De re militari ... et quibusdam alii
- Par Claude Gaier
Pages 607 à 612
Citer cet article
- GAIER, Claude,
- Gaier, Claude.
- Gaier, C.
https://doi.org/10.3917/rma.153.0607
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https://doi.org/10.3917/rma.153.0607
Notes
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Auteur : Claude GAIER, Musée d’Armes de Liège, claude.gaier@skynet.be.
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[1]
Transcultural Wars from the Middle Ages to the 21st Century, éd Hans-Henning KORTÜM, Berlin, Akademie Verlag, 2006 ; 1 vol. in-8°, 274 p. ISBN : 3-05-004131-5. Prix : € 54,80.
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[2]
Richard W. KAEUPER, Holy Warriors. The Religious Ideology of Chivalry, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2009 ; 1 vol. in-8°, XII-331 p. (The Middle Age Series). ISBN : 978-0-8122-4167-9. Prix : USD 59,95.
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[3]
Mercenaries and Paid Men. The Mercenary Identity in the Middle Ages. Proceedings of a Conference held at the University of Wales, Swansea, 7th-9th July 2005, éd. John FRANCE, Leyde-Boston, Brill, 2008 ; 1 vol. in-8°, XII-415 p. (History of Warfare, 47). ISBN : 978-90-04-16447-5. Prix : € 99,00. L’ouvrage est dédié aux victimes des attentats de Londres, du 7 juillet 2005. Débordant le cadre médiéval, une 22e et une 23e communication traitent respectivement des mercenaires écossais en Irlande au XVIe siècle et des mercenaires irlandais au siècle suivant.
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[4]
Rechtsverständnis und Konfliktbewältigung. Gerichtliche und außergerichtliche Strategien im Mittelalter, éd. Stefan ESDERS, Cologne-Weimar-Vienne, Böhlau, 2007 ; 1 vol. in-8°, VIII-416 p. ISBN : 978-3-412-20046-6. Prix : € 24,90.
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[5]
Charles R. BOWLUS, The Battle of Lechfeld and its Aftermath, August 955. The End of the Age of Migrations in the Latin West, Aldershot, Ashgate, 2006 ; 1 vol. in-8°, XXIV-223 p. ISBN : 0-7546-5470-2. Prix : GBP 47,50.
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[6]
Francisco GARCIA FITZ, La Navas de Tolosa, Barcelone, Editorial Ariel, 2005 ; 1 vol. in-8°, 588 p. (Ariel Grandes Batallas). ISBN 84-344-6795-X.
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[7]
David SIMPKIN, The English Aristocracy at War, from the Welsh Wars of Edward I to the Battle of Bannockburn, Woodbridge, Boydell, 2008 ; 1 vol. in-8°, XVI-228 p. (Warfare in history). ISBN : 9781843833888. Prix : GBP 50.
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[8]
Aldo A. SETTIA, Tecniche e spazi della guerra medievale, Rome, Viella, 2006 ; 1 vol. in-8°, 335 p. (I Libri di Viella, 58). ISBN 13 : 978-88-8334-191-5. Prix : € 28,00 ; ID., De re militari. Pratica e teoria nella guerra medievale, Rome, Viella, 2008 ; 1 vol. in-8°, 334 p. (I libri di Viella, 83). ISBN : 978-88-8334-336-0. Prix : € 28,00.
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[9]
Paolo GRILLO, Cavalieri e popoli in armi. Le istituzioni militari nell’Italia medievale, Naples, Laterza, 2008 ; 1 vol. in-8°, XVIII-221 p. (Quadrante Laterza, 142). ISBN : 978-88-420-8649-9. Prix : € 20,00.
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[10]
Clifford J. ROGERS, Soldiers’ Lives through History. The Middle Ages, Westport CT-Londres, Greenwood Press, 2007 ; 1 vol. gr. in-8°, XXXII-299 p. (Soldiers’ Lives through History). ISBN : 978-0-313-33350-7.
