Renaut de Montauban. Fragments des Archives municipales de Metz (Me)
Pages 301 à 328
Citer cet article
- HERBIN, Jean-Charles,
- Herbin, Jean-Charles.
- Herbin, J.-C.
https://doi.org/10.3917/rma.182.0301
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- Herbin, Jean-Charles.
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https://doi.org/10.3917/rma.182.0301
Notes
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[1]
Qu’il nous soit permis d’exprimer ici notre gratitude pour l’excellent accueil que nous avons reçu dans cette institution messine à l’occasion de nos nombreuses visites.
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[2]
La Chanson des Quatre fils Aymon d’après le manuscrit La Vallière, éd. F. CASTETS, 3 vol., Montpellier, 1909, réimpr., Genève, 1974. Cette édition ne jouit pas d’une bonne réputation (voir notamment R. BOSSUAT, Manuel de Bibliographie de la Littérature du Moyen Âge, Melun, 1951, p. 68, no 668), mais elle est la seule qui permette, à ce jour, de comparer rapidement nos fragments à d’autres témoins sans avoir à reprendre tous les manuscrits.
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[3]
Renaus de Montauban oder die HaimonsKinder, éd. H. MICHELANT, Stuttgart, 1862, p. 512.
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[4]
Chanson des Quatre fils Aymon, t. 3, 1909, p. 906. Dès 1907, L. Jordan, qui n’omet pas nos fragments dans la liste (incomplète) qu’il dresse des témoins de Renaut de Montauban, les mentionne cependant entre parenthèses, indice probable qu’ils ne lui avaient pas été accessibles, voir L. JORDAN, Die Sage von den vier Haimonskindern, Romanische Forschungen, t. 20, 1907, p. 170. Juste avant la Grande Guerre, un autre chercheur allemand n’aura pas la main plus heureuse, puisqu’il ne réussit pas, lui non plus, à examiner lesdits fragments, voir Fragment II der Oxforder Renaut-Handschrift Hatton 59, éd. W. ERDMANN, Greifswald, 1913, p. 7 : « Das […] Metzer Fragment […] ist in Metz nicht ausfindig zu machen. » Il est possible que nos fragments aient été égarés lors de la Guerre de 1870, ou, tout simplement, qu’on les ait vainement cherchés à la Bibliothèque municipale de Metz, alors qu’ils étaient déposés aux Archives de la Ville.
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[5]
On lit exactement : « Endlich müßen der Vollständigkeit halber die oben bezeichneten 2 Fragmente erwähnt werden, welche sich auf Renauts Reise nach Palästina und auf den Zweikampf seiner beiden Söhne beziehen. Sie dienten zur Überdecke eines Rechnungsbuchs der Stadt Metz aus dem 14. Jh. Diese Bruchstücke bieten den ältesten und reinsten Text. Es sind 2 Pergamentblätter in 4° aus dem 13 Jh., auf jeder Seite 3 Spalten von je 43 Zeilen, im ganzen 516 Verse. » Renaus de Montauban oder die HaimonsKinder, p. 512. Les informations données par Castets dans son édition de 1909 reprennent clairement celles de son devancier : « D’après Michelant, ces deux fragments sont deux feuilles de parchemin in-4°, donnant 3 colonnes de 42 (sic) lignes à la page, en tout 516 vers. Écriture du XIIIe siècle. Ils contiennent en partie le pèlerinage en Palestine et le duel des fils de Renaud. L’on y aurait le texte le plus ancien et le plus pur. Ils servaient de couverture à un livre de comptes de la ville de Metz du XIVe siècle. On peut conclure des termes de Michelant qu’ils sont de la même famille que la partie correspondante de L qu’il n’a pas imprimée. » Chanson des Quatre fils Aymon, p. 906, n.
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[6]
Et non de 42 vers, comme l’indique Castets (voir n. précédente) ; de plus, la première colonne, pour une raison qui nous échappe, répète à l’identique son premier vers en bas de la page ; elle compte donc 44 lignes, mais seulement 43 vers différents.
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[7]
À la vérité, il semblerait que deux laisses successives aient été ouvertes par une initiale rouge, aux v. 17690 et 17707 ; toutefois, la première des deux initiales ici en considération n’a laissé que d’infimes traces sur le parchemin, très détérioré à cet endroit. Il convient de signaler aussi l’initiale rouge du v. 16432, qui n’est pas un D habituel, mais une sorte de ? (Voir A. CAPELLI, Dizionario di Abbreviature latine ed italiane, 6e éd., Milan, 1985, p. 86, quatrième exemple de la première ligne de l’en-tête).
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[8]
Nous suivons grosso modo le résumé donné par Castets aux p. 34–35 du t. 1 de son édition.
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[9]
Dans la colonne détruite, dont il ne reste que les initiales, on constate que Me3 insérait un vers supplémentaire, par rapport à l’éd. Castets, après le v. 17629, et probablement aussi entre 17620 et 17625 (d’après la justification de la colonne conservée) ; il semblerait qu’il y ait eu un vers omis après 17641.
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[10]
Dans la colonne détruite, dont il ne reste que les initiales, on constate que Me5 insérait un vers supplémentaire, par rapport à l’éd. Castets, après le v. 17949 (d’après la varia lectio de l’éd. Castets, ce vers serait un ajout propre à notre fragment).
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[11]
Nos fragments (au moins pour les colonnes entièrement conservées) présentent 21 vers absents de l’édition Castets, qu’ils figurent ou non dans un ou plusieurs témoins de contrôle : 16359abc (qui se lisent aussi dans A), 16694a, 16701a, 16706a, 16731a, 16732a, 16737a, 16759a, 16841a, 17696a, 17710a, 17712a, 17720ab, 17896a (qui se lit aussi dans A et C), 17897a, 17899a, 18038a, 18055a ; inversement, on constate dans nos fragments l’absence de six vers présents dans l’édition de référence : 16422, 16445–16446, 16787, 16847, 17588.
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[12]
Voir Chanson des Quatre fils Aymon, p. 130–131.
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[13]
Dans les subjonctifs maintenge et tiengent, il faut sans doute voir des formes ou - ng- équivaut à -gn-, et non des formes comparables à celles qui se rencontrent très fréquemment dans les copies de l’Ouest du domaine d’oïl pour le subjonctif présent (qui supposent une extension analogique de -ge comme marque de subjonctif).
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[14]
L. REMACLE, Le Problème de l’ancien wallon, Liège, 1948, p. 121, 195, où la forme singnoir < segnorem est donnée comme équivalente de singoir, qui correspondrait mieux à nos graphies ; forme relevée, toutefois, dans une charte tardive (1493), mais sangeor, qui pose le même problème se lit dans une charte liégeoise de décembre 1236 (Ibid., p. 121, 130–131, forme déjà relevée par E. SCHWAN, D. BEHRENS, Grammaire de l’ancien français, trad. O. BLOCH, 4e éd., 3e part., Leipzig, 1932, p. 21) ; voir aussi C. T. GOSSEN, Grammaire de l’ancien picard, Paris, 1976, p. 119, § 62. Cette graphie - ng- pour noter n palatal se rencontre surtout en Wallonie. W. VON WARTBURG, Französisches Etymologisches Wörterbuch, t. 11, Bâle, 1964, p. 449a signale une forme saigor, qu’il tire de F. GODEFROY, Dictionnaire de l’ancienne langue française, t. 10, Paris, 1902, reprod., 1969, p. 654c (document de 1248 conservé à Namur). La forme saingor se lit deux fois dans un document de 1236 du fonds du chapitre Saint-Lambert de Liège (F. BONNARDOT, Rapport sur une mission à Luxembourg et ès pays adjacents, Archives des Missions scientifiques et littéraires, 3e sér., t. 15, 1889, p. 394, pièce VI) ; enfin, sangoir se lit quatre fois dans une charte, datée de novembre 1276, provenant de l’abbaye du Val-Saint-Lambert, ainsi que, dans le même document, la forme ensengement (M. WILMOTTE, Étude de dialectologie wallonne, Romania, t. 17, 1888–1890, p. 579–581) ; cette dernière localisation concorde avec celle du Médicinaire namurois publié par J. HAUST (Médicinaire liégeois du XIIIe siècle et médicinaire namurois du XVe siècle, Bruxelles–Liège, 1941, p. 192–207 ; les références qui suivent renvoient aux lignes), où se relèvent les formes oinge(s) 427, 452, o (i) ngiés 29, 33, ongez 446 (pour l’impératif d’oindre), venge 78 et vinge 83 pour le substantif vigne, ongons 61 pour oignons, sangier 193 pour saignier, tinge pour le substantif tigne 214, ronge pour roigne 423, 424… Pour les textes littéraires, nous avons trouvé cette graphie dans Elie de Saint Gilles (éd. W. FOERSTER, Heilbronn, 1876–1882 : bronge 914) et dans Aiol et Mirabel (Ibid., bronge 526, 718, 4992, ensenge 9901, mais aussi besoinge 1273, besongous 186, 1908, 2031, vergonge 9170, vergongier 1843…, à côté de enseingne, besoigne, vergoigne) ; dans La traduction en prose française du 12e siècle des Sermones in Cantica de saint Bernard, éd. S. GREGORY, Amsterdam, 2004 (ensenget pour enseigne p. 1, l. 9, compangie pour compaignie p. 3, l. 55, tesmongier pour tesmoignier p. 40, l. 26…) ; enfin, L. WIESE relève notamment compangie, ensenges…, dans Le Dialoge Gregoire lo pape (Die Sprache der Dialoge des Papstes Gregor, Halle, 1900, p. 34, § 90, voir encore tesmonge, vergonges…, p. 28, § 76a) ; [dans Anseïs de Carthage, éd. J. ALTON, Tübingen, 1892, qui signale au glossaire la graphie bronge, mais aucune des références indiquées ne correspond, dans son édition, à cette graphie]. G. ROQUES – qu’il soit ici remercié de nous avoir fourni ces références complémentaires – nous signale qu’on lit encore pongant dans une variante d’Anseïs de Carthage (v. 5117, 7922, var. de PARIS, BnF, ms. fr. 1598), dans Gui de Nanteuil (var. de VENISE, Biblioteca Marciana, ms. fr. 10, v. 1096, éd. J.R. McCORMACK, Genève–Paris, 1970, p. 219), dans l’Entrée d’Espagne (éd. J. THOMAs, t. 2, Paris, 1913, p. 36, 52, v. 8930, 9379, p. 52).
