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Article de revue

Liberté d’expression, humour de résistance et surmois féroces

Pages 78 à 88

Citer cet article


  • Landa, E.
(2021). Liberté d’expression, humour de résistance et surmois féroces. Le Coq-héron, 246(3), 78-88. https://doi.org/10.3917/cohe.246.0078.

  • Landa, Eva.
« Liberté d’expression, humour de résistance et surmois féroces ». Le Coq-héron, 2021/3 N° 246, 2021. p.78-88. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-coq-heron-2021-3-page-78?lang=fr.

  • LANDA, Eva,
2021. Liberté d’expression, humour de résistance et surmois féroces. Le Coq-héron, 2021/3 N° 246, p.78-88. DOI : 10.3917/cohe.246.0078. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-coq-heron-2021-3-page-78?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cohe.246.0078


Notes

  • [1]
    Cet article a paru dans le numéro 19 de la revue électronique Passages de Paris. (Traduit du portugais par l’auteure.)
  • [2]
    Comme j’ai pu l’entendre d’un collègue psychanalyste, avant l’attentat de janvier 2015 qui a décimé la rédaction du journal satirique : « Si l’on condamne Dieudonné, il faut aussi condamner Charlie-Hebdo », insinuant un deux poids deux mesures sur fond de concurrence victimaire. Or, l’humour de Dieudonné et celui de Charlie-Hebdo ne relèvent pas des mêmes enjeux : le premier a malheureusement pris une dérive antisémite extrême, tandis que le deuxième n’a pas de caractère raciste, malgré des accusations en ce sens (nous y reviendrons). Ce collègue a allégué plus tard qu’il était à l’époque submergé par les réactions outragées de jeunes musulmans avec qui il travaillait – il a alors reconnu qu’il aurait fallu les aider à réfléchir sur leur indignation. Cet épisode à l’époque a constitué pour nous un signal d’alerte quant à la rupture du consensus en faveur de la liberté d’expression. À propos de la concurrence victimaire et des dérives antisémites de Dieudonné, voir I. Roder, Sortir de l’ère victimaire. Pour une nouvelle approche de la Shoah et des crimes de masse, Paris, Odile Jacob, 2020, chap. 6.
  • [3]
    Des douze dessins, seulement quatre peuvent être considérés comme des caricatures (J. Favret-Saada, Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins, Paris, Librairie Arthème-Fayard, 2015).
  • [4]
    Ibid., p. 76.
  • [5]
    J. Favret-Saada, « Les habits neufs du délit de “blasphème” », Mezetulle, 14 juin 2016, https://www.mezetulle.fr/habits-neufs-delit-de-blaspheme/
  • [6]
    Nous adoptons dans cet article la définition du terme « islamiste » de Favret-Saada selon laquelle il s’agit de « fondamentalistes pour qui l’islam constitue une doctrine indissolublement religieuse et politique, dont les impératifs absolus primeraient sur ceux de l’État et les droits des citoyens. Parmi les islamistes, [l’auteur distingue] un très petit lot de “jihadistes” pour signaler les adeptes de la terreur comme méthode politique » (ibid., p. 12).
  • [7]
    J. Favret-Saada, Comment produire..., op. cit., p. IV. Plus loin, l’auteure exprime le vœu que la liberté d’expression puisse être envisagée « pour elle-même, et non comme un masque de ces réalités que nous combattons aussi, tel que le racisme ou l’exploitation postcoloniale », faisant référence à la tentative de récupération de la thématique par l’extrême-droite. Dans le même temps, elle s’inquiète de la division de la gauche, dont une partie nie les risques de l’islamisme ou a même pu passer du côté d’une anti-laïcité (la laïcité envisagée comme une des techniques de répression des peuples qui ont subi la colonisation européenne).
  • [8]
    L’adolescente a expliqué ses mensonges par la peur de décevoir son père; le professeur Samuel Paty pensait qu’elle avait inventé son récit à partir de rumeurs provenant d’autres élèves.
  • [9]
    Les éléments cités proviennent de plusieurs articles consultés dont, en particulier : « Assassinat de Samuel Paty : du cours sur la liberté d’expression à l’attentat, les 11 jours d’un engrenage mortel », France tv Info, 16 novembre 2020, https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/enseignant-decapite-dans-les-yvelines/recit-assassinat-de-samuel-paty-du-cours-sur-la-liberte-d-expression-a-l-attentat-les-11-jours-d-un-engrenage-mortel_4183437.html
  • [10]
    I. Roder, op. cit., p. 8.
  • [11]
    Entretien avec L. Bihl, « Faut-il une éducation à la caricature ? », https://tv.marianne.net/rencontres/faut-il-une-education-a-la-caricature-entretie
  • [12]
    https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/frere-musulman-pro-hamas-portrait-de-sefrioui-le-predicateur-a-lorigine-de-la-fronde-contre-lenseignant-decapite
  • [13]
    https://www.liberation.fr/france/2020/10/18/monsieur-paty-il-etait-trop-drole-on-voulait-tous-l-avoir_1802719/
  • [14]
    Voir, dans ce même numéro, dans l’article de Jean-Pierre Kamieniak, l’étymologie du terme « éducation » : « ex ducere, conduire hors de, conduire hors de la maison paternelle [...] pour accompagner, conduire, mener hors du foyer il n’en faut pas moins d’abord seducere, attirer à soi, séduire ».
