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Compte rendu

Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, sous la dir. de Carla CASAGRANDE, Chiara CRISCIANI et Silvana VECCHIO, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2004 ; 1 vol., X-346 p. (Micrologus’ Library, 10). ISBN : 88-8450-120-2. Prix : €52,00

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  • Pons, N.
(2005). Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, sous la dir. de Carla CASAGRANDE, Chiara CRISCIANI et Silvana VECCHIO, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2004 ; 1 vol., X-346 p. (Micrologus’ Library, 10). ISBN : 88-8450-120-2. Prix : €52,00. Le Moyen Age, Tome CXI(2), L-L. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-L?lang=fr.

  • Pons, Nicole.
« Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, sous la dir. de Carla CASAGRANDE, Chiara CRISCIANI et Silvana VECCHIO, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2004 ; 1 vol., X-346 p. (Micrologus’ Library, 10). ISBN : 88-8450-120-2. Prix : €52,00 ». Le Moyen Age, 2005/2 Tome CXI, 2005. p.L-L. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-L?lang=fr.

  • PONS, Nicole,
2005. Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, sous la dir. de Carla CASAGRANDE, Chiara CRISCIANI et Silvana VECCHIO, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2004 ; 1 vol., X-346 p. (Micrologus’ Library, 10). ISBN : 88-8450-120-2. Prix : €52,00. Le Moyen Age, 2005/2 Tome CXI, p.L-L. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-L?lang=fr.

1 L’ouvrage, qui rassemble les communications présentées lors d’un colloque tenu à Pavie en décembre 2000, comporte seize contributions. Ce sont, pour la plupart, des études ponctuelles sur des sujets spécifiques, mais l’ensemble permet d’avoir une idée des différentes acceptions que le terme prend à l’époque médiévale. Les É. distinguent dans l’avant-propos les domaines à l’intérieur desquels les contributions peuvent être réparties : le politique et institutionnel, ainsi que le religieux sont les plus représentés, mais la pratique du conseil est abordée également dans des disciplines spécifiques et dans le cadre familial. Les articles eux-même se partagent entre études concernant le « contenu » du conseil et celles qui prennent comme objet les circonstances dans lesquelles le conseil se concrétise. Curieusement le sens institutionnel du terme (délibération, et même assemblée par la confusion avec concilium) est absent et l’acception proprement juridique n’est abordée que de manière marginale, mais magistralement, par deux contributions documentées et pédagogiquement très claires : celle de M. Ascheri (Il consilium dei giuristi medievali, p.243-258), et celle sur la tradition hébraïque de S. Nagel (Il consilium nella letteratura ebraica medievale : la tradizione dei responsa rabbinici, p.299-325).

2 En effet le terme consilium renvoie à des réalités fort différentes pendant la période médiévale. Tout d’abord, cela va de soi, à l’un des piliers de l’organisation féodale, mais qui n’est pas abordé ici de front, plutôt par ses « retombées » littéraires. C’est ainsi que M. Cristiani (Ego sapientia, habito in consilio. Proverbia VIII, 12-16 nella teologia politica carolingia, p.125-138) présente une étude de la Sagesse, principe même de toute vertu, dans les miroirs aux princes carolingiens. « La sapientia costituisce il fondamento obiettivo, razionale del regere, che si identifica in profondità con il docere, ma che può essere soltanto dono divino » (p.128). Elle doit donc être assimilée à la volonté divine « come origine e fonte di ogni virtù, nella segreta intimità della cogitatio et del consilium, nel mistero del dono individuale della grazia » (p. 129), et cela entraîne la nécessité d’une médiation sacerdotale (cf. p. 134). E. Artifoni (Prudenza del consigliare. L’educazione del cittadino nel Liber consolationis et consilii d’Albertano da Brescia (1246), p.195-216), après avoir présenté l’ouvrage, montre que c’est par l’évaluation de différents conseils et avis que l’on arrive à une bonne éthique ; il montre surtout comment « le dinamiche consiliari disegnate da Albertano sono in parte esemplate sul modello di una realtà istituzionale concreta […] un sistema podestarile-consiliare » (p. 202). L’étude de St. J. Williams (Giving Advice and Taking It : The Reception by Rulers of the Pseudo-Aristotelian Secretum Secretorum as a Speculum Principis, p.139-180) se situe elle aussi sur un plan théorique. À propos du Secretum secretorum, l’A. pose trois questions : quels gouvernants l’ont possédé et l’ont lu, et en quoi l’ouvrage les a-t-il influencés ? D’un parallèle avec le De regimine principum de Gilles de Rome, il ressort que non seulement peu de gouvernants avaient la capacité de comprendre le texte ; encore moins avaient-ils le temps de le lire, et que posséder un ouvrage ne veut pas dire l’utiliser. L’article est suivi d’une liste très intéressante de témoignages à propos des princes de la chrétienté du XIIIe au XVe s. qui ont possédé ou lu ces deux œuvres (en latin ou en traduction vernaculaire ; 170 entrées environ, comprenant de nombreuses cotes de manuscrits).

