Article de revue

Mustangs et Indiens : un compagnonnage nullement immémorial

Pages 66 à 67

Citer cet article


  • La chronique de géohistoire de Grataloup, C.
(2017). Mustangs et Indiens : un compagnonnage nullement immémorial. La Géographie, 1565(2), 66-67. https://doi.org/10.3917/geo.1565.0066.

  • La chronique de géohistoire de Grataloup, Christian.
« Mustangs et Indiens : un compagnonnage nullement immémorial ». La Géographie, 2017/2 N° 1565, 2017. p.66-67. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-2-page-66?lang=fr.

  • La chronique de géohistoire de GRATALOUP, Christian,
2017. Mustangs et Indiens : un compagnonnage nullement immémorial. La Géographie, 2017/2 N° 1565, p.66-67. DOI : 10.3917/geo.1565.0066. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-2-page-66?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1565.0066


1 Une diligence tirée par quatre chevaux au galop poursuivie par plusieurs dizaines d’indiens hurlant et chevauchant à cru leurs mustangs : l’acmé de la Chevauchée fantastique (Stagecoach, 1939) de John Ford représente une des scènes les plus connues du cinéma et des plus archétypiques du western. Le film ouvre la grande époque du genre, les années 40 et 50, incarnée entre autres par l’acteur principal de la Chevauchée puis d’autres grands westerns de Ford, John Wayne. Difficile d’imaginer son adversaire, le guerrier indien sans son petit cheval vif, résistant et frugal comme lui. Pourtant, ce couple, lors de la conquête de l’Ouest (essentiellement, pour le mythe cinématographique, les années qui suivent la guerre de Sécession), ne peut avoir plus de deux siècles ; en matière de complicité entre l’homme et l’animal depuis le Néolithique, c’est bien peu.

2 Les Amérindiens ne pouvaient connaître le cheval avant le XVIe siècle : ce sont les Espagnols qui l’ont amené en Amérique. Il y avait bien eu, lors de la dernière glaciation, des chevaux qui étaient venus de Sibérie, franchissant l’isthme de Béringie (le détroit de Béring alors émergé) comme les premiers groupes humains, sans que ces migrations aient été liées. Mais ces équidés premiers avaient disparu il y a quelques dix mille ans. Dès le deuxième voyage de Colomb (1493) des chevaux font partie du voyage. L’expédition de Cortez en comportait 16 qui firent d’abord forte impression aux guerriers aztèques. On estime qu’un milliers de chevaux traversèrent l’Atlantique au XVIe siècle dont près de la moitié arrivèrent à bon port. Les mustangs sont les descendants de ces petits chevaux espagnols, parfois croisés de barbes ou d’arabes.

3 Dans les immensités où les colons espagnols ne pouvaient tenir que quelques points d’appui, les chevaux étaient une nécessité vitale pour l’esquisse d’un contrôle du territoire. Des élevages extensifs furent mis en place au nord du Mexique, mais beaucoup de chevaux échappèrent aux rassemblements opérés régulièrement par les éleveurs, les rodeos (de rodear, entourer). Ils étaient qualifiés de « sans maître » : mostengos ou mestengos, terme anglicisé au XIXe siècle en mustang. Les Indiens chassèrent d’abord ces animaux ensauvagés pour les manger, puis, ayant constaté la pratique de la monte des colons et subi son efficacité, ils en dressèrent certains qu’ils apprirent à chevaucher sans selle ni mors dès le XVIIe siècle. Dans les Grandes plaines cette re-domestication eut un effet considérable sur les modes de vie. La chasse au bison devint beaucoup plus efficace, au point que certains groupes indiens agriculteurs retournèrent à la chasse, plus nouricière à l’aide du mustang.

Affiche du film La Chevauchée Fantastique de John Ford, 1939

Description de l'image par IA : Une affiche de film montrant des cavaliers et des chevaux au pied de montagnes enneigées. Le titre "Stagecoach" est en grand en bas.

Affiche du film La Chevauchée Fantastique de John Ford, 1939

4 Aujourd’hui, les chevaux sauvages représentent aux États-Unis et au Canada une espèce protégée, en particulier depuis le Wild and free roaming horses and burros act de 1971. Comme ils n’ont guère de prédateurs (seul le puma prend le risque d’affronter les étalons), leur prolifération soulève l’ire des éleveurs. Et les écologistes sont partagés, car il n’est pas évident d’affirmer qu’il s’agit d’une espèce sauvage, partie intégrante de l’écosystème traditionnel. Mais les représentants des Amérindiens, eux vraiment « premiers », sont devenus leurs plus dynamiques défenseurs. L’authenticité est toujours une construction…


Date de mise en ligne : 03/04/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1565.0066