Amours d'Orient et d'Occident, le miroir brisé
- Par Vincent Colonna
Pages 78 à 85
Citer cet article
- COLONNA, Vincent,
- Colonna, Vincent.
- Colonna, V.
https://doi.org/10.3917/lpm.017.0078
Citer cet article
- Colonna, V.
- Colonna, Vincent.
- COLONNA, Vincent,
https://doi.org/10.3917/lpm.017.0078
Notes
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[1]
Vincent Colonna est écrivain. Dernier ouvrage publié : Autofiction & autres mythomanies littéraires, Editions Tristram, 2004.
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[2]
Cf. Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète (1741), qui a été réédité en 2004, dans un volume présenté et annoté par Jean Goldzink, aux Editions GF-Flammarion. (Toutes les notes sont de l’auteur.)
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[3]
Fady Stephan, Le Berceau du monde, Orient-Opéra, Editions Verticales, 2003, p. 195.
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[4]
Pour être complet, il faudrait citer Le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, fruit d’un pèlerinage réalisé en 1843-1844, mais qu’il ne publia qu’en 1851, après avoir retravaillé ses notes pendant presque dix ans. A la différence de ses confrères, Nerval séjourna plusieurs mois au Caire et à Istanbul, ce qui lui permet de présenter toutes les facettes de cet imaginaire de l’éros arabo-musulman – et de réfléchir à sa pertinence.
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[5]
Je sais bien que cette omission de la poésie arabo-andalouse n’est le fait que de la première édition de l’essai. L’édition actuelle, en format de poche, offre une version révisée datant de 1956, qui ménage une place à la mystique et à la poésie arabes. Il n’en reste pas moins que ces sections forment autant de pièces rapportées, qui s’emboîtent mal dans sa genèse de l’amour courtois, toujours donné comme inspiré “par l’atmosphère religieuse du catharisme” (p. 84). Mon but ici est de souligner un reflux historique de l’imaginaire occidental, en contradiction avec la thèse trop mécaniste de Edward W. Said dans L’Orientalisme (1978, tr. fr. 1980, postface de 1997 et préface de 2003), pas de juger la probité ou le sérieux de Rougemont.
1Comment l’imaginaire occidental d’un Orient de fantaisie où régnaient amour, passion et érotisme, a-t-il vacillé après 1830 pour faire place à son exacte antithèse ? Il n’est pas sûr que l’oubli soit seul en cause...
2Si aujourd’hui vous interrogez un Européen sur l’éros arabo-musulman, vous serez peut-être surpris de constater combien celui-ci est décrit comme austère, indigent ou aliéné, selon la charité de votre interlocuteur. Tout se passe comme si la découverte du fondamentalisme musulman et de ses usages, cristallisée dans le retour en fanfare de l’attribut du voile, de son poids symbolique et de ses connotations (interdit, enfermement, linceul ou momification), avait recouvert et définitivement enclos le corps de la femme et, par suite, la pratique amoureuse des Orientaux.
3Mais est-ce vraiment ainsi que s’est formé ce nouvel imaginaire de l’amour au Moyen-Orient ? Vingt ans d’activisme fondamentaliste, aussi spectaculaire que minoritaire, étaient-ils suffisants pour secréter cet imaginaire social ?
4Pendant longtemps, en effet, la civilisation musulmane, l’Islam et ses minorités, ont eu en Occident l’apanage de l’amour passion et de l’érotisme. Contrairement à un préjugé répandu, ce n’était pas seulement le fruit d’un orientalisme bon marché, d’une rêverie libidineuse sur la docilité des créatures du harem ou sur la douceur des houris promises aux élus du paradis coranique. Sans doute, la littérature populaire du xviiie et du xixe a pu exploiter ce filon, et l’héroïne de Pierre Loti – qui porte le beau nom d’Aziyadé et donne son titre à un “best-seller” publié en 1879 – est enfermée au début du récit dans des murs qui ressemblent bien à un sérail ottoman. Encore Loti, à la différence d’autres écrivains à succès, ne s’attarde-t-il pas sur les charmes et les risques de ce lieu clos : toute son aventure amoureuse et existentielle se joue ailleurs, dans la “relation d’une plongée dans la substance intemporelle du démodé”, comme l’a décrit avec finesse Roland Barthes. Quand il compose son second roman, Julien Viaud (l’officier de marine qui a choisi de prendre comme nom de plume Pierre Loti et de faire de ce pseudonyme un héros de romans autobiographiques, préfigurant beaucoup d’autofictions contemporaines) sent bien que la mode littéraire de l’orientalisme est sur son déclin et que les artistes romantiques, de Lamartine à Nerval, de Dauzats à Delacroix, lui ont pris ses plus belles couleurs.
5Mais qu’il soit déceptif ou pleinement déployé, ce motif populaire du harem, arabe ou turc, semble plus être la dégradation d’un motif merveilleux que le résultat d’une perception ethnologique – même rapide, même délibérément viciée. Après la compilation encyclopédique de Barthélemy d’Herbelot dans sa Bibliothèque orientale ou dictionnaire universel contenant tout ce qui regarde la connaissance des peuples d’Orient (1697) et qui sera le livre de référence pendant deux siècles, la traduction dès 1704 des Mille et une Nuits par Antoine Galland, la diplomatie rusée de la France monarchique au Levant, la littérature du conte, merveilleux, philosophique ou érotique, le théâtre classique et l’opéra ont utilisé le harem comme huis clos de convention, un lieu symbolique qui condensait le désir et le danger, le plaisir et la mort. Car tout comme l’opéra, ces littératures de genre ont besoin de motifs stéréotypés pour exister ; et ce serait se méprendre que de penser que cette convention résumait la perception de l’éros arabo-musulman en France et en Occident. Ce ne fut jamais le cas des écrivains mieux informés ou engagés dans des pratiques littéraires rendant un tel cliché inutile. Car il y a deux ou trois siècles, on connaissait mieux la Bible qu’aujourd’hui, et l’on savait bien que le harem n’avait pas été inventé par la péninsule Arabique, mais que les antiques rois perses ou hébreux possédaient tous ce type de gynécée.
6Il suffit d’ouvrir l’Essai sur les mœurs (1756) de Voltaire pour vérifier que c’est plutôt la découverte de la poésie des Arabes et des Andalous qui a insufflé cette idée de leur supériorité amoureuse. Dans le chapitre consacré à l’apparition de l’islam et aux conquêtes qui s’ensuivirent (livre I, chapitre 6), Voltaire ne cesse de suggérer la délicatesse amoureuse des Arabes et de vanter leur goût extrême pour la poésie. Il vaut la peine de citer longuement ces passages, bien moins connus que sa tragédie sur le fanatisme mahométan [2], toute de convention théâtrale, qui donne une image trompeuse de sa vision de l’islam.
7Voici comment il décrit le prophète Muhammad, présenté comme le symbole abrégé de son peuple :
“L’amour, qu’un tempérament ardent lui rendait nécessaire, et qui lui donna tant de femmes et de concubines, n’affaiblit ni son courage, ni son application, ni sa santé. C’est ainsi qu’en parlent les contemporains, et ce portrait est justifié par ses actions.
“Tout y ressent la simplicité barbare des temps qu’on nomme héroïques. Son contrat de mariage avec sa première femme Cadige [Khadidja] est exprimé en ces mots : ‘Attendu que Cadige [Khadidja] est amoureuse de Mahomet, et Mahomet pareillement amoureux d’elle.’”
9Pour l’écrivain des Lumières, la femme arabe jouit, même sous l’islam, d’un statut égal à celui de l’homme, égalité sans laquelle ce sentiment qu’on appelle l’amour paraît difficile :
“Il est évident que les combats des Amazones, dont parlent Homère et Hérodote, ne sont point fondés sur des fables. Les femmes de la tribu d’Imiar [Himyar], de l’Arabie Heureuse, étaient guerrières, et combattaient dans les armées d’Abubéker et d’Omar. On ne doit pas croire qu’il y ait jamais eu un royaume des Amazones, où les femmes vécussent sans hommes ; mais dans les temps et dans les pays où l’on menait une vie agreste et pastorale, il n’est pas surprenant que des femmes, aussi durement élevées que les hommes, aient quelquefois combattu comme eux. On voit surtout au siège de Damas une de ces femmes, de la tribu d’Imiar [Himyar], venger la mort de son mari tué à ses côtés, et percer d’un coup de flèche le commandant de la ville. Rien ne justifie plus l’Arioste et le Tasse, qui dans leurs poèmes font combattre tant d’héroïnes.”
11J’ignore d’où Voltaire tirait ces audacieux rapprochements, dans lesquels les femmes de la tribu yéménite des Himyarites sont vues à travers le prisme du légendaire croisé, des épopées du Roland Furieux ou de la Jérusalem délivrée. Mais peu importe, car l’histoire mythique des Arabes n’est pas avare non plus, de Zénobie à Roxelane, en portraits de femmes guerrières ou d’exception. Plus intéressant est de noter que la force de cette nation arabe, son enthousiasme, son génie conquérant, mais aussi la place inusitée qu’elle donne à la femme, Voltaire les associe à son culte immodéré de la poésie :
“Les Arabes faisaient un très grand cas de la poésie ; et lorsqu’il y avait un bon poète dans une tribu, les autres tribus envoyaient une ambassade de félicitations à celle qui avait produit un auteur, qu’on regardait comme inspiré et comme utile. On affichait les meilleures poésies dans le temple de La Mecque […].”