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[15]
Voir A. DEES, Atlas des formes et des constructions des chartes du 13e siècle, Tübingen, 1980, carte 8 (ilh/ihl) ; ID., Atlas des formes linguistiques des textes littéraires de l’ancien français, Tübingen, 1987, carte 167 (conseilh/conselh).
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[16]
Voir ID., Atlas des formes et des constructions, carte 4.
-
[17]
Voir REMACLE, Le problème de l’ancien wallon, p. 66–67 ; J. CHAURAND, Introduction à la dialectologie, Paris, 1972, p. 70, 79. G. ROQUES nous signale encore notamment Cligès (éd. C. LUTTRELL, S. GREGORY, Cambridge, 1993, v. 4588 variantes) ; Decret de Gratien, (éd. L. LÖFSTEDT, t. 2, Helsinki, 1993, p. 17–18, par exemple) ; Estoire de la guerre sainte d’Ambroise (éd. G. PARIS, Paris, 1897, p. 141a, 169a, v. 5276, 6336) ; JEHAN LE COURT, dit BRISEBARE (de Douai), Restor du paon (éd. R. J. CAREY, Genève, 1966, p. 217, v. 18).
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[18]
Voir SCHWAN, BEHRENS, Grammaire de l’ancien français, 3e part., p. 127–128, récapitulation du § 34 (Hainaut belge, wallon, lorrain, champenois…) ; G. ROQUES nous signale encore : La Prise de Cordres et de Sebille (éd. O. DENSUSIANU, Paris, 1896, p. CXVII) ; Isopets (Isopet de Lyon, éd. J. BASTIN, t. 2, Paris, 1930, p. XXIII) ; R. ECKBLOM, Die Entwicklung der Wörter vom Typus spatulam > épaule, Mélanges de Philologie offerts à M. Johan Melander, Uppsala, 1943, reprod., Genève, 1977, p. 129–139, en particulier p. 130, espale) ; CONON DE BÉTHUNE (éd. A. WALLENSKÖLD, Paris, 1968, Chanson IX, v. 21) ; Romania (t. 57, 1931, p. 372, v. 40) ; JEHAN LE COURT dit BRISEBARE, Restor du paon (p. 235, var. 364, manuscrit lorrain) ; Court de paradis (éd. E. VILAMO-PENTTI, Helsinki, 1953, p. 92, var. 268 s.) ; Neuphilologische Mittheilungen, t. 37, 1936, p. 282, etc.
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[19]
Pour le vocalisme -a- pour -o- (hoer étant la leçon de L), voir REMACLE, Le problème de l’ancien wallon, p. 44.
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[20]
Voir encore Li Dialoge Gregoire lo Pape, éd. W. FOERSTER, Halle–Paris, 1876, réimpr. Amsterdam, 1965, astoit p. 8 (l. 16, 20), p. 9 (l. 17), p. 12 (l. 13), p. 18 (l. 16)…, astoient p. 5 (l. 16), p. 11 (l. 15), etc. ; voir aussi L. WIESE, Die Sprache der Dialoge des Papstes Gregor, Halle, 1900 (qui signale ast-, comme base majoritaire pour l’imparfait d’estre, p. 67).
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[21]
Voir HAUST, Médicinaire namurois, p. 199, 205, feir 251, fair 430 ; et nombreux exemples dans le Couronnement de Renart (imputables à l’auteur).
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[22]
Voir aussi A. BAYOT, Le Poème Moral, Liège–Paris, 1929, p. LXXVIII.
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[23]
Parmi les mots qui pourraient avoir perdu leur -e final, nous ajouterions volontiers mescont 16455 (nous comprenons : « ce qui ne fut pas un mauvais calcul, une mauvaise affaire »).
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[24]
Voir aussi G. LOTE, Le Vers français, t. 3, Paris, 1955, p. 148, 179–180.
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[25]
Le Poème Moral, p. LXV, § 6 ; au fil du texte, nous relevons : mervillit 206, plonchit 317 (= « plongé »), trenchir 466, 1860, mestir 467, estrilhir 469, torchir 470, laissir 501, 2085, porcacir 555, pechir 578, 2086, lowir 579 (= « loyer »), trebuchir 580, pechiz 797, 1237, (a) drecir 1306, 2216, travilhir 2057, aidir 2060, correcir 2256.
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[26]
L’inconvénient est que cette forme, dont les dictionnaires ne signalent qu’une seule attestation, paraît provenir plutôt de l’Ouest que du Nord-Est (Partenopeu de Blois, daté de la seconde moitié du XIIe siècle).
Description
1 Les fragments examinés ici sont déposés aux Archives municipales de la Ville de Metz [1], sous la cote II 129 no 1. La chemise qui les protège porte la mention : « Cette pièce servait de couverture à un registre des comptes des soldoyeurs » et reprend une note à l’encre rouge qui figure sur chacun des deux fragments (« Retiré du Registre des Soldoyeurs. C.S. auquel ce parchemin servait de couverture. Metz le 9 mars 1861 »). On en déduit qu’ils devaient recouvrir l’un le plat de devant, l’autre le plat d’arrière de la reliure.
2 Le texte est celui d’un témoin de Renaut de Montauban à rattacher à la rédaction suivie par F. Castets pour son édition des Quatre fils Aimon [2]. Nous proposons de leur attribuer le sigle Me.
3 Il ne s’agit pas à proprement parler de fragments inconnus, puisque H. Michelant en signalait l’existence dès 1862 [3], mais ils ont dû être à nouveau indisponibles – on les pensait même (re)perdus – dès les premières années du XXe siècle. En effet, en 1909, dans l’Appendice final de son édition, dans lequel il décrit les témoins parvenus du poème qu’il édite, F. Castets écrivait : « Les fragments de Metz, […] ont seuls échappé à mes recherches [4]. » Il n’est pas inutile d’en proposer une description, car celle qu’a donnée H. Michelant, réduite à sept lignes, est en partie erronée [5].
4 Nous avons affaire à deux doubles feuillets de parchemin amputés de la valeur d’une colonne, d’où l’erreur de H. Michelant – ou de celui qui lui a communiqué l’information –, qui y a vu les épaves d’un manuscrit présentant trois colonnes à la page : en vérité, chaque page du manuscrit qui a fourni ces fragments ne comptait que deux colonnes de 43 vers [6]. Les deux fragments entiers, de forme à peu près régulière, mesurent respectivement environ 290 x 220 mm et 285 x 210 mm ; d’après l’ancienne pliure, on peut déduire que chaque page mesurait environ 190 x 220 mm (avec une plage d’écriture de 180 x 145 mm). Ce sont donc douze colonnes de 43 vers (alexandrins), soit 516 vers qui nous sont ainsi transmis de ce qui a dû être un beau manuscrit datable du milieu du XIIIe siècle, alternant les initiales bleues et rouges [7]. Il convient de signaler que le couteau du réutilisateur de nos feuillets a épargné aussi la plupart des initiales (voire quelques lettres) de deux des colonnes supprimées, et l’on peut ainsi vérifier la présence de la plupart des vers, et même trois ajouts et une omission, dans les parties éliminées.
5 Nos fragments ne donnent pas un texte suivi, non seulement parce que quatre colonnes ont été coupées (col. b/c du fol. 3 et du fol. 4), mais aussi parce que les deux doubles feuillets n’étaient pas immédiatement pliés l’un dans l’autre et ne constituaient pas le centre du cahier qui les contenait. En effet, les colonnes du texte présentent actuellement, si l’on suit l’édition procurée par F. Castets, les six groupes de vers suivants : 16356–16527, 16694–16859, 17560–17603, 17685–17722, 17892–17931, 18015–18055 (+ 1) de l’édition Castets (+ les initiales et éventuellement une ou deux lettres des v. 17611–17644, 17932–17972).
Contenu
6 Reprenons le contenu de chaque groupe, en indiquant entre crochets, avec l’aide de l’édition Castets, le contenu du texte qui court entre la fin d’un groupe et le début du suivant ; rappelons que nous désignons nos fragments par le sigle Me (et dans la description qui suit : Me1, Me2, Me3…).
7 Me1 – Le premier passage (172 vers, soit quatre colonnes de 43 vers ou un feuillet complet) commence lorsque, sur le chemin du retour de son pèlerinage à Jérusalem, Renaud inflige, avec l’aide de Maugis, une sévère défaite aux Sarrasins qui assiègent Simon de Pouille dans Palerme. Revenu en France, après être passé par Rome, Renaud arrive à Trémoigne, précisément au moment où l’on s’apprête à ensevelir son épouse, la duchesse Clarisse, morte pendant son absence. Douleur de Renaud désemparé.
8 Ce passage correspond exactement aux vers 16356–16527 de l’édition Castets, soit 172 vers, mais les chiffres masquent la réalité, car Me1, par rapport au texte de l’édition Castets pour ce passage, ajoute trois vers (16359a/b/c), et en omet trois autres (16422, 16445–16446).
