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Compte rendu

Peter BROWN, Geoffrey Chaucer, Oxford, Oxford U.P., 2011 ; 1 vol. in-8o, XVI– 254 p. (Oxford World’s Classics, Authors in Context). ISBN : 978-0-19-280429-7. Prix : GBP 8.99.

Page XLIV

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  • Blandeau, A.
(2012). Peter BROWN, Geoffrey Chaucer, Oxford, Oxford U.P., 2011 ; 1 vol. in-8o, XVI– 254 p. (Oxford World’s Classics, Authors in Context). ISBN : 978-0-19-280429-7. Prix : GBP 8.99. Le Moyen Age, Tome CXVIII(3), XLIV-XLIV. https://doi.org/10.3917/rma.183.0683zr.

  • Blandeau, Agnès.
« Peter BROWN, Geoffrey Chaucer, Oxford, Oxford U.P., 2011 ; 1 vol. in-8o, XVI– 254 p. (Oxford World’s Classics, Authors in Context). ISBN : 978-0-19-280429-7. Prix : GBP 8.99. ». Le Moyen Age, 2012/3 Tome CXVIII, 2012. p.XLIV-XLIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-3-page-XLIV?lang=fr.

  • BLANDEAU, Agnès,
2012. Peter BROWN, Geoffrey Chaucer, Oxford, Oxford U.P., 2011 ; 1 vol. in-8o, XVI– 254 p. (Oxford World’s Classics, Authors in Context). ISBN : 978-0-19-280429-7. Prix : GBP 8.99. Le Moyen Age, 2012/3 Tome CXVIII, p.XLIV-XLIV. DOI : 10.3917/rma.183.0683zr. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-3-page-XLIV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.183.0683zr


Notes

  • [1]
    S. H. RIGBY, Chaucer in Context. Society, Allegory and Gender, Manchester, 1996 ; W. A. DAVENPORT, Chaucer and his English Contemporaries : Prologue and Tale in The Canterbury Tales, New York, 1998 ; L. M. BISSON, Chaucer and the Late Medieval World, New York, 1999.

1 Dans une démarche similaire à celle de Rigby, Davenport ou Bisson [1], P. Brown situe l’auteur et son œuvre au sein d’un contexte politique, artistique et intellectuel, dont la spécificité médiévale est constamment rappelée, illustrée de références éclairantes aux habitudes de pensée, à la représentation du monde et aux figures marquantes du dernier quart du XIVe siècle. Geoffrey Chaucer s’ouvre sur le constat de la difficulté d’esquisser un portrait exact du diplomate poète à partir des documents historiques et des allusions à sa propre personne dans ses compositions. Ces dernières sont révélatrices d’une conception de l’écriture en tant que dialogue avec le public à un moment charnière entre la réception collective des textes et leur lecture en privé. Il en résulte cette forte présence de la voix du poète, du moins de sa persona, dépeint tour à tour sous les traits d’un simple passeur d’un matériau narratif préexistent et d’un piètre rhéteur presque ridicule. P.B. attribue au rôle déterminant du mécénat sur la scène littéraire la raison de l’affirmation d’une griffe chaucérienne : celle d’un adaptateur-créateur qui confère à ses sources d’inspiration antique et courtoise une résonance contemporaine et consacre une langue directe et populaire, qui s’élève des formes allitératives régionales sans exclure pour autant la sophistication des jeux linguistiques et sémantiques et des interpénétrations des genres et des styles.

2 Les chap. 2–4 mettent en avant les profonds bouleversements du corps social, attestés par Chaucer dans une évocation des pèlerins de Canterbury qui s’affranchit de la typification au profit de l’individualisation du portrait par le recours astucieux aux marqueurs d’identité socio-professionnelle. Les accents subversifs sous-jacents dans les Contes confirment qu’un vent de protestation politique et idéologique souffle alors sur l’Angleterre. Témoin des remous de son temps, Chaucer semble l’être dans une moindre mesure que ses contemporains Gower et Langland. Cependant, au ton moralisateur de l’un et à l’invective de l’autre, il préfère l’indirection de l’allusion, voire du pastiche. La diversité de sa production écrite, dans laquelle P.B. puise maints exemples pertinents, traduit un questionnement sur des thèmes essentiels de la fin du Moyen Âge, tels que l’autorité et la fonction régaliennes, le sens de la chevalerie et de la noblesse, l’amour (dont Chaucer passe pour le chantre malgré son goût pour le travestissement burlesque de la mystique courtoise) ou encore la notion philosophique de la Providence chrétienne et sa version païenne, le déterminisme astrologique figuré par la Fortune et sa roue. Sur ce point, P.B. se réfère plus particulièrement à Troilus and Criseyde et The Knight’s Tale. Il insiste sur le fait que christianisme et paganisme constituent deux conceptions concurrentes du réel, tout comme les Canterbury Tales procèdent par une singulière juxtaposition de contraires – romance et fabliau, règles de l’ordre hiérarchique et forces transgressives anarchiques.

3 Enfin, après avoir proposé différentes portes d’entrée dans le contexte et les textes de Chaucer, dont il est nécessaire de posséder les clés d’interprétation fournies par des images saillantes (de la piété, de la destinée, du sentiment amoureux ou encore de la corruption et de la mort), l’ouvrage de P.B. s’achève sur un court chap. dans lequel il examine quelques occurrences de la réception des Tales dans les médias actuels. Composée à une époque où l’optique est une science prisée car la lumière est perçue comme manifestation de la toute-puissance du Créateur, la dimension éminemment visuelle de l’œuvre la plus connue de Chaucer aujourd’hui la rend parfaitement adaptable au grand écran, même si la transcription cinématographique de la lettre et de l’esprit des Contes a ses limites, conclut P.B. Geoffrey Chaucer a le mérite de parcourir la vaste production écrite du « grand translateur » en montrant avec habileté le lien étroit entre la fiction et la réalité des faits et des idées dans laquelle elle est intimement ancrée.

4 Agnès BLANDEAU


Date de mise en ligne : 18/01/2013

https://doi.org/10.3917/rma.183.0683zr