S'abonner
Compte rendu

La Normandie et l’Angleterre au Moyen Âge. Colloque de Cerisy-la-Salle, 4-7 octobre 2001. Actes publiés sous la dir. de Pierre BOUET et de Véronique GAZEAU, Caen, Publ. du CRAHM-Université de Caen-Basse-Normandie, 2003 ; 1 vol. in-8°, 368 p. ISBN : 2-902685-14-9. Prix : €31,80.

Page XL

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2005). La Normandie et l’Angleterre au Moyen Âge. Colloque de Cerisy-la-Salle, 4-7 octobre 2001. Actes publiés sous la dir. de Pierre BOUET et de Véronique GAZEAU, Caen, Publ. du CRAHM-Université de Caen-Basse-Normandie, 2003 ; 1 vol. in-8°, 368 p. ISBN : 2-902685-14-9. Prix : €31,80. Le Moyen Age, Tome CXI(2), XL-XL. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-XL?lang=fr.

  • Lachaud, Frédérique.
« La Normandie et l’Angleterre au Moyen Âge. Colloque de Cerisy-la-Salle, 4-7 octobre 2001. Actes publiés sous la dir. de Pierre BOUET et de Véronique GAZEAU, Caen, Publ. du CRAHM-Université de Caen-Basse-Normandie, 2003 ; 1 vol. in-8°, 368 p. ISBN : 2-902685-14-9. Prix : €31,80. ». Le Moyen Age, 2005/2 Tome CXI, 2005. p.XL-XL. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-XL?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2005. La Normandie et l’Angleterre au Moyen Âge. Colloque de Cerisy-la-Salle, 4-7 octobre 2001. Actes publiés sous la dir. de Pierre BOUET et de Véronique GAZEAU, Caen, Publ. du CRAHM-Université de Caen-Basse-Normandie, 2003 ; 1 vol. in-8°, 368 p. ISBN : 2-902685-14-9. Prix : €31,80. Le Moyen Age, 2005/2 Tome CXI, p.XL-XL. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-XL?lang=fr.

Notes

  • [1]
    England and Normandy in the Middle Ages, éd. D. BATES et A. CURRY, Londres, 1994.

1 Les rapports entre l’Angleterre et la Normandie au Moyen Âge constituent un des thèmes les plus débattus de l’histoire des relations trans-Manche : peut-on encore parler d’un « Empire normand » ? L’étude comparée des deux terres a-t-elle un sens ? Et quelles sont les voies qui nous permettent d’approcher leurs rapports de manière renouvelée ? Dix ans après le colloque de Reading sur la question [1], celui de CerisylaSalle est venu renouveler la problématique. Le temps fort des relations entre la Normandie et l’Angleterre dans le domaine culturel se situe peut-être au XIe siècle, lequel apparaît comme le moment privilégié d’une influence réciproque et d’un enrichissement mutuel des deux terres dans le domaine de la production des manuscrits (R. Gameson). Cette période apparaît également décisive dans le processus de transformation des élites : inspirée par les travaux de K.F. Werner sur la noblesse, K. Keats-Rohan met en valeur l’identité d’une noblesse qui repose sur la détention d’offices publics comme sur ses liens avec la dynastie régnante en Normandie, alors que P. Bauduin souligne la hiérarchisation de la dynastie ducale qui semble consécutive à 1066. L’accent mis sur la période haute des relations entre la Normandie et l’Angleterre est renforcé par une datation nouvelle du processus de séparation politique entre le duché et le royaume. Loin d’être inauguré par la conquête du duché par Philippe Auguste, ce processus commença peut-être très tôt, dès le règne d’Henri Ier. Ce fut la politique successorale de ce roi qui livra la Normandie aux Angevins mais, dans le contexte d’une légitimité mal assurée, son action en Normandie, marquée par une politique de répression qui aliéna les élites normandes, avait déjà eu des conséquences fâcheuses (J. Green). La désaffection normande à l’égard de la dynastie régnant en Angleterre et en Normandie ne fut pas enrayée par l’accession au trône des Angevins. N. Vincent démontre que la cour d’Henri II en Normandie était fréquentée par les élites possessionnées des deux côtés de la Manche, au détriment des élites normandes, une évolution qui augurait mal de leur fidélité dans un contexte de tension entre les rois de France et d’Angleterre. La politique d’exploitation financière du duché mise en place par les conseillers de Richard Cœur de Lion, basée sur la multiplication des prêts forcés, des taxes et des aides, ne pouvait également qu’avoir des conséquences négatives sur le comportement politique des Normands (V. Moss).

