Louis XIV : la religion de la gloire
- Par Ran Halévi
Pages 175 à 192
Citer cet article
- HALÉVI, Ran,
- Halévi, Ran.
- Halévi, R.
https://doi.org/10.3917/deba.150.0175
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Notes
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Ran Halévi est historien de l’Ancien Régime et de la Révolution française. Il a publié récemment L’Expérience du passé. François Furet dans l’atelier de l’histoire (Paris, Gallimard, 2007). Dans Le Débat : « La modération à l’épreuve de l’absolutisme. De l’Ancien Régime à la Révolution française » (n° 109, mars-avril 2000), « France-Amérique. La scène primitive d’une mésintelligence paci?que » (n° 129, mars-avril 2004) et « Israël entre nation et religion » (n° 144, mars-avril 2007).
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[1]
« Il n’est pas sûr que ce Corse de sang génois, encore plus politique que soldat, ait donné à ce mot de gloire le même sens que ses grenadiers. Comme tous ceux de sa race, il méprisait les hommes » (Georges Bernanos, Nous autres Français [1939], in Essais et écrits de combat, t. I, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1971, p. 624).
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[2]
Louis XIV, Mémoires pour l’instruction du dauphin, éd. P. Goubert, Paris, Imprimerie nationale, 1992, p. 52 (souligné par moi).
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[3]
Parallèle des trois premiers rois Bourbons, in Traités politiques et autres écrits, éd. Y. Coirault, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1996, pp. 1075-1076, 1093.
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[4]
Saint-Simon, Mémoires, t. V, éd. Y. Coirault, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1985, p. 479.
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[5]
Louis XVI, Mes entretiens avec le duc de La Vauguyon, Paris, Communication & Tradition, 2000, p. 51.
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[6]
Pierre-Édouard Lemontey, Essai sur l’établissement monarchique de Louis XIV et sur les altérations qu’il éprouva pendant la vie de ce prince, Paris, chez Déterville, 1818, pp. 397, 408, 487.
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[7]
Michelet, Louis XIV et la révocation de l’édit de Nantes, rééd. Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1985, p. 92.
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[8]
Ernest Lavisse, Louis XIV, rééd. Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1989, p. 462.
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[9]
Jean-François Solnon, La Cour de France, Paris, Fayard, 1987, chap. XVII.
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[10]
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, éd. J.-Cl. Berchet, Paris, Garnier, 1989-1998, 4 vol., t. I, p. 264.
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[11]
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Gallimard, 1961, 2 vol., t. II, Ire partie, chap. VIII, p. 40.
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[12]
Louis XIV a été jusqu’à composer, en le remettant constamment à jour, une sorte de manuel prescrivant le parcours à suivre dans les jardins, tel un guide initiatique aux secrets de sa puissance (Manière de montrer les jardins de Versailles, éd. S. Hoog, Réunion des musées nationaux, 1982).
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[13]
Dans l’océan bibliographique sur Versailles et les ?gurations symboliques du roi, voir notamment, parmi les titres les plus récents, Édouard Pommier, « Versailles, l’image du souverain », in Pierre Nora (sous la dir. de), Les Lieux de mémoire, t. II, La Nation, vol. 2, Paris, Gallimard, 1986, pp. 193-234 ; Joël Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993, rééd. 2000 ; Peter Burke, Louis XIV. Les stratégies de la gloire [1992], trad. fr., Paris, Éd. du Seuil, 1995 ; Gérard Sabatier, Versailles ou la ?gure du roi, Paris, Albin Michel, 1999.
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[14]
Louis Marin, Le Portrait du roi, Paris, Éd. de Minuit, 1981, pp. 239-250.
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[15]
J. Cornette, Le Roi de guerre, op. cit., chap. X.
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[16]
Mot rapporté par Charles Perrault, Mémoires de ma vie, Paris, Macula, 1993, p. 133.
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[17]
Christian Jouhaud, Les Pouvoirs de la littérature. Histoire d’un paradoxe, Paris, Gallimard, 2000, pp. 157, 158.
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[18]
Ibid., pp. 151-153. Voir à ce propos également Orest Ranum, Artisans of Glory. Writers and Historical Thought in Seventeen Century France, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1980, pp. 260-264.
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[19]
Sur Louis XIV et la question des « mystères de l’État », voir Ran Halévi, « Savoir politique et “mystères de l’État” : le sens caché des Mémoires de Louis XIV », Histoire, économie et société, n° 4, 2000, pp. 451-468.
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[20]
Mémoires pour l’instruction du dauphin, op. cit., p. 240.
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[21]
Ibid., p. 74.
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[22]
J. Cornette, Le Roi de guerre, op. cit., pp. 259-260.
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[23]
Id., Chronologie du règne de Louis XIV, Paris, Sedes, 1997, p. 260.
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[24]
Saint-Simon, Mémoires, op. cit., p. 483.
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[25]
Jean-Pierre Néraudau, L’Olympe du Roi-Soleil. Mythologie et idéologie royales au Grand Siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1986, p. 49.
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[26]
Sur « La démolition du héros », voir Paul Bénichou, Morales du Grand Siècle [1948], Paris, Gallimard, « Folio essais », pp. 128 et suiv.
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[27]
Sur les fêtes du début du règne, voir notamment J.-P. Néraudau, L’Olympe du Roi-Soleil, op. cit., chap. I, et Jean-Christian Petit?ls, Louis XIV, Paris, Perrin, 1997, chap. XI.
