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Compte rendu

Claude FAURIEL, Histoire de la poésie provencale, réimpr. de l’éd. 1846, avec préf., introd. et bibl. par Udo SCHÖNING, Paris, Classiques Garnier, 2011 ; 3 vol., LVIII – XVI – 550 + 454 + 518 p. (Recherches littéraires médiévales, 5 – 7, Magistralia. Leçons et lectures, 2 – 4). ISBN : 978-2-8124-0312-5. Prix : € 49,70.

Page XXVI

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  • Henrard, N.
(2013). Claude FAURIEL, Histoire de la poésie provencale, réimpr. de l’éd. 1846, avec préf., introd. et bibl. par Udo SCHÖNING, Paris, Classiques Garnier, 2011 ; 3 vol., LVIII – XVI – 550 + 454 + 518 p. (Recherches littéraires médiévales, 5 – 7, Magistralia. Leçons et lectures, 2 – 4). ISBN : 978-2-8124-0312-5. Prix : € 49,70. Le Moyen Age, Tome CXIX(3), XXVI-XXVI. https://doi.org/10.3917/rma.193.0723z.

  • Henrard, Nadine.
« Claude FAURIEL, Histoire de la poésie provencale, réimpr. de l’éd. 1846, avec préf., introd. et bibl. par Udo SCHÖNING, Paris, Classiques Garnier, 2011 ; 3 vol., LVIII – XVI – 550 + 454 + 518 p. (Recherches littéraires médiévales, 5 – 7, Magistralia. Leçons et lectures, 2 – 4). ISBN : 978-2-8124-0312-5. Prix : € 49,70. ». Le Moyen Age, 2013/3 Tome CXIX, 2013. p.XXVI-XXVI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2013-3-page-XXVI?lang=fr.

  • HENRARD, Nadine,
2013. Claude FAURIEL, Histoire de la poésie provencale, réimpr. de l’éd. 1846, avec préf., introd. et bibl. par Udo SCHÖNING, Paris, Classiques Garnier, 2011 ; 3 vol., LVIII – XVI – 550 + 454 + 518 p. (Recherches littéraires médiévales, 5 – 7, Magistralia. Leçons et lectures, 2 – 4). ISBN : 978-2-8124-0312-5. Prix : € 49,70. Le Moyen Age, 2013/3 Tome CXIX, p.XXVI-XXVI. DOI : 10.3917/rma.193.0723z. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2013-3-page-XXVI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.193.0723z


Notes

  • [1]
    Fauriel a pourtant déjà fait l’objet de diverses thèses (J.B. Galley dès 1909 ; M. Ibrovac en 1966 et, plus récemment, en 2006, la thèse lilloise d’E. Mochonkina). Un récent colloque organisé en 2011 à Amiens a aussi ramené cette personnalité à l’avant-plan.
  • [2]
    Paris, 1824.
  • [1]
    Université de Liège, Mémoire de Licence, 1972 – 1973.

1 La critique a nourri ces dernières années un regain d’intérêt pour l’aube de l’histoire des littératures et de la philologie romanes, et la personnalité des pères fondateurs de ces disciplines a elle aussi attiré les regards du monde savant, comme en témoignent entre autres les travaux d’U. Bahler, d’A. Corbellari, ou de C. Ridoux. Il ne faut évidemment pas voir dans ce courant la manifestation d’un culte passéiste, mais au contraire celle d’une vision dynamique qui considère que le travail de nos prédécesseurs, tout en reflétant son époque, éclaire aussi précieusement les chemins que la médiévistique a pris aujourd’hui.

2 C’est dans ce courant que s’inscrit la republication de cette Histoire de la poésie provençale. L’ouvrage est issu du premier cours que Fauriel dispensa de décembre 1831 à juillet 1832 en Sorbonne, où il venait d’être nommé professeur ; il s’était alors contenté de faire paraître des extraits de ses notes d’enseignement. Son amie M. Clarke, héritière de ses papiers, et l’orientaliste J. Mohl se chargeront après son décès d’en publier l’intégralité. Les trois volumes considérés ici contiennent la réimpression anastatique de cette édition posthume (1846), précédée d’une longue introduction qui récapitule l’apport – encore trop largement méconnu [1] – du travail de Fauriel à l’histoire de la pensée. Comme on peut s’en douter, ce n’est en effet pas pour ce qu’il nous apprend de la littérature provençale que cet ouvrage méritait une nouvelle diffusion : quantité d’autres histoires de la littérature du Midi ont été écrites depuis Fauriel, et l’information dont le savant disposait est sur la plupart des points complètement dépassée ; il s’agit en outre de la préparation d’un exposé magistral, où notes et références bibliographiques font défaut, etc. Mais sa valeur épistémologique justifie sans l’ombre d’un doute la republication de ce travail dont l’A. mérite mieux que l’oubli, ainsi que le démontre fort bien la présentation liminaire d’U. Schöning (p. III – LII).

