The Durham Liber vitae and its context, éd. David ROLLASON, A.J. PIPER, Margaret HARVEY, Lynda ROLLASON, Woodbridge, Boydell, 2004 ; 1 vol. in-8°, XVI-260 p. (Regions and Regionalism in History, 1). ISBN : 1-84383-06-04. Prix : GBP 55 ; USD 99.
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- L’HERMITE-LECLERCQ, Paulette,
- L’Hermite-Leclercq, Paulette.
- L’Hermite-Leclercq, P.
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1 L’ouvrage est le premier d’une collection dont le but (précisé p. II) est double : 1) se faire l’écho de l’intérêt aussi bien des chercheurs que d’un public plus vaste pour le passé des régions et l’encourager; 2) conduire cette recherche en la replaçant dans un contexte plus large, national et international. Il remplit ses objectifs. Le Liber Vitae de Durham est particulièrement précieux car il n’existe en Angleterre que trois autres documents de ce type. La publication dont on rend compte ici se compose de trois parties suivies d’un index. La première est une étude du manuscrit par deux spécialistes éminents de la codicologie anglaise, C. Tite et M. Gullick. La deuxième retrace l’histoire et le contenu du Liber depuis ses origines. La troisième replace l’œuvre dans le contexte : étude comparée avec les documents comparables, anglais ou conservés sur le continent, ce qui permet de resserrer la définition de ce genre de source. Au total 16 contributions suivies d’un index.
2 Le manuscrit original qui se trouve aujourd’hui à la British Library (Cotton Domitian VII) provient de la célèbre collection du collectionneur du XVIIe s. Robert Cotton dont C. Tite nous rappelle qu’il avait acquis un millier de manuscrits, sans que l’on sache ici comment celui-ci était entré dans sa bibliothèque passée plus tard dans les collections nationales. Ce Liber de 86 folios a été commencé au milieu du IXe s. et a été complété jusqu’à la Réformation. Il est d’autant plus précieux que la plupart de ces ouvrages ont disparu en Angleterre au moment de la Réforme (1536-1540), elle-même suivie d’une deuxième étape destructrice, la dissolution des confraternités (1547-1548), les protestants rejetant la doctrine de l’intercession. Il se distingue également par son luxe (il utilise l’or et l’argent).
3 Les origines du Liber ne sont pas très sûres. Il a été commencé soit à Lindisfarne, siège épiscopal qui a précédé la création de l’évêché monastique de Durham, et qui, sous le coup des invasions des Vikings, a été déserté en 875, soit, plus probablement, à Yearmouth ou Jarrow. C’est à partir de ces deux monastères, réformés au XIe s., que l’évêché de Durham a été lui-même réformé au XIe s. par l’évêque Guillaume de Saint-Calais qui a fait venir des bénédictins. Dès lors la localisation et la datation sont sûres. Le manuscrit porte la liste des moines présents sous l’épiscopat de Ranulf Flambard († 1128). La fonction du Livre est redéfinie : il devient le livre de confraternité de Durham et il a servi jusqu’en 1539. Plusieurs articles sont consacrés au stock onomastique considérable contenu dans le Liber, des milliers de noms scandinaves, anglo-normands, écossais, aux noms des moines de 1083 au XVIe s., étudiés par les divers spécialistes. Signalons encore que les noms de personnes autres que moines, associées à leurs prières, entrés entre 1300 et la dissolution s’élèvent à 1688. Le document est ensuite comparé aux livres de confraternités continentaux (dont ceux de Saint-Gall ou de Remiremont). Un article est spécialement consacré au martyrologe/nécrologe du Mont Saint-Michel. Les dernières contributions apportent une réflexion utile sur les critères qui ont été introduits par la recherche moderne pour distinguer les uns des autres ces types littéraires parents que sont les obituaires, les nécrologes, les martyrologes, les livres de confraternité. Qu’est-ce qu’une confraternité ? Comment est conservée la mémoire dans le Yorkshire ?
4 Si, au sens étroit, comme on nous le rappelle (p. 53), un Liber Vitae est une compilation qui n’a de sens que pour la maison qui le rédige, dans ce travail érudit tout le monde, les spécialistes de la codicologie, de l’anthroponymie ou de ce genre littéraire voué à conserver le souvenir des morts comme des bienfaiteurs vivants, ou encore les historiens de l’art et les linguistes, peuvent trouver leur bonheur, en attendant la parution du fac-similé et de l’édition savante annoncés pour 2007 et qui remplaceront l’édition médiocre de 1841.
5 Paulette L’HERMITE-LECLERCQ