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[11]
Malte PRIETZEL, Krieg im Mittelalter, Darmstadt, Primus Verlag, 2006 ; 1 vol. gr. in-8°, 208 p. ISBN : 3-89678-577-0. Prix : € 29,90.
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[12]
Christian CORVISIER, Le château de Saint-Dizier. Du château seigneurial à la place forte d’État. Histoire et architecture, Langres, Les Amis des Remparts de Saint-Dizier-Dominique Guéniot Éd., 2006 ; 1 vol. gr. in-8°, 79 p. ISBN : 2-87825-356-6. Prix : € 23,00.
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[13]
Bilan des recherches en castellologie. Actes du colloque international de Houffalize (Belgique), 4-10 septembre 2006. Textes réunis par Peter ETTEL, Anne-Marie FLAMBARD HÉRICHER, T. E. MCNEILL, Caen, Publ. du CRAHM, 2008 ; 1 vol. gr. in-8°, 426 p. (Château Gaillard. Études de castellologie médiévale, 23). ISBN : 978-2-902685-62-2. Prix : € 47,00. Ce colloque fut organisé sur l’initiative d’André Matthys, alors inspecteur général du Patrimoine de Wallonie, au moment de sa retraite de la vie professionnelle.
1 L’histoire militaire médiévale a connu, et connaît encore, des fortunes diverses. Actuellement, elle fleurit, mais de façon inégale, dans les pays qui la pratiquent. Cela tient, d’une part, à la personnalité et à l’influence de certains chefs de file, qui suscitent autour d’eux une active émulation voire de véritables « écoles », d’autre part à la qualité de la documentation disponible dans leur sphère d’activités. Depuis quelques années, c’est l’érudition anglo-saxonne, sur les deux rives de l’Atlantique, qui exerce, en la matière, une sorte de leadership et la richesse des sources archivistiques anglaises n’y est pas étrangère. Cependant, l’apport historiographique des mondes latin et germanique reste important dans ce domaine, où chaque nation apporte son éclairage spécifique en fonction du tempérament qui l’anime et de son héritage ancestral. Témoin la diversité des ouvrages ici recensés qui ne résument pas à eux seuls, loin s’en faut, la production abondante des quelques dernières années, mais fournissent un aperçu des tendances récentes à ce propos.
2 L’actualisation de l’Histoire est de toutes les époques, consciemment ou non. En attestent les actes d’un colloque sur les guerres transculturelles, qui s’est tenu à Ratisbonne en 2004 [1]. L’illustration de la couverture de ce recueil ne reproduit pas par hasard, dans un double registre, la miniature du XIVe siècle du Lutrell-Psalter qui confronte en duel Richard Coeur de Lion et Saladin, ainsi qu’une vue contemporaine de soldats américains devant la mosquée de Samarra, en Irak. Le thème central du symposium s’articulait en effet autour de cette notion que les sociétés font la guerre en fonction de leur culture propre. Cette constatation s’applique en particulier aux « guerres asymétriques » qui ont opposé dans le passé, et opposent toujours, des belligérants forts de technologies plus avancées à ceux qui tentent, parfois avec succès, de pallier leur désavantage par des tactiques insolites aux yeux de leurs adversaires. L’ouvrage dépasse de loin le cadre chronologique médiéval, mais il l’inclut largement en tout cas lorsqu’il traite un sujet aussi attendu que la confrontation avec les musulmans durant les Croisades ou, plus généralement, des affrontements avec des civilisation réputées « barbares » au sein ou en dehors de la chrétienté, voire plus spécifiquement du sort des non-combattants lors des conflits armés. L’ouvrage tend à montrer, en somme, que les « nouvelles guerres » s’avèrent moins nouvelles qu’il n’y paraît.