9 [Puis manquent 166 vers d’après l’édition Castets, soit un feuillet complet. On se rend ensuite à Montauban. Maugis part pour son ermitage où il mourra sept ans plus tard, finissant sa vie dans la pénitence. Alard, Guichard et Richard prennent femme. Renaud élève ses fils. Quand il les considère adultes, il les envoie à la cour, leur recommandant de se montrer dignes de lui, de se méfier du lignage de Fouque de Morillon et de défendre leur honneur s’il est menacé] [8].
10 Me2 – Le deuxième passage (172 vers, soit quatre colonnes de 43 vers ou un feuillet complet) rapporte le bon accueil que Charlemagne réserve à Yvon et Aymon, les deux fils de Renaud. Rohart et Constant, les deux fils de Fouque de Morillon, tué par Renaud à Vaucouleurs, voient d’un très mauvais œil la faveur des nouveaux arrivants auprès de l’empereur. Constant s’apprête à provoquer les fils de Renaud, mais Rohart le retient, lui conseillant d’attendre une situation plus favorable. Les fils de Renaud se font aimer de tous, mais un jour Yvon bouscule Constant par inadvertance et donne à celui-ci l’occasion attendue pour le provoquer en duel, sous le prétexte que Renaud aurait tué Fouque de Morillon par traîtrise. Charlemagne accepte le duel et prend les otages.
11 Ce deuxième passage correspond aux vers 16694–16859 de l’édition Castets, soit seulement 166 vers ; par rapport à l’édition Castets, Me2 ajoute huit vers (16694a, 16701a, 16706a, 16731a, 16732a, 16737a, 16759a, 16841a) et en omet deux (16787, 16847), ce qui explique l’écart de six vers.
12 [Puis manquent 700 vers d’après l’édition Castets, soit très vraisemblablement seize colonnes ou quatre feuillets ; on notera que dans le manuscrit d’origine de Me, cette lacune devait correspondre à 16 x 43 = 688 vers, ce qui signifie que, pour ce passage, le manuscrit dont proviennent nos fragments donnait une leçon légèrement écourtée (de douze vers) par rapport à l’édition Castets. Les fils de Renaud sont adoubés par Charlemagne et le combat commence, suivi de loin par Renaud et ses frères, venus assister leurs neveux par leur présence et surveiller les manœuvres des traîtres].
13 Me3 – Dans le troisième passage (une colonne de 43 vers), Yvon désarçonne Constant et Aymon désarçonne Rohart.
14 Ce troisième passage correspond aux vers 17560–17603 de l’édition Castets, soit 44 vers, l’écart s’expliquant par l’omission dans Me3 du vers 17588 (qui manque aussi, d’ailleurs, dans le manuscrit de base de F. Castets) [9].
15 [Puis manquent 81 vers d’après l’édition Castets, soit deux colonnes, ce qui suggère (43 x 2 = 86) que Me donnait un texte plus long que l’édition Castets. Le combat se poursuit et les fils de Renaud ont le dessus].
16 Me4 – Dans le quatrième passage (une colonne de 43 vers), Constant se rend à merci à Aymon, qui confie son prisonnier à Charlemagne ; Yvon est toujours aux prises avec Rohart, dont il entend bien triompher seul, sans l’aide de son frère Aymon.
17 Ce quatrième passage correspond aux vers 17685–17722 de l’édition Castets, soit seulement 38 vers ; par rapport à l’édition Castets, Me4 ajoute cinq vers (17696a, 17710a, 17712a, 17720a/b).
18 [Puis manquent 169 vers d’après l’édition Castets, soit quatre colonnes, ce qui suggère (43 x 4 = 172) que Me donnait un texte plus long que l’édition Castets. Rohart est vaincu à son tour. Rohart et Constant sont pendus, et Charlemagne marie les fils de Renaud. Charlemagne leur accorde de grands fiefs à tenir. Mais Renaud veut quitter le monde ; après un voyage à Chartres et après avoir donné Trémoigne à Aymon et Montauban à Yvon, il décide de consacrer à Dieu les dernières années de sa vie. Aymon part pour Trémoigne, Renaud et les autres vont à Montauban ; mais la nuit venue, Renaud s’habille pauvrement et se met en devoir de quitter Montauban].
19 Me5 – Dans le cinquième passage (une colonne de 43 vers), Renaud quitte Montauban après avoir donné un anneau d’or au portier, qu’il laisse désemparé de voir son seigneur partir ensi tré povrement (17931).
20 Ce cinquième passage correspond aux vers 17892–17931 de l’édition Castets, soit seulement 40 vers ; par rapport à l’édition Castets, Me5 ajoute trois vers (17896a, 17897a, 17899a) [10].
21 [Puis manquent 83 vers d’après l’édition Castets, soit deux colonnes, ce qui suggère (43 x 2 = 86) que Me5 donnait un texte plus long que l’édition Castets. On découvre avec douleur le départ de Renaud qui, cheminant par la forest oscure, où il se nourrit de cueillette, parvient à Cologne. Il y fait, à la cathédrale, ses dévotions aux Trois Rois].
22 Me6 – Dans le sixième et dernier passage (une colonne de 43 vers), apercevant des ouvriers maçons occupés à charrier pierres et mortier, Renaud décide de se joindre à eux pour participer à l’ouvrage. Il loue alors ses services au maître-maçon pour un demi-denier par jour (Ne n’i vodrai avoir . II. jors quë un denier 18025). Le marché conclu, Renaud se met aussitôt à la tâche.
23 Ce dernier passage correspond aux vers 18015–18055 (+ 1) de l’édition Castets, soit seulement 41 vers ; par rapport à l’édition Castets, Me6 ajoute deux vers (18038a, 18055a).
24 [Dans la version suivie par F. Castets, il ne reste plus que 433 vers avant la fin (le texte de son édition en comptant 18489)].
25 Au total donc, 516 vers de nos fragments correspondent à seulement 501 vers dans l’édition Castets (Me ajoute 21 vers par rapport au texte de l’édition et en omet six) [11]. Le manuscrit auquel appartenaient nos fragments proposait donc, pour les passages considérés, une leçon légèrement plus étendue que l’édition Castets (qui pourtant ajoute dix-sept vers à son manuscrit de référence, en empruntant dans le reste de la tradition).
Évaluation du témoignage de Me
26 Il nous paraît superflu d’étudier ici avec précision la place qu’occupent les fragments Me dans la tradition manuscrite du poème de Renaut de Montauban. Toutefois, un simple coup d’œil sur les variantes (non exhaustives et parfois délicates à interpréter) de l’édition Castets suggère quelques remarques :
- Sur les 22 premiers vers du premier de nos passages, on constate que Me contient quatre vers absents de P (16357, 16358, 16367, 16373), trois vers absents de A (16363, 16364, 16374), pour ne rien dire des trois vers ajoutés par Me après 16359, avec l’accord de A (qui, quant à lui, ne contient pas 16359).
- Me ajoute seul quinze vers contre tous les autres témoins (voir plus bas) ; Me est seul à omettre les v. 16422 (mais tradition confuse sur le passage, au moins d’après les variantes de l’édition Castets), 16787, 16847.
- Le v. 16731a, présent dans Me seulement, suit un vers qui ne se lit que dans MeA (P ?), l’ajout de Me ayant pour conséquence d’amener à l’assonance le même mot dans deux vers consécutifs.
-
Les v. 16445–16446, présents dans A sont absents de LP et Me.
16444 Li baron s’en tornerent, demorement n’i font,
16445 [Lor eschec enporterent que gaaignié i ont.
16446 Si s’en vont ou palais de Palernë amont].
16447 . VIII. jors i fu Renaus o chaus ki o lui sont,
16448 Puis s’en sont departi & vers France s’en vont ; - Me seul inverse les v. 16821 et 16822.
| Sigle du manuscrit | Nombre de vers absents par rapport au texte proposé par l’édition Castets | Accord avec d’autres témoins |
| L PARIS, Bibliothèque nationale de France (= BnF), ms. fr. 24387 | 17 (16423, 16426, 16432–16437, 16445–16447, 16484, 16731, 17588–17589, 17908, 18055) | 2 avec C (17908, 18055) 2 avec PMe (16445–16446) |
| C PARIS, BnF, ms. fr. 775 (correspond à B dans l’édition de F. Castets) | 2 (17908, 18055) | 2 avec L (17908, 18055) |
| P CAMBRIDGE, Peterhouse, 2.0.5 | 12 (16357–16358, 16367, 16373, 16392, 16421, 16440, 16445–16446, 16482, 16489, 16795) | 3 avec A (16440, 16489, 16795) 2 avec LMe (16445–16446) |
| A PARIS, BnF, Arsenal, ms. 2990 | 23 (16359, 16363–16364, 16374, 16377, 16391, 16400, 16404, 16410, 16412, 16440, 16453, 16467, 16483, 16488–16490, 16495, 16512, 16515, 16518, 16795, 16806) | 3 avec P (16440, 16489, 16795) |
| Me METZ, Archives Municipales, II.129.1 | 6 (16422, 16445–16446, 16787, 16847, 17588) | 1 avec L seul (17588) + 2 avec LP (16445–16446) |
28 Ce tableau montre que, pour les passages concernés, nos fragments présentent moins de vers absents du texte de l’édition Castets que les autres témoins (sauf C), mais ce n’est sans doute vrai que localement. Sinon, il faudrait s’interroger sur la prééminence accordée par F. Castets à L, qui voit dans Cun témoin présentant des lacunes courtes, mais nombreuses, sans toutefois être assuré lui-même que C ne reproduise pas des parties plus anciennes que L [12]. Pour nos passages, c’est C qui paraît être, en toile de fond, le véritable manuscrit de référence de l’édition.
