Georgij AVVAKUMOV, Die Entstehung des Unionsgedankens. Die literarische Theologie des Hochmittelalters in der Auseinandersetzung mit dem Ritus des Ostkiche, Berlin, Akademie Verlag, 2002 ; 1 vol. in-8°, 433 p. (Veröffentlichungen des Grabmann-Institutes zur Erforschung des mittelalterlichen Theologie und Philosophie, 47). ISBN : 3-05-003715-6. Prix : € 49,80.
- Par Jean Richard
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1 Le point de vue de l’A. est à la rencontre de la théologie et de l’histoire. Il envisage les origines, les prises de positions, les polémiques, les efforts de rapprochement entre Église latine et Église grecque dans le domaine des rites. L’usage du pain azyme ou du pain levé dans la consécration, les modalités de l’union de l’eau et du vin dans le calice, la formule du baptême, ont été autant de pierres d’achoppement, et c’est la mise hors la loi de l’usage des azymes dans les églises latines et arméniennes par Michel Cérulaire qui a provoqué la double excommunication de 1053/1054 (on tend actuellement à minimiser la portée de celle-ci ; mais par la suppression de la mention du pape dans les diptyques, elle inaugurait bien un schisme). Les théologiens se sont penchés sur les origines des particularités adoptées de part et d’autre ; on a entassé les traités de polémique, discuté la question au cours de rencontres telles que celle de 1234, pour aboutir à la fin du XIIIe siècle chez certains, comme saint Thomas d’Aquin, à la conclusion selon laquelle chaque église pouvait et devait rester fidèle à sa tradition, solution pour laquelle penchait le concile de Lyon, mais qui n’en excluait pas d’autres. Tout ceci est remarquablement établi, avec un luxe de citations.
2 Un épisode dramatique avait été le supplice des moines athonites du monastère chypriote de la Kantariotissa, condamnés pour hérésie par un inquisiteur pour avoir dénoncé les Latins comme hérétiques en raison de l’usage des azymes. L’A. l’a fort bien étudié ; mais on peut noter qu’un nouvel épisode de la querelle des azymes intervint dans l’île entre l’évêque grec de Lefkara et celui, latin, de Limassol à la fin du XIIIe siècle et qu’il s’acheva par l’abandon des poursuites.
3 Il a tenu à présenter les aspects politiques du conflit en les répartissant entre plusieurs périodes : entre 1054 et 1099 où rien n’est encore définitif, du moins aux yeux de Rome et du basileus; entre 1099 et 1204, où la mise en place de patriarcats latins en Orient a entraîné l’exclusion des patriarches grecs d’Antioche et Jérusalem ; après 1204, où le fossé paraît devenu infranchissable (en fait, le pogrom constantinopolitain de 1182 avait révélé la force de la haine des Latins en terre byzantine bien avant le sac de Constantinople), mais où on cherche néanmoins un terrain de négociation ; après 1261 où le concile de Lyon a échoué en voulant amener les Grecs sous l’autorité romaine. Mais ici les problèmes sont plus complexes ; d’autres questions se posaient – la primauté romaine, le Filioque, la coexistence de deux hiérarchies, toutes deux chalcédoniennes, sur le même territoire, cette dernière ayant été parfois réglée à l’échelon local, par exemple à Chypre dans le cadre de la Bulia Cypria de 1260 qui n’est pas évoquée – et nous sortons du domaine des rites. Mais il est certain que tout ceci constitue un arrière-plan que l’on ne saurait négliger. Et ce livre dans son ensemble tiendra bonne place dans la littérature historique.
4 Jean RICHARD