréhensible de son pays ». On peut regretter malgré tout que l’hypothèse d’un usage scolaire de ces textes ne soit pas davantage exploitée : ainsi, l’étude menée il y a quelques années par A.G. Rigg sur une histoire métrique [4] inspirée d’un abrégé d’histoire démontre qu’il s’agit d’un texte produit pour des enfants, et rien n’empêche de penser que les généalogies en rouleau pouvaient remplir une fonction semblable. La troisième part. est consacrée à la diffusion de ces généalogies : le nord et l’est de l’Angleterre semblent avoir été davantage touchés par la diffusion du genre, qui trouva sans doute son public essentiellement auprès des élites laïques. Enfin, l’A. analyse, dans deux longues synthèses, ce que le corpus apporte à notre connaissance des idées politiques en Angleterre, qu’il s’agisse de l’exaltation de la monarchie ou de la conception de l’histoire nationale. La formation d’O.D.L., ancrée dans l’historiographie française, lui permet de multiplier les comparaisons avec les sources françaises, de proposer une lecture du corpus anglais dans la perspective des grandes études menées en France sur l’écriture de l’histoire – en particulier les travaux de B. Guenée – et de souligner ce qui échappe parfois aux historiens anglo-saxons, en particulier le fait que la succession au trône d’Angleterre est marquée par une certaine permanence, de manière sous-jacente, du principe électif.

3 Les contraintes éditoriales, qui ont obligé l’A. à supprimer le dossier de planches et à omettre l’analyse codicologique des mss du corpus dans la version publiée de la thèse, rendent la compréhension du propos parfois malaisée. Une seule illustration, en noir et blanc, et de médiocre qualité, vient donner une idée de l’aspect de ces rouleaux ; une rapide présentation des mss, ainsi que l’édition d’un texte de généalogie en rouleau en annexe auraient facilité la lecture et pallié l’absence d’une étude de fond pour laquelle il faut se référer à la version originale de la thèse ainsi qu’à l’étude de W.H. Monroe, également inédite. En l’état l’ouvrage représente toutefois une étude de premier plan, et dont la lecture peut suggérer de nombreuses pistes de réflexion. Le fait que seuls les rois qui n’ont pas de descendance fassent l’objet de critiques dans les généalogies en rouleau est habilement exploité pour suggérer que le genre dut être élaboré, à la fin du xiiie siècle, dans les cercles proches de la royauté ; toutefois, la difficile cœxistence dans ces textes du modèle dynastique, et de la réalité des conquêtes et des changements dynastiques permet de penser que le public noble auquel s’adressaient ces généalogies défendait une conception de la royauté avant tout marquée par l’exercice vertueux du pouvoir, même s’il ne pouvait être question d’une quelconque limitation du pouvoir royal. Les généalogies en rouleau sont donc empreintes d’une certaine ambiguïté, et c’est sans doute ce qui explique leur progressive raréfaction. Mais elles sont aux yeux de l’A. un excellent témoignage d’une vision consensuelle et avant tout politique de la nation, autour de la figure du roi, au tournant des xiiie et xive siècles.

4 Frédérique Lachaud


Date de mise en ligne : 15/04/2015

https://doi.org/10.3917/rma.203.0727d