Article de revue

Territoire en vue

L’atoll de Clipperton. Une histoire partagée

Pages 6 à 7

Citer cet article


  • Gómez Robledo, J.-M.
(2017). L’atoll de Clipperton. Une histoire partagée. La Géographie, 1564(1), 6-7. https://doi.org/10.3917/geo.1564.0006.

  • Gómez Robledo, Juan Manuel.
« L’atoll de Clipperton. Une histoire partagée ». La Géographie, 2017/1 N° 1564, 2017. p.6-7. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-1-page-6?lang=fr.

  • GÓMEZ ROBLEDO, Juan Manuel,
2017. L’atoll de Clipperton. Une histoire partagée. La Géographie, 2017/1 N° 1564, p.6-7. DOI : 10.3917/geo.1564.0006. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-1-page-6?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1564.0006


1 L’atoll de Clipperton, situé dans le Pacifique nord à 1248 km d’Acapulco et à 3980 km de la Polynésie française, renferme dans ses 9 km² de terres émergées une histoire passionnante.

2 La découverte de ce territoire fait débat entre les historiens. D’après certaines sources, le navigateur Alvaro de Saavedra le revendique en 1526 comme faisant partie de l’empire espagnol. L’appellation actuelle de l’îlot est liée à deux faits qui se déroulent au XVIIIe siècle : une brève occupation de l’atoll par le flibustier britannique John Clipperton en 1704, et un passage dans les environs des navigants havrais Michel Dubocage et Mathieu Martin de Chassiron, qui auraient avisé ce territoire un Vendredi Saint, d’où le nom de La Passion.

3 Le 17 novembre 1858, le Lieutenant de Vaisseau Victor de Kerwéguen, commissaire du gouvernement français, rédige à bord du navire L’Amiral un acte par lequel il proclame que la souveraineté sur l’île appartient à perpétuité à S. M. l’Empereur Napoléon III et à ses héritiers et successeurs. Comme nous le verrons, cette date est retenue dans la sentence arbitrale du roi Victor-Emmanuel III comme marquant le début de la souveraineté française sur Clipperton. Kerwéguen avertit de son accomplissement le Consulat de France à Honolulu ; le journal local The Polynesian publie la déclaration de souveraineté le 8 décembre 1858.

4 Avec la proclamation du « Guano Islands Act » en août 1856, le Congrès des États-Unis d’Amérique autorise ses citoyens à prendre possession des îles inhabitées et n’appartenant à aucun pays afin d’y exploiter de précieux engrais. Cette loi permet au Président des États-Unis de défendre militairement les intérêts américains liés à l’exploitation de ressources, et lui laisse le choix de réclamer la souveraineté sur ledit territoire, ou de le retourner à son statut précédent de terra nullius. L’Oceanic Phosphate Company de San Francisco s’installe à Clipperton en 1895 et y arbore le drapeau américain. Ce fait, combiné à des rumeurs répandues dans la presse sur des ambitions britanniques présumées, