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Article de revue

De l'Empire romain d'Orient à la Renaissance, à travers l'histoire militaire

Pages 345 à 354

Citer cet article


  • Gaier, C.
(2002). De l'Empire romain d'Orient à la Renaissance, à travers l'histoire militaire. Le Moyen Age, Tome CVIII(2), 345-354. https://doi.org/10.3917/rma.082.0345.

  • Gaier, Claude.
« De l'Empire romain d'Orient à la Renaissance, à travers l'histoire militaire ». Le Moyen Age, 2002/2 Tome CVIII, 2002. p.345-354. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2002-2-page-345?lang=fr.

  • GAIER, Claude,
2002. De l'Empire romain d'Orient à la Renaissance, à travers l'histoire militaire. Le Moyen Age, 2002/2 Tome CVIII, p.345-354. DOI : 10.3917/rma.082.0345. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2002-2-page-345?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.082.0345


Notes

  • [1]
    Ici-même, t. 104, 1998, p. 291-303.
  • [2]
    Warren TREADGOLD, Byzantium and its Army 284-1081, Stanford, Stanford U.P., 1998 ; 1 vol. in-8°, XVI-250 p., 10 cartes.
  • [3]
    Maurice’s Strategikon, éd. et trad. George T. DENNIS, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2001 ; 1 vol. in-8°, XXIV-178 p. (The Middle Ages Series).
  • [4]
    Bernard S. BACHRACH, Early Carolingian warfare. Prelude to Empire, Philadelphie, University of Pennylvania Press, 2001 ; 1 vol. in-8°, XIV-430 p. (The Middle Ages Series).
  • [5]
    Aldo A. SETTIA, La fortezza e il cavaliere : tecniche militari in Occidente, Settimane di studio del centro ialiano di studi sull’alto Medioevo : Morfologie sociali e culturali in Europa fra tarda Antichità e alto Medioevo, 3-9 avril 1997, Spolète, 1998, p. 555-584.
  • [6]
    The horse in Celtic culture. Medieval Welsh perspectives, éd. Sioned DAVIES et Nerys A. JONES, Cardiff, University of Wales Press, 1997 ; 1 vol. in-8°, XVI-190 p., 13 ill. Il s’agit d’articles de S. DAVIES, N.A. JONES, M. ALDHOUSE GREEN, I. HUGHSON, P. KELLY, D. JENKINS, R. BROMWICH, B. OWEN HUWS et J. WOOD.
  • [7]
    Krieg im Mittelalter, éd. Hans-Henning KORTUM, Berlin, Akademie Verlag, 2001 ; 1 vol. in-8°, 310 p., 36 ill. (Die Deutsche Bibliothek).
  • [8]
    H.H. KORTUM.
  • [9]
    E. CHRYSOS.
  • [10]
    B. TIBI et R. BRAGUE.
  • [11]
    M.J. STRICKLAND, J.M. MOEGLIN et H. ZUG TUCCI.
  • [12]
    Chr. ALLMAND et Ph. CONTAMINE.
  • [13]
    Chr. RAYNAUD et M. POPPLOW.
  • [14]
    H. BRUNNER, Der Krieg im Mittelalter und in der Frühen Neuzeit  : Gründe, Begründungen, Bilder, Brauche, Recht, Wiesbaden, Reichert Verlag, 1999 ; 1 vol. in-8°, XX-456 p., 15 ill. (Imagines Medii Aevi. Interdisziplinäre Beiträge zur Mittelalterforschung, 3). Les études concernant le Moyen Âge sont dues à : G. ALTHOFF, V. SCHMIDTCHEN, K.-H. ZIEGLER, E. WADLE, J. FEHN-CLAUS, J. SCHNEIDER, V. HONEMANN, S. KERTH, W. ROCKE, D. MERTENS et R. LENG. On soulignera particulièrement l’article de C. HRUSCHKA sur le caractère belliqueux du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, selon les historiographes du XVe siècle.
  • [15]
    Montjoie. Studies in crusade history in honour of Hans Eberhard Mayer, éd. Benjamin K. ZEDAR, Jonathan RILEY-SMITH et Rudolf HIESTAND, Aldershot-Brookfield, Variorum, 1997 ; 1 vol. in-8°, XX-276 p.
  • [16]
    The circle of war in the Middle Ages. Essays on Medieval military and naval history, éd. Donald J. KAGAY et L.J. Andrew VILLALON, Woodbridge, Boydell, 1999 ; 1 vol. in-8°, XVI-185 p., 6 ill. (Warfare in History).
  • [17]