3 Né en 1772, Fauriel est l’une des personnalités les plus curieuses et les plus exceptionnelles de l’érudition post-révolutionnaire. Issu d’un milieu modeste, il devra à l’enseignement des oratoriens et à un don réel la connaissance d’une quantité impressionnante de langues anciennes et modernes qui le servira durant toute sa carrière. Ses qualités intellectuelles lui ouvrent assez vite les portes des salons mondains, où se forgent les réseaux de circulation des idées au gré des amitiés. Grâce à Germaine de Staël et à Sophie de Condorcet, il entre en contact avec les grandes figures de l’intelligentsia européenne. Ces échanges alimenteront chez lui une pensée européenne elle aussi, où chaque littérature nationale est considérée comme la partie constitutive d’un ensemble plus vaste. Sa formation d’historien va le porter à analyser les faits littéraires en tenant compte du contexte historique et culturel où ils s’ancrent. L’heure est à la quête des origines ; on s’enthousiasme pour l’authenticité prêtée à l’expression populaire. Sensible aux mouvements de son temps et hostile à tout despotisme, Fauriel s’intéresse d’abord aux racines des littératures et à la lutte des peuples pour leur liberté, gage d’une culture florissante ; en témoigne la publication des Chants populaires de la Grèce moderne[2] . Mais l’homme, d’origine cévenole, est aussi foncièrement attaché au Midi et à la littérature provençale, dont il est un bon connaisseur et qu’il choisit de mettre au programme d’un cours de la littérature étrangère, invoquant, pour se justifier de cette audace, « l’autonomie politique, linguistique et littéraire du Midi médiéval » (p. XIV). Sa prédilection pour le Sud, un berceau de civilisation qu’il tient pour la source du renouveau dans tous les secteurs, va l’amener à une datation exagérément précoce des textes et surtout à des théories sur l’épopée qui le discréditèrent aux yeux de beaucoup. Alors qu’on ne connaît à ce moment-là que trois témoins de l’épopée occitane, Fauriel s’emploie à prouver l’antériorité de la poésie épique du Midi sur celle du Nord. Peu avant, Raynouard avait déjà voulu faire du provençal l’intermédiaire entre le latin et toutes les autres langues romanes, etc. C’est pourtant moins un esprit nationaliste qui guide Fauriel qu’une logique de système, mais ses « égarements » lui vaudront bien des critiques acerbes qui ne doivent toutefois pas faire oublier l’estime dans laquelle le tiendront un Thierry, un Renan, ou un Schlegel…

4 Le travail de Fauriel manifeste les efforts pour professionnaliser une discipline de même que l’émergence d’une démarche scientifique avant P. Paris ; il « fut un des premiers, sinon le premier historien des civilisations, inventeur à la fois de l’objet et de la méthode » (p. LI). Son œuvre témoigne aussi des engagements de son A., qui fut un pionnier à bien des égards. Fauriel peut être considéré comme « le premier comparatiste officiel en France ». Dans un contexte jacobin et nationaliste où les littératures régionales s’attirent un mépris général, il n’a pas hésité à offrir au provençal une place de choix. Ses idées sur les particularismes du Midi ouvriront indirectement la voie à la renaissance félibréenne et même plus tard, au mouvement occitan, qui exploitera le thème de la croisade albigeoise comme guerre de colonisation. À notre époque où règne souvent l’hyperspécialisation, l’œuvre de Fauriel nous rappelle aussi l’ampleur de vue stimulante que confèrent des compétences multiples et transversales : historien, philologue, romaniste complet, polyglotte, connaisseur du monde européen autant que des régions de France, l’homme disposait des meilleurs outils pour appréhender l’ensemble culturel dans sa globalité.

5 Au-delà des spécialistes de la littérature occitane, l’ouvrage captera l’attention de ceux qui s’intéressent à l’évolution de la pensée historique. Il s’enrichit d’une bibliographie fournie (p. LIII – LVIII), répertoriant tant la production de Fauriel que les études qui lui ont été consacrées. On pourrait y ajouter la mention du travail d’A. Dormal, Les idées de Claude Fauriel sur l’épopée « provençale ». Étude d’après les sources imprimées et manuscrites[1].

6 Nadine HENRARD


Date de mise en ligne : 07/05/2014

https://doi.org/10.3917/rma.193.0723z