  • [15]
    J. Favret-Saada, « Au nouveau chic radical : Laïcité, dégage ! Sur le livre La critique est-elle laïque ? », Mezetulle, https://www.mezetulle.fr/au-nouveau-chic-radical-laicite-degage/
  • [16]
    F. Benslama, « La question du sujet en islam », dans La guerre des subjectivités en islam, Paris, Lignes, 2014, p. 189-207.
  • [17]
    Voir S. Prokhoris, « Dévots de l’identité et authentique en toc. À propos de La dictature des identités », Le Coq-Héron, 241, 2020, p. 10-20.
  • [18]
    J. Guillaumin, cité dans G. Diatkine, « Le rire », Revue française de psychanalyse, vol. 70, 2006, p. 529-552.
  • [19]
    Devise de L’anticlérical, journal satirique fondé au début des années 1880. « La caricature – du verbe italien caricare (charger) – tue-t-elle sous la IIIe République anticléricale ? Pas au sens propre, bien sûr. Mais elle calomnie, ridiculise l’Église catholique, parfois même Dieu et ses saints, avec une outrance et une violence auxquelles la loi sur la liberté de la presse adoptée en 1881 ne fixe presque aucune limite » (L. Bihl, « 1880-1905. Séparation de l’Église et de l’État. La guerre des caricatures », Historia, n° 889, 2021, p. 17).
  • [20]
    L. Danguy, « La transgression sans concession », Historia, op. cit., p. 23.
  • [21]
    À propos des aspects juridiques de la liberté d’expression, voir par exemple : C. Viennot, « Les caricatures de Mahomet appréciées par les juridictions françaises », Les cahiers de la justice, 2015/2, p. 265-282 ; G. Clavès, « Vous enseignez la liberté d’expression ? N’écoutez pas François Héran ! », Mezetulle, 3 novembre 2020, https://www.mezetulle.fr/vous-enseignez-la-liberte-dexpression%e2%80%89-necoutez-pas-francois-heran%e2%80%89-par-gwenaele-calves/.
  • [22]
    L. Bihl, « La guerre des clercs contre la République », Historia, op. cit., p. 34-35.
  • [23]
    M.-A. Matard-Bonucci, « L’image, figure majeure du discours antisémite ? », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 72, 2001, p. 27-39, https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2001-4-page-27.htm
  • [24]
    J. Guillaumin, cité par G. Diatkine, op. cit.
  • [25]
    Ibid.
  • [26]
    S. Freud (1927d), « L’humour », OCF.P, XVIII, Paris, Puf, 2002, p. 140.
  • [27]
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Num%C3%A9ro_1178_de_Charlie_Hebdo
  • [28]
    S. Freud, « L’humour », op. cit.
  • [29]
    F. Boespflug, « Muhammad à l’écran : un rôle exclu ? », Histoire, monde et cultures religieuses, n° 34, 2015, p. 147-162.
  • [30]
    G. Fleurot, « L’islam interdit-il les images de Mahomet ? », L’explication, 5 novembre 2011.
  • [31]
    H. Gombrich, E. Kris, “The principles of caricature”, British Journal of Medical Psychology, vol. 17, 1938, p. 319-42 [Trapp no.1938A.1]. Un autre exemple d’un pur animisme à l’œuvre au sein de la modernité: pour les nazis, l’art était capable de modeler inconsciemment et de façon active la masse du peuple. Si Platon parlait du danger de l’art en tant que puissance contagieuse, dans le cas du Troisième Reich il s’agit d’une théorie des origines qui suppose une puissance d’autoformation de la race à travers et dans l’art. Ce qui oblige l’État à exercer son contrôle sur l’art dit “dégénéré” pour prévenir l’engendrement d’une humanité monstrueuse (cf. E. Michaud, Un art de l’éternité. L’image et le temps du national-socialisme, Paris, Gallimard, 1996).
  • [32]
    Wikipédia, article “Innocence of Muslims”.
  • [33]
    O. Mannoni, cité par G. Diatkine, op. cit.
  • [34]
    https://dessinezcreezliberte.com/fiches-decryptage/religioncaricaturedemahomet/#1593391785764-0eb4867d-30e0
  • [35]
    G. Diatkine, op. cit.
  • [36]
    S. Mouillard, M. Piquemal, C. Bourgneuf, A. Moran, V. Boiteau, « Monsieur Paty, il était trop drôle, on voulait tous l’avoir », Libération, 18 octobre 2020, https://www.liberation.fr/france/2020/10/18/monsieur-paty-il-etait-trop-drole-on-voulait-tous-l-avoir_1802719/
Français

Ce texte essaye d’apporter une contribution psychanalytique à quelques questions sur la liberté d’expression et son enseignement à l’école, soulevées par l’assassinat du professeur Samuel Paty. Parmi les aspects examinés : le retournement victimaire de la censure religieuse en « sensibilités religieuses blessées » (Jeanne Favret-Saada) ; le fantasme de séduction à l’œuvre dans les rumeurs qui précèdent l’attentat ; les croyances animistes à propos du pouvoir des images ; la distinction entre l’humour raciste et l’humour de résistance ; le surmoi féroce, élément hors dessin et pourtant présence inquiétante.

Mots-clés

  • Liberté d’expression
  • sensibilités religieuses blessées
  • retournement victimaire
  • humour de résistance
  • humour raciste
  • image
  • fantasme de séduction
  • surmoi féroce

Mots-clés éditeurs : fantasme de séduction, humour de résistance, humour raciste, image, Liberté d’expression, retournement victimaire, sensibilités religieuses blessées, surmoi féroce


Date de mise en ligne : 16/09/2021

https://doi.org/10.3917/cohe.246.0078

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