The Experience of Crusading, t.1, Western Approaches, éd. Marcus BULL et Norman HOUSLEY, t. 2, Defining the Crusader Kingdom, éd. Peter EDBURY et Jonathan PHILLIPS, Cambridge, Cambridge U.P., 2003; 2 vol. in-8°, XVI-307 + XV-311 p. ISBN : 0-521-81168-6 et 0-521-78151-5. Prix : GBP 45, individuellement; GBP 85, collectivement.
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- CLAVERIE, Pierre-Vincent,
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- Claverie, P.-V.
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1 Ces deux volumes offerts à Jonathan Riley-Smith pour son soixante-cinquième anniversaire rassemblent 34 études sur le film des croisades et les péripéties de l’Orient latin, qualifié assez improprement de Crusader Kingdom. Ce panel d’articles débute par deux notices historiographiques sur la perception des croisades et des États latins d’Orient de J. Riley-Smith, composées par les éditeurs de chaque volume (t. 1, p.1-10 et t.2, p. 1-8). N. Housley et M. Bull rappellent l’impulsion donnée à l’historiographie des croisades par la thèse de J.R.S. sur l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem rendue possible grâce aux défrichements de J. Delaville le Roulx. L’A. a signé plusieurs ouvrages de vulgarisation, dont un suggestif atlas des croisades, avant d’achever en 1997 une étude modèle sur les participants de la première croisade (The First Crusaders, 1095-1131). J.R.S. a renouvelé l’histoire institutionnelle de la Syrie franque par une série d’études sur les confraternités du royaume de Jérusalem et l’Église latine dont P. Edbury et J. Phillips évoquent l’influence durable sur l’historiographie britannique. Sa pierre angulaire demeure The Feudal Nobility and the Kingdom of Jerusalem, 1174-1277, qui amenda en 1973 les vues anciennes de G. Dodu et de J. LaMonte sur la féodalité hiérosolymitaine en ouvrant de nouvelles pistes de recherche. Des diverses contributions qui émaillent l’ouvrage dédié à J.R.S., nous ne retiendrons que les études les plus originales en matière historiographique ou zététique. Le premier volume comprend ainsi un intéressant article de G. Constable sur la contribution des sources hagiographiques à la connaissance de la reconquête de Lisbonne en 1147 (p. 39-44), suivi d’une évaluation financière des projets de croisade du XIVe siècle de N. Housley (p.45-59). L’A. confronte diverses sources contemporaines pour établir à près de 500 000 florins d’or le coût d’un passage rassemblant une quinzaine de milliers de combattants et au quart, le coût d’une campagne navale contre Alexandrie à l’époque de Boucicaut. Ces devis prohibitifs expliquent pour beaucoup le recours à des expéditions de faible ampleur à la fin du Moyen Âge, susceptibles de dégager de gros profits comme la course. Ce même volume comprend deux belles études sur les relations italo-byzantines à l’avènement du pape Innocent III (p. 96-102) et la politique anti-égyptienne prônée par Enrico Dandolo jusqu’à l’hiver 1202-1203 (p. 103-123). J.M. Powell et J.H. Pryor rendent justice aux efforts déployés par la papauté pour associer l’empereur Alexis III à l’organisation de la quatrième croisade, à une époque où la Sérénissime rêvait de s’installer durablement dans le Delta plutôt que de porter le fer contre Constantinople. Ces débats d’actualité trouvent une résonance dans un essai convaincant de J.A. Brundage sur la perception de la violence dans l’œuvre des décrétistes des XIIe et XIIIe siècles qui cataloguèrent fréquemment, par défaut, les membres des ordres militaires comme des convers, habilités à porter les armes (p.147-156). On ne saurait clore l’évocation de ce volume sans mentionner l’étude de P.J. Cole sur la conception de la croisade d’Humbert de Romans, qui dépasse de beaucoup le cadre étroit de son Opus tripartitum, trop souvent érigé au rang de modèle (p.157-174). Ch. T. Maier souligne de son côté les relations inhabituelles entretenues par une bible moralisée autrichienne avec la dynamique de la croisade de par son origine française (p. 209-222). Son analyse iconographique mériterait d’être rapprochée des observations naguère formulées par H. Buchtal à propos de la Bible de Saint-Jean d’Acre, acquise en Orient par Louis IX (Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque de l’Arsenal, Rés. Ms 5211). Les spécialistes d’historiographie trouveront en excursus deux articles de S. Edgington et d’E. Siberry sur le traitement réservée à la première croisade dans les romans français et anglais contemporains (p.255-280) ainsi que dans les arts et la politique au XIXe siècle (p. 281-293). Aucune de ces deux contributions ne saurait cependant être envisagée sous un angle exhaustif en raison de l’ampleur du sujet. Le second volume offert à J.R.S. rassemble un nombre sensiblement plus important d’études novatrices sur l’histoire du Levant, classées dans quatre rubriques consacrées à la politique, la tradition scripturaire, l’histoire événementielle ainsi que les échanges commerciaux. On doit ainsi à Th. Asbridge, qui a signé un essai sur la fondation de la principauté d’Antioche, une notice biographique sur la princesse Alice d’Antioche dont les frasques semblent avoir été noircies outrageusement par Guillaume de Tyr (p.29-48). L’A. aurait dû dans cette réévaluation critique inclure à la suite d’H.E. Mayer la synthèse de R. Pernoud sur La femme au temps des croisades (Paris, 1990), qui consacre pas moins d’une dizaine de pages aux ambitions politiques de cette petite « Mélisende » du nord. Le regain du genre biographique est attesté par une notice de M. Barber sur la carrière laïque et religieuse de Philippe de Naplouse dans le royaume de Jérusalem qui néglige malheureusement l’édition des Lignages d’Outremer réalisée parallèlement par M.A. Nielen (p. 60-75). Le même tome renferme une minutieuse étude de B. Hamilton sur les conditions de traduction de Guillaume de Tyr au début du XIIIe siècle, qui confirme les hypothèses anciennes de M.A. Jubb sur les importantes modifications apportées au texte (p. 93-112). Il convient de rappeler comment sa chronique engendra au tournant du siècle une série d’Estoires romancées dans la lignée de l’Ordene de chevalerie centré autour de l’adoubement imaginaire de Saladin. Les deux études les plus remarquables de ce volume concernent l’organisation paroissiale des colonies franques de Syrie et la carrière méconnue du chevalier tyrien Jean Gale ou Galle selon la forme dominante actuelle. La première procède d’un inventaire scrupuleux des 360 sanctuaires chrétiens inspectés en Orient par D. Pringle depuis une décennie (p.161-178), là où la seconde privilégie le témoignage de sources éclectiques (p. 189-195). J. Richard y évoque la figure d’un chevalier franc, entré au service de Saladin pour mieux le trahir à la veille de la bataille de Hattin (1187). Ce personnage hors du commun n’hésita pas à livrer aux templiers de l’Amanus un neveu du grand conquérant, dont il avait reçu la garde, afin de rentrer en grâce auprès des siens. Son cursus honorum révèle la liberté de manœuvre accordée à certains « mauvais chrétiens », longtemps négligés par l’historiographie des croisades. Le second volume publié par P.E. et J.P. rassemblent deux contributions originales de D. Jacoby et de N. Coureas sur la présence vénitienne à Acre dans la seconde moitié du XIIIe siècle (p.240-256) et le ravitaillement de Chypre par les ordres militaires (p.257-274), qui raviront les spécialistes de la question par l’exploitation de sources inédites ou dispersées. Autant de qualités qui rendent l’acquisition de ce volume indispensable.
2 Pierre-Vincent CLAVERIE