Article de revue

Pensée unique, fracture sociale, populisme

Comment la politique vampirise les idées nouvelles

Pages 41 à 51

Citer cet article


  • Cohen, P.
(2014). Pensée unique, fracture sociale, populisme Comment la politique vampirise les idées nouvelles. Le Débat, 178(1), 41-51. https://doi.org/10.3917/deba.178.0041.

  • Cohen, Philippe.
« Pensée unique, fracture sociale, populisme : Comment la politique vampirise les idées nouvelles ». Le Débat, 2014/1 n° 178, 2014. p.41-51. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-debat-2014-1-page-41?lang=fr.

  • COHEN, Philippe,
2014. Pensée unique, fracture sociale, populisme Comment la politique vampirise les idées nouvelles. Le Débat, 2014/1 n° 178, p.41-51. DOI : 10.3917/deba.178.0041. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-debat-2014-1-page-41?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/deba.178.0041


Notes

  • [1]
    Sans aucune référence, d’ailleurs, à la première apparition historique d’un populisme revendiqué positivement à la fin du xixe siècle aux États-Unis. Cf. sur ce sujet les ouvrages de Christopher Lasch et de Jean-Claude Michéa.
  • [2]
    Le chiffre peut paraître considérable. En réalité, l’étonnement qu’il produit n’est que la conséquence de notre accoutumance aux vieilles catégories de l’insee : pour cette noble institution, la population rurale ne regroupe que les Français vivant dans des cités de moins de mille habitants.
  • [3]
    Entretien avec l’auteur.
  • [4]
    Atlas des fractures françaises : les fractures françaises dans la recomposition sociale et territoriale.
  • [5]
    Avec la collaboration de Christophe Noyé et Dominique Ragu (cartographe).
  • [6]
    Le Descenseur social. Enquête sur les milieux populaires, Fondation Jean-Jaurès-Plon, 2006.
  • [7]
    François Bourin, 2009.
  • [8]
    François Bourin, 2010.
  • [9]
    L’auteur notre que le phénomène existe dans d’autres pays développés : 56 % des Suédois, 58 % des Japonais et 66 % des Américains déclarent appartenir à la classe moyenne.
  • [10]
    Tous ceux qui connaissent les habitudes du Président savent que cette familiarité, souvent gênante et déplacée, fait partie des us et coutumes de Nicolas Sarkozy. Michèle Tribalat a publié dans le mensuel Causeur un récit drôle mais convaincant de cet épisode germanopratin.
  • [11]
    Groupe qui n’a rien à voir avec le groupe de vingt-trois députés de la gauche populaire, qui conteste la politique économique de François Hollande. Depuis, Laurent Bouvet et ses amis ont abandonné le label « gauche populaire ».
  • [12]
    On notera au passage le parfum de « social-fascisme » exprimé par cette formule, qui rappelle le moment politique des années 1930 durant lesquelles le Parti communiste allemand refusa de combattre le nazisme avec le Parti social-démocrate.
  • [13]
    Jacques Sapir et Jean-Luc Gréau formulent souvent des propositions alternatives. Mais personne ne les discute, ce qui est plus confortable pour les partisans du statu quo européen.
  • [14]
    La première occurrence de l’expression figure dans un article du Débat, écrit par Marcel Gauchet, en 1990, et intitulé « Les mauvaises surprises d’une oubliée : la lutte des classes » (n° 60, automne 1990).
  • [15]
    « Une classe populaire formée d’ouvriers et d’employés, mais aussi d’artisans, de commerçants, de cadres, de chefs de petites entreprises est de plus en plus coupée des sphères privilégiées » (Jacques Chirac, La France pour tous, NiL Éditions, p. 47).
  • [16]
    Dans la revue Éléments.
  • [17]
    Dans La Pensée unique (Fayard, 1995), Jean-François Kahn écrit : « L’aventure est étrange. Il y a cinq ans, je publiai dans L’Événement du jeudi un éditorial intitulé “Vers le triomphe de la pensée unique”, thème que je repris ensuite dans plusieurs chroniques à Europe 1. […] Que certains à gauche, qui reprirent l’expression à leur compte, n’y aient pas mis tout à fait la même intonation était sans importance puisque j’entendais décrire moins un contenu précis qu’un processus, une tendance. Je ne me doutais pas, je l’avoue, qu’une fraction de ce qu’on appelle la droite l’utiliserait à son tour pour la retourner contre sa concurrence et marquer – ou fonder – sa différenciation. »
  • [18]
    Voir Storytelling, La Découverte, 2008, et, plus récemment, La Cérémonie cannibale. De la performance en politique, Fayard, 2013.
  • [19]
    Il arrive même que la notoriété médiatique se révèle un handicap sérieux pour une carrière universitaire. Citons, parmi d’autres, Emmanuel Brenner, auteur des Territoires de la République (Mille et une nuits), qui n’a pu accéder à un poste universitaire alors qu’il est un chercheur reconnu ; Malika Sorel, rétive à jouer la carte de la lutte contre la discrimination ou, plus récemment, Laurent Bouvet, retoqué à la Fondation de sciences politiques alors qu’il était adoubé par le titulaire du poste.

Philippe Cohen est décédé le 20 octobre 2013. Il nous avait confié au début de l’été dernier cet article qui aura été son dernier. Sa publication nous donne l’occasion de saluer la mémoire d’un journaliste exemplaire.
Autrefois, la politique était affaire de programmes, de partis et d’idéologies. Les programmes sont devenus des catalogues – les soixantes promesses de François Hollande – facilitant les bilans télévisuels de huit minutes (promesse n° 1 : tenue ; promesse n° 2 : non tenue ; promesse n° 3 : tenue en partie, etc.). Aux partis se sont substitués des staffs et des écuries. Quant à l’idéologie, dont on a annoncé la mort avec soulagement et cymbales, on l’a remplacée par la chasse aux idées nouvelles. Or, ces dernières ne viennent jamais ou rarement des hommes et des femmes politiques eux-mêmes. Elles ont deux sources : d’une part, l’inspiration née de réussites étrangères (le « modèle allemand », « espagnol », « irlandais », version politique du benchmark en vogue dans le management) ; d’autre part, la production d’intellectuels. Ces derniers étaient autrefois dits « organiques ». Ils faisaient « corps » avec le parti, façon polie de dire qu’ils y jouaient le rôle de plantes vertes, dans la mesure où ils étaient peu associés à l’élaboration de sa ligne politique. Dans la configuration actuelle, ce sont les artistes de variétés qui jouent les plantes vertes. Les intellectuels se sont émancipés des partis depuis plusieurs décennies. Ils produisent des idées politiques, des analyses, des visions nouvelles…


Date de mise en ligne : 14/02/2014

https://doi.org/10.3917/deba.178.0041

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