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[28]
Montesquieu sera autrement explicite, et virulent, sur Louis XIV dans ses carnets (voir Mes pensées, in Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1949, pp. 1120-1124).
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[29]
Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, t. I, Paris, Gallimard, 1952, livre II, chap. VIII, IX, XI.
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[30]
Voir à ce propos William F. Church, « The Decline of French Jurists as Political Theorists », French Historical Studies, vol. V, n° 1, 1967, pp. 1-40.
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[31]
Voir à ce propos Ernst H. Kantorowicz, « Mystères de l’État. Un concept absolutiste et ses origines médiévales » [1955], in Mourir pour la patrie, Paris, PUF, 1984, pp. 75-103.
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[32]
Mémoires du cardinal de Richelieu, Paris, 1921, t. V, p. 293, cité par Marcel Gauchet, « L’État au miroir de la raison d’État », in Yves Charles Zarka (éd.), Raison et déraison d’État, Paris, PUF, 1994, p. 239.
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[33]
Richelieu, Testament politique, éd. L. André, Paris, Robert Laffont, 1947, IXre partie, chap. VIII.
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[34]
Mémoires pour l’instruction du dauphin, op. cit., p. 217 (souligné par moi).
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[35]
Le Dialogue de la gloire [1662], cité par O. Ranum, Artisans of Glory, op. cit., p. 174.
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[36]
Mémoires pour l’instruction du dauphin, op. cit., p. 136.
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[37]
Ibid., pp. 59, 128.
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[38]
Je suis ici l’analyse de Maria Rosa Lida de Malkiel, L’Idée de gloire dans la tradition occidentale [1952], trad. fr. Paris, Klincksieck, 1968.
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[39]
Bossuet, « Sermon sur les devoirs des rois » (3 avril 1662), in Œuvres complètes, Bar-le-Duc, Éd. Louis Guérin, 12 vol., 1870, t. VII, pp. 576-577.
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[40]
Ibid., p. 577.
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[41]
« Sermon sur la profession de Madeleine-Angélique de Beauvais » (1667), ibid., t. VIII, pp. 39-40.
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[42]
« Sermon pour la profession de Mme de La Vallière » (4 juin 1675), ibid., p. 56.
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[43]
« Oraison funèbre de Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, reine de France et de Navarre » (1er septembre 1683), ibid., pp. 337-340.
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[44]
Le mot est de Brunetière, cité par P. Bénichou, Morales du Grand Siècle, op. cit., p. 18.
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[45]
Ce trait capital du second absolutisme est analysé par Marcel Gauchet notamment dans La Révolution des droits de l’homme, Paris, Gallimard, 1989, pp. 16-19.
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[46]
Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, op. cit., IIIe partie, chap. I.
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[47]
Cet éloge fut prononcé le 2 janvier 1685 à l’Académie française, au cours de la réception de Thomas Corneille et de Bergeret. Voir Raymond Picard, La Carrière de Jean Racine, Paris, Gallimard, 1961, pp. 63-66, 376 et suiv.
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[48]
Louis Sébastien Mercier, L’An 2440 [1771], rééd. Paris, La Découverte, 1999, pp. 293-294.
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[49]
Louis Silvestre de Sacy, Traité de la gloire, Paris, 1715, p. 230, cité par Robert Mauzi, L’Idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au XVIIIe siècle [1961], rééd. Genève, Slatkine Reprints, p. 485.
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[50]
Mme de Staël, De l’in?uence des passions sur le bonheur des individus et des nations, Lausanne, 1796, pp. 78-79, cité ibid., p. 495.
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[51]
Lettres à Falconet, in Œuvres complètes, éd. J. Assézat et M. Tourneux, Paris, Garnier frères, 1875-1877, 20 vol., t. XVIII, pp. 94-115, passim (et R. Mauzi, L’Idée du bonheur…, op. cit., pp. 492-494).
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[52]
Voltaire, Le Siècle de Louis XIV [1752], rééd. Paris, Fayard, 1994, p. 405.
Dans notre légendaire national, la gloire est spontanément associée au règne de Louis XIV et à l’odyssée napoléonienne. Le Grand Roi et le « petit caporal » ont été l’un et l’autre, chacun selon son génie, les formidables metteurs en scène de leur propre grandeur. Mais entre la renommée du premier et celle du second, la dénivellation aujourd’hui paraît incommensurable. La gloire de Louis XIV a depuis longtemps déserté nos souvenirs. La gloire de Napoléon n’a cessé de hanter nos pensées : l’aventure extraordinaire, et si brève, du soldat corse devenu le maître d’un vaste empire continue de retentir dans notre imaginaire républicain ; et si elle parle encore à nos passions communes, c’est qu’elle appartient à notre modernité démocratique. Sûr, comme il le disait, « d’être compris même par le dernier des tambours », cet artisan d’une grandeur tout humaine a été capable d’en communiquer l’orgueil à tout un peuple – par pragmatisme, lâchera Bernanos qui n’en pensait pas moins. Pour avoir su, en tout cas, incarner cette ambition nationale Bonaparte reste toujours notre contemporain.
Il en va tout autrement de Louis XIV. Lui a vécu dans la paisible certitude de son investiture sacrale et des pouvoirs exceptionnels que lui conférait la souveraineté. Il est né roi et savait qu’en roi il allait mourir. Son corps mortel personni?ait une royauté immortelle. Sa ?gure héroïque, sa majesté si éminemment héréditaire, ses attributs surhumains renvoyaient tous à cette idée d’élection divine…
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