    Christopher ALLMAND, Society at war. The experience of England and France during the Hundred Years War, 2e éd.,Woodbridge, Boydell, 1998 ; 1 vol. in-8°, XX-236 p. (Warfare in History).
  • [18]
    Michael PRESTWICH, Armies and warfare in the Middle Ages. The English experience, New Haven-Londres, Yale U.P., 1996 ; 1 vol. in-8°, X-396 p., ill.
  • [19]
    Fr. GARCÍA FITZ, El Cid y la guerra, Actas del congreso internacional « El Cid, poema e historia » (Burgos 12-16 juillet 1999), Burgos, 2000, p. 383-418. Ce congrès se déroulait dans le cadre des manifestations commémorant le neuf-centième anniversaire de la mort du Cid.
  • [20]
    J. FLORI, Le chevalerie en France au Moyen Age, Paris, 1995 ; ID., Chevaliers et chevalerie au Moyen Age, Paris, 1998 ; ID., Brève histoire de la chevalerie. De l’histoire au mythe chevaleresque. Guide aide-mémoire, Gavaudun, 1999.
  • [21]
    Fr. GARCÍA FITZ, Hubo estrategia en la Edad Media ? A proposito de las relaciones castellano-musulmanas durante la segunda mitad del siglo XIII, Revista da Faculdade de Letras- Historia, 2e sér., t. 15, 1998, p. 837-854.
  • [22]
    Francisco GARCÍA FITZ, Castilla y Leon frente al Islam. Estrategias de expansion y tacticas militares (siglos XI-XIII), Séville, Université de Séville, 1998 ; 1 vol. in-8°, 420 p., 8 cartes (Série : Historia y Geografia, 29).
  • [23]
    Los recursos militares en la Edad Media Hispanica, éd. Miguel Ángel LADERO QUESADA (Actes du colloque de Martires de Alacala), Madrid, Imprente Ministerio de Defensa, 2001 ; 1 vol. in-8°, 422 p., 7 cartes (n° spécial de la Revista de Historia Militar, 45e année, 2001). Les auteurs sont les suivants : M.Á. LADERO QUESADA, M.J. VIGUERA MOLINS, Fr. GARCÍA FITZ (précité), M.Th. FERRER MALLOL, M.C. QUINTANILLA RASO et C. CASTRILLO LLAMAS, E. MITRE FERNANDEZ et M. ALVIRA CABRER, A. PORRAS ARBOLEDAS, A. GOMEZ MORENO, Á. LADERO QUESADA.
  • [24]
    Aljubarrota revisitada, éd. J. GOUVEIA MONTEIRO, Coimbra, 2001.
  • [25]
    Violence and society in the early Medieval West, éd. Guy HALSALL, Woodbridge, Boydell, 1998 ; 1 vol. in-8°, X-230 p.
  • [26]
    The final argument. The imprint of violence on society in Medieval and early Modern Europe, éd. Donald J. KAGAY et L.J. Andrew VILLALON, Woodbridge, Boydell, 1998 ; 1 vol. in-8°, XX-209 p.
  • [27]
    Michel BUR, Le château, Turnhout, Brepols, 1999 ; 1 vol. in-8°, 170 p., 53 fig. n/bl., 20 ill. n/bl. et coul. (Typologie des sources du Moyen Age occidental, 79).
  • [28]
    Caroline D’URSEL, Luc-Francis GENICOT, Raphaël SPEDE et Ph. WEBER, Donjons médiévaux de Wallonie, Namur, Ministère de la Région wallonne. Direction générale de l’Aménagement du Territoire, du Logement et du Patrimoine, 2000 ; 1 vol. in-4°, 108 p., ill. (Inventaires thématiques, t. I : Province de Brabant. Arrondissement de Nivelles).
  • [29]
    Le château médiéval et la guerre dans l’Europe du Nord-Ouest. Mutations et adaptations, éd. Alain SALAMAGNE et Régine LE JAN, Lille, Université de Lille, 1998 ; 1 vol. in-4°, 184 p., ill. (Actes du Colloque de Valenciennes, 1-3 juin 1995 ; Revue du Nord, hors série. Collection Art et Archéologie, 5).
  • [30]
    E. LOUIS, Quelques sites fortifiés médiévaux des campagnes du Douaisis ; S. LEKRAIE et D. DUSART, Les châteaux du Cambrésis médiéval (Xe-XIIe siècle) : début d’inventaire ; D. RENN, Castle fortification in England and adjoining countries from 1150 to 1250; G. GIULIATO, Le château de Blâmont (Lorraine) du XIIIe au XVIIe siècle.
  • [31]
    M. et R. JONES, La défense des duchés de Bretagne et Normandie vers 1400 : contrastes et comparaisons; B. SCHNERB, Les capitaines de châteaux dans les duché et comté de Bourgogne au XIVe siècle.
  • [32]
    J.Ch. HERBIN, Les châteaux dans la Geste des Loherains ; Ph. CONTAMINE, Le château dans les Chroniques de Jean Froissart.
  • [33]
    A. SALAMAGNE, Origines et diffusion des embrasures de tir dans l’architecture militaire de la fin du XIIe siècle : une réévaluation; M. BUR, La transformation du château d’Épinal. Un exemple d’adaptation aux méthodes de l’attaque et de la défense; W. UBREGTS et F. DOPERE, Adaptation d’un château médiéval aux armes à feu : le cas de Corroy-le-Château en 1477-1478; Cl. DEPAUW et Chr. DURY, L’artillerie de la ville de Tournai en 1521.
  • [34]
    A.A. SETTIA, Proteggere e dominare. Fortificazioni e popolamento nell’Italia medievale, Rome, Viella, 1999 ; 1 vol. in-8°, 446 p.
  • [35]
    City walls. The urban enceinte in global perspective, éd. James D. TRACY, Cambridge, Cambridge U.P., 2000 ; 1 vol. in-8°, XX-697 p.,146 ill. (Studies in comparative early Modern history. Center for early Modern history University of Minnesota).
  • [36]
    Imperial walled cities in the West : an examination of their early medieval Nachleben.
  • [37]
    To wall or not to wall : evidence from medieval Germany.
  • [38]
    Medieval walled space : urban development versus defense.
  • [39]
    Medieval French representations of city and other walls.
  • [40]
    Fr. GARCÍA FITZ, El cerco de Sevilla : reflexiones sobre la guerra de asedio en la Edad Media, Actes du congrès international : Sevilla 1248 (750e anniversaire de la prise de Séville par Fernand III, roi de Castille et de Léon) ; Séville, 23 au 27 novembre 1998, p. 115-154 ; ID., El « reflejo obsidional » y su plasmacion en la normativa medieval castellano-leonesa de la Plena Edad Media, Estudios de Frontera : Convivencia, defensa y comunicacion en la frontera. Actes du Congrès d’Alcala la Real, 18-20 novembre 1999, Diputacion Provincial de Jaén, 2000, p. 269-292.
  • [41]
    A.A. SETTIA, Pro novis inveniendis. La spionaggio militare senese nei Libri di Biccherna (1229-1231), Archivio Storico Italiano, n° 575, 1998, p. 3-23.
  • [42]
    F. DE MEULENAERE, Les confréries et sociétés d’arbalétriers de la Flandre française (arrondissements d’Hazebrouck et de Lille). Compléments de l’article paru dans le t. 54, Annales du Comité flamand de France, t. 55, 1997, p. 55-79 ; ID., Répertoire des confréries et sociétés d’archers de la Flandre française (arrondissements d’Hazebrouck et de Lille), Annales du Comité flamand de France, t. 55, 1997, p. 81-135 ; ID., Les confréries et sociétés d’arbalétriers de l’arrondissement de Dunkerque. XIVe-XXe siècles, Revue historique de Dunkerque et du Littoral, n° 31, 1997, p. 291-308.
  • [43]
    Military archaeology. Weaponry and warfare in the historical and social perspective. Actes du colloque international, 2-5 septembre 1998 (en russe), Saint-Pétersbourg, 1998.
  • [44]
    J. GOUVEIA MONTEIRO, Armeiros e armazéns nos finais da Idad Media, Viseu, 2001.
  • [45]
    Pera Guerreiar. Armamento medieval no espaço português. Catalogue de l’exposition du Musée national d’Archéologie (4 avril au 16 juillet 2000) et à l’église de Santiago do Castelo de Palmela (28 juillet au 17 décembre 2000), Palmela, 2000.
  • [46]
    Sydney ANGLO, The Martial arts of Renaissance Europe, New Haven-Londres, Yale U.P., 2000 ; 1 vol. in-8°, XII-384 p., 192 ill. en n/bl. et 28 pl. couleurs.
  • [47]
    K. DEVRIES, A cumulative bibliography of medieval military history and technology, Leyde- Boston-Cologne, Brill, 2002 ; 1 vol. in-8°, XX-1109 p. (History of Warfare,8).

1 Lors d’une recension précédente [1], nous analysions une trentaine de livres et d’articles parus entre 1987 et 1997, consacrés à divers aspects de l’histoire militaire médiévale. L’abondance de la production historiographique dans ce domaine nous apporte, jusqu’à 2001, une moisson plus importante encore d’ouvrages dignes d’intérêt, sans prétendre ici le moins du monde à l’exhaustivité.

2 D’un point de vue chronologique, le premier livre qui retiendra notre attention est celui de W. Treadgold [2] sur l’armée byzantine « classique », entre l’avènement de Dioclétien (284) et celui d’Alexis Ier Comnène (1081). On demeure impressionné aujourd’hui, comme devaient l’être les chefs « barbares » du haut Moyen Âge, par l’imposante machine de guerre que constitua, durant huit cents ans, une armée aussi structurée et aussi puissante. Héritée du modèle romain, n’absorbait-elle pas 60 à 81 % du budget d’un empire, dont elle était le plus gros pourvoyeur d’emplois ? Ses effectifs, armées de terre et de mer réunies, ont pu représenter, à la fin du IVe siècle, quelque 335 000 hommes et, bon an mal an, se maintenir encore à environ 200 000 à la fin du Xe siècle. Cosmopolite par nature, son recrutement reposait sur une vaste assise territoriale, essentiellement orientale, qui fut sa force mais aussi sa perte, lorsque ces provinces subirent les amputations répétées des envahisseurs successifs. L’examen de la constitution, de l’organisation, de l’armement et de l’approvisionnement de cette armée, dans un contexte historique et géographique fluctuant, confère toute sa valeur à l’ouvrage de W.T. et en fait une référence désormais nécessaire.

3 Pour rester dans ce sujet, la traduction anglaise de 1984 du fameux Strategicon, attribué à l’empereur Maurice (582-602), vient à point nommé d’être republiée [3]. Elle se base sur l’édition critique du texte grec, paru en 1981 dans le Corpus fontium historiae byzantinae. Faut-il rappeler l’importance de cet écrit didactique, dans la droite ligne des traités militaires romains mais aussi précieux reflet des forces émergentes de son temps : Perses, Scythes, Avars, Turcs, Slaves et Francs.

4 Celles-ci nous amènent naturellement au livre de B.S. Bachrach [4], spécialiste éminent du haut Moyen Âge, qui représente une véritable somme sur l’art militaire des prédécesseurs de Charlemagne, de Pépin dit de Herstal à Pépin le Bref. Usant avec une grande maîtrise des sources contemporaines, toujours parcimonieuses et rarement très explicites, l’A. parvient à leur donner une cohérence qui éclaire son propos, même si le doute subsiste, parfois, quant au caractère délibéré de certaines manœuvres, que nos esprits modernes s’efforcent de rationaliser a posteriori. Mais aucun historien militaire, il est vrai, n’échappe à cette tentation, ni à ce risque. D’une ampleur beaucoup moindre, mais avec pertinence, la communication d’A.A. Settia, à Spolète [5], évoque, pour sa part, la montée en puissance de la cavalerie et des fortifications, depuis la basse Antiquité jusqu’à l’époque féodale. Et pour cause, puisque le combattant à cheval et le château-fort demeurent, dans les faits comme dans l’imagerie populaire – à travers toutes les nuances dont les chercheurs les éclairent – la quintessence de l’historiographie militaire du Moyen Âge.

5 Un intéressant recueil d’articles [6] sur le thème du cheval dans la culture d’origine celtique, principalement au pays de Galles, montre l’ancienneté, et la continuité en ces lieux à l’époque médiévale, d’une « civilisation du cheval  ». Celle-ci, d’allure quelque peu élitiste, se trouvera en convergence avec d’autres courants, venus plus tard d’Asie centrale, dont l’homme d’armes sur son destrier sera un jour l’héritier en Occident.

6 Un autre recueil, allemand cette fois [7], concerne la polémologie, l’éthique de la guerre, sa conception et sa représentation. Après un chapitre introductif qui développe une approche sociologique des conflits médiévaux [8], on y trouve des études sur la soi-disant guerre d’extermination des Ostrogoths d’Italie par Justinien [9], la notion de conflit politique et idéologique dans la pensée et la pratique de l’Islam [10], la prise à rançon, la reddition et le sort des prisonniers [11], la vision de la guerre à travers les écrivains de la fin du Moyen Âge [12] et, pour terminer, l’iconographie contemporaine de la guerre de siège et des machines de guerre [13]. Étonnons-nous, dans le cas de ces deux dernières contributions, malgré leur intérêt évident, de la médiocrité technique des illustrations qui les accompagnent.

7 Un autre recueil allemand, quelque peu similaire, rassemble, en y ajoutant deux articles, les actes d’un colloque qui s’est déroulé à Wurzbourg en octobre 1997 [14]. Débordant délibérément sur le XVIe siècle, il comporte cependant, pour l’essentiel, une série d’études concernant l’époque médiévale, en particulier sur le droit de la guerre, sa vision par les contemporains, les vengeances privées et les conflits interurbains du Saint-Empire germanique.

8 Restant dans le domaine des ouvrages collectifs, dont l’historiographie d’aujourd’hui offre tant d’exemples, le volume de « Mélanges  » offert à H.E. Mayer [15] est consacré aux croisades et renferme de ce fait plusieurs articles qui concernent directement notre propos. Celui de H.E.J. Cowdrey explique la légitimation, par le pape Grégoire VII, de l’usage des armes, caution morale de l’aventure d’Orient, celui d’A. Luttrell décrit la genèse de l’ordre des Hospitaliers, celui de D. Pringle retrace l’histoire du château et de la seigneurie de Mirabel, tandis que B.Z. Kedar livre une intéressante édition critique du petit texte latin détaillant les éléments ethniques des forces de Saladin au siège d’Acre.

9 Stimulant à bien des égards, le recueil d’articles intitulé The circle of war in the Middle Ages[16] est voué à la remise en cause de concepts reçus et à l’approfondissement d’aspects moins connus de l’histoire militaire médiévale. Il offrira matière à débats, dont on ne peut, a priori, que se réjouir. B. Bachrach invalide l’approche trop restrictive des effectifs militaires chez Hans Delbruck, Th. Vann montre la mise en œuvre d’une réelle stratégie lors de la reconquête castillane, P. Chevedden plaide pour une avancée significative de l’art militaire durant les croisades et St. Morillo poursuit sa mise en cause de la suprématie de la cavalerie au Moyen Âge, conforté, exagérément peut-être, par l’exemple anglais, tandis qu’E.G. Schoenfeld analyse le rôle des ministeriales et des paysans à la lumière des réformes militaires introduites en Saxe par Henri Ier et Otton le Grand.

10 L’intrusion du merveilleux et du divin dans les motivations guerrières et l’issue des batailles nous vaut successivement deux articles de K.G. Hare et de K. DeVries. Les ambitions féodales des mercenaires engagés en Angleterre au XIIe siècle retiennent, avec pertinence, l’attention de St. Isaac, alors que J.A. Truax se penche sur un sujet original  : l’implication militaire des femmes dans le royaume anglo-normand. L’article de St.J. Lane est une contribution intéressante au rôle des milices rurales de Lombardie dans les conflits avec Frédéric Barberousse. Enfin, la guerre navale, fondamentale dans le contexte méditerranéen, fait l’objet d’une étude de D. Haldane sur l’usage du feu grégeois par les Musulmans, et de L.V. Mott sur la bataille de Malte (8 juin 1283), remportée par les forces aragonaises sur celles de Charles d’Anjou.

11 En 1973, Chr. Allmand avait publié une sorte d’anthologie critique de textes contemporains de toute nature illustrant les multiples aspects de la guerre de Cent Ans. Il s’agissait de traductions anglaises de sources tant britanniques que françaises, judicieusement choisies et réparties par chapitres susceptibles d’éclairer la totalité du conflit. La réédition, mise à jour, de cet ouvrage [17] est la bienvenue, d’autant plus que l’A. y ajoute, en guise de préface, une mise au point sur l’historiographie récente du sujet, ainsi qu’un appendice bibliographique de trente-deux pages qui rendra service aux chercheurs.

12 Saluons ici avec enthousiasme la sortie d’un livre-phare, fruit d’un minutieux travail de synthèse, consacré par M. Prestwich à l’art militaire en Angleterre au Moyen Âge [18]. La richesse du contenu nous empêche ici d’en faire l’analyse détaillée. Axé principalement sur la période du XIIe siècle au début du XVe, il s’articule autour de deux temps forts qui marquèrent des changements appréciables dans l’organisation des armées : la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe, d’une part, et les quelques décennies couvrant la fin de celui-ci jusqu’aux années 1340, d’autre part. L’argumentation est claire, convaincante, marquée au coin du bon sens, servie par une présentation qui renforce la qualité du texte grâce à l’harmonie de sa mise en page et à la valeur de son illustration.

13 Dans un cadre plus restreint, mais non exempt de largeurs de vue, une récente étude sur le Cid brosse un portrait tout en nuances du célèbre « Campeador » [19], cet emblématique seigneur de la guerre du XIe siècle. L’A. lui reconnaît, à défaut des vertus morales que l’épopée et la légende lui ont attribuées, des qualités militaires qui en font à tout le moins l’égal des personnages les plus belliqueux de son temps.

14 Évoquer le héros espagnol, c’est immanquablement remonter aux origines de la chevalerie, un phénomène profondément lié à la conception et à la pratique militaires médiévales. La bibliographie du sujet est considérable et on ne saurait trop rappeler, à ce propos, la contribution majeure de J. Flori depuis les années 1980, sans oublier, parmi ses œuvres récentes, celles qui ont le mérite de ne point négliger la bonne vulgarisation [20].

15 Revenant au domaine ibérique, le même F. Garcia Fitz s’est révélé, au cours des dernières années, un des meilleurs historiens militaires de sa génération. L’Espagne et le Portugal ont vécu pendant des siècles dans un état de guerre constant, non seulement contre les Musulmans, mais au sein des entités territoriales nées de la « Reconquista » chrétienne. Cette belligérance permanente a engendré, entre autres, des institutions et des pratiques guerrières spécifiques. Cet A. en a fait l’essentiel de ses recherches. Elles débouchent sur une vision globale de l’art militaire en ces contrées où la guérilla, à laquelle on avait trop tendance à le restreindre, n’apparaît plus, dans cette perspective élargie, que comme l’épiphénomène. Oui, il y eut bien une stratégie au sens moderne [21], oui la Castille et le Léon ont pratiqué, entre le XIe et le XIIIe siècle, un véritable art militaire, teinté de particularismes liés aux conditions géopolitiques locales certes, mais apparenté à celui de l’Europe féodale en général. C’est le mérite de Fr. García Fitz d’avoir consacré à ce sujet une remarquable thèse doctorale [22] qui fera date dans l’historiographie de son pays.

16 Le numéro spécial que consacre la Revista de Historia Militar aux entreprises guerrières du Moyen Âge dans la péninsule ibérique rassemble une série d’articles [23] qui traitent de l’organisation militaire des royaumes tant musulmans et chrétiens que des « Rois catholiques », de la fortification, de l’idéologie et du droit de la guerre, des sources littéraires et de la littérature didactique. Une fois de plus, spécificités hispaniques et conformité à des notions généralement connues s’interpénètrent.

17 La célèbre bataille d’Aljubarrota (14 août 1385) qui vit la victoire du roi Jean Ier de Portugal, aidé des Anglais, sur une armée franco-castillane, a fait l’objet d’une étude archéologico-historique basée sur une relecture des sources écrites – depuis longtemps explorées – mais surtout sur une fouille méthodique du terrain et une analyse scientifique des nombreux restes humains retrouvés sur place dans des tombes collectives [24]. C’est un des rares cas où un lieu d’affrontement médiéval a livré des vestiges exploitables en nombre suffisant. On peut voir, en l’occurrence, que ceux-ci corroborent les récits des chroniqueurs, mais ce ne serait pas faire justice à une telle œuvre de « résurrection » que de la limiter à cette seule constatation. Car elle fait honneur, par la richesse de ses conclusions, à la science portugaise et à la qualité de ses chercheurs, en particulier à celle du coordinateur de l’ouvrage, J. Gouveia Monteiro, dont nous reparlerons plus loin.

18 Le phénomène de la violence, pour intemporel qu’il soit, a incontestablement marqué le Moyen Âge de son empreinte. Il n’est pas étranger non plus, faut-il le rappeler, à une société qui fut longtemps d’essence guerrière. Il apparaît donc utile de signaler ici deux ouvrages réunissant une série d’articles consacrés à différentes déclinaisons de ce thème. Le premier [25] comporte trois études au moins qui éclairent notre sujet. Celle de J.L. Nelson explique que les guerres intestines des héritiers de Charlemagne ont favorisé, au IXe siècle, la normalisation de l’état de belligérance et les activités d’une classe de combattants, qui préfigure la situation de l’époque féodale classique. M. Bennet s’essaie, quant à lui, à démêler l’écheveau des querelles privées et des conflits militaires dans la Normandie du XIe siècle, pour conclure que les seconds obéissaient parfois à des considérations d’ordre politique plus qu’au réflexe primitif de la vendetta. Pour la Scandinavie pré-chrétienne, G.A.E. Morris montre que l’exercice de la violence ordinaire a eu pour effet de renforcer le pouvoir des notables les plus en vue.