3 Sans effleurer cette polémique du temps présent – à laquelle néanmoins le lecteur ne pourra s’empêcher de penser encore – R. W. Kaeuper, professeur à l’Université de Rochester, consacre un livre dense, d’une écriture élégante et subtile, à la sacralisation de la violence chevaleresque au Moyen Âge [2]. Fondé sur un travail heuristique considérable : chroniques, chansons de geste, romans courtois, sermons, exempla, traités de théologie et de chevalerie, sans omettre, bien sûr, les travaux spécialisés, cet ouvrage analyse en profondeur le difficile paradoxe de la vocation guerrière cautionnée par une Église qui tenta, parfois avec réticence, de la récupérer en la parant des vertus chrétiennes. Les chevaliers eux-mêmes s’efforçaient de compenser la brutalité de leur comportement par une manière d’Imitatio Christi faite de pénitences, d’un ascétisme intermittent et d’une exaltation des souffrances qu’il leur arrivait d’endurer au cours de leur existence belliqueuse. La mythologie chevaleresque, sublimée par celle de la « Table Ronde », fut une sorte d’antidote ou d’alibi pour soulager les mauvaises consciences et conjurer la peur des châtiments derniers, dans l’esprit de ceux qui vivaient pour et par l’épée. L’Humanisme, la Réforme autant que l’émergence des États centralisés mettront un terme non point hélas à la violence elle-même, mais à cette forme archaïque de sanctification jugée dès lors par trop scabreuse. Le livre Holy Warriors s’inscrit en tout cas parmi les ouvrages clés qui nous éclairent sur les fondements et la pratique de l’idéologie chevaleresque.
4 D’une importance majeure est la publication qui réunit les actes du colloque sur le mercenariat médiéval, organisé en 2005 à l’Université du Pays de Galles, à Swansea [3]. Pas moins de vingt et une communications apportent un éclairage, souvent inédit, sur certains chefs de mercenaires ou groupes de mercenaires, depuis le Bas-Empire jusqu’au XVe siècle. Mais, transcendant le tout, nombre d’entre elles s’efforcent de définir la notion, quelque peu évanescente, de mercenariat à travers les formes diverses et évolutives des prestations militaires. Car, en dehors du service féodal à ses origines (et encore, pour des périodes et des théâtres d’opération limités) et de certaines levées de milices urbaines et rurales (conditionnelles elles aussi), la grande majorité des troupes en campagne furent bel et bien soldées ou défrayées, qu’il s’agisse de levées ponctuelles ou en vertu d’obligations résultant de l’octroi de fiefs-rentes voire de traités politico-militaires. Certes, une distinction fondamentale – du moins en théorie – subsiste entre le soldat payé pour accomplir le devoir qui lui incombe et le mercenaire libre d’accepter (contre rétribution) ou de refuser les services que l’on attend de lui. Mais les nuances sont subtiles, en fonction du contexte politique et social, quoique les différences de statuts tendent à s’amenuiser vers la fin du Moyen Âge. Alors le lien féodal perd de son sens au point de vue militaire et le mercenariat organisé, comme celui des condottieri, mène à tout, y compris aux plus hautes sphères politiques. Parmi les intervenants à ce colloque, S. Morillo réussit à présenter, sous forme graphique, une typologie du mercenariat en fonction d’un facteur d’intégration (ou de rejet) dans la société (p. 243-260), vision dont le pragmatisme, en somme, l’emporte sur des distinctions plus théoriques que réelles. Mais la richesse de ce livre ne se limite pas aux quelques traits que nous soulignons ici, fussent-ils éclairants, tant son apport est multiple et décisif dans ce domaine.
