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Compte rendu

La tradition épique, du Moyen Âge au XIXe siècle. Partie thématique sous la dir. de François SUARD, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 355 p. (Cahiers de Recherches Médiévales, 12). ISSN : 1272-9752.

Page LXII

Citer cet article


  • Ladonet, I.
(2008). La tradition épique, du Moyen Âge au XIXe siècle. Partie thématique sous la dir. de François SUARD, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 355 p. (Cahiers de Recherches Médiévales, 12). ISSN : 1272-9752. Le Moyen Age, Tome CXIV(2), LXII-LXII. https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzj.

  • Ladonet, Isabelle.
« La tradition épique, du Moyen Âge au XIXe siècle. Partie thématique sous la dir. de François SUARD, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 355 p. (Cahiers de Recherches Médiévales, 12). ISSN : 1272-9752. ». Le Moyen Age, 2008/2 Tome CXIV, 2008. p.LXII-LXII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-2-page-LXII?lang=fr.

  • LADONET, Isabelle,
2008. La tradition épique, du Moyen Âge au XIXe siècle. Partie thématique sous la dir. de François SUARD, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 355 p. (Cahiers de Recherches Médiévales, 12). ISSN : 1272-9752. Le Moyen Age, 2008/2 Tome CXIV, p.LXII-LXII. DOI : 10.3917/rma.142.0369zzj. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-2-page-LXII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzj


Notes

  • [1]
    C. Roussel est l’auteur d’une très belle édition d’une chanson de geste tardive : La Belle Hélène de Constantinople, Genève, 1995.
  • [2]
    Il fait notamment référence à l’article de F. SUARD, L’épopée, La Littérature française aux XIVe et XVe siècles, Grundriss der romanischen Literaturen des Mittelalters , t. 8/1, Heidelberg, 1988, p. 161-177.
  • [1]
    L’A. nous invite d’ailleurs à « distinguer, à l’intérieur des proses épiques, grâce à l’étude du style, des tendances assez différentes, qui vont d’une écriture rapide, tendant à l’abrègement, à la recherche d’un style orné et développé, ralentissant l’action mais approfondissant l’analyse des personnages et des situations ». Il propose à titre d’exemple, une très intéressante analyse comparative entre la mise en prose de la Geste des Loherains dans le ms. Arsenal 3346, éd. J.C. HERBIN, Valenciennes, 1995, celle de DAVID AUBERT, Garin le Loherain, éd. V. NAUDET, Aix-en-Provence, 2005, et la Chanson de Garin le Loherenc, éd. A IKER-GITTLEMAN, 3 vol., Paris, 1996-1997.
  • [2]
    Poésie qui donne naissance à un nouveau mètre : l’ottava rima.
  • [3]
    Notamment l’enthousiasme de la jeunesse et le sens de l’aventure dans le préliminaire de Huon de Bordeaux.
  • [4]
    L’A. parle de « dramatisation grandiloquente » (p. 92) et cite notamment les gestes exagérés et les propos hyperboliques.
  • [5]
    Néanmoins, l’A. nous convie à apprécier les nombreuses allusions érudites qui semblent montrer l’absence de souci chez Delvau de cadrer ses récits avec le public qui les lisait : « familiarités avec la Bible, la mythologie, l’Antiquité, […] pouvoirs que la tradition orale prête à quelques saints » (p. 100).
  • [6]
    L’Histoire otage des chansons de geste ou l’inverse ? Le cas d’Anseÿs de Gascogne et de la Vengeance Fromondin, Le Nord de la France entre épopée et chronique. Actes du colloque international de la Société Rencesvals, section française, Arras, 17-19 octobre 2002. Études réunies par E. POULAIN - GAUTRET, J.P. MARTIN, J.P. ARRIGNON, 2005, p. 239-265.
  • [7]
    Regroupant Garin/Gerbert et Hervis/Yonnet.
  • [1]
    Principalement trois : ms. Arsenal 3346. Texte de la fin du XIVe, début du XVe, qui abrège les textes de Garin, Gerbert et Anseÿs ; prose dite de David Aubert, sans doute copiée vers 1463-1465, à la cour de Philippe le Bon. Même contenu (« syntaxe parfois un peu lourde » p. 160). Celle de Philippe de Vigneulles – un Messin (1514-1515) – à partir de manuscrits apparentés et aujourd’hui perdus. Dédiée à la ville de Metz, elle offre un texte assez précis dans le contenu, et connaît les deux « textes liminaires les plus lorrains » (p. 160), Hervis et Yonnet.
  • [2]
    Roman der Lorreinen : de fragmenten en het geheel, éd. J.B. VAN DER HAVE, Schiedam, 1990.
  • [3]
    La Geste des Loherains, sous la dir. de F. SUARD, Nanterre, 1992.
  • [4]
    L’A. mentionne notamment l’édition de Garin le Loherain due à Anne IKER-GITTLEMAN (cf. supra).
  • [5]
    En tout 150 entrées sur quatorze années.
  • [6]
    Les références aux spécialistes du sujet, outre l’A. elle-même, de B. Guidot à F. Suard en passant par le regretté A. Labbé, sont nombreuses.
  • [7]
    L’A. appuie sa démonstration sur l’exemple du cheval fée Bragard.
  • [8]
    Elle renvoie à l’étude sur la question de F. SUARD, Le développement de la Geste de Montauban en France jusqu’à la fin du Moyen Âge, Romance epic. Essays on a medieval literary genre, éd. R.H. WEBBER, Kalamazoo, 1987, p. 141-161.

