Dorothee ADER, Prosaversionen höfischer Epen in Text und Bild. Zur Rezeption des Tristrant im 15. und 16. Jahrhundert, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2010 ; 1 vol. in-8o, 381 p. (Beiträge zur älteren Literaturgeschichte). ISBN : 978-3-8253- 5765-8. Prix : € 62,00.
- Par Astrid Guillaume
Page I
Citer cet article
- GUILLAUME, Astrid,
- Guillaume, Astrid.
- Guillaume, A.
https://doi.org/10.3917/rma.192.0457a
Citer cet article
- Guillaume, A.
- Guillaume, Astrid.
- GUILLAUME, Astrid,
https://doi.org/10.3917/rma.192.0457a
Notes
-
[1]
Voir L. HARF-LANCNER, Tristan détristanisé : du Tristan en prose (XIIIe siècle) au Nouveau Tristan de Jean Maugin (1554), Nouvelle Revue du XVIe Siècle, t. 2, 1984, p. 5–22.
1 L’ouvrage de D. Ader a pour objectif d’étudier les versions en prose imprimées des épopées courtoises dans leurs textes et visuels, et plus particulièrement la réception de Tristrant und Isalde aux XVe et XVIe siècles.
2 L’ouvrage se subdivise en neuf part. Dans l’introduction, l’A. résume l’état de la recherche (principalement germanique) sur son sujet et expose sa méthodologie. Son corpus est constitué de cinq imprimés illustrés du Tristrant und Isalde en prose conservés à Augsbourg (A1 date de 1484, A2 de 1498, A3 d’environ 1550) et à Worms (W1 date de 1550, W2 d’environ 1550). L’A. fait une analyse précise et détaillée du texte puis de leurs images. Dans son étude comparée, l’A. n’oublie pas de rappeler fort justement que toute comparaison de textes anciens doit tout d’abord passer par la vérification des sources et modèles (p. 16). L’A. établit donc un stemma révélant les filiations chronologiques entre ces cinq versions. Il est cependant fort regrettable que cette étude ne se soit aucunement tournée vers le royaume de France d’où vient la matière tristanienne et où les Tristan en vers ont commencé leur tout premier processus de dérimage. Le retour aux sources est donc limité ici à la sphère germanique. Les analyses iconographiques révèlent que chaque imprimé présente un choix différent de scènes. L’image joue donc un rôle précis : les scènes mise en rapport avec les textes semblent en adéquation avec les centres d’intérêt littéraires de l’époque ou de la couche sociale cible. La fonction du « programme visuel » peut ainsi être définie comme stratégique, idéologique ou pédagogique, ce qui légitimise une étude sur la réception à une époque où les publics – et en fonction de ces différents publics également les horizons d’attente – se diversifient du fait même que la lecture commune tend à disparaître au profit de la lecture privée. L’apparition progressive et irréversible de la lecture privée va ouvrir la porte à des phénomènes d’identification plus marqués servis par l’iconographie, elle-même favorisée par l’imprimerie. Dans les chap. ayant trait à l’organisation du texte, l’A. n’omet pas de dénombrer et d’étudier l’importance des majuscules de début de paragraphes qui seraient plus du fait de l’auteur/adaptateur que de l’imprimeur.
3 En fin d’ouvrage, on trouve une bibliographie qui ne réunit hélas que des ouvrages en langue allemande et majoritairement de la seconde moitié du XXe siècle : les études de la fin du XXe et du début du XXIe siècle sur les Tristan/Tristrant pourtant fréquemment étudiés dans d’autres langues que l’allemand n’y apparaissent pas. Par exemple, les travaux réalisés sur les Tristan en prose français ne sont pas du tout mentionnés, ce qui est regrettable pour un travail de comparatiste. La bibliographie tout comme l’ouvrage dans son ensemble se limitent exclusivement à la sphère géographique germanique alors que le thème littéraire tristanien vient d’ailleurs et a d’abord été dérimé ailleurs. Pour rappel, on recense 78 mss français du Tristan en prose entre le XIIIe et le XVe siècles et pas loin de huit éd. complètes entre 1489 et 1533, quatre entre 1489 et 1499 et vers 1506, 1514, 1520, 1533 [1], ce qui correspond exactement à la période étudiée dans le présent ouvrage. Une petite présentation, ou à tout le moins une brève allusion, aux Tristan en prose français aurait été bienvenue en début d’ouvrage et dans une partie de la bibliographie.
4 L’annexe présente plusieurs tableaux synoptiques avec les titres des chapitres des textes étudiés, ainsi que le corpus iconographique exposé ici sous la forme de trois à quatre images par page, ce qui est une erreur éditoriale. En effet, ce précieux corpus d’images aurait gagné en lisibilité s’il avait été publié dans un format plus grand (une à deux images par page au grand maximum) afin de pouvoir apprécier pleinement les détails des scènes présentées. L’examen de certaines images particulièrement travaillées s’avère en effet très compliquée ici du fait de la petite taille des reproductions.
5 Mais tout cela relève de la remarque de détail. Cet ouvrage présente une étude sérieuse et approfondie sur les Tristrant und Isalde germaniques en prose dans le contexte social bien particulier des XVe et XVIe siècles, révélant l’autonomie des imprimés par rapport à leurs ancêtres manuscrits. Il intéressera évidemment les tristaniens germanistes, mais pas uniquement, les médiévistes comparatistes y trouveront des indications utiles sur le plan méthodologique et structurel, et les historiens des indications intéressantes sur le contexte social de la période étudiée ainsi que sur l’importance qu’y acquiert la lecture privée en lien avec le développement des imprimeurs et de nouvelles couches sociales urbaines aux goûts littéraires déjà bien arrêtés.
6 Astrid GUILLAUME