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Compte rendu

MANESSIER, La Troisième continuation du Conte du Graal, trad., prés. et annot. par Marie-Noëlle TOURY, texte éd. de William ROACH, Paris, Champion, 2004; 1 vol., 707 p. (Champion Classiques, Sér. Moyen Âge, 13). ISBN : 2-7453-1125-5. Prix : € 17,00.

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  • Lachet, C.
(2006). MANESSIER, La Troisième continuation du Conte du Graal, trad., prés. et annot. par Marie-Noëlle TOURY, texte éd. de William ROACH, Paris, Champion, 2004; 1 vol., 707 p. (Champion Classiques, Sér. Moyen Âge, 13). ISBN : 2-7453-1125-5. Prix : € 17,00. Le Moyen Age, Tome CXII(1), X-X. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-1-page-X?lang=fr.

  • Lachet, Claude.
« MANESSIER, La Troisième continuation du Conte du Graal, trad., prés. et annot. par Marie-Noëlle TOURY, texte éd. de William ROACH, Paris, Champion, 2004; 1 vol., 707 p. (Champion Classiques, Sér. Moyen Âge, 13). ISBN : 2-7453-1125-5. Prix : € 17,00. ». Le Moyen Age, 2006/1 Tome CXII, 2006. p.X-X. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-1-page-X?lang=fr.

  • LACHET, Claude,
2006. MANESSIER, La Troisième continuation du Conte du Graal, trad., prés. et annot. par Marie-Noëlle TOURY, texte éd. de William ROACH, Paris, Champion, 2004; 1 vol., 707 p. (Champion Classiques, Sér. Moyen Âge, 13). ISBN : 2-7453-1125-5. Prix : € 17,00. Le Moyen Age, 2006/1 Tome CXII, p.X-X. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-1-page-X?lang=fr.

1 La collection Champion Classiques peut se prévaloir à juste titre d’être la première à proposer une édition bilingue de la seule continuation du Conte du Graal qui soit achevée, à savoir celle de Manessier. L’ouvrage de M.N. Toury comporte toutes les parties habituelles des éditions scientifiques (inventaire des manuscrits, présentation des enjeux du roman, établissement du texte, note sur la traduction, bibliographie, choix de variantes, liste des rubriques, glossaire riche de plus de cinq cents termes, index des noms propres) à l’exception des remarques sur la langue du texte, lequel reproduit en fait celui que W. Roach a établi en 1983 à partir de trois manuscrits : E jusqu’au v.40692, Q jusqu’au v 42493 et M pour les 178 derniers vers. Onze modifications signalées en note y sont apportées sans que l’on sache parfois les leçons rejetées. C’est le cas au v. 33847 où iror remplace dolor, au v. 37231 où espart est préféré à se part, au v. 37907 où on lit C’orendroit se savoie au lieu de Car orandroit s’avoie, au v. 38571 où en un lit se substitue à la formule plus vague an un leu et au v. 39141 où l’A. choisit A voiz clere si s’escria plutôt que A voiz que clere et serie a.

2 La traduction est aisée et précise, bien que l’on puisse toujours discuter certaines interprétations. Par exemple la relative qui par ci vint, rendue au v. 32713 par « qui est passé ici tout à l’heure », offre-t-elle une autre signification cinq vers plus loin comme l’estime la traductrice en écrivant pour le v.32718 « qui est venu en ce pays » ? De même lors du couronnement de Perceval, faut-il comprendre, comme l’A., que « quatorze rois […] furent eux aussi couronnés ce même jour » ou que ce jour-là étaient présents quatorze rois couronnés (v. 42480-42481) ? Un dernier exemple : lors du règne pacifique du protagoniste, le v.42529 C’onques nelui riens n’i mesfist s’applique selon nous à Perceval et non à ses voisins : « car personne ne lui fit du tort » ne convient pas ; nous suggérons que le héros garda son pays sept ans en paix sans guerroyer ni faire de tort à personne.

3 L’introduction se révèle intéressante et judicieuse. L’œuvre de Manessier est tout d’abord bien située dans l’ensemble complexe des Continuations. Toutefois il est inexact d’affirmer que « les Continuations ne font état ni de la demoiselle [de Montesclere] ni de Girflet », (p. 51) alors que dans la Première Continuation Gauvain délivre la demoiselle assiégée et libère Girflet retenu captif dans le Château Orgueilleux. M.N.T. dégage ensuite trois mouvements principaux – les aventures de Perceval et Sagremor (v. 32595-35050), les exploits de Gauvain (v. 35051-37140), les dernières aventures de Perceval (v. 37141-42668) – mis en valeur grâce aux techniques de l’entrelacement et de l’enchâssement dans un récit offrant « une structure fondée sur le dédoublement et l’opposition » (Gauvain/Perceval, château des Pucelles/ chapelle à la Main Noire). L’A. souligne aussi avec pertinence l’ambiguïté du roman : « Les guerres féodales, la vengeance y tiennent une place aussi importante que la recherche du Graal. Elles mobilisent Gauvain au point de l’empêcher de s’attacher à une plus haute entreprise et Perceval ne peut accéder à la royauté du Graal, puis à la quasi-sainteté, qu’après avoir accompli la vengeance pour laquelle il est pressenti dès le début du texte. » (p. 40)

4 Même si la Continuation de Manessier n’acquiert pas la dimension spirituelle de la Queste del Saint Graal, elle constitue une des œuvres majeures de la littérature du Graal. L’édition bilingue très sérieuse de M.N.T. devrait permettre à un large public de s’en rendre compte.

5 Claude LACHET