5 Autre colloque encore, plus périphérique celui-là par rapport à notre propos : il fut tenu à l’Université de la Ruhr, à Bochum [4] en juin 2004, en hommage à Hanna Vollrath, qui s’est distinguée dans l’étude de l’aspect sociologique voire ethnologique de la résolution pacifique des conflits et, en particulier, de l’oralité dans le droit ancien. Ce recueil concerne l’ensemble du Moyen Âge et traite largement des procédures juridiques et de leur symbolique dans les litiges politiques de cette époque. C’est dire qu’a contrario il touche de fort loin la chose militaire. Signalons cependant une communication intéressante sur les fameux Serments de Strasbourg (842) et de Coblence (860), non seulement en tant que péripéties des luttes entre Louis le Germanique et Charles le Chauve, mais aussi quant à la pratique du serment oral en guise de proclamation aux armées, et bien entendu, à l’usage premier, largement reconnu par des générations d’historiens et de philologues, des langues vernaculaires. Second point d’intérêt, qui touche à la symbolique militaire : l’interprétation – ancrée dans l’imagerie politique polonaise – de la présentation des deux épées par le héraut d’armes de l’Ordre teutonique au roi Ladislas Jagellon et au grand-duc Witold de Lituanie avant l’affrontement de Grunwald (1410).
6 C. R. Bowlus, professeur émérite de l’Université de l’Arkansas, se livre à une étude approfondie de la célèbre bataille de Lechfeld [5] qui vit l’éclatante victoire du roi de Germanie et futur empereur Otton Ier sur les Magyars en train d’assiéger Augsbourg. Certes, la rareté des sources (essentiellement Gerhard, prévôt de la cathédrale d’Augsbourg, et Widukind de Corbie) engage l’A. à faire appel à une part de conjecture, qu’il appuie toutefois sur une solide étude du terrain, de la tactique et des mœurs des Hongrois, ainsi que sur le jeu des forces politiques en Allemagne et en Lotharingie au Xe siècle. Il en résulte une vision plausible et cohérente de l’événement. Abandonnant le siège pour faire face à l’ennemi, les Magyars attaquent, le 10 août 955, jour de la Saint-Laurent, l’arrière-garde, composée de Souabes et de Bohémiens, de l’armée royale. Mais ils sont repoussés par les Franconiens, commandés par Conrad, duc de Lotharingie, qui lui-même y trouve la mort, frappé d’une flèche à la gorge. Ensuite, le gros des forces germaniques, sous Otton, attaque l’armée hongroise et la met en fuite ; celle-ci est anéantie lors de sa retraite au cours des jours suivants. Cette solide monographie ne se limite pas au récit de la célèbre victoire ottonienne : elle retrace les avatars des incursions magyares en Europe, le rôle (moins connu) de ces archers montés comme mercenaires et leur implication dans les intrigues politiques lotharingiennes.
7 Au chapitre des batailles, on se doit également de signaler le livre magistral de Francisco Garcia Fitz, professeur d’histoire médiévale à l’Université d’Estremadure, consacré à Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212) [6], victoire emblématique du roi Alphonse VIII de Castille, assisté de Pierre II d’Aragon et de Sancho VII de Navarre, sur l’armée almohade du calife Mohamed al-Nasir. L’A., expert en histoire militaire de la péninsule ibérique, démonte tout le contexte, tous les rouages et toutes les particularités de cet affrontement de géants, dont il relativise cependant les conséquences réelles sur l’équilibre des forces dans le cadre de la « Reconquista ». Il n’en reste pas moins qu’il a su ainsi donner corps et vie, plus qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, à ce mythe fondateur de l’identité espagnole.
