In Limine Romaniae. Chanson de geste et épopée européenne, éd. Carlos ALVAR, Constance CARTA, Berne – Berlin – Bruxelles – Francfort – New York – Oxford – Vienne, Lang, 2012 ; 1 vol., VIII – 568 p. ISBN : 978-3-0343-1065-9. Prix : € 64,20.
- Par François Suard
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- SUARD, François,
- Suard, François.
- Suard, F.
https://doi.org/10.3917/rma.193.0723x
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1 On trouvera dans ce volume les actes du dix-huitième Congrès international de la Société Rencesvals pour l’Étude des Épopées romanes, tenu à Genève en juillet 2009. Quatre axes de recherche avaient été choisis, dans une perspective à la fois trans-séculaire et trans-géographique. Il s’agissait de souligner, dans l’espace et dans le temps, la permanence et la diversité de la forme épique et sa vocation européenne en abordant quatre questions : la postérité de la chanson de geste dans le roman espagnol, les rapports entre épopée germanique et épopée romane, la place et la signification des animaux dans la chanson de geste, les textes épiques franco-italiens.
2 M. Bailey (p. 7 – 18) ouvre la réflexion sur le premier axe proposé, en montrant l’extraordinaire longévité de la tradition cidienne et la variété des modifications qu’elle a subies au cours des siècles. V. Millet (p. 19 – 38) traite du deuxième axe, en soulignant les analogies relatives au contexte historique et culturel de la poésie héroïque française et germanique dans le haut Moyen Âge, et en invitant à des réflexions méthodologiques comparatives dans ces deux domaines. J. Simpson (p. 39 – 60), s’appuyant sur les réalisations du sculpteur suisse H.R. Giger, interprète à propos du troisième axe les rêves animaliers de Charles dans le Roland comme la manifestation d’une transformation parodique de l’art et de l’idéologie carolingiens. Enfin J.C. Vallecalle (p. 61 – 90) montre pour le quatrième axe les transformations idéologiques opérées par les auteurs franco-italiens dans la matière épique, en élargissant notamment la conception d’un héros dont la valeur n’est plus limitée à la prouesse.
3 Outre ces quatre leçons, 27 communications ont abordé les différents thèmes proposés Le Cid et sa postérité (jusqu’au cinéma), la geste de Guillaume et de Rainouart, Aspremont, Huon de Bordeaux, la Chanson de la croisade albigeoise, Florence de Rome, Florent et Octavien, la Belle Hélène de Constantinople, les Croniques et conquestes de Charlemaine, la légende de Berthe aux grands pieds et celle d’Ogier ont fait l’objet de ces interventions, sans oublier l’incontournable Chanson de Roland. Plusieurs de ces communications sont plurithématiques : D. Pattison, en traitant des animaux dans la tradition épique espagnole (p. 411 – 420), ou P. Bennett, en associant Wolfram d’Eschenbach et I Nerbonesi dans son étude sur le personnage de Guibourc (p. 93 – 105), offrent de bons exemples de cette recherche de synthèse. Ces « entrées » variées dans l’univers épique ont permis aussi de s’aventurer dans des domaines littéraires ou linguistiques a priori éloignés de la chanson de geste médiévale française : le théâtre, à partir de l’analyse de la production de Jean Bodel, auteur épique mais également dramaturge (T. Pacchiarrotti, p. 376 – 397), le roman d’Antiquité, à partir du troisième thème du congrès (P. Rinoldi, p. 441 – 460), et la tradition épique byzantine (I. Kioridis, p. 257 – 268 ; D. Petalas, p. 421 – 440).
4 À travers ces études de textes parvenus jusqu’à nous sous des formes diverses (laisse de vers, prose) et en des langues différentes (ancien et moyen français, moyen haut allemand, franco-italien, italien, espagnol, grec), on aperçoit clairement comment la diversité et l’adaptabilité du projet épique à des périodes et à des situations linguistiques, politiques et sociologiques très différentes, fonde son inscription dans la durée.
5 On retiendra enfin les deux importantes tables rondes imprimées à la fin du volume. L’une présente la base de données JONAS, projet consacré aux mss épiques français et destiné, sous l’égide de chercheurs et d’institutions françaises et italiennes, à rassembler et à organiser le corpus épique par œuvre et par manuscrit (p. 521 – 531). L’autre, présenté par G. Palumbo et A. Constantinidis, décrit le projet d’une édition intégrale du corpus français de la Chanson d’Aspremont (p. 534 – 551), l’un des plus intéressants textes épiques de la fin du XIIe siècle, à la tradition manuscrite complexe. Une première part. sera consacrée à l’étude et à la présentation diplomatique de tous les mss connus, la seconde comportera l’édition des quatre ou cinq mss principaux de la chanson.
6 Au total, le recueil In limine Romaniae consacre la vitalité des études relatives à la tradition épique européenne, dont on a compris qu’elle ne doit pas seulement être envisagée dans ses fondations et ses œuvres les plus séduisantes, mais aussi dans l’efflorescence continuée de ses branches les plus imprévisibles, étudiée grâce aux moyens techniques les plus performants.
7 François SUARD