Article de revue

Retrouver Palerme

Pages 6 à 8

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  • Fabre, T.
  • et Puccio-Den, D.
(2002). Retrouver Palerme. La pensée de midi, 8(2), 6-8. https://doi.org/10.3917/lpm.008.0006.

  • Fabre, Thierry.
  • et al.
« Retrouver Palerme ». La pensée de midi, 2002/2 N° 8, 2002. p.6-8. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2002-2-page-6?lang=fr.

  • FABRE, Thierry
  • et PUCCIO-DEN, Deborah,
2002. Retrouver Palerme. La pensée de midi, 2002/2 N° 8, p.6-8. DOI : 10.3917/lpm.008.0006. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2002-2-page-6?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lpm.008.0006


1Une ville normale, ma non troppo ! Palerme est une ville singulière, à la fois douce et violente, pleine de vie et travaillée par le goût de la mort, une ville chaotique et inspirée, à la fois baroque et arabo-normande, dans ses palais d’un autre âge comme dans ses églises aux façades en volutes, ce qui n’existe nulle part ailleurs au monde ! Une ville marine, méditerranéenne, qui le plus souvent tourne le dos à la mer, une ville de fêtes profanes et sacrées, comme en témoigne sa fameuse Santa Rosalia. Une ville qui a connu durant ces dernières années un indéniable renouveau et qui aujourd’hui s’interroge sur son avenir.

2A un moment où l’Italie vacille, sous l’empire de Berlusconi, où les affaires remontent à la surface et où la mafia resurgit de l’ombre, il est plus important que jamais de ne pas oublier Palerme !

3Cette ville est en effet “l’hyperbole de l’Italie”. C’est au tournant d’une époque que La pensée de midi a voulu saisir Palerme, à la fin de ce “printemps palermitain”, commencé à la fin des années quatre-vingt, qui vit un certain renouveau de Palerme, mais qui fut tâché du sang des victimes de la violence mafieuse. C’est pourquoi nous avons choisi d’ouvrir ce dossier avec le témoignage du juge Roberto Scarpinato, qui poursuit actuellement, avec le même esprit de sacrifice que ses prédécesseurs, le combat contre la mafia et contre la corruption politique.

4Ce combat a pris la forme épique d’une lutte entre le Bien et le Mal, et plusieurs articles témoignent de l’enchevêtrement entre engagement politique, tension éthique et vocation religieuse, d’une sorte de “religion laïque” qui, le temps d’une brève saison printanière, a constitué l’horizon commun, non seulement pour beaucoup de palermitains, mais aussi pour plusieurs intellectuels “étrangers” venus s’installer à Palerme afin d’y partager le même “rêve”. Bruno Carbone, par lui même, ou Moni Ovadia, Roberto Andó et Giovanni Solima, à travers les beaux portraits écrits par Maria Lombardo, nous racontent leurs aventures, leurs victoires et leurs défaites.

5De ce “rêve”, la ville devient le théâtre à l’occasion des réjouissances vouées à la sainte patronne, Santa Rosalia, la sainte qui a libéré Palerme de la peste, est devenue l’allégorie de la possibilité de rachat de la ville et du “miracle” que l’ancien maire, Leoluca Orlando, a tenté d’y accomplir dans sa ville. Deborah Puccio nous livre ici les secrets et les métamorphoses du festino. Francesco Giambrone, qui a été un des principaux artisans du renouveau culturel de Palerme, et Thierry Roche, un des principaux acteurs de la rénovation des Cantieri culurali alla Ziza, nous en racontent l’histoire. Mais certains observateurs, à la plume acerbe et au regard critique, tels Marcello Benfante et Goffredo Fofi, relativisent cette “renaissance” palermitaine.

6Par le récit et la fiction, Evelina Santangelo prolonge ce doute et ce questionnement, et elle compose dans son texte une “merveilleuse” métaphore de l’épopée palermitaine. Bien des palermitains en effet pourraient se reconnaître dans la voix désenchantée de Peppe disant : “Et où est le miracle, si un animal s’affale par terre, hein, le Blond ? Hein ?”

7Le monde du marché, dans lequel le récit d’Evelina Santangelo nous fait pénétrer, est le même univers, riche en odeurs et en saveurs, qui apparaît dans le texte de Nino Aiello sur la cuisine palermitaine. Cuisine des contraires, où le sublime et le monstrueux, le doux, le savoureux et le "répugnant" semblent indissociables, dans ce ventre de Palerme.

8Cet univers fabuleux des marchés, peuplé des créatures les plus diverses, est l’un des visages les plus singuliers de Palerme. Au milieu de cette foule bariolée, de ces étalages remplis de produits provenant de la mer ou de terres lointaines, le personnage littéraire de l’ours, d’Evelina Santangelo, ou de la tortue bien réelle, de Bruno Carbone à la Vuciria, sont l’image d’une altérité aussitôt rejetée, dont on ne peut pourtant faire l’économie.

9Les visages de cette altérité sont multiples : ce sont les “extraterrestres”, faisant irruption dans les nuits palermitaines imaginées par Daniela Gambino, les Maures évoqués par la fête de sainte Rosalie, les étrangers si présents dans l’imaginaire et le quotidien de cette ville hétéroclite. Mais si, pour les jeunes palermitains dont Daniela Gambino se fait la porte-parole, les “extraterrestres” sont une occasion pour redécouvrir sa propre ville, les Maures mis en scène dans la fête patronale représentent à la fois les “ennemis” à rejeter et les “ancêtres”. C’est que, dans cette ville méditerranéenne, l’autre et soi-même confondent leurs traits. Comme au temps de Tommasi di Lampedusa, le véritable adversaire est l’ennemi intérieur, l’Etat “qui nous a toujours affamé”, dit, un jour, un palermitain à Bruno Carbone, ou bien les mafieux, ces “étrangers du dedans”.

10Ciprì et Maresco, à leur façon, font ressortir ces contrastes dans leur cinéma en “noir et blanc”, “dégueulasse”, comme ces nourritures, à la fois dégoûtantes et délicieuses dont les palermitains sont si friands. Le long entretien que Maresco a donné à Eric Biagi éclaire sous un ciel noir l’avenir politique et culturel de Palerme.

11Fascination et répulsion sont les sentiments inspirés par cette ville des paradoxes que Teresa Laroca et Alvaro Siza nous permettent de voir, Nino Aiello de savourer, Marcello Benfante et Goffredo Fofi de penser, Roberto Alajmo et Vincenzo Consolo de pénétrer, à travers la finesse de leurs récits. Palerme, où passé et futur, Orient et Occident, chrétiens et musulmans, vie et mort, paradis et enfer se tiennent la main.

12Ce numéro a voulu se faire l’écho de ces oppositions, de ces contradictions, de ces dissonances et de ces conjonctions. La figure du roi Roger II le Normand, dont Pierre Aubé nous fait ici le portrait, et la question de l’art dit “arabo-normand”, dont Anneliese Nef nous explique la construction, font partie de ces rencontres singulières qui donnent à Palerme son caractère unique de ville du Sud où le Nord se retrouve, où Fredéric II de Hohenstaufen a jadis exercé son magistère.

13Entre l’Antiquité, l’Orient et l’Eglise, entre la mafia, la résignation et le renouveau, Palerme hésite… A la lecture de ce dossier, voici enfin une occasion de retrouver Palerme !

Description de l'image par IA : Jeune fille tenant un sac en papier, debout dans une rue pavée, entourée de vieux bâtiments avec du linge séchant aux fenêtres.

Date de mise en ligne : 01/02/2009

https://doi.org/10.3917/lpm.008.0006