19 Relevons aussi quelques articles dans le second recueil [26]. K.G. Hare établit un lien de cause à effet entre l’appartenance des clercs anglais à l’aristocratie, à l’époque anglo-saxonne, et leur propension à l’usage des armes, tant à titre privé que durant leurs prestations militaires. Pour M. Frassetto, l’instauration, en Aquitaine, de la Paix de Dieu a contribué à légitimer l’ordre ternaire de la société et à canaliser la violence de la classe guerrière vers l’idée de croisade. Quant au « syndrome de Frère Tuck », le truculent et peu pacifique moine de la légende de Robin des Bois, J.R. King en trouve maintes applications lors de la révolte de Simon de Montfort (1259-1265), où le clergé tant séculier que régulier se livra fréquemment, en Angleterre, à des actes de brigandage organisé. Enfin, à travers la sanglante rivalité entre les deux plus anciennes parentèles de Castille, les Mendoza et les Manrique, L.J. Andrew Villalon évoque la violence des notables à la fin du Moyen Âge.

20 La castellologie et la guerre de siège apportent elles aussi leur moisson d’ouvrages. Le manuel consacré au « Château » par M. Bur [27] est un précieux guide typologique et bibliographique, qui a également le mérite de remettre le phénomène castral en perspective dans le monde médiéval. Au plan archéologique et de façon plus particulière, on signalera que la Division du Patrimoine de la Région wallonne de Belgique poursuit un relevé systématique de ses donjons médiévaux repérables hors sol [28]. Le dernier fascicule concerne vingt-sept bâtisses. Certaines constructions sont très altérées, d’autres ont conservé, pour l’essentiel, leur aspect d’origine, souvent celui d’une « tour » de défense, jadis isolée. On notera le caractère relativement tardo-médiéval de nombre de ces refuges.

21 Les actes du colloque de Valenciennes consacré, en 1995, au château médiéval et à la guerre dans l’Europe du Nord-Ouest ont donné lieu à une publication hors série de la Revue du Nord[29]. On y trouve douze communications qui touchent soit à des sites particuliers ou à des régions [30], soit à la politique castrale [31], soit à la vision des châteaux par leurs contemporains [32], ou encore à l’armement et à des aspects techniques de la fortification [33].

22 Un recueil récent [34] rassemble un certain nombre d’articles consacrés, depuis 1973, au phénomène castral en Italie par le médiéviste padouan A. Settia. Chaque article est accompagné d’une mise à jour bibliographique, reprise en fin de volume dans une liste d’ouvrages de quarante-deux pages. Les aspects politiques, sociaux et économiques du sujet sont largement traités à travers quelques exemples concrets, dans le contexte particulier de civilisation urbaine du nord de la péninsule. La fonction militaire reste évidemment sous-jacente et fait l’objet d’une série de chapitres incidents.

23 Le livre City Walls dépasse largement, quant à lui, l’époque médiévale et les limites géographiques de l’Occident [35]. Néanmoins, son approche globale s’avère éclairante. On retiendra ici quatre articles qui concernent directement la fortification urbaine au Moyen Âge : celui de B.S. Bachrach sur la continuité de la fonction défensive des remparts de la basse Antiquité [36], celui de J.D. Tracy sur les conditions de création des villes remparées dans le Saint-Empire [37] et de K.L. Reyerson sur la politique de défense de la ville de Montpellier au XIVe siècle [38] tandis que W.G. van Emden étudie les topoi qui caractérisent les villes-fortes dans la littérature française du Moyen Âge [39].

24 Enfin, se référant à la guerre de sièges et au « réflexe obsidional » que nous avions nous-même, en son temps, mis en lumière, Fr. García Fitz en étudie l’application en Espagne, à propos de la prise de Séville de 1248 et des conflits de la Castille et du Léon au XIIIe siècle [40].

25 Au chapitre des « divers », on épinglera au passage une notice d’A. Settia [41] sur l’espionnage militaire pratiqué par la commune de Sienne dès la période 1229-1231 (on trouve des services permanents d’« intelligence » à Pise et à Florence à partir du XIVe siècle). Signalons aussi la poursuite du panorama des compagnies d’archers et d’arbalétriers de la Flandre française par F. De Meulenaere [42]. À côté d’une majorité de sociétés d’agrément, de fondation plus récente, on y trouve le relevé de quelques gildes d’origine médiévale.

26 On ne quittera pas le domaine guerrier sans faire une place à quelques travaux touchant plus particulièrement au secteur de l’armement. Le congrès d’archéologie militaire, qui s’est déroulé à Saint-Petersbourg en 1998, a permis à des dizaines d’érudits d’Europe, d’Orient et des États-Unis de se réunir pour confronter les résultats de leurs recherches. Ce symposium d’archéologie comparée n’a, à notre connaissance, donné lieu qu’à la publication d’un recueil d’« abstracts » [43]. Celui-ci permet à tout le moins de se faire une idée des sujets traités, certains présentés en anglais mais, dans leur grande majorité, édités en langue russe. Pour nous limiter au Moyen Âge, signalons ici quelques thèmes intéressants : « cataphractaires » et « clibanarii», Chinois et Avars, armement des Russes, des Scandinaves, des Anglo-saxons, des Germains, armures de plates italiennes, armes et tactiques des Musulmans, des Mongols, problèmes de terminologie et de lexicographie, etc.

