Hans-Werner GOETZ, Geschichtsschreibung und Geschichtsbewußtsein im hohen Mittelalter, Berlin, Akademie Verlag, 1999 ; 1 vol. gr. in-8°, 501 p. (Orbis Mediaevalis. Vorstellungswelten des Mittelalters, 1). ISBN : 3050032219.
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- TOCK, Benoît-Michel,
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- Tock, B.-M.
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1 Le livre d’H.W. Goetz ouvre une nouvelle collection, destinée à étudier, dans une perspective d’anthropologie historique, ou de « science culturelle » (« Kulturwissenschaft ») historique, quelle(s) conception(s) du monde on pouvait avoir au Moyen Âge. L’idée de consacrer le premier volume de cette collection à la conscience historique est excellente, puisque le rapport au temps est une composante essentielle de l’anthropologie. L’A. a organisé son livre en quatre chapitres, après une introduction intitulée « la conscience historique comme problème historique », et qui est en fait une vraie anthropologie de l’histoire, qui va de l’histoire à l’écriture de l’histoire en passant par l’image et la conscience de l’histoire. Le premier présente la pensée historique dans l’évolution intellectuelle du Moyen Âge central, en lien notamment avec la Renaissance du XIIe siècle ou avec le développement de la scolastique. Le deuxième présente, quant au contenu, à la forme, à la réception et à la fonction, les caractéristiques essentielles de l’historiographie de cette période. Le troisième parle des liens entre histoire et présent. Le dernier enfin aborde la question des liens entre histoire et actualité, cette dernière commandant l’utilisation de l’histoire comme argument de propagande, comme élément d’identification, ou comme élément de motivation, par exemple d’affiliation à un parti ou d’écriture de l’histoire. L’ensemble, fondé par de nombreuses lectures de sources et de travaux et appuyé sur de nombreux exemples, constitue un livre passionnant et très riche, dont il est impossible de rendre compte de manière exhaustive. On se contentera d’en relever ici quelques idées.
2 Conscient, évidemment, de ne pas avancer en terrain vierge, l’A. observe qu’on a surtout étudié les aspects théologiques et politiques de cette historiographie. Élargissant la réflexion, il relève que l’image que chacun a de l’histoire a un contenu politique, une approche très large et très souple des facteurs évolutifs, une forme narrative, une fonction didactique renforcée par une prétention à l’objectivité; ignorant largement la géographie, elle est toujours liée à une institution.
3 Les chroniqueurs du Moyen Âge central ont une conscience de l’historicité du monde, parce qu’ils constatent l’évolution des hommes, l’historicité des faits qu’ils relatent, et parce qu’ils remarquent que les textes historiographiques sont eux-mêmes en permanence retravaillés dans le cadre de copies, de continuations, d’emprunts. Mais ils ne s’intéressent qu’à eux-mêmes : l’histoire universelle est strictement chrétienne, l’histoire locale ne porte que sur un pays, une abbaye. Ils sont en revanche très attentifs à l’origine des institutions qu’ils étudient : Création, Troie, saint Pierre… Cela ne les empêche pas de distinguer différentes périodes et d’avoir un esprit critique, orienté non vers le discrimen veri ac falsi, mais vers la découverte du sens réel de chaque événement. Ils ne sont d’ailleurs pas désintéressés, mais au contraire sont en prise directe avec l’actualité, en particulier dans le contexte mouvementé de la Querelle des Investitures. Enfin, l’écriture de l’histoire n’est pas dissociable d’autres genres littéraires, des traités polémiques aux libri traditionum, et entre dans le cadre de la problématique de la memoria.
4 Au sein des études sur l’historiographie médiévale, le livre de H.W.G. constitue, sans aucun doute, une étape essentielle. Qui fait espérer d’autres travaux sur la conscience historique au Moyen Âge, chez les auteurs non historiographes.
5 Benoît-Michel TOCK