La fin du moment démocratique ?
- Par Zaki Laïdi
Pages 52 à 63
Citer cet article
- LAÏDI, Zaki,
- Laïdi, Zaki.
- Laïdi, Z.
https://doi.org/10.3917/deba.150.0052
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https://doi.org/10.3917/deba.150.0052
Notes
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Zaki Laïdi est directeur de recherches au Centre d’études européennes (Sciences-Po). Il a récemment publié La Norme sans la force. L’énigme de la puissance européenne (Paris, Presses de Sciences Po, 2005) et, avec Gérard Grunberg, Sortir du pessimisme social. Essai sur l’identité de la gauche (Paris, Hachette-Littérature/Telos, 2007).
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[1]
Adam Przeworski, « Minimalist Concept of Democracy : A Defense », in Democracy’s Values, Cambridge, Cambridge University Press, 1999.
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[2]
Cf. sur ce point Jean-Noël Ferrié, « The Uncertainties of Democratic Promotion in Afghanistan », in Zaki Laïdi (éd.), EU Foreign Policy in a Globalized World, Londres, Routledge, 2008.
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[3]
Cité dans Mark Danner, « Iraq : The War of Imagination », New York Review of Books, 21 décembre 2006.
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[4]
Par référence à Carl Schmitt pour qui l’essence du politique repose sur une distinction fondamentale entre l’ami et l’ennemi. La politique américaine a toujours été construite autour de cette polarité, à la différence de l’Europe qui l’a toujours évacuée. Cf. Zaki Laïdi, La Norme sans la force. L’énigme de la puissance européenne, Paris, Presses de Sciences Po, 2005.
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[5]
Le réalisme renvoie à une interprétation des relations internationales qui ne pense les rapports mondiaux qu’au travers des rapports entre États qui seraient mus par des intérêts stables et toujours conflictuels avec ceux des autres. Il juge les arrangements institutionnels entre États peu utiles à la régulation de leurs rapports.
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[6]
Ce point est bien développé par Bob Woodward, State of Denial. Bush at War. Part III, New York, Simon and Schuster, 2006.
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[7]
Il faut néanmoins dire et répéter, à l’adresse de nos élites qui se targuent de « bien comprendre » le monde musulman, que les différences entre « laïcs » et islamistes sont bien plus faibles qu’on ne le croit. Voir dans les régimes laïcs des héritiers du Petit Père Combes alors qu’en fait, dans tous ces pays, l’islamisation de la société a été le plus souvent tolérée, voire encouragée par des gouvernements dits laïcs, est pour le moins cocasse. Cela pouvait à la rigueur avoir un sens quand, à Bagdad, les militaires prenaient le pouvoir en 1958, un 14 Juillet, en brûlant le Coran. Mais cette laïcité dure a totalement disparu dans le monde arabe et musulman. Si, par ailleurs, la légitimité divine était le facteur discriminant, les régimes jordanien et marocain seraient islamistes. À l’inverse, le Hamas serait laïc puisque intronisé par les élections. Mieux vaut donc se déprendre de ces classifications qui obscurcissent la réalité plutôt qu’ils ne la clarifient.
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[8]
Cf. Henry Laurens, Les Origines intellectuelles de l’expédition d’Égypte. L’orientalisme islamisant en France (1698-1798), Istanbul, Éd. Isis, et Paris, Association pour le développement des études turques, 1987.
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[9]
Il faut lire l’ouvrage passionnant de John Dower consacré à l’occupation américaine au Japon et à l’implantation consécutive de la démocratie. Embracing Defeat. Japan in the Wake of WWII, Norton Press, New York, 1999.
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[10]
Juan Linz et Alfred Stepan, Problems of Democratic Transition and Consolidation, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1996, p. 19.
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[11]
Arend Lijphart, « Consociational Democracy », World Politics, janvier 1969.
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[12]
Adam Przeworski, Democracy and the Market : Political and Economic Reforms in East Europe and Latin America, Cambridge, Cambridge University Press, 1991.