29 Sur la qualité toute relative de la copie exécutée par Me, il convient de signaler un certain nombre d’accidents, plutôt nombreux, au fond, pour un corpus de 516 vers :
- On relève cinq exponctuations : 16401, 16516, 17906, 18040, 18047 ; mais plusieurs lettres superflues n’ont pas été annulées : 16726 (auatre pour autre), 16756 (la barre de nasalité fait double emploi avec le -n-), 16786 (fonst), 17593 (des desfendre).
- Un élément oublié a été rajouté, apparemment par le copiste lui-même, à cinq reprises : 16413 (-o- de vos), 16484 (ki), 16737 (il), 16810 (trois mots), 17577 (sovent), 17591 (une syllabe à l’intérieur d’un mot) ; oubli de la barre de nasalité dans torneret 16456.
- Plusieurs ratures se rencontrent sans rajout (16799, deux mots répétés inutilement et biffés), avec rajout immédiat sur la ligne (17577, deux mots d’abord mal interprétés), avec rajout suscrit (16759a, 16795, 16857, 17565, 17896a, 17906) ; sors 17595 doit être corrigé en [f]ors.
- Par quatre fois, l’assonance est faussée par une graphie incomplète : 16362, 16377, 16380, 16384.
- Pour les vers faux, nous avons relevé : 16777, 16853, 17906 (hypermétriques), 16379, 16800, 16842 (hypométriques) ; auxquels on joindra ceux où c’est un -s analogique superflu au cas sujet singulier qui fausse le vers : 16487 (freres), 16746, 16753 (peres), 17693 (autres).
31 Enfin, et nous nous contenterons de ces deux remarques sur la valeur du témoignage de nos fragments :
- D’une part, au v. 16469, Me paraît fautif et lacunaire par rapport au sens et non seulement par rapport à la version éditée (la phrase prononcée par Renaud, qui s’enquiert de nouvelles de sa femme et de ses enfants, restant incomplète) :
| 16470 | Puis demande Aalart quë un poi vit palir : « Comment le fait ma feme, & mi fil autresi ? Molt me mervel, par Deu, ki onques ne menti, & [R]ichardés & Gui, ki ja m’amoient si ? – Sire, dist Aalars, n’en soiez ja mari, Il sont a Montalban un mois a & demi… |
33 Les autres témoins, pour le second hémistiche du v. 16469, donnent une leçon bien plus convaincante : […] quant il ne sont ici. Il semble que le copiste de Me ait inséré à contretemps un hémistiche formulaire (voir 16463) et qu’il s’agisse donc d’une faute n’engageant que la qualité de la copie, non de la version suivie.
- D’autre part, dans la dernière laisse de notre ultime passage, lors de l’échange de paroles entre Renaud et le maître-maçon de Cologne, l’ordre des vers se révèle bien plus cohérent dans Me que celui de l’édition Castets (voir numérotation du texte). On remarque que le passage considéré présente peut-être une lectio difficilior (cargi 18051), situation qui pourrait indiquer une leçon fragile, mais aussi être la marque de la langue de l’auteur (voir infra) : rien n’empêche, toutefois, nos fragments de se greffer dans la tradition manuscrite plus haut que les autres témoins qui nous sont parvenus de cette rédaction. Mais rien ne l’établit non plus de manière flagrante. Nous n’entrerons pas ici plus loin dans la question brûlante de savoir si la rédaction choisie par F. Castets est ou non la plus ancienne. C’est maintenant par les véritables spécialistes de la tradition renaldienne que la question devra être traitée.
Langue des fragments (copie)
34 Ces fragments présentent, à coup sûr, une scripta wallonne, comme on peut le constater par la plupart des traits relevés ci-dessous. Nous signalons aussi certaines graphies plus difficiles à localiser, mais qui nous ont paru mériter d’être relevées.
- 1 – Graphie -ng- pour n palatal devant voyelle (la graphie commune -gn-ne se rencontre, dans nos fragments, que dans regne 17922, mot savant) : bronge 16364 pour broigne, danga (P3 passé simple de daignier) 17720b, ensenge 16359, 16373, 16384 pour enseigne (subst.), se fangent (P6 ind. prés. de soi feindre) 16423, lingie 16430 pour lignie, pongant (< poindre) [16356], 16360, 16406, 17594, sengor 16402, 16728, 16846, 17894 pour seignor, sengori 16475 pour seignori, Tremonge 16458, 16459 pour Tremoigne, vengiez (P5 subj. prés. de venir) 16717 et certainement aussi maintenge (P3 subj. prés. de maintenir) 16707, tiengent (P6 subj. prés. de tenir) 17909 [13] ; il s’agit d’une notation de n palatal, qui paraît rare hors de Wallonie, notation dans laquelle « le groupe “ng” a la même valeur que “gn” » [14]. Noter, à la finale, song (= soing) 17560.
- 2 – Graphie - (i) lh- pour l palatal : (a) sa (i) lhi(s) 16699, 16812, 16823, 16841, 16856, 17603, resailhi 17564, sailhoit 17898, A(u) tefuelhe 16694a, 16843 pour Autefeuille, batailhe 16377, desmalhie 16364, esvelherai 17896, failhir 16845, melhor 18021, mervelhe(s) 16722, 16771 (à côté de mervel 16469), mervilhos 17722, Morilhon 16697, 16842, parelh 16393, Pulhant 16377 (chevaliers venant de Pouille), Puhle (= Pouille) 16389, 16409, 16421, recuelhi(e) 16460, 17687, travilhier 18019, vailhant 17691, 17700, volhiez (P5 subj. prés. voloir) 16817 ; cette graphie, systématique dans nos fragments (absente, cependant pour le pronom personnel sujet masculin singulier), est essentiellement caractéristique de la scripta wallonne [15].
- 3 – Graphie ju pour le pronom personnel sujet de la première personne 16396, 17902, 18053 ; cette forme se rencontre essentiellement en Wallonie [16].
- 4 – Non palatalisation de u : indice dans aucons (en toutes lettres) 17898, chascon (en toutes lettres) 16501, 16703 (sous une abréviation), 16785 (id.), à côté de checun 16510 [17] ; et esvanuï 16461, juent 16482, juer 17703, juet 16527, pumes (*pomas) 18022, sumes (< sumus) 16712, 16854 (seule graphie, mais possible influence savante) ; pungent (< poindre) 16356bis (répété au bas de la colonne, après 16395), à côté de pongant 16360, 16406, 17594 ; u = où 16414, 16434, 16458, 16465, 16696, 16782, 17563, 17895, 17931 ; = ou 16821, 17693, 17717, 18040 ; et futur P6 en -unt : ferunt 16756 (à côté de feront 16780), serunt 17694, verunt 17910, venrunt 18044 (possible influence savante) ; et peut-être puint (< punctum) 17715.
- 5 – Graphie -ch- pour s (ç) : aperchurent 16765, archon 17561, Besenchon 16841a, chaucha 16719, chaus (= ceux) 16447, 16816, corechiez 16439 (à côté de coreciez 16524), depechier (« mettre en pièces ») 16430, fachon 16703, garchon(s) 16745, 16794, justichier 18030 (à côté de justicier 18021), Machaire 16695, manecha 16813, nonchier 18031, rechut 16716, rechurent 16504, tenchon 16405, 16410, tronchons 17562. Et inversement : Danemarce 16738, forces 17694, rices 16451, sace 16442, (et peut-être arceveque 16739, mais le mot est semi-savant).
- 6 – Graphie c- pour ch- : cargié 18050, casement 17909, à côté de chaut 16395, 16399, 16730, 16735, charnel 16465, chancele 16481, chascon(s) 16501, 16703, 16785, chaï (r) 17563, 17579, chaie (P3 subj. prés. chaïr) 17581.
- 7 – Graphie k : deskire 16514, desken (t) 17599, 17702, deskendre 17600, deskendus 17719 ; jonkie 16424 ; ki 66 occ. (à côté de qui, six occ., que 58 occ.) ; onkes 16791 (à côté de onques, trois occ.).
- 8 – Graphie -a- pour -au- : aques 16380, Atefuelhe 16694a (à côté de Autefuelhe 16843), chevas 16450, chevaz 16770, espale 17598, fat (< faillir) 16731a, hat(e) 16412, 16725, 16729, 17696a, hatement 16799, Montaban 16721 (à côté deMontauban), ribadel 16796, ribat 16396, sat (< saillir) 16376, saver 16706, 17914, 18023, Tiebat 16387, vat (< valoir) 16402, 16726, 16733 [18].
- 9 – Graphie w : widiez 16821, hawer 18022 [19] ; on ajoutera, par graphie inverse, Iwonés 16784, wont 16460, et Baiwire 16857.
- 10 – Graphie ast- dans astoie 16397, astoit 16429, 17686, 17916, astoient 16400 (à côté d’estoit deux occ.) [20].
- 11 – Graphies du Nord : fius 17570, 17906, fiuz 16742, 17896, 17904 pour le produit de filius ; mius 16726 (voir aussi rubrique suivante), 18040, miudre 16718 ; viument 16796 ; glore 16706, 18015, istore 16414 (« flotte ») ; liu (< locu) 16757 ; mies avec -s final 16792, 16797, 16815.
