Article de revue

Torquemada aux manettes

Pages 103 à 106

Citer cet article


  • De Béchillon, D.
(2017). Torquemada aux manettes. Le Débat, 196(4), 103-106. https://doi.org/10.3917/deba.196.0103.

  • De Béchillon, Denys.
« Torquemada aux manettes ». Le Débat, 2017/4 n° 196, 2017. p.103-106. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-debat-2017-4-page-103?lang=fr.

  • DE BÉCHILLON, Denys,
2017. Torquemada aux manettes. Le Débat, 2017/4 n° 196, p.103-106. DOI : 10.3917/deba.196.0103. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-debat-2017-4-page-103?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/deba.196.0103


Notes

  • [1]
    « L’extase des bûchers », Le Figaro, 19 janvier 2012.
  • [2]
    Les excès de comportement et / ou d’arrogance de nombre d’acteurs politiques ont certainement contribué à justifier, dans tous les sens du terme, que la marmite se mette à déborder. A fortiori en période de crise économique grave. Je n’en disconviens pas.
  • [3]
    Il y a beaucoup à dire, au plan sociopsychologique, sur le type de classe politique que promeut une société obsédée de vertu, qui plus est lorsqu’elle paye mal ses serviteurs. Mais c’est une autre histoire, sur laquelle il faudra revenir.
  • [4]
    Tous ceux qui ont bu un verre au café ou fait la queue au supermarché savent d’expérience – au moins entendue – que ce sentiment a probablement coûté la présidence de la République à François Fillon, devenu en quelques semaines celui pour lequel beaucoup de gens ont dit ne pas / plus pouvoir voter.
  • [5]
    Je ne jette pas la pierre, au demeurant, à ceux qui nous gouvernent. En l’état où est l’opinion, il est à peu près inenvisageable de donner l’impression de ne rien faire – et donc de ne pas produire de nouveaux textes. Mutatis mutandis, la situation n’est pas très différente de celle qui complique la sortie de l’état d’urgence. On ne peut pas le faire sans s’exposer à des risques politiques démesurés puisque la probabilité d’un très gros attentat reste éminente. On ne le fait donc pas vraiment, et cela se comprend très bien. Nous sommes coincés pour de bon en plein(s) cercle(s) vicieux.
  • [6]
    Stock, 2016.
  • [7]
    Je pense par exemple aux opérations homicides. Fondamentalement, la présidence de la République ne lui appartenait pas. Elle dépasse par construction l’idée qu’il se faisait de son droit de dire sa vérité, devant l’histoire, comme bon lui semble, dès lors que cela pouvait exposer l’État – et non sa personne – à subir un dommage.
  • [8]
    L’expérience quotidienne tendrait à faire penser que les plus idéologisés sont les moins curables, mais on manque d’études empiriques pour s’en convaincre tout à fait…
  • [9]
    Redisons (pour que tout soit bien clair) que les Cahuzac de tout poil font évidemment un mal de chien à la démocratie et que François Fillon aurait été mieux inspiré de ne pas se faire offrir d’aussi beaux costumes par un homme d’influence.
  • [10]
    Je ne peux, ici, faire autrement que de laisser béante la question de savoir ce qui nous a fait devenir ce que nous sommes et, notamment, celle de déterminer si et jusqu’où la noble quête de l’égalité muée en passion inconditionnelle de l’égalitarisme n’a pas apporté une part de ces fruits vénéneux.
  • [11]
    Le traitement médiatique de la campagne pour l’élection présidentielle a atteint un sommet dans ce registre. Nous y avons mille fois plus parlé de la famille Fillon que du Brexit, de Trump, de Daesh, de la compétitivité française ou du drame des banlieues. Sur ce sujet, cf. Denys de Béchillon, « Hallucinations françaises », Les Échos, 20 février 2017, reproduit sur le site internet du Club des juristes.
  • [12]
    Je pense beaucoup moins, ce disant, aux gestes de charité collective qu’à l’adoption hystérique des poses hyper-revendicatives les plus intransigeantes, dans le genre zadiste, indigné ou, désormais, insoumis. Sur ces postures, de manière plus générale, cf. le remarquable article d’Éric Thiers, « La désobéissance civile : entre Antigone et Narcisse, l’égodémocratie », Pouvoirs, n° 55, novembre 2015, p. 55.

Me sentant substantiellement en accord avec l’inspirateur de notre débat, je souhaiterais poursuivre sur un chemin adjacent bien qu’orienté, en gros, dans la même direction. Pour le dire sans ambages, je nous vois très mal barrés. Le déplacement des pôles que Pierre Avril met en lumière m’apparaît indéniable. Mais je porte sur lui un regard tout à la fois plus sévère et plus terrifié.
Et déjà parce que la translation dont il s’agit n’est pas, à mes yeux, celle qui nous fait passer de la politique au droit, mais de la politique à une espèce de moraline assez minable, dont la composition frelatée va finir par nous rendre vraiment malades, si ce n’est déjà fait.
Je crains en effet que les passions mornes dans lesquelles nos sociétés sont prises depuis qu’elles se vouent à la chronique quotidienne des « affaires » n’aient qu’un rapport lointain avec la « vraie » chose juridique et la considération qu’elle appelle. L’autonomisation du droit – c’est-à-dire sa distinction d’avec les autres ordres de normativité (les mœurs, la morale, la religion, etc.) – a constitué un progrès colossal dans notre histoire : elle a donné à l’État son principe ; elle a permis que d’immenses garanties nous soient accordées pour l’exercice d’un paquet de libertés qui n’eussent jamais existé sans elle ; elle nous a délivrés du plus gros de l’arbitraire inhérent à l’invocation des prétendues lois de la nature… On a déjà vu pire et moins estimable. Mais, justement, ce n’est pas cela que nos contemporains adorent…


Date de mise en ligne : 21/09/2017

https://doi.org/10.3917/deba.196.0103

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