Mohamed Sadoun, Paul Magnaud, « Le bon juge », Riveneuve éditions, 150 p., 10 €.
- Par Roland Roland
Pages 180 à 181
Citer cet article
- ROLAND, Roland,
- Roland, Roland.
- Roland, R.
https://doi.org/10.3917/lp.375.0180
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https://doi.org/10.3917/lp.375.0180
Mohamed Sadoun, Paul Magnaud, « Le bon juge », Riveneuve éditions, 150 p., 10 €.
Roland Weyl
1 En 1897, « Le bon juge de Château-Thierry » fait scandale en relaxant une mère qui a volé un pain pour nourrir son enfant. Il méritait que ce livre lui soit consacré. Il y est dit que, jusque-là Magnaud était tombé dans l’oubli : Pourtant on a enseigné à des générations d’étudiants en droit qu’il était l’exemple à ne pas suivre parce que substituant l’arbitraire du juge à la sécurité de la légalité, mais le contre-courant est venu. Notamment 4 pleines pages lui sont consacrées en 1957 dans l’Histoire de la Magistrature du Président Rousselet, il a été donné à l’auteur de la présente note de publier à son éloge, en 1975, une brochure (en français) aux éditions Giuffré de Milan, et, en 1998, un colloque lui était consacré par l’association Droit-Solidarité en partenariat avec la ville et la société d’Histoire de Château-Thierry. Certes, ce fut sans grande diffusion. Si l’auteur en avait eu connaissance, il aurait évité l’écueil de donner plus de place à la personnalité du juge qu’à la portée de son oeuvre, qu’il évoque mais sans y donner toute sa dimension, Quand Magnaud relaxe la voleuse, puis légitime la grève des ouvriers agricoles, responsabilise le patron pour les accidents du travail, les chemins de fer pour les bagages perdus, etc.., c’est par des décisions longuement motivées pour en soumettre la légitimité au contrôle du peuple souverain, et selon un fil rouge parfaitement juridique et actuel : celui qui est en infériorité économique n’est pas libre et doit être protégé par les principes fondamentaux du droit. Il n’est pas besoin de « marxiser » Magnaud pour noter que c’est l’époque où Marx dénonce l’inégalité qu’entretient l’égalitarisme du droit bourgeois, qui ne pourrait être pallié que par un droit inégal au profit de l’inférieur. Cela se traduira par les textes protégeant les salariés, les locataires, les consommateurs… Et s’il fait scandale au sommet, Magnaud est tellement dans le vent qui monte qu’un de ses collègues recevra en écho, lors d’une nomination, des félicitations au « bon juge de Fontainebleau ». Et c’est la bataille qui se mène aujourd’hui pour que les lois soient appliquées à la lumière des textes fondamentaux tels que le Pacte des Nations unies de 1966 sur les droits économiques sociaux et culturels. C’est pourquoi, même si le livre ne donne pas à son sujet toute sa dimension, il a le mérite d’exister et on doit souhaiter qu’il ait une meilleure diffusion que ses prédécesseurs.