- 12 – Graphies du Nord/Nord-Est : do (< de + le) 16416, 16522, 16803, 16818, 17585, 17907, 18027 (à côté de del quatre occ.) ; à rapprocher no (ne + le) 16791 ; aus pour eus 16375, 16421, 16766 ; chaus pour ceus 16447, 16816 ; duchoise 16475 ; grase 16443 pour « grâce » ; hávene 16416, Vírgene 16491 ; miez 16407 (x 2), 16850 (voir aussi rubrique précédente) ; linage 16806, 16845 ; rares traces de -t final maintenu dans piet 16434, 16508, escut 17565, le part. passé juet 16527 et l’adj. coit 17712a. On ajoutera lé = les pour lor 16759a, et peut-être 16845.
- 13 – Graphies remarquables, mais non attribuables à une scripta particulière : cuert 16520 (P3 ind. prés. de corre) ; voloit 17916 pour valoit, vosal 16399 pour vassal ; vinrent 16435, 16511, tinrent 16771, à côté de vindrent 16458, tindrent 16457, engendré 16854 ; on rencontre le groupe -nr- sans épenthèse dans une dizaine de mots ; de même, faurai 16523 ; effacement de la finale dans les monosyllabes essentiellement : dé pour des 16451, lé pour les (article et pronom) 16413, 16449, 16716, 16740, 16743, 16744, 16758, 16759a, 16762, 16764, 16772, 16774, 16780, 16786, 16810, 16820, 16834, 16838, 16844, 16845, 16846, 16848, 16849, 17587, mé pour mes 16731a, 17903, 17904, 17906 (x 2), sé pour ses 16406, 17570, cé pour ces 16745, 18050 ; mais aussi genti pour gentil 16706a, (i) ci pour (i) cil 16402, 16697, 17899a, i pour il 16696, 16802, 17563, 17569, té pour tel 16479, né pour nel 16519, lor por lors 16520, 17586, tré pour tres 16729, 17924, 17931, Costan pour Costant 16820, gran pour grant 17921, to pour tot 17712a, laisié pour laissiez 17692, so pour soz 16790 ; pour [cargi] (18051), voir fin de l’étude de langue. Noter encore le redoublement de -s- devant consonne dans esscu 16391, esspaneïr 17913, esspee 16378, 17579, esspirital 18015, resspondi 18038, sosspire 16510 ; deux exemples de dissimilation : moster 16802, mosterent 16780 pour mo (n) strer/ mo (n) strerent (et sans doute tobla pour torbla/trobla 17573) ; et une métathèse dans liveron 16829, 16840 pour livrerons ; substitution de préfixe dans escroire pour acroire 17718, et probablement atendre pour estendre 17598 (qui entraînerait, toutefois, la répétition du même mot à l’assonance de deux vers consécutifs). Enfin, -z final pour -s se rencontre dans frerez 17903.
- 14 – Graphies aberrantes : fer pour faire 17907 (mais graphie fréquente en Wallonie et dans le Nord de la zone d’oïl) [21] ; servissent pour service 16762 (la confusion -e/-ent est très fréquente en Lorraine ; ou anticipation de la finale du verbe qui suit).
36 Quelques traits de la langue de l’auteur/remanieur (d’après les exemples issus des travaux de Tobler-Lommatsch et de Godefroy sauf indication contraire) : aamer 16776 (surtout Ouest et Nord) ; aprover 16827 (« prouver », surtout Nord et Nord-Est) ; dones 16773 (« donations » surtout Nord et Nord-Est) [22] ; forcel 16790 et merel 16805 (surtout Nord et Nord-Est) [23] ; enfin, le pronom personnel tonique moi rime en -ai (18032a), c’est-à-dire vraisemblablement en é fermé (plutôt première moitié du XIIIe siècle) [24]. L’assonance paraît fausse dans depece 16483. Pour cargi 18051 (var. lassi L), on peut y voir une forme wallone pour c (h) argié et l’attribuer à l’auteur/remanieur de notre rédaction (pour le sens, le mot serait quelque peu redondant avec le vers précédent) ; en effet, dans le Poème Moral, la graphie -i fausse 22 fois une rime en -ié [25]. On pourrait aussi, malgré la graphie nette de l’initiale dans le manuscrit, et ce serait la lectio difficilior, lire targi, forme française pour targif (« lents », ici plutôt « ralentis dans leur travail ») [26], ou encore une forme wallone pour targié : dans ce cas, l’idée que la pierre, trop lourde, retarderait les ouvriers et le maître-maçon dans leur travail serait plus satisfaisante que si l’on retient l’interprétation précédente. Enfin, il nous manque une documentation suffisante pour commenter formal 16391 (qui correspond à hurtaut dans l’éd. Castets, c’est-à-dire à un dérivé de hortus). Noter l’expression porteor de tai 18040, sur laquelle les témoins hésitent (var. p. a qai L).
37 En tout état de cause, nous disposons maintenant, avec les fragments Me, d’un témoin épique en scripta wallone, ce qui n’était pas le cas jusqu’à ce jour, où seuls des documents historiques ou des textes d’inspiration religieuse nous avaient été transmis dans cette scripta. Et ce n’est sans doute ni un hasard, ni une donnée négligeable, si ces fragments concernent une légende liée à la région ardennaise.
ÉDITION
38 Nous suivons la numérotation de l’édition Castets ; lorsqu’une petite lettre (a, b, c) apparaît à gauche du texte, elle signale un vers ajouté par Me par rapport à l’édition suivie. Pour les abréviations que signalent les italiques, il convient de noter que nous avons résolu K’ (16394, 16707, 16728, 16736, 16753, 16772, 16775, 16782, 16783, 16823, 16838), K’l(es) (16506, 16701) et Kl’m (16809, 16830, 16846) en Charle(s)/Charlon ou Charlemagne(s), en prenant appui sur les formes qui figurent en toutes lettres aux v. 16724 et 17690. Les crochets droits [] proposent une restitution quand le support présente un trou, une éraflure ou un pli (des tirets signalent une leçon impossible à reconstituer, au moins à partir de l’édition Castets).
39 Nous indiquons par des parenthèses les mots à supprimer pour rétablir le rythme des vers hypermétriques et par les signes { } les propositions que nous faisons, pour compléter les vers hypométriques, ou un mot d’assonance.
| 16356 16359 a b c | Plus tost s’en va [po]ngant quë aloue ne vole, En Sarrasins s’enbat, le (sic) male gent trop fole ; Plus de . C. en passa [en] une tornïole, Si tint s’ensenge droite, tos li vens i avole, Puis a traite s’espee, un Sarrasin en dole : Le chief li a coupé que ce fust une cole. Atant i vient Renaus ki de cuer i avole. | fol. 1, col. a |
| 16360 16365 16370 16375 16380 | Renaus i vint pongant une voie mossue, La lance porte droite par dedesus agüe, & fiert un Sarrasin, Samin de Val Fondu{e} : La targe li detrenche, tote li a fendue, & la bronge del dos desmalhie & rompue ; El cors li mist le [fer], l’arme s’en est issue. Renaus a trait s’espee, en sa main tote nue, Puis se mist en l’estor, fiereme{n}t s’i aiüe : Il ne fiert Sarrasin n’ait la vie tolue. & l’amiraus le vit, a la barbe chenue, « Por Mahomet, fait il, ki fait l’erbe menue, Ki est orë icil ki ensi nos estrue ? Je ne le vi ier pas en la presse ferue, Ne celui a l’ensenge ki ensi nos derue. Ne sai dont sont venu, se Mahomés m’aiüe, Mais j’ai tel poor d’aus, tos li sans me remue ! » & Renaus sat avant, si prent une maçue, & Pulhant sont venu en batailhe feru{e} ; Symons fu tot devant a l’esspee molue. Adonc{ques} fu la perte sor la gent mescreüe. Renaus i fiert d’aïr, ki aques s’evertu{e}, Tant fiert destre & senestre, la presse a derompue, Puis est passez avant, de crier s’evertue : | (initiale rouge) |
| 16385 | « Montalban ! Ferez i, por la Dame cremue ! » L’amiraus ot Renaut, s’ensenge a coneü{e}, Adonc ot tel poor, la color a perdue. | |
| 16390 16395 16396 16400 | L’amiraus ot paor quant il oï Renaut, Adont torna arriere, si a dit a Tiebat : « Amis, par Mahomet, le mien deu ki ne faut, Mar entrames en Pulhe por Symon faire assaut ! O lui a un dïable, veez le la cel haut, Cil a ce grant esscu, ice lonc ce formal, Il crie “Montalban !”, dont tos li cuers me faut, N’a o mont son parelh, se Mahomés me saut : Le roi Charlon de France, ki sor tos rois est haut, A il maté de guerre & fait le cuer tot chaut. (Plus tost s’en va pungent quë aloue ne vole) Se ju a cop l’atent pire [sui] que ribat ! S’or astoie a mes nez & mis en la mer haut, Adont seroie a aise molt plus qu’en ce roiaut. – Sire, font li sien home, de ce vosal cui chaut ? Së il astoient . C., par Mahomet d’en haut, Ne dur (?) roient a nos, se n’estoit un sorsaut ! – Sengor, dist l’amiraus, ici plais riens ne vat ! N’i demorroie mie por quant que je voi haut ! » Adont torna sa rene, car sa vertu li faut. | (initiale bleue) (voir 16356) fol. 1, col. b |