“Une preuve infaillible de la supériorité d’une nation dans les arts de l’esprit, c’est la culture perfectionnée de la poésie. Je ne parle pas de cette poésie enflée et gigantesque, de ce ramas de lieux communs et insipides sur le soleil, la lune et les étoiles, les montagnes et les mers ; mais de cette poésie sage et hardie, telle qu’elle fleurit du temps d’Auguste, telle qu’on l’a vue renaître sous Louis XIV. Cette poésie d’image et de sentiment fut connue du temps d’Aaron-al-Raschild [Hârûn al-Rachîd]. En voici, entre autres exemples, un qui m’a frappé, et que je rapporte ici parce qu’il est court. Il s’agit de la célèbre disgrâce de Giafar [Ja’far] le Barmécide :“Mortel, faible mortel, à qui le sort prospèreFait goûter de ses dons les charmes dangereux,Connais quelle est des rois la faveur passagère ;Contemple Barmécide, et tremble d’être heureux.”
13Ce dernier vers surtout est traduit mot à mot. Rien ne me paraît plus beau que “tremble d’être heureux”.
14Cette vision idéalisée se poursuivra pendant tout lexixe siècle. On le voit chez Chateaubriand, qui attribue aux Sarrasins l’invention de la chevalerie et des sentiments chevaleresques envers la femme. Tout comme Stendhal, dans De l’amour (1822, chap. LI-LIII), désigne l’Arabie comme le pays d’origine de la poésie courtoise, passée en Europe via l’Espagne sarrasine :
“Les Provençaux du Xe siècle virent chez les Arabes qu’il y avait des plaisirs plus doux que piller, violer et se battre […]. Ils tenaient de leurs voisins, les Maures d’Espagne, cette agréable manière de prendre la vie. L’amour régnait avec l’allégresse, les fêtes et les plaisirs dans les châteaux de l’heureuse Provence […].”
16Cette filiation, que l’on commence tout juste à redécouvrir dans le public grâce à l’insistance de savants orientalistes comme André Miquel ou Jamal Eddine Bencheikh, paraît pourtant aller de soi au xviiie et au xixe siècle. (A tel point qu’Alphonse de Lamartine, voulant sans doute confirmer son don poétique par l’appartenance à une antique lignée de poètes, revendiquait une lointaine ascendance arabe, se fiant à des bohémiennes passant par Mâcon qui lui avaient affirmé qu’il descendait autrefois d’une tribu arabe établie dans sa ville [3].)
17Remontant de la Provence médiévale à l’Arabie de l’Antiquité tardive, Stendhal y trouve le tuf ultime de son archéologie du sentiment amoureux :
“C’est sous la tente noirâtre de l’Arabe Bédouin qu’il faut chercher le modèle et la patrie du véritable amour. Là comme ailleurs la solitude et un beau climat ont fait naître la plus noble des passions du cœur humain, celle qui pour trouver le bonheur a besoin de l’inspirer au même degré qu’elle le sent […]. Le siècle héroïque des Arabes, celui où ces âmes généreuses brillèrent pures de toute affectation de bel esprit ou de sentiment raffiné, fut celui qui précéda Mohammed et qui correspond au ve siècle de notre ère, à la fondation de Venise et au règne de Clovis. Je supplie notre orgueil de comparer les chants d’amour qui nous restent des Arabes, et les mœurs nobles retracées dans les Milles et une Nuits aux horreurs dégoûtantes qui ensanglantent chaque page de Grégoire de Tours, l’historien de Clovis, ou d’Eginhard, l’historien de Charlemagne.”
19Pour étayer ses dires, Stendhal évoque rapidement – mais à une époque où il n’était pas encore traduit – le Livre des chansons (Kitâb al- Aghâni) d’Abû’l-Faraj al-Açfahânî, formidable tombeau en vingt-quatre volumes, élevé au xe siècle à la gloire de la poésie antéislamique, dont on ignore toujours le dosage d’authenticité et de forgerie. Il cite aussi un ouvrage dont le titre laisse rêveur et qui semble perdu, s’il a jamais existé : Histoire des Arabes qui sont morts d’amour. Mieux informé que Voltaire, il explique aussi que l’islam était à ses débuts un mouvement puritain, hostile à la poésie amoureuse.
20Sous ou par-dessus cette vision sentimentale, une image plus érotique de l’éros arabe existait également, certainement favorisée par la vogue du tour d’Orient au milieu du xixe siècle et la fréquentation des chanteuses et des danseuses locales. Sans doute cette image charnelle existait depuis Pierre le Vénérable (mais apparemment plus en retrait, avant la peinture orientalisante et les écrivains voyageurs), induite par la description sensuelle du paradis promis aux véritables musulmans – qui indignait les théologiens chrétiens d’Occident alors qu’elle était banale dans la littérature religieuse des chrétiens d’Orient.