1 Ces sept articles sur la tradition épique constituent une synthèse de choix sur le sujet tant par leur qualité que par les nombreuses références bibliographiques. Ce terme de tradition est analysé dans sa pérennité et à travers ses mutations dans quelques grands textes de la littérature épique.

2 Dans L’automne de la chanson de geste, C. Roussel  [1], habile avocat d’un genre auquel ont a pu reprocher la popularité, étudie son évolution à travers différents modes de transmissions  [2] : remaniements, prolongements ou variations de cycles. Il prouve que la survie de ce genre résulte de la pérennité de certains thèmes malgré les renouvellements et adaptations. Il y voit « un incontestable air de famille » (p. 21) et un prolongement rendu possible grâce à la mise en prose. Ce « passage à la prose » est d’ailleurs analysé par F. Suard. Sa brillante argumentation montre comment en se « dérimant », le texte devient accessible et intelligible au plus grand nombre et privilégie le narratif au détriment du lyrisme. Certes, si la langue est bien modernisée, les thèmes subsistent et résistent au temps : la guerre, l’amour, apanages de la noblesse et de la chevalerie, sont des motifs persistants. Sans pour autant affecter leur qualité littéraire, ces réécritures  [1] ont su développer leurs propres atouts et gagner l’intérêt du public. Cette modification du style et des tendances est également soulignée par J. Everson qui retient toute notre attention dans un article relatif aux récits épiques sur Charlemagne en Italie, plus particulièrement à travers les mises en italien (XIIe - XVe siècles) à l’origine de la poésie narrative italienne  [2]. Tous les auteurs s’accordent à montrer que le succès d’un texte se mesure à ses rééditions. La Bibliothèque Bleue a contribué à cette diffusion. C’est une des sources utilisées par Alfred Delvau, auteur du XIXe siècle, présenté par B. Guidot. En spécialiste incontesté de l’épopée, l’A. offre à lire une démonstration très rigoureuse. Il aborde, dans une première partie, la matière des récits en précisant l’influence des valeurs de Delvau, en particulier les « préoccupations morales et bourgeoises de son époque  [3] » (p. 84). Analysant très finement la narration, l’A. souligne que la rupture avec le genre épique, due au passage à la prose, est compensée par un goût du pathétisme, un « réel sens de la dramatisation du récit » (p. 91) et un recours à la théâtralisation  [4]. Interviennent également le comique, l’humour et la parodie. Le vocabulaire est volontiers « paroxystique » (p. 96) et allie une terminologie médiévale et une langue plus contemporaine. L’A. dénonce pourtant, dans ce style volontiers imagé, les dissonances « déconcertantes » (p. 97) voire confuses et les métaphores qui « ne sont pas de très haute volée » (p. 99)  [5]. Cet article témoigne de la finesse de l’A. qui a su apprécier la modernité de ces réécritures.

3 Enfin, trois exemples de réécritures sont traités : la Geste des Loherains, par un spécialiste, J.C. Herbin. Renvoyant à un article antérieur  [6] dans lequel il proposait de mettre à part Anseÿs de Gascogne et la Vengeance Fromondin, l’A. poursuit sa démonstration avec habileté en prouvant qu’il existe dans cette geste un « Grand cycle des Lorrains  [7] » et une « Pseudo-geste ». Il montre que La Mort Bégon n’appartient pas au cycle, que la gestation du cycle se produit au cours du XIIe siècle pour connaître ensuite « un enracinement lorrain » (p. 156) avec Hervis, alors que La Pseudo-geste affiche des enjeux non lorrains. Parachevant son brillant raisonnement, l’A. montre que les remaniements et mises en prose  [1] ont permis la survie de ce cycle, sans compter des résurgences dans les littératures étrangères (Pays-Bas  [2], Allemagne et Angleterre). Il déplore pourtant la lassitude qu’inspire ce cycle qui ne retient l’attention de spécialistes qu’à compter du XXe siècle pour la France. L’A. précise que l’école française est réellement productive à compter des années soixante avec les recherches de J.H. Grisward. Il mentionne les travaux importants de B. Guidot qui « propose une première synthèse de grande ampleur » (p. 165), et rappelle qu’en 1990, F. Suard a organisé à Nanterre un colloque qui faisait le point sur les études consacrées à la Geste des Loherains[3]. La bibliographie donnée aux p. 167-174 recense les éditions  [4] et autres publications récentes (thèses, articles-communications et comptes rendus)  [5]. Godefroi de Bouillon et la légende du Chevalier au Cygne est étudié par C. Gaullier-Bougassas qui démontre comment ce texte est « un exemple d’une “modernisation” dans la langue et dans l’inspiration » (p. 119) et Renaut de Montauban par S. Baudelle-Michiels. Se penchant sur la prolixité de cette œuvre, objet de nombreuses réécritures, elle déplore la perte en poéticité et sensibilité compensées par une grande lisibilité. Connaissant bien son sujet  [6], elle démontre comment l’engouement pour ce texte est assuré par la concomitance d’un noyau pérenne et de thèmes nouveaux comme le merveilleux  [7] ou encore grâce à l’évolution de l’image Renaud qui devient plus au fil du temps un martyr qu’un révolté. L’A. conclut en soulignant que le succès est dû à la « romanisation » du texte d’origine  [8].

4 Isabelle LADONET


Date de mise en ligne : 14/11/2008

https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzj