Du désir, du plaisir et de l'amour... en Méditerranée
- Par Thierry Fabre
Pages 6 à 7
Citer cet article
- FABRE, Thierry,
- Fabre, Thierry.
- Fabre, T.
https://doi.org/10.3917/lpm.017.0006
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- Fabre, T.
- Fabre, Thierry.
- FABRE, Thierry,
https://doi.org/10.3917/lpm.017.0006
1L’époque semble bien triste et la Méditerranée bien amère. Elle ne serait plus un territoire de rêve mais un lieu de guerre, de replis identitaires et religieux, de frontières en barbelés et d’échanges impossibles, derrière un mur invisible qui se dresse au Sud alors qu’il s’est effondré à l’est de l’Europe.
2Le désenchantement existe comme cette montée d’un sentiment de peur, que certains voudraient irrépressible, comme si l’Autre était naturellement appelé à devenir la nouvelle figure de l’ennemi.
3Ce prisme, volontiers réducteur et largement relayé par les médias, est désormais considéré comme la totalité du réel, alors qu’il ne laisse apercevoir que sa face sombre.
4Avec ce numéro de La pensée de midi, construit autour du désir, du plaisir et de l’amour en Méditerranée, nous voudrions justement éclairer l’autre partie du réel. Là où justement les feux de l’actualité ne sont pas braqués et où se tisse une alliance subtile entre gai savoir et goût de la vie…
5Quels sont les usages de l’amour dans les grandes villes qui composent la constellation méditerranéenne ?
6A l’invitation de Mohamed Kacimi, écrivain et homme de théâtre, une nouvelle génération d’auteurs, dont le plus grand nombre sont des femmes, nous racontent les ordres et les désordres amoureux : une parade amoureuse à Beyrouth, à travers le regard espiègle d’Hala Moughanie ; comment Le Caire traque ses amants, selon le récit de Dina Heshmat ; les lieux de l’amour à Barcelone, que nous raconte Sophie Savary, à partir de quelques romans contemporains ; le désir de l’étreinte et ses refus – thé amer ou thé suave ? –, entre Bir Zeit en Palestine, Kaboul en Afghanistan, et Beyrouth, qui littéralement envoûte la Bruxelloise Anne Bourlond ; le bazar de l’amour à Alger, que Mustapha Benfodil nous narre avec un humour volontiers communicatif ; l’autre bazar amoureux du marché de la Plaine, à Marseille, que Minna Sif, joyeusement ironique, nous fait partager, comme les misères des amours violents et tarifés aux abords de la gare Saint-Charles ; l’initiation des premières fois d’un amour “dans le sens opposé”, que Xavier Girard dévoile avec beaucoup de tendresse et de pudeur ; une analyse subtile de l’amour entre Orient et Occident, présentée par Vincent Colonna…
7Cet ensemble se clôt sur l’itinéraire amoureux dans lequel nous entraîne Mohamed Kacimi, du Caire à Fès, de Tunis à Tel-Aviv, d’Istanbul à Alger et de La Mecque à Beyrouth, à la rencontre d’Alia, à qui il demande :
“Dis-moi Alia, quel est le plus court chemin vers toi ?”
La réponse vint une seconde plus tard :
“C’est simple, passe par-dessus toi-même et tu y es.”
9Et si ce dossier sur les usages de l’amour était en fin de compte, avec cette nouvelle année qui commence, une belle invitation à “passer au-dessus de soi-même”, par-delà les amertumes et les peurs… ?