Article de revue

La datcha

Pages 38 à 46

Citer cet article


  • Verger, F.
(2017). La datcha. La Nouvelle Revue française, 624(3), 38-46. https://doi.org/10.3917/nrf.624.0038.

  • Verger, Frédéric.
« La datcha ». La Nouvelle Revue française, 2017/3 N° 624, 2017. p.38-46. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-nouvelle-revue-francaise-2017-3-page-38?lang=fr.

  • VERGER, Frédéric,
2017. La datcha. La Nouvelle Revue française, 2017/3 N° 624, p.38-46. DOI : 10.3917/nrf.624.0038. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-nouvelle-revue-francaise-2017-3-page-38?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nrf.624.0038


Notes

  • [1]
    Ces pages sont extraites de Les rêveuses, à paraître en septembre 2017 chez Gallimard.

L’hiver s’écoula dans ce mélange de routine et d’anarchie, de monotonie et d’incertitude, qui faisait le charme particulier de la vie à la datcha. Chaque matin, on était certain de refaire les mêmes choses que la veille : trouver à manger, à boire, se promener et rêver dans sa chambre, mais jamais tout à fait de l’ordre dans lequel on le ferait, ni – tout semblant si précaire – si ce n’était pas pour la dernière fois.
Quand Peter descendait de sa chambre à l’aube, Emmanuel était déjà là ; en col roulé noir, il préparait du thé, de la katcha, ou était occupé à graisser, dans cette maison sans clef où il n’y avait rien à voler, un cadenas ou une serrure posés sur une page de journal, ou à limer les pieds usés d’une chaise, repasser du linge, confectionner des cigarettes avec les déroulures des mégots, repriser un vêtement debout, en longs coups d’aiguille où son bras s’étirait jusqu’au plafond. Quand Peter entrait dans la pièce, il ne levait jamais les yeux de son travail, mais cette indifférence n’était pas blessante, elle apaisait même ; elle semblait exprimer cet attachement calme et sans réserve qu’on éprouve pour un chien ou un chat.
Entre deux coups de lime, il levait les yeux vers Peter, souriait de toutes ses dents avec un petit signe de tête, à la façon d’un camarade de combat ; ou le contemplait de sa face de pierre, cherchant ce qu’il pourrait bien lui servir à manger comme on regarde un outil en se demandant à quoi il pourrait être utile.
Quand des coups de canne retentissaient au plafond, il montait et redescendait quelques instants plus tard en portant la vieille dans ses bras…


Date de mise en ligne : 09/07/2025

https://doi.org/10.3917/nrf.624.0038

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