| 16405 16410 16415 | Li amiraus de Coine a guerpi la tenchon, Vers sé nés va pongant a coite d’esperon, & si home aprés lui ki miez miez de randon. Noblement les enchauce Renaus li fis Aymon, O lui Symon de Pulhe & maint autre baron. Ki que voist costïant ne tenant la tenchon, Maugis ala devant levé le confanon, Si cria « Montalban ! » clerement a hat ton. | (initiale rouge) |
| Tant lé vont si menant comme nos vos (avec -o- suscrit) dison | ||
| Qu’il sont a lor istore u il a maint dromon ; L’amiraus i entra, si s’equipe a bandon, Quant il fu hors do hávene, si mercïa Mahon. | ||
| 16420 16423 16421 16424 16425 | L’amiraus est en mer, si a terre guerpie, Si home entrent aprés par molt grant aramie, & Renaus fu deriere, ki d’aïr se manie, & Maugis son cosin a la chiere hardie ; Tojors fierent deriere, il ne se fangent mie. Symons li Viez de Pulhe avoec aus se manie, Tant en i ot d’ocis que l’erbe en fu jonki[e] ; & cil ki lor eschape dedens la mer ser[ie], Se tient bien a paié, Mahomet en mercie. L’amiraus fu devant a sa corant galie, | (initiale bleue) |
| 16430 | Il regarda arriere, s’a veü la navie Ki grans astoit al port desor la praerie, Sé nez vit depechier & tote sa lingie ; Adont tira sa barbe, laidement se gramie. | |
| 16435 16440 16443 | Dolans fu l’amiraus, il ne set quë il face, & Crestoien s’angoissent, petite fu la place U il n’ot païen mort ki ne muet piet ne brace : De . IIC. M. païens ki vinrent en la place, N’eschapa que . X.M. qui ne gise par trace ; En molt petit de terme cheï molt lor manace. L’amiraus maine duel, s’egratine sa face, Il fu tant corechiez que ne set quë il face. Quel que demena [du]el, ne [---t] sor lui trace, Symons demena joie, le duc Renaut enbrace, & Maugis son cosin quanqu’il puet & il sace, Son tresor lor promet, tot lor met en lor grase. | (initiale rouge) fol. 1, col. c |
| 16444 16447 16448 16449 16450 16455 | Li baron s’en tornerent, demorement n’i font, . VIII. jors i fu Renaus o chaus ki o lui sont, Puis s’en sont departi & vers France s’en vont ; Symons lé convoia, si lor dona gent don, Chevas et palefrois & or fin & mangons, & pailes & samis dé plus rices del mont ; Puis a baisié Renaut quant laissié s’entresont. Renaus en vint a Rome, ki fu al chief del mont, A l’apostole ala, si parla a bandon, & Maugis avoec lui, ki pas ne fu mescont ; Puis torneret (sic) vers France dont grant desirier ont, Tant tindrent lor jornees & aval & amont Qu’il vindrent a Tremonge u sejorner se font. | (initiale bleue) |
| 16460 16465 16470 | A Tremonge est Renaus ki en duel s’en parti, Si home wont encontre, ki bien l’ont recuelhi ; Aalars ot tel joie que tos esvanuï. Il en vint a Renaut quë il vit esbaudi : « Sire, comment vos est, por Deu ki ne menti ? Eüstes puis malaise, por Deu, que ne vos vi ? U trovastes Maugis, nostre charnel ami ? » Renaus li conte tot, rien n’i mist en obli, Puis demande Aalart quë un poi vit palir : « Comment le fait ma feme, & mi fil autresi ? Molt me mervel, par Deu, ki onques ne menti, & [R]ichardés & Gui, ki ja m’amoient si ? – Sire, dist Aalars, n’en soiez ja mari, Il sont a Montalban un mois a & demi, Contre vostre venue ont le palais garni, Le borc ont fait refaire ki si ert agasti ; | (initiale rouge) |
| 16475 | La duchoise est laiens, o palais sengori, O lui sont si enfant, ou il sont endormi ». Quant Renaus ot son frere qu’il li a dit ensi, Damedeu en mercie qu’il sont sain et gari. | |
| 16480 16485 16490 | Molt ot Renaus grant joie quant il ot té novele, Puis garda entor lui, si a fait chiere bele, Ses homes vit molt mas, n’i a cel ne chancele, Ne rïent ne ne juent, ne font cri ne favele. Quant Renaus l’a veü, tos li cuers li depece, Lors garda vers son frere ki (suscrit) ne rit ne sautele, Une larme vit corre contreval la maissele ; Renaus coru vers lui, par contraire l’apele : « Par Deu, frere(s) Aalars, j’atent froide novele ! Je cuit molt autrement torne no[st]re rouele Que ne m’avez conté en ceste rote bele ! Mais encor ancui iert descovert l’escuele : Se verté ne me dis, par la Vírgene pucele, Jamais ne t’amerai por dit ne por favele ! » | (initiale bleue) fol. 1, col. d |
| 16495 16500 16505 | Molt fu Renaus iriez, ne sot que devenir, Molt fu bien a fïance d’autre novele oïr, Car il vit molt ses homes matés et enbronchir. « Aalars, dist Renaus, se de moi voes joïr, Tu me diras le voir, car je le voel oïr ! – Sire, dist Aalars, bien le porez veïr : Ma dame gist en biere, dont je cuit bien morir : Puis que vos en alastes, ne li pot bien venir, Chascon (sic) jor a ploré, ne se pot esbaudir ». Quant Renaus ot son frere itez dis regehir, A terre chiet paumés, ne se pot atenir, Li baron le rechurent ki le durent servir ; Quant il fu revenus, si cria par aïr : « Ahi, rois Charlemagnes, com je te doi haïr ! Par toi (?) l’ai je perdue quant m’en feïs partir & laisier a tel honte commë a piet issir ! » | (initiale rouge) |
| 16510 16515 | Tant fu dolans Renaus quë il ne set que dire, Maugis en a tel duel qu’a checun pas sosspire ; Puis vinrent o palais, si virent le martire. Renaus chiet sor la biere quant devant lui la mire, Trois fois s’i est paumez, ne puet avoir remire ; Quant il fu revenus, s’esclavine deskire, Lors parla hautement commë home plains d’ire : « É Dex, quel pelerin, ja n’a il sors?iel pire ! Ne place a Damedeu ki desor tos est sire Part aie en ceste voie ou mu en tel martire, Car né fis par por Deu, ice voel je bien dire ! » | (initiale bleue) |
| 16520 | Lor cuert a ses enfans, ki demainent grant ire, Doucement les acole, puis lor a pris a dire : « Or pensés do bien faire, por le cors de saint Cire, C[a]r par tens vos faurai, quar li cors molt m’enpire ! » | |
| 16525 | Coreciez fu Renaus, ne set que faire doie, La dame ont enteree, raisons est que l’en l’oie, Puis firent doble feste & de duel & de joie, N’i ot juet ne ris, ne doné laz ne soie. | (initiale rouge) |
| – ––––––––– […] | ||
| 16694 a 16695 16700 16701 a 16702 16705 16706 a 16707 16710 16715 16720 | & Yvons & Yvores & s’i fu Guenelon, Hardré & Berengier, d’Atefuelhe Griffon, Pinabias et Machaire & lor cosin Milon, & Constans & Rohars u i n’a se mal non (Ici doi furent fil Focon de Morilhon, Lor pere lor ocist Renaus, li fíuz Aymon, [Qua]nt il fu asailhis a la Roce Mabon). Il furent chevalier, s’erent de grant renon, Charles les ot molt chiers, il n’i vit se bien non ; [M]olt i ot autres pers que nos pas ne nommon*. [L]i enfant s’aprochierent vers le roi de randon, [Ch]ascons a regardé durement lor fachon. Q[uant] sont devant le roi, adont parla Yvon & salua le roi ensi com nos diron : « Cil Damedex de glore ki sava Lazaron, & ki la Magdalene fist le genti pardon, Saut & gart & maintenge l’enpereor Charlon, & tote sa mainie que ci voi environ, Së anemi n’i ai dont nos mot ne savon. Sire drois enpereres, dire le vos volon, Cë est de part Renaut, ki fu li fis Aymon, Nos sumes si enfant, ne vos en mentiron : Sire, a vos nos envoie, quar celer nel volon, Servir venons por armes en vostre regïon. » Quant li rois les entent, si saut sus de randon, Volentiers lé rechut sens nule marison, Si a dit : « Bien vengiez en la moie maison ! Comment le fait vos peres, tot le miudre baron Ki onques portast armes ne chaucha d’esporon ? – Ennondeu, sire rois, il ne fait se bien non, Il est en Montaban en sa forte maison, Mais tant trait a declin, n’est se mervelhe non ! – Par mon chief, dist li rois, ensi nos en iron ! » | fol. 2, col. a * (ms. = ñmon) |
| 16725 | Charles fist molt grant feste des . II. enfans Renaut, Molt les a regardez & en bas & en hat, L’un ne conu de l’au (a) tre ne ne set qui mius vat. Adont parla li rois ensi comme en soursaut : | (initiale bleue) |
| 16730 16731 a 16732 a 16733 16735 | « Sengor enfant, dist Charles, par le cors saint Tiubaut, Molt sai tré bien de voir, foi que doi Deu le hat, Que fil estes au duc ki maint jor m’a fait chaut, Car tant le resemblés que nule rien n’i faut. Molt pens bien en mon cuer, se mé pensers ne fat, Chevalier serez bon, a vos anemis mal. & je vos donrai armes, se Damedeus me saut, Plus vos donrai de rente que vos terre ne vat, & por la vostre amor, a cui nus biens ne faut, En adoberai . C. après vos tot pié chaut ! » | fol. 2, col. b |