27 L’érudition portugaise, dont nous signalions plus haut l’excellence à propos des fouilles d’Aljubarrota, a produit une édition critique de la liste des achats effectués pour l’arsenal de Lisbonne en 1438-1448 [44], parue d’abord dans le catalogue d’une exposition temporaire consacrée à l’armement lusitanien [45]. Cette nomenclature, plus ou moins explicite, témoigne à la fois de la volonté centralisatrice du roi de Portugal et du modernisme de son matériel militaire, notamment grâce à des achats dans les Pays-Bas bourguignons. Le catalogue précité contient, outre cet inventaire du XVe siècle, une notice sur tous les objets exposés, – des spécimens d’armes ou des documents iconographiques qui les représentent –, ainsi que plusieurs articles de valeur sur l’armement islamique dans la péninsule ibérique (A. Soler del Campo), sur celui des Portugais (M.J. Barroca), sur la détention d’armes en temps de paix (L.M. Duarte), sur la poliorcétique (J. Gouveia Monteiro, également éditeur de l’inventaire) et, enfin, sur l’apparition des armes à feu (N.J. Varela Rubim).

28 À l’interface entre l’armement ancien et son maniement, une synthèse récente, d’une grande originalité, se recommande à notre attention. Elle concerne les arts martiaux [46] en Europe. Le titre est trop restrictif, car il confine l’ouvrage à la Renaissance, alors que ce livre couvre en réalité la période du Moyen Âge au XVIIIe siècle. Tous les aspects des anciens combats à l’arme blanche sont évoqués : à pied et à cheval, à l’épée, à la dague, avec des armes d’hast et de choc, les joutes, les duels, les maîtres d’armes et leurs élèves, la tradition écrite et orale, l’évolution des notations didactiques, l’ordre public, sans oublier les simples combats à mains nues et la culture physique en général… L’ouvrage est d’une étonnante variété et offre un aperçu intelligent et pénétrant sur les sociétés qui pratiquaient ces techniques héritées du monde médiéval. D’emblée, cet ouvrage de S. Anglo apparaît, dans son genre, comme une référence fondamentale.

29 On terminera ce trop rapide aperçu d’une matière fort abondante en pointant une entreprise courageuse, utile et fructueuse de K. DeVries : une imposante bibliographie relative à l’histoire et à la technologie militaires médiévales [47]. Cette somme, de plus de 1 100 pages, concerne l’Europe, Byzance et le Moyen-Orient, du bas Empire au début du XVIIe siècle, un Moyen Âge à l’évidence assez extensible, que justifient aux yeux de l’A. les « décalages » entre les diverses civilisations (y compris l’empire ottoman) envisagées. L’ouvrage ne concerne pas les sources, mais uniquement les travaux, dont le dépouillement s’est achevé au printemps 2001. Ceux-ci sont classés tantôt par thèmes tantôt géographiquement, dans un ordre chronologique. Les noms de tous les auteurs cités figurent en outre dans une table alphabétique. K. DeVries est certes conscient du caractère nécessairement lacunaire et périssable de son œuvre. Aussi se propose-t-il de publier régulièrement des mises à jour. D’ores et déjà, il a droit à la reconnaissance de tous, en gardant à l’esprit qu’« agir c’est se condamner à l’imperfection ».

30 Sur la base de ces trois douzaines de livres et d’articles spécialisés, entre ceux parus en l’espace de quelque cinq années, il n’est pas possible de discerner une orientation générale parmi les recherches, si diverses et le plus souvent dispersées, qui concernent l’histoire militaire du Moyen Âge. Cependant, on attend à tout le moins d’une recension de ce type une mise en exergue de quelques « vedettes ». Loin de déprécier les autres travaux cités, nous voulons souligner ici ceux qui s’imposent par-dessus tout dans la production historiographique envisagée. Nos maîtres-choix se porteront donc vers l’« armée byzantine » de W. Treadgold, l’art militaire des premiers carolingiens de B.S. Bachrach, les armées anglaises médiévales de M. Prestwich, le magnum opus bibliographique de K. DeVries, le Circle of War pour sa remise en cause de notions reçues, les travaux de F. Garcia Fitz et de J. Gouveia Monteiro concernant l’espace ibéro-lusitanien, l’étude de S. Anglo sur les arts martiaux et, enfin, le manuel de castellologie de M. Bur. Grâce à eux surtout, beaucoup a été dit.