3 Si la manière dont les souverains ont fait appel à des conseillers – fondement et justification de leur démarche politique, voir par exemple les chroniques de Froissart – n’est pas abordée dans le volume, à la pratique du conseil, et à sa signification, est consacrée l’étude d’A. Paravicini Bagliani concernant la curie pontificale, (De fratrum nostrorum consilio. La plenitudo potestatis del papa ha bisogno di consigli ?, p.181-194). Comme l’indique l’absence très fréquente de la formule rituelle dans les actes pontificaux, de fratrum nostrorum consilio et voluntate commune, même si les papes se réfèrent au consilium cardinalice, en vertu de leur plenitudo potestatis ils n’y ont que rarement recours et de manière variable selon les pontificats. Un exemple est donné par l’adoption de la célèbre constitution de Grégoire X de 1274, instituant le conclave grâce à l’appui des évêques et contre l’avis des cardinaux. En dernier lieu l’étude de quelques exemples tirés du pontificat de Boniface VIII montre comment ce dernier recourt au consistoire uniquement dans un but utilitaire pour que ses décisions puissent s’appliquer.

4 Les deux contributions de Cl. Fiocchi (Il principe e il filosofo. Consilia fiscali alla corte di Carlo V : Nicolas Oresme e Évrart de Tremaugon, p. 217-227) et St. Simonetta (Il principe e il filosofo. II : Consulenti fiscali al servizio di Sua Maestà, p. 229-241) concernent les conseils fiscaux adressés aux rois de France et d’Angleterre au XIVe siècle. Oresme insiste surtout sur ce que le roi ne doit pas faire : muer les monnaies car il viole alors l’accord entre le roi et le peuple; par contre il peut emprunter à ses sujets en cas de besoin. Pour Évrart de Tremaugon, le roi a la possibilité de prendre toute mesure nécessaire à la défense du bien public. Dans les deux cas, le prince a besoin de conseillers pour agir correctement. Du côte anglais, aussi bien Guillaume d’Ockham que Wycliff montrent que, lorsqu’il s’agit de défendre le bien public, c’est le moins utile qui doit être taxé, c’est-à-dire les biens ecclésiastiques.

5 Le deuxième domaine, le religieux, est celui qui a suscité le plus d’études. Ici consilium est vu comme un don de l’Esprit-Saint, et l’attitude à l’égard du conseil se présente alors avec le sens d’aide dans le choix ; mais le conseil prend également la signification d’avis, volonté, d’une part, de suggestion, exhortation donc direction spirituelle, de l’autre. Pour C. Casagrande (Virtù della prudenza e dono del consiglio, p. 1-14), avant d’être un devoir de l’homme vertueux, demander conseil – sur le plan personnel, social, politique – est une nécessité, et la société médiévale est continuellement en consultation. Demander conseil cependant est une condition de la vertu mais non une vertu en soi. Pour cela il faut procéder essentiellement avec prudence, mais aussi sagesse, expérience, bienveillance, feauté. Cela relève d’un des dons de l’Esprit-Saint : « il dono del consiglio può guidare tutte le fasi del consigliare : la richiesta del parere, la scelta del consigliere, l’atto di dare un consiglio, il giudizio sul consiglio dato, la fiducia nel consiglio ricevuto » (p.12). M.L. Picascia (La concezione teologica di donum consilii. Patristica latina e cultura monastica del XII secolo, p.15-32) étudie le consilium en tant qu’un des dons du Saint-Esprit dans la tradition biblique, patristique et dans la culture monastique du XIIe s., en particulier chez les moines bénédictins Rupert de Deutz et Gerhoch de Reichersberg. S. Vecchio (Precetti e consigli nella teologia del XIII secolo, p.33-56) s’intéresse au débat sur le rapport entre précepts et conseils évangéliques, débat qui a eu lieu au XIIe s. pendant la période qui a abouti à la systématisation thomiste. B. Faes de Mottoni (Profezia e consilium : Deus mutat sententiam, non consilium, p. 57-76) traite de la glose à Is, 38,1 (Isaïe prophétise sa mort à Ézéchias, alors que, fléchi par sa repentance, Dieu le laisse en vie) de Grégoire le Grand à Thomas d’Aquin sur le problème de concilier la volonté immuable de Dieu (consilium) et son intervention en contradiction avec celle-ci (sententia). G. Zarri (Dal consilium spirituale alla discretio spirituum. Teorie e pratica della direzione spirituale tra i secoli XIII e XV, p.77-107) étudie la tradition de la direction spirituelle depuis les débuts de la tradition monastique occidentale jusqu’aux traités de Jean Gerson.

6 Deux contributions traitent du conseil dans des domaines spécifiques, la pratique médicale et celle des arts magiques : Ch. Crisciani, Consilia, responsi, consulti. I pareri del medico tra insegnamento e professione (p.259-279), et V. Perrone Compagni, Precetti della magia, consigli sulla magia (p. 281-298).

7 Enfin une dernière étude est consacrée au conseil dans le cadre familial : D. Ruhe (Hiérarchies et stratégies. Le conseil en famille, p.109-123) l’entreprend sous deux aspects très différenciés. Après avoir examiné rapidement le devoir de conseil dans le droit féodal (auxilium et consilium), d’après la Chanson de Roland, elle survole quelques manuels – notamment le Chastoiement d’un pere a son fils et le Mesnagier de Paris (surtout dans ce qu’il emprunte au Livre de Melibee et Prudence) – dont le but est « d’orienter dans toutes les situations de la vie, d’aider à prendre des décisions et de donner des directives pour le bien-être tant au niveau individuel qu’au niveau social » (p.115). Il en ressort que le conseil est toujours soumis à l’autorité hiérarchique masculine. Deux index terminent le volume : celui des noms de personnes et celui des manuscrits.

8 Nicole PONS