| 16737 a 16738 16740 16745 | A cort sont li enfant, Charles en fist grant joie, Dus Naimes vint avant cui [il] (suscrit) pas n’en anoie, Rollans & Oliviers, ki sont vestu de soie, Ogiers de Danemarce noblement s’i avoie, & Turpins l’arceveque de bien faire lor pro[ie] ; Richars de Normendie durement lé conjoi[e], Mais ki ki face feste dedens la sale quoie, A fíuz Focon en poise, durement lor anoie. « Rohart, ce dist Constans, par tot lé sains de Roie, Se ne m’estoit por poi, orendroit lé fer[ro]ie, Cé . II. garchons enflez, a cui on fait [tel] joi[e] : Lor pere(s) ocist le mien, dont tos li cue[rs o]ndoi[e]. – Voire, ce dist Rohars, noier ne le por[oie], Mais au ferir ici pas ne m’acorderoie ». | (initiale rouge) |
| 16750 16755 | « Costans, ce dist Rohars, or oiez que di[rai] ! Se vos le me lo[ez, l’un] en apelerai, Vos apelerez l’autre erramment sens delai, Que par grant [traï]son, ice l[or] p[rovera]i, Lor pere(s) ocist le nostre, dont a Charlon fist lai. – Frere, ce dist Constans, je[l] vos otroierai, Mais ce n’iert pas encor, ançois l’essaierai, Comment se contenronnt & com ferunt grant plai. Se nos liu en veons, par la foi qu’a Deu ai, Noier bien lé poriens la defors en un tai, Car loiament vos di, ja nel vos celerai, | (initiale bleue) |
| a | Mais en trestot endroit (suscrit) vos par mon chief lé (suscrit) vos nuirai ! ». | |
| 16760 | – Frere, dist li traïtres, & je vos aiderai ! » | |
| 16765 | Li enfant sont au roi, ki molt bien se proverent, A tos lé haus barons servisse(nt) presenterent, Tant firent en poi d’eure que trestuit les amerent, Fors que li fel parages ki tojors lé bl[asmerent]. Il s’aperchurent bien que lor enemi erent, D’aus se traissent ensus quë onques n’i parlerent, Mais as autres barons lor chiez pas ne tornerent, De tos se font amer & molt les honorerent, | (initiale rouge) |
| 16770 16773 16775 16780 | Car n’erent pas eschars, mais largement donerent, Chevaz & palefrois & robes present[erent] ; Tant tinrent biaus ostés c’a mervelhes se[mble]rent A trestos lé barons ki a la cort Charle erent. Tant firent par lor dones que si haut s’en leverent, Que tos lé damoisiaus de la cort sormonterent. Quant Charles ot oï que si bien se proverent, Tant les a aamez, tojors o lui alerent, & devant lui servirent, (toz) les autres adosserent. Li fil Focon le voient, mais molt s’en aïrerent, [Dam]edeu & saint Piere durement en jurerent, [Qu’il l]é feront dolens, a cort mar se mosterent. | fol. 2, col. c |
| 16785 16786 | Ce fu un semedi devant la Pentecoste, Charles fu a Paris u maint baron s’ajoste, T[ui]t i furent li prince dont Charlon point ne coste, Iwonés & Aymons, tote la cors ajoste. Quant vint aprés mangier que chascons plus n’i goste, Lé napes fonst (sic) oster, maint dansel s’i ajoste. | (initiale bleue) |
| 16788 16789 16790 16795 16800 16805 | Ivons corut au roi ki li tent un coutel, [En]si com se torna com damoisel isnel, Cos[tant] fiert de la code un poi so la forcel, Si c’onkes mais n’en pot, ne no fist par revel ; Quant Constans l’a veü, ne li fu mies bel, « Qu’esc[e d]ist il, dïables, par le [cor]s saint Marcel, De ce garchon traïtre ki maine tel revel, Ki par son grant o[--g--] & par son grant revel orguel (s M’a si viument feru com fusse un ribadel ? » Quant Yvons ot Constant, ne li fu mies bel, Il [e]n vint devant lui, si tint un bastencel, Dont parla hatement com hom com hom de grant apel : « {Constans} qu’esse que (vos) dites, fis a putain, mesel, Traïtor m’apelés par vostre grant revel ? Se volïez moster, i me seroit molt bel, Je sui prés do deffendre, se vos estes isnel, Jel vos ferai desdire voiant maint damoisel, C’ains ne fis traïson në ainz sifait merel, Ne nul de mon linage n’en val në en moncel ! » | (initiale rouge) uscrit) |
| 16807 | « Costans, ce dist Yvons, vos savez bien mesdire, | (initiale bleue) |
| [Mes] pere (mot suscrit, trou) [oci]st le vostre, ce ne puis escondire, | ||
| 16810 | Mais g’en t[ra]i a garant Charlemagne nos sire, & tos lé . XII. pers ki ci sont (ces trois mots suscrits) tire a ti Qu’il n’en fist traïson, nus ne l’en puet ellire ; Vos peres l’asailhi par force & par grant ire, Pendre le manecha & livrer a martire. Il se defendi si, la Deu merci, biaus sire, | re, |
| 16815 16820 16822 16821 | Quë il n’en pendi mies, ne ne fondi en cire, Ainz l’ocist voirement voiant chaus de l’enpire. & s’iestes tant osez que vos ce volhiez dire Qu’en traïson l’ocist, g’en sui prés do desdire ! » Adont parla li rois ki en ot molt grant ire : « Costan, vos avez tort, par lé sains de Sesile ! Ma cort m’avez mellee, dont n’ai talant de rire ! Alez li amender, u vos widiez l’enpire ! » | fol. 2, col. d |
| 16823 16825 16830 16835 16840 a 16845 16846 16848 16849 16850 | Rohars sailhi en piez, si en vint vers Charlon : « Sire, dist li traïstres, oiez que nos diron ! Je sui prés que je mostre Yvonet & Aymon Renaus ocist mon pere par mortel traïson : S’il est tez qu’il desdie, nos li aproveron ! Veez ici mon gage que nos abandonon, Hé rois, quar le prennez, pleges vos livero[n]. – Par Deu, dist Charlemagnes, fole est l’aatison ! » Adont s’est escriez Yvonés & Aymon : « Bons rois, quar le prennez, por Deu & por son non ! – Volentiers, dist li rois, mais g’i voi deraison ! Adont a pris lé gages sens nule arestison, & Constans saut en piez iriez comme lïon : « Par Deu, dist il, bons rois, la verté vos diron : Dui frere contre . II., ensi nos combatron ! » Charles a pris lé gages, dont il fait livreson, Puis demanda ostages maintenant de randon. « Sire, font li traïtre, assez en liveron ! » Adont salhi en piez le conte Guenelon, & Herviez de Lïon, ki tenoit Besenchon, Hardrez & Berengiers, Escot de Mor{i}lhon, Pinabel d’Autefuelhe & son pere Grifon : « Sire, dïent li prince, nos lé raplegeron, Il sont de no linage, failhir ne lé devon ! – Sengor, dist Charlemagnes, nos lé vos recreon, Sor vos fiez lé vos ren ensi que nos diron, Quë en court lé rendrés au jor que nos metron. – Sire, font li traïtre, miez ne vos demandon ! » | (initiale rouge) |
| 16855 | Plegié sont li traïtre si com oïr poez, Yvonez & Aymon en sont au roi alé : « Sire, ve(e) z ci mon gage, defendre nos verez Que Renaus nostre pere dunt sumes engendré Par traïson n’ocist home de mere né ! » Adont sailhi Rollans, Oliviers li senez, | (initiale bleue) |
| Dus Nayme de Baiwire & Ogiers li senez l’adurez (suscrit), | ||
| Richars de Normendie & Turpins l’ordenez, Tuit s’escrïent ensenble com baron naturé… | ||
| – ––––––––– […] | ||
| 17560 | Li brans deskent aval qui n’a song d’arester, Rez a rez de l’archon ne laisse que couper, Tot droit en . II. tronchons fait le cheval vo[ler]. Costans chaï a terre u i n’ot qu’aïrer, Mais tost resailhi sus por sa [vie t]enser ; | fol. 3, col. a |
| 17565 | L’escut tint as enarmes, molt se sont (exponctué) sot (suscrit) bien melle[r]. | |
| 17570 17575 | & Yvons li escrie quanquë il pot crier : « Par Deu, cuivers traïtres, il vos covient finer ! De mau jor nos feïstes de traïson reter, Hui est venus li jors qu’i l’estuet comparer ! » Quant Renaus oit sé fius si faitement prover, Damedeu en mercie, en (sic) prent a aorer. Costans fu molt iriez quant il senti la plaie, La chiere li tobla (sic), n’a vaine ne retraie ; & Yvons li revient, de ferir s’i rassaie : La guige li copa si com . I. rain de baie, L’escu li chiet [a terre, n’]est tez qu’il le retraie, | (initiale rouge) |
| Car Yvons li coupa le coita [qui] sovent (suscrit) [le] repaie. | ||
| 17580 17585 17587 17589 17590 | Quant Costans l’a veü, si ot la chiere p[--], Dont lait chaïr l’esspee, quar il a main[t]e plaie ; Yvon a pris a bras & a luitier s’esaie, & li cuens reprent lui, & por ce qu’il ne chaie, Cil ki plus set de luite volentiers s’i essaie. Bras a bras sont andui si com poez entendre : « Par Deu, ce dist Yvons, tu ne te pués desfendre ! Ja te veras au bran fors do buc le chief prendre ! » Lor le prist par le haume, contreval le fait pendre, Lé las li a ronpu, qu’il ne se puet deffendre : « Rohart, dist il, biauz freres, or faiz trop a reprendre, Quant aidier ne me voes, que ne me puis desfendre ! ». | (initiale bleue) |
