Article de revue

Editorial

Le haut et le bas, la démocratie et le peuple

Pages 4 à 5

Citer cet article


  • Fabre, T.
(2002). Editorial Le haut et le bas, la démocratie et le peuple. La pensée de midi, 8(2), 4-5. https://doi.org/10.3917/lpm.008.0004.

  • Fabre, Thierry.
« Editorial : Le haut et le bas, la démocratie et le peuple ». La pensée de midi, 2002/2 N° 8, 2002. p.4-5. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2002-2-page-4?lang=fr.

  • FABRE, Thierry,
2002. Editorial Le haut et le bas, la démocratie et le peuple. La pensée de midi, 2002/2 N° 8, p.4-5. DOI : 10.3917/lpm.008.0004. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2002-2-page-4?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lpm.008.0004


1“Un monde nouveau a besoin d’une nouvelle politique”. Lorsque cette pensée de Tocqueville s’est imposée à nous dans l’élaboration du numéro sur le politique, nous n’imaginions pas qu’elle serait d’une telle urgence. Le réel a surgi avec force et dans toute son âpreté. Une prise de parole du peuple est advenue lors des élections qui, loin d’être un “piège à cons”, selon le slogan racoleur de Mai 68, sont un moment de vérité, un moment où remonte à la surface un flot resté souterrain. Les couches populaires françaises (ouvriers, employés, chômeurs) votent désormais massivement pour le Front national.

2La fracture sociale, longtemps invoquée mais jamais réduite, se conjugue maintenant à une fracture politique, qui ne fait que commencer.

3Longtemps, trop longtemps, nous avons pensé, malgré les élections et réélections de Vitrolles, Marignane et Orange, que le Front national et le Mouvement national s’étaient d’une certaine façon marginalisés, émiettés voire, prenant nos désirs pour la réalité, auto-détruits. Il vaut mieux bien regarder la haine en face et ne pas trop se bercer d’illusions : le national-populisme est devenu la première force politique en Provence, un courant très significatif en France et, sous diverses formes, un courant ascendant en Europe. L’alliance du nationalisme et du régionalisme, préconisée par le Front national, est en train de porter ses fruits, contagieux. Nous n’avons pas encore vraiment bien mesuré toute la portée du glissement de terrain politique qui a eu lieu en France. Les fissures dans l’édifice de nos institutions et dans nos différents modes de “vivre ensemble” sont considérables. Face au rien, à la célébration du vide, au désenchantement démocratique et à la perte de sens, nous pourrions être comme désemparés. Le temps du scepticisme n’est pourtant plus de mise. Cela ne signifie pas qu’un temps de l’embrigadement est pour autant d’actualité. Il est plusieurs façons de participer aux affaires de la cité, de contribuer à un renouveau du vivre ensemble, à une véritable quête de la fraternité, à la recherche d’une refondation du politique. Une voix nous manque, qui n’est pas une démission de la pensée face au populisme, mais au contraire un rappel de son expression.

4Le temps du discernement est devant nous, le travail de la pensée plus nécessaire que jamais, pour faire face, pour faire front. Loin des incantations et des simplifications à propos du “fascisme”, il s’agit de bien comprendre ce qui est en train d’advenir en France et en Europe.

5Il s’agit vraisemblablement d’une lame de fond, d’une tendance lourde qui traverse la plupart des sociétés européennes, chacune selon son mode et selon son style. Mais la tendance au repli, à la peur, à la haine, à l’affirmation d’une soi-disant supériorité de civilisation est là et bien là. Les inhibitions sont en train d’être levées et le “petit blanc”, ce “petit homme” jadis stigmatisé par Wilhelm Reich, retrouve toute sa hargne et toute sa morgue.

6Il serait pourtant suicidaire de s’enfermer dans une simple stigmatisation, dans une posture de mépris que bien des “gens de lettres et de culture” affichent vis à vis du “populaire”, dont bien entendu “ils ne sont pas”…

7Cette coupure, cette séparation entre le “haut” et le “bas”, entre le “noble” et le “vulgaire”, entre la démocratie et le peuple, nous conduit tout droit vers une impasse.

8Ce qui est entre nos mains, c’est justement un art de relier, c’est la recherche des voies (des voix ?) pour articuler plusieurs registres et plusieurs répertoires de formes culturelles, à la fois d’ici et d’ailleurs, c’est une tentative pour construire des passages et ouvrir des lieux où peut se faire l’expérience de l’Autre, loin des mythologies et des simplifications.

9Ce travail de médiation culturelle, de pensée transversale qui cherche à décloisonner des ensembles repliés, tel est bien le rôle d’une revue, de notre revue, son exigence et sa raison d’être.

10A travers ce numéro international sur Palerme nous tentons, après le portrait d’Alger, de donner à voir et à comprendre une ville de l’intérieur.

11Pourquoi “Retrouver Palerme” ? Parce que, comme nous l’a dit avec force le juge anti-mafia Roberto Scarpinato : “Palerme, la ville de la mafia, de tous les massacres et de tous les délits, est l’un des rares lieux éthiques qui nous restent. Ailleurs, la différence bien-mal tend à se nuancer en des tonalités grises intermédiaires entre le blanc et le noir ; ici, la ligne de démarcation est nette : d’un côté, il y a les assassins et leurs complices, de l’autre, il y a les victimes. Choisir entre le bien et le mal, ici, c’est donc plus facile qu’ailleurs. Ce qui est terriblement difficile, c’est de vivre ce choix jusqu’au bout.”

12Face à l’indifférence et à la montée des différentes formes d’obscurantisme, une invitation à ne pas démissionner.


Date de mise en ligne : 01/02/2009

https://doi.org/10.3917/lpm.008.0004