21La correspondance de Gustave Flaubert, les notes de son Voyage en Egypte, rédigées lors du périple qui le conduisit, avec Maxime Du Camp promu photographe, de l’Egypte à la Turquie entre 1849 et 1851, sont célèbres pour les tableaux plein de luxure qu’il brosse du Levant. Parmi cent passages, citons son fameux portrait de “l’almée” (de mu’allima : instruite, enseignante) égyptienne Kuchuk-Hanem, avec qui il partagea une nuit mémorable :
“Elle sortait du bain. Un grand tarbouch [bonnet], dont le gland éparpillé lui retombait sur ses larges épaules et qui avait sur son sommet une plaque d’or avec une pierre verte, couvrait le haut de sa tête, dont les cheveux sur le front étaient tressés en tresses minces, allant se rattacher à la nuque ; le bas du corps caché par ses immenses pantalons roses, le torse tout nu couvert d’une gaze violette, elle se tenait debout au haut de son escalier, ayant le soleil derrière elle et apparaissant ainsi en plein dans le fond bleu du ciel qui l’entourait. – C’est une impériale bougresse, tétonneuse, viandée, avec des narines fendues, des yeux démesurés, des genoux magnifiques, et qui avait en dansant de crânes plis de chair sur son ventre […]. Quand il a fallu partir, je ne suis pas parti […]. Je l’ai sucée avec rage […].”
23Cette vue panoramique [4] permet de constater que pendant deux siècles, chez les écrivains et le public français, mais aussi européen si l’on en croit L’Antéchrist (1888) de Nietzsche, régna un imaginaire fastueux de l’éros oriental. Un imaginaire stéréotypé, comme tous les imaginaires, mais également feuilleté, avec des couches différentes et antagonistes, tantôt dionysiaque, tantôt apollinienne, qui n’avait rien de commun avec la vision contemporaine de l’amour dans la culture arabo-musulmane.
24Que s’est-il passé ? Le fondamentalisme moderne, qui prend sa source d’inspiration dans le wahhabisme, est-il seul responsable de la destruction de cette image à la fois sensuelle et sentimentale ? Non, c’est un autre phénomène qui a eu lieu, sur lequel les historiens et les sociologues n’ont pas encore jeté toute la lumière et qui s’appelle l’oubli – une forme collective et culturelle d’oubli, apparemment cyclique dans les sociétés. L’orientalisme français, qui commence au xviie siècle et qui persiste sous sa forme collective, me semble-t-il, jusqu’à Barrès, était plus qu’une mode ou une idéologie impérialiste : c’était un savoir diffus de la civilisation arabo-musulmane, approfondi par les savants, réactualisé périodiquement par les écrivains et les voyageurs, dont chaque génération héritait pour le colorer et le reconduire à sa façon.
25A partir d’une date qu’il faudrait préciser (les années 1920 ?), et pour des raisons qu’il faudrait expliquer (montée en puissance du féminisme et des mouvements nationalistes ? mélange d’usure et de réorientation vers le primitivisme africain comme on le voit en peinture ? modulation réactionnaire de la thématique orientale ?), mais certainement bien avant l’indépendance des colonies françaises et anglaises, l’attrait de l’Orient arabo-musulman s’est évaporé, sa connaissance s’est perdue dans le grand public, et seuls de petits cercles, la communauté scientifique, la littérature algérianiste, de rares écrivains, comme Michel Leiris (Fourbis en 1955) ou Aragon (Le Fou d’Elsa en 1963), ont continué à le cultiver.
26La preuve en est administrée, dès 1938, par la publication d’un essai de Denis de Rougemont, promis à un grand retentissement : L’Amour et l’Occident [5]. Alors que l’essayiste montrait que la passion amoureuse était une création culturelle inventée par les troubadours provençaux du xiie siècle, il avait besoin de mobiliser les cathares et leur gnose manichéenne pour faire place à un élément oriental dans la genèse de cette poésie amoureuse, tandis que des auteurs comme Voltaire ou Stendhal, Lamartine ou Nerval, y avaient vu la trace d’une influence arabo-andalouse. Par un mécanisme étrange, tout le savoir oriental accumulé depuis plus de deux siècles, par les philologues, les voyageurs et les écrivains, était soudain effacé de l’encyclopédie commune.
27C’est donc sur une tabula rasa, une mémoire désertée, une bibliothèque expurgée, que s’est reconstruit l’imaginaire actuel, qui mérite à peine le nom d’imaginaire, tant il est superficiel et perméable aux accidents de l’actualité.