Article de revue

Éditorial. Humboldt, le second Colomb

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  • Fumey, G.
(2019). Éditorial. Humboldt, le second Colomb. La Géographie, 1575(4), 3-3. https://doi.org/10.3917/geo.1575.0003.

  • Fumey, Gilles.
« Éditorial. Humboldt, le second Colomb ». La Géographie, 2019/4 N° 1575, 2019. p.3-3. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2019-4-page-3?lang=fr.

  • FUMEY, Gilles,
2019. Éditorial. Humboldt, le second Colomb. La Géographie, 2019/4 N° 1575, p.3-3. DOI : 10.3917/geo.1575.0003. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2019-4-page-3?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1575.0003


1 Membre fondateur et président de la Société de Géographie, – la première au monde, fondée à Paris en 1821 –, Alexandre de Humboldt est né dans l’Europe de l’Ancien Régime en 1769 et mort dans celle des nationalismes et des révolutions en 1859. Il a été l’un des derniers savants européens qui a, à peu près, touché à tout. Mais il est surtout resté l’homme d’un voyage dans l’Empire espagnol des Amériques à la veille de l’indépendance. Et quel voyage ! Avec le botaniste Bonpland, ces années en Amazonie, dans les Andes, à Cuba et aux États-Unis, de 1799 à 1804, ont fait faire un bond spectaculaire à la géologie, la botanique, la géophysique, l’anthropologie, l’économie politique et… la géographie.

2 Il est quasi impossible de dresser l’inventaire de ce voyage. Mais ses innombrables mesures ont complété la carte de l’Amérique, la découverte de six mille nouvelles espèces de plantes, enrichi de 8 % l’herbier mondial, l’observation des courants marins, ouvert un nouveau chapitre de l’océanographie. Les aptitudes de Humboldt à apprendre les langues locales en ont fait un anthropologue critiquant violemment l’esclavage. Collectionnant des centaines de milliers de données, il les a mis en rapport pour dresser la première géographie des plantes et inventer l’idée de « milieu ». Il a redéfini le voyage scientifique en passant du catalogue des faits à l’élaboration des savoirs sans négliger les impressions et les émotions qui l’ont poussé à considérer la peinture et le dessin comme essentiels dans sa recherche. Il a ouvert de nouvelles pratiques en géopolitique.

3 « Battre du tambour fait partie du métier intellectuel » écrivait à son propos le germaniste Christian Helmreich. Humboldt a publié des milliers de lettres de voyages et trente volumes sur l’aventure dans les régions équinoxiales, dont les Tableaux de la nature, en intégrant les savoirs indigènes qui rompaient avec l’européocentrisme. Humboldt vibrionnait dans les salons les plus huppés de Paris et conseillait les rois. À Berlin, il diffusait son savoir lors de grandes conférences ouvertes à tout public. Excellent conteur qui s’installait dans les paysages qu’il décrivait, il a élaboré une géographie d’auteur.

4 Humboldt a exercé une forme de paternité sur la géographie universitaire de la fin du XIXe siècle. Mais il n’a eu ni filiation intellectuelle, ni école. Pour Sébastien Velut (Sorbonne Paris Cité), « Vidal a refondé la géographie dans l’oubli de Humboldt ». Mais Max Sorre a exploité sa Géographie des plantes et ouvert la pensée de Humboldt à l’écologie contemporaine. L’heure du grand savant inclassable pourrait être enfin venue. Sans être un pionnier, il est perçu aujourd’hui comme un scientifique nous suggérant une autre façon de voir le monde, totalisante sans être systémique. L’homme fait partie de la nature. Sa vision englobante fonde le projet de son Cosmos (entamé à soixante-quatorze ans) qui nous mène des canyons aux étoiles et aux planètes.

Ce numéro est consacré à Alexandre de Humboldt à l’occasion du colloque « Alexander von Humboldt and the Earth System Sciences » (Institut de Physique du Globe de Paris, 22 novembre 2019), célébrant le 250e anniversaire de sa naissance.

Date de mise en ligne : 30/09/2022

https://doi.org/10.3917/geo.1575.0003