Olivier Renaud, Errances, Éditions Paulsen, 2019, 247 pages, 21 €
- Par François Bellec
Pages 56b à 57b
Citer cet article
- BELLEC, François,
- Bellec, François.
- Bellec, F.
https://doi.org/10.3917/geo.1575.0056b
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- Bellec, F.
- Bellec, François.
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https://doi.org/10.3917/geo.1575.0056b
1 L’auteur est un philosophe au talent de romancier. Sans doute fallait-il une telle approche pour déchiffrer au fil de pérégrinations démesurées et d’un parcours personnel sinueux la personnalité complexe d’un des plus étonnants voyageurs : Vitus Bering. Un Danois passionné de mer à 15 ans, entré par fascination dans la marine que Pierre le Grand offrait à la Russie dans une Europe septentrionale que la Guerre du nord mettait en ébullition. Un marin dans l’âme au regard lointain, ambitieux, ombrageux, proche des grands et aimé du tsar, mais détestant les courtisans et les politiciens, aventurier mal dans sa peau sociale. Les caractères d’un Magellan ou plus tard d’un Dumont d’Urville, qui en firent comme eux un grand explorateur du monde.
2 Son expérience des navigations lointaines acquises au commerce des Indes le fit choisir pour commander l’expédition voulue par un tsar passionné de géographie vers le Kamtchatka encore flou. L’objectif fixé par Pierre 1er en fin de vie était de vérifier que l’on pouvait contourner la Sibérie par la mer, confirmant ainsi l’existence d’un passage maritime arctique vers le Pacifique. Ce qu’avait d’ailleurs montré en sens inverse dans l’indifférence le cosaque Semyon Dejnev en 1634. La Première expédition du Kamtchatka dura 5 ans (1725-1730). Elle traversa la Sibérie jusqu’à Okhotsk puis le Kamtchatka où commença l’expédition navale quand les charpentiers eurent construit l’Archange Gabriel. Béring longea le littoral vers le nord selon ses instructions, jusqu’à constater qu’il s’orientait à l’ouest, et passa dans la brume près de l’Alaska qu’il ne vit pas. Le succès du voyage étant perfectible, la tsarine Anna Ivanovna relança Bering vers les confins de la Sibérie. Quittant Saint Pétersbourg en 1733, la Grande expédition du Nord qui allait s’étirer sur dix ans avait une dimension scientifique, outre sa motivation géographique fondamentale. Bering à bord du Saint Pierre et son second Tchirikov à bord du Saint Paul appareillèrent de la baie d’Avatcha au Kamtchatka dans les premiers jours de juin 1741, et mirent le cap à l’est. Ils atteignirent l’Alaska le 16 juillet près du mont Saint Élie. Le retour contre les vents d’ouest déchaînés fut un calvaire. Miné par le scorbut comme beaucoup d’autres, Bering mourut le 19 décembre sur une île au large du Kamtchatka dans le prolongement de l’arc de subduction des Aléoutiennes. Elle porte aujourd’hui son nom, comme le détroit qui l’honore et la mer qui le prolonge.
3 François Bellec