8 Moins spectaculaire par l’apparente austérité du sujet traité, le livre de D. Simpkin, assistant de recherche à l’Université de Reading, n’en est pas moins une œuvre majeure [7]. C’est une étude prosopographique du service militaire effectué par l’aristocratie anglaise, entre la campagne contre les Gallois (1277) et la défaite de Bannockburn (1314). Basé sur une documentation administrative exceptionnellement fournie – encore que, comme toujours, lacunaire et sujette à interprétation – et aidé par les techniques de l’informatique, l’A. a réuni et analysé une liste de près de 1 500 chevaliers et de quelque 5 000 hommes de troupe dont il a pu suivre ainsi, dans bien des cas, la carrière durant une ou deux générations. Il a pu observer une certaine permanence dans le recrutement et une forme de fidélité aux capitaines, qui puisaient leurs effectifs soit dans leur entourage familial ou immédiat, soit dans une sphère géographique ou seigneuriale de proximité. En fait, l’élargissement et l’organisation du recrutement de l’armée anglaise, qui atteindra son apogée et les résultat spectaculaires que l’on sait, avec le système de l’endenture de guerre sous Édouard III, furent préparés par ses deux prédécesseurs, ce que démontre parfaitement D. S. Petit à petit, l’historiographie britannique a réussi à expliquer la nouveauté et l’efficacité de la machine militaire anglaise durant la guerre de Cent Ans : forte tradition germanique de l’infanterie, administration rigoureuse anglo-normande, recours en masse à l’archerie, professionnalisme et fidélisation du recrutement, expérience des campagnes galloises et écossaises… Autant d’éléments cumulatifs qui prouvent une fois encore que « la nature ne fait pas de saut ».
9 Avec le recueil d’articles parus de 1985 à 2006, réunis en deux volumes par Aldo A. Settia [8], professeur émérite d’histoire médiévale de l’Université de Pavie, on en revient au monde presque fabuleux de l’Italie des communes, des Guelfes et des Gibelins, des flottes de guerre, des condottieri... et de l’héritage de Rome. Le premier tome regorge d’informations et de considérations sur une multitude de sujets : l’armement, la tactique, la castrametation, la logistique, la guerre navale, les croisades, les armées communales de la péninsule... Le second, sans renoncer dans quelques chapitres à cette approche détaillée, est cependant consacré en majeure partie aux rapports entre la théorie et la pratique militaires chez les hommes de guerre opérant en Italie aux XIVe et XVe siècles. L’accent est mis sur la transmission du savoir par la formation directe sur le terrain, car l’A. estime que les œuvres classiques de Végèce ou de Frontin, prisées surtout aux approches de la Renaissance, servaient plutôt à conforter les velléités intellectuelles de certains praticiens qu’à inspirer leurs actions guerrières. De même, les premiers traités sui generis rédigés en Italie consistent en une mise par écrit des choses vécues et point en une volonté de faire école. Ainsi les Insegnamenti de Théodore Ier Paléologue, fils du basileus Andronic II, devenu par sa mère marquis de Montferrat. Rédigé en grec en 1326, ensuite traduit en français, ce livre fut sans doute le premier traité militaire médiéval basé sur l’expérience d’un jeune homme qui, afin de préserver son héritage péninsulaire, avait vécu les armes à la main. A. S. consacre un long chapitre de 50 pages à l’analyse détaillée de la bataille de Gamenario en Piémont (22 avril 1345), remportée sur les Angevins par Jean II de Montferrat, fils de ce Théodore. Sujet délicat, car la source essentielle – le cas n’est pas rare – est une composition littéraire à la gloire du vainqueur, mais le professeur de Pavie en tire le meilleur parti en replaçant l’événement dans son contexte politico-militaire. Poursuivant son analyse au-delà du « trecento », l’A. constate, en revanche que les écrits théoriques sur l’art de la guerre, tels le De re militari de Roberto Valturio (1455) et celui d’Antonio Cornazzano (1476-1477) feront désormais partie, avec d’autres traités du genre, de la formation et de l’univers intellectuels des condottieri humanistes, entre-temps devenus chefs d’états. Enfin, on saura gré à A. S. d’avoir consacré quelques pages à retracer l’historiographie militaire médiévale de son pays, ce que fait également Paolo Grillo [9], chercheur de l’Université de Milan, dans une courte mais judicieuse synthèse de l’évolution des institutions militaires italiennes au Moyen Âge, depuis la chute de l’Empire romain d’Occident jusqu’à l’aube du XVIe siècle.