| Cil a oï son frere ki molt a a entendre, (syllabe ten suscrite) | ||
| Car Aymonés le tient & s’ire li voet vendre. Neporquant si s’eforce durement de(s) desfendre. Pongant vint a Yvon, que par mi quida fendre, | ||
| 17595 | Mais l’elmes fu tant [f]ors* qu’il ne se puet mesprendre, (*ms. = sors) | |
| 17600 17603 | & Aymons point aprés que plus ne vot atendre, Si a feru Rohart quë il le fist estendre, Navrés fu en l’espale, ne la pot plus atendre, Li brans deskent aval, ki ne fu pas esclandre, Le cheval a ocis, Rohart a fait deskendre. Or est cheüs Rohars, ne puet plus remanoir, & Aymons li cort sus por son cors decivoir, Mais il sailhi arriere plus tost quë uns ostoir… | (initiale rouge) |
| – ––––––––– […] | ||
| Il ne reste que les initiales et parfois quelques lettres du fol. 3, col. b | ||
| 17615 | […] D (8e vers environ, déchirure) Renaus Par Deu Mor Sire Tort Voire | |
| 17620 a 17625 | Molt Quant Yvon ? ? ? vers supplémentaire (entre 17620 et 17625) ? C Qua | (initiale bleue) |
| a 17630 17635 17640 | Molt Li Quant Ber [--]h’ vers supplémentaire Sen Mor Cer Ja Sire Ma Or Si En Que v Par de | (initiale rouge) |
| 17644 | Ou lacune d’un vers ? C Ay | (initiale bleue) |
| – ––––––––– […] | ||
| 17685 | [De tot] me clain vencu, aidier ne me poroie ! » [Adon]c li rent s’espee ki de sanc astoit bloie. [A]ymons l’[a r]ecuelhie, qui gaires ne l’en proie ; [Puis] apela le roi ki envers lui s’avoie : « [--]es je la [--], mis l’avons a la voie ». | fol. 3, col. d |
| 17690 | Charles oï Aymon [qui li] rendi Costant : | (initiale rouge) |
| 17695 17696 a 17697 17700 17705 | Il li a escrïé com chevalier vailhant : « Amis, laisié le moi par itel covenant Quant li autre(s) iert vencus, mat[ez] u recreant, Mené serunt ensemble a forces traïnant. – Sire, ce dist Aymons, tot a vostre commant ». Dont s’en vint a son frere por lui estre aïdant, A hate vois escrie com home conquerant : « Par Deu, cuvers, traïtres, or n’en irés avant ! Or poez vos savoir, maus vos est covenant ! » Ja le ferist el elme un grant cop & pesant, Quant Yvons s’escrïa com chevaliers vailhant : « Qu’esce ? dist il, biaus [fre]res, por amor Deu le grant, Je t[e pri et re]quier, desken de l’aufferrant, Si te va reposer & juer la avant : Par moi le voel conquerre, tu me tolis Costant. – Freres, ce dist Aymons, vos parlés com enfant ! Je vos i aiderai, tez est li covenant ! » | |
| 17710 a 17711 a 17715 | Quant Yvons voit son frere ki aidier li voloit, [Il l]i a escrïé en haut qanqu’il pooit, & jure Damedeu ki tot set & tot voit, Së il n’en a sa pais, il se coroceroit & Rohart le felon molt trés tos aideroit. « Sire, ce dist Aymons, ne parlez pas a droit, Mais dés que le volez, soffrir l’estoveroit, Or me tenrai to coit, contre vos n’i ai droit : Annez estes de moi, de tot en vos en soit. Mais loiaument vos di, par ce Deu ki tot voit, Je puis veoir tel puint & vos en tel endroit, Se vos me devïez jeter mort trestot froit, Si ferra ge Rohart, soit a tort u a droit ! – Freres, ce dist Yvons, tort a ki nus n’escroit ! » | (initiale rouge) |
| 17720 a b 17721 | Aymons est deskendus, si laissa covenir, & Yvons tint l’espee dont il sot bien ferir, Puis s’en vint a Rohart cui il vit amatir, Cil en vint contre lui ki ne danga fuïr ; Si tint traite l’espee, dont bien se sot covrir, Yvon fiert a retraite par mervilhos aïr. | (initiale bleue) |
| – ––––––––– […] | ||
| 17892 17895 17896 a 17897 a | Overte fu la porte & Renaus s’en issi, Quant li portiers [le v]o[it], trestos s’en esbahi ; I[l] vint a son sengor, si li cria merci : « Sire, dist li portiers, u irés vos ensi ? J’esvelherai vos freres & vos fiuz autresi, Car poor ai de (moi) vos (suscrit), molt vos voi degarni, Vos n’avés pas Foberge (sic) ne Ba[iar]t l’arabi : S’or estïez la fors un poi en sus de ci, | fol. 4, col. a / (initiale rouge) |
| 17898 17899 a 17900 | S’aucons (sic) larons sailhoit ki fust d’armes garni, Por poi de convoitise vos aroit tés mordris : Si en seroit ci renes vergondés & honis, Vos frere enrageroient ainz tier jor acompli. – Amis, ce dist Renaus, ne sera mie ensi ! Ju ai fïance en Deu, bien en serai gari ; Vos me direz mé frerez, quant serez reverti, Que je lor mant salu et mé fíuz autresi ! » | |
| 17905 17910 17915 17920 17925 17930 | « Amis, ce dist Renaus, entent a moi, ent[ent] ! Tu me dir?as (a suscrit) mé fius, (&) mé freres ausiment Qu’il pensent do bien fer (sic) por Deu onipotent, Li uns ne port a l’autre ire ne mautalent, Si com j’ai devisé tiengent lor casement, Jamais ne me verunt en trestot lor vivant. Je vois m’arme saver, si vivrai netement : Par moi sont mort . M. home, dont j’ai le cuer dolent, Se doi esspaneïr & sosfrir maint torm[ent] ; Se m’arme puis saver, puis ne demant noient ». Lors garda en son doit, vit un anel molt gent (Il astoit de fin or, . C. mars voloit d’argent) : Renaus l’a errachié & au portier le tent, & dist : « Tenez, portiers, vostre iert tot ligi[m]ent, Longue m’avez servi, de tot a mon ta[lent], Or avras ton loier, & jel voel voirement. – Sire, dist li portiers, gran merci vos en rent, Mais molt metez ce regne en grant dolosement ! » Dex, de si haut, si bas, molt li va malement, Dont commence a plorer, molt tré pitousem[ent], Qu’il ne deïst . I. mot por or ne por [argent] ; & li dus s’en parti & son voiage enpre[nt]. Li portiers le regarde a son pooi[r i tent], Quant en pert la veüe, a terre chiet [briément], . IIII. fois se pauma, contre terre s’estent, Quant il fu revenus, si cria hautement : « Dex, u ira mesires ensi tré povrement ? | (initiale bleue) , |
| Il ne reste que les initiales et parfois quelques lettres du fol. 4, col. b | ||
| 17932 17940 | D ? ? ? ? P Qua D & Par | (initiale rouge) |
| 17945 a | E O ? Qua D & D Qua A vers supplémentaire | (initiale bleue) |
| 17950 17955 17960 17970 | M ? C L S E S I P A Qua S ? ? Bas de la colonne illisible (sauf trois dernières initiales) A L S | (initiale rouge) |
| – ––––––––– […] | ||
| 18015 18020 18025 18030 | Si m’aiut Dex de glore, le Pere esspirital, Je cuit ci laborer desormais a estal. Renaus fu au mostier, si i vit maint ovrier, Li un porterent piere, li autre le mortier : « Par Deu, ce dist Renaus, ki saroit travilhier & por l’amisté Deu ovrer a ce mostier, Melhor gré l’en savroit le Pere justicier, Que hawer en un bos ne de pumes mangier, S’ame i poroit saver, que n’i perdroit loier. Jë i vodrai ovrer, së on m’i voet laissier, Ne n’i vodrai avoir .ij. jors quë un denier, Assez en arai pain por mon cors solacier ». Dont regarda avant devant l’uis do mostier, Vit avaler le maistre par devers un herbier ; Renaus en vint a lui, ki ne le vot laissier ; De Jhesu le salue, le Pere justichier : « – Amis, [Dex] te garisse, que je t’oi ci nonchier ! » | fol. 4, col. d (initiale bleue) |
| 18035 18038 a 18039 18040 | « Maistres, ce dist Renaus, entendez envers mai ! Uns hom sui d’autre terre, ki a despendre n’ai : Maistres, se vos volez, mon pooir vos aidrai, Bien porterai la piere, d’asseoir rien n’i sai, & l’aigue & le mortier, bien aidier m’en sarai ». Quant li maistres l’entent, ki ert prodom & vrai, Belement resspondi, quë il n’i fist delai : « Amis, [ce] dit li maistres, savez que je dirai ? Vos me senblez proudome ki de rien n’ait esmai, Mius senblez roi(s) (s exp.) u conte que porteor de tai, Au fuer a ces ovriers ja ne vos meterai ! » | (initiale rouge) |
| 18045 18046 18047 18049 18048 18050 18055 a | « Amis, ce dist li maistres, dés que volez ensi, Bien i porez o[v]rer, & je le vos otri. Quant venra a la paie, que tuit venrunt a mi, Selonc ce que ferez en serez vos saisi : Pecchié (sic) n’i voel avoir ne de Deu ne de ti. – Sire(s) (s exp.), ce dist Renaus, tot avez acompli, Ensi remanrai je o ces autres ici. – Amis, ce dist li maistres, dés quë il est ensi, Alez aidier cé quatre ki si sont cargié si, Ki ont jus mis la piere dont trop erent cargi, Je n’i ferai mais uevre, par verté le vos di, Devant que ju l’avrai la desus devant mi. – Sire, ce dist Renaus, je vos pri, alez i, Car vos l’avrez tantost, se ne sui endormis. – Amis, ce dist li maistres, or ne vos hastés si… » | (initiale bleue) (voir 18048) |