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[13]
Le premier parce qu’il a coupé un certain cordon ombilical avec l’Islam ; le second parce qu’il a eu l’intelligence de laisser la minorité chinoise créer la richesse, quitte à la redistribuer à une majorité malaise et musulmane parfaitement rentière.
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[14]
Ce biais a été accentué sous Jacques Chirac par la gestion des rapports franco-arabes sur une base interpersonnelle prononcée, comparable à celle tissée avec les États africains. Il semble toutefois peu probable que son successeur rompe avec cette pratique. On ne peut même pas exclure qu’elle s’aggrave pour qui observe sa gestion interpersonnelle de la politique intérieure.
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[15]
Par référence à la conférence euro-méditerranéenne de Barcelone de 1995.
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[16]
Le retour explicite au « réalisme » a été reconnu par le nouveau secrétaire américain à la Défense : International Herald Tribune, 12 février 2007.
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[17]
Roland Paris, « Bringing the Leviathan Back in : Classical Versus Contemporary Studies of the Liberal Peace », International Studies Review, 2006, pp. 425-440.
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[18]
Chetan Kumar, « Sustainable Peace as Sustainable Democracy : The Experience of Haïti », IPC, n° 4, 1999, p. 382.
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[19]
Robert Hayden, « Democracy Without Demos ? The Bosnian Constitutional Experiment and the International Construction of Non Functioning States », East European Politics and Societies ; www.sagepublciations.com.
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[20]
Inaugural Speech, cité ibid.
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[21]
David Chandler, « Back to the Future ? The Limits of Neo-Wilsonian Ideals of Exporting Democracy », International Studies Review, 2006, p. 480.
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[22]
Cf. Roland Paris, « Peacebuilding and the Limits of Liberal Internationalism », International Security, vol. 22, automne 1997, pp. 54-89.
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[23]
David Chandler, « The Problems of Nation-Building. Imposing Democratic Rule from Above », Cambridge Review of International Affairs, octobre 2004.
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[24]
Michael Ross, « Does Oil Hinder Democracy ? », World Politics, avril 2001.
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[25]
Hazem Beblawi et Giacomo Luciani (éd.), The Rentier State, Londres, Croom Helm, 1987.
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[26]
Les travaux de Luis Martinez sur l’Algérie ont montré combien la guerre civile a permis au pouvoir militaire de maquiller des destructions de réalisations économiques en opérations terroristes alors que, le plus souvent, ces opérations devaient permettre de détruire la production locale pour favoriser les produits importés. Voir La Guerre civile en Algérie, Paris, Karthala, 1998.
Depuis la chute du mur de Berlin, le monde a pu vivre dans l’idée ou l’illusion que la vague démocratique lancée par l’effondrement de l’Union soviétique était si puissante qu’elle en deviendrait irréversible. Penser la politique se réduisait ainsi à penser la démocratie.
Certes, la définition même de la démocratie n’a jamais été clarifiée. Mais cette imprécision a plutôt servi que gêné sa légitimité dans la mesure où elle autorisait tous les usages et toutes les interprétations. Le plus souvent, d’ailleurs, c’est à l’idée très procédurale d’élections libres ou concurrentielles que la définition minimale de la démocratie s’en est tenue. Adam Przeworski la définissait comme le droit ouvert aux citoyens de changer les dirigeants par la voie des urnes sans contrainte. Et, de fait, lorsqu’on observe, même de façon superficielle, la vie politique mondiale, force est de constater que jamais les élections concurrentielles n’ont été si nombreuses à travers le monde, même s’il y a beaucoup à dire sur leur régularité ou leur exercice sans contrainte. Jamais les partis n’ont été si nombreux. Au point que l’on pourrait établir une corrélation négative presque parfaite entre la maturité démocratique des États et le nombre de partis politiques qui y fleurissent. Autrement dit, moins la tradition démocratique est assurée, plus la pléthore de partis est garantie. Les États-Unis ne comptent que deux grands partis, le Nigeria une bonne centaine.
Aujourd’hui, près de vingt ans après la chute du mur de Berlin, que reste-t-il de tout cela …
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