10 Le présent aperçu, forcément partiel, de quelques ouvrages récents serait fort lacunaire si on omettait de présenter ici l’un des plus marquants. C’est celui que C. J. Rogers [10], professeur d’histoire à l’Académie Militaire des États-Unis, a consacré au Moyen Âge, dans la série Soldiers’ lives through history. Tous les aspects de l’art et de la vie militaires y sont évoqués de façon succincte mais pertinente et pragmatique, de manière telle que cette synthèse peut à bon droit être considérée comme la plus importante du genre, mutatis mutandis, depuis celle, classique, de P. Contamine. La comparaison ne s’applique cependant pas à l’appendice bibliographique, ici très sélectif, mais qui néanmoins constitue une utile mise à jour, en tout cas en ce qui concerne essentiellement les ouvrages de langue anglaise.
11 Moins détaillé et par nature moins ambitieux, mais de qualité, est le condensé de M. Prietzel [11], de l’Université Humboldt (Berlin), relatif à la guerre médiévale. On retiendra surtout qu’il présente cette caractéristique, peu fréquente dans les ouvrages similaires, de mettre l’accent sur les conflits de l’Europe centrale, sans négliger pour la cause la partie occidentale du continent. En outre, on ne peut qu’admirer la splendide iconographie, en couleurs principalement, puisée aux meilleures sources, qui contraste avec la sobriété – sinon la médiocrité – de quantité d’illustrations reproduites dans les livres de ce genre. Il est vrai que celui-ci s’adresse autant au grand public qu’aux érudits.
12 En matière de castellologie, on signalera une courte monographie du château de Saint-Dizier (Haute-Marne), vestige mutilé d’une place-forte d’architecture capétienne, fondée avec sa ville castrale par Gui II de Dampierre [12]. Cette brochure, abondamment illustrée, fait le point sur les résultats du suivi archéologique initié lors des travaux de restauration entrepris en 1996. Ceux-ci ont permis de valoriser un élément non négligeable du patrimoine militaire champenois. D’une toute autre ampleur, par nature, les actes du 23e colloque de Château Gaillard font le point sur un quart de siècle de recherches en castellologie [13]. Ce bilan est éclairant quant aux tendances récentes de cette discipline, mais mitigé quant aux perspectives de fouilles et de recherches dont le financement ne se situe plus, pour dire le moins, dans de riantes perspectives. Au plan épistémologique, les Actes de Houffalize font voir une orientation de plus en plus sociologique, axée sur la fonction des châteaux, et moins strictement typologique et séquentielle, comme jadis, basée sur la primauté de la forme. Les diverses contributions des intervenants envisagent certes tous les aspects de la castrametation ancienne, depuis la fortification de terre jusqu’aux châteaux-forts classiques et même à la réhabilitation récente de ce type d’édifices. Elles embrassent aussi dans leurs investigations une vaste zone géographique qui couvre l’ensemble de l’Europe et l’Orient latin. Mais, dans la plupart des cas de figure, la fonction économico-sociale des châteaux, leur rôle dans l’organisation territoriale et le peuplement apparaissent maintenant comme des pistes incontournables de la recherche. Dans ce contexte, l’aspect militaire n’est plus qu’un des éléments dans l’éventail des fonctions castrales que l’on s’efforce de déterminer.
13 Les historiens militaires du Moyen Âge disposent aujourd’hui d’une foule considérable d’ouvrages de référence, dont ces quelques pages ne livrent qu’un très léger et éphémère aperçu. Les études analytiques et les monographies foisonnent à la mesure des travaux d’érudition, de plus en plus nombreux et de plus en plus pointus. D’autre part, les ouvrages généraux se multiplient également, mais la prolifération des recherches de base, l’extension géographique des champs d’investigation, l’évidence des interconnexions transculturelles et, malgré tout, la barrière des langues rendent difficile l’élaboration d’une synthèse exhaustive des connaissances du moment au plan international, voire une simple vision globale du sujet. Mais on se rapproche plus que jamais de cet objectif, aussi utopique soit-il.