Article de revue

Editorial

Pages 2 à 5

Citer cet article


  • Fabre, T.
(2000). Editorial. La pensée de midi, 2(2), 2-5. https://doi.org/10.3917/lpm.002.0002.

  • Fabre, Thierry.
« Editorial ». La pensée de midi, 2000/2 N° 2, 2000. p.2-5. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2000-2-page-2?lang=fr.

  • FABRE, Thierry,
2000. Editorial. La pensée de midi, 2000/2 N° 2, p.2-5. DOI : 10.3917/lpm.002.0002. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2000-2-page-2?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lpm.002.0002


Notes

  • [1]
    Voir dans la rubrique Le journal l’article de Bernard Millet, “La beauté in fabula”, p. 112.
Celle qui ruine l’être, la beauté,
Sera suppliciée, mise à la roue
Déshonorée, dite coupable, faite sang
Et cri, et nuit, de toute joie dépossédée
— O déchirée sur toutes grilles d’avant l’aube,
O piétinée sur toute route traversée,
Notre haut désespoir sera que tu vives,
Notre cœur que tu souffres, notre voix
De t’humilier parmi les larmes, de te dire
La menteuse, la pourvoyeuse du ciel noir,
Notre désir pourtant étant ton corps infirme,
Notre pitié ce cœur menant à toute boue.
Yves Bonnefoy, La beauté, Hier régnant désert, Poésie/Gallimard, 1970, p. 153.

Richard Baquié, Dessins (approches) (détail), 1992. D.R.

Description de l'image par IA : Une fenêtre avec des objets bleus : une bouteille, un bocal, et une boîte. Des ombres de oiseaux sur le mur blanc.

Richard Baquié, Dessins (approches) (détail), 1992. D.R.

1La beauté est-elle encore cette quête inlassable de la création ? “Suppliciée”, “mise à la roue” selon Yves Bonnefoy, elle demeure, encore et toujours, le sujet de très grandes expositions, comme “La beauté in fabula” que nous propose Jean de Loisy cet été à Avignon, et qui est sans doute appelée à faire date [1].

2“L’homme ne peut se passer de la beauté et c’est ce que notre époque fait mine de vouloir ignorer”, écrivait Camus il y a cinquante ans.

3Notre époque serait-elle en train de changer ?

4Il serait bien hâtif de parvenir à une telle conclusion. Mais il est parfois des lueurs qui percent le poids des nuages, des éclaircies qui donnent à penser que tout n’est pas perdu. L’indifférence et l’“à quoi bon” n’ont pas tout à fait pris le dessus. Il reste des chemins pour la création et c’est ce que nous avons voulu explorer dans ce deuxième numéro de La pensée de midi.

5Comme le montre avec force Michel Guérin dans le texte qui ouvre ce numéro : “il n’y a d’œuvre que là où prévaut aussi la foi dans l’œuvre” ; or bien des attributs de cette foi se sont évanouis. Dieu, la Nature et l’Histoire ne fondent plus la création comme hier. Faut-il pour autant désespérer face à la disparition de ces transcendantaux ? Michel Guérin nous invite au contraire à regarder de plus près “les aspects latéraux de l’activité artistique, puisque le central-vertical, l’apothéose de la «belle apparence», ne saurait plus être renfloué”.

6Acceptons-en l’augure et partons à la découverte de cette “traversée des frontières” où l’activité artistique s’accomplit aujourd’hui.

7Le voyage que nous vous proposons dans ce numéro n’est en rien abstrait ou théorique. Il s’incarne dans des figures qui rendent visibles cette création à l’œuvre. La séparation classique des domaines, qui présidait à l’organisation des “Beaux-Arts”, n’a plus cours aujourd’hui. C’est à l’intersection des différents champs de la création, de la musique et de la danse, des arts plastiques et de l’image, de la littérature et du théâtre, qu’advient ce qui importe.

8L’isolement n’est plus possible, que ce soit dans un domaine ou dans une culture. La traversée en effet est aussi celle des répertoires et des références, des formes et des styles.

9Oui “l’errance est fondatrice”, comme l’a inscrit Richard Baquié dans une de ses œuvres que nous avons choisie comme emblème de ce dossier.

10Cette “errance”, il ne faut pas hésiter à s’y abandonner. Il ne s’agit pourtant pas de s’y perdre tout à fait. Comment trouver quelques repères ?

11Ce dossier a été construit autour de trois types de textes.

12Des portraits et des figures, pour entrer dans l’atelier de la création, à la frontière de différents domaines : la sculpture et les arts plastiques, avec Richard Baquié, le stylisme et la mode, avec Christian Lacroix, la photographie et l’architecture, avec Gabriele Basilico et Aldo Rossi, la chorégraphie et la danse, avec Georges Appaix, la littérature et la photographie, avec Joan Fontcuberta, la musique contemporaine, avec Jean-Claude Risset, le flamenco réinventé, avec Enrique Morente, la création multimédia, avec Yacine Aït Kaci, et le théâtre, ce spectacle total, avec Romeo Castellucci.

13Ces portraits, qui donnent à voir certains aspects de la création contemporaine, s’accompagnent de textes d’analyse, qui permettent de comprendre certains de ses moments historiques.

14Walter Benjamin et ses “Passages”, cette allégorie de la modernité du xixe siècle, dans lesquels Michel Guérin nous fait entrer ; l’art aux frontières de lui-même, qu’explore François Bazzoli à travers le futurisme, le dadaïsme et Kurt Schwitters, puis l’école de New York, avec Rauschenberg et John Cage ; la littérature et les frontières de la langue, que Renaud Ego scrute à partir des œuvres de Kateb Yacine, de Samuel Beckett et de Ken Saro-Wiwa, cet auteur nigérian encore trop largement méconnu ; enfin, les aspects récents de la création dans les arts plastiques, que Frédéric Valabrègue remet en perspective.

15Tous ces textes sont ponctués par des “éclats”, de Moholy-Nagy et de Mallarmé, de Ponge et d’Adonis, de Daney et de Kantor, et qui offrent autant de fragments d’une constellation inachevée, d’une œuvre ouverte qui s’accomplit quelque part vers ces confins, à la traversée des frontières.


Date de mise en ligne : 01/04/2009

https://doi.org/10.3917/lpm.002.0002