2 La mainmise de Philippe Auguste sur la Normandie ouvrit une période de conflit tour à tour ouvert et larvé entre les deux royaumes, l’absence d’une paix définitive avant le milieu du siècle ne permettant pas la restitution des terres confisquées, désignées en Angleterre sous l’appellation terre Normannorum. Les stratégies adoptées par les familles seigneuriales possessionnées des deux côtés de la Manche afin de conserver leurs patrimoines, par exemple en privilégiant un membre du groupe, ou en répartissant les terres au sein du groupe familial (K. Thompson et D. Power), ne sont pas sans rappeler les stratégies suivies par les familles d’exilés pour maintenir l’intégrité de leurs héritages (E. Van Houts). L’idée de la séparation, sanctionnée par l’interdiction de la double mouvance par Louis IX en 1244, puis par une décision équivalente en Angleterre, finit par s’implanter dans les esprits, une évolution sans doute encouragée par l’usage systématique des terres confisquées comme source de patronage. L’exemple des destinées du patrimoine anglais de l’abbaye de Saint-Pierre de Préaux, finalement dispersé en 1390, illustre également les difficultés rencontrées par les établissements ecclésiastiques normands mais, également, la possibilité, pour eux, d’adopter des stratégies plus souples que les familles seigneuriales (D. Rouet).

3 Le troisième temps fort des relations entre l’Angleterre et la Normandie est constitué par la conquête puis par l’occupation du duché par les Lancastre. Harfleur tint une place singulière dans l’imaginaire politique anglais comme dans les stratégies d’occupation du duché : les expulsions et les confiscations qui marquèrent la présence anglaise à Harfleur, sur le modèle de Calais (A. Curry), semblent contraster avec la présence plus diffuse des Anglais à Rouen, analysée par Ph. Cailleux grâce à l’étude des archives du tabellionage rouennais. La tiédeur de l’adhésion des élites rouennaises à l’occupation se trouve cependant reflétée dans l’absence d’alliances matrimoniales avec les Anglais, plutôt réservées à la bourgeoisie de second rang. J.Ph. Genet démontre, par contre, la pleine adhésion des élites anglaises à l’entreprise militaire d’Henri V, grâce à une étude de l’activité guerrière des Membres du Parlement. Les raisons de l’absence d’un discours légitimant la conquête dans la propagande officielle restent, malgré tout, à analyser, un phénomène que l’A. suggère de mettre en rapport avec la difficulté de tenir un discours sur la légitimité de la dynastie lancastre. Finalement, les opportunités représentées par la Normandie pour les élites françaises, après 1450, sont illustrées par l’activité de Pierre de Brézé, grand seigneur angevin, dont l’administration de la Normandie, après sa nomination au sénéchalat en 1451, fut marquée par une activité navale intense : toutefois, la guerre de course organisée sous la direction de Brézé avait avant tout pour but la maîtrise des mers et la sécurité de la Normandie, et non le profit personnel (Ph. Contamine).

4 On peut regretter que, à l’exception de la contribution d’O. de Laborderie sur la mémoire de la Normandie dans les rouleaux généalogiques, qui démontre la résurgence du souvenir des origines normandes dans cette littérature en vernaculaire destinée à la noblesse anglaise, la seconde moitié du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle soient peu représentés dans ce beau volume. Entre une période dominée par les politiques hostiles des rois de France et d’Angleterre, qui empêchèrent le maintien de patrimoines des deux côtés de la Manche, conduisant à leur désintégration finale au cours de la décennie 1240, et le monde de Raoul d’Eu, mort dans un tournoi en 1345, connétable de France, mais également grand seigneur anglais, et familier des cours de France et d’Angleterre (E. Lebailly), que s’est-il passé ? On devine que le Traité de Paris de 1259 conduisit à une redistribution des cartes et à une normalisation de la situation diplomatique qui autorisa peut-être, dans un second temps, une reprise de la constitution de patrimoines trans-Manche. L’ensemble du volume constitue cependant une contribution majeure à la compréhension des relations entre la Normandie et l’Angleterre et, plus largement, entre la France et l’Angleterre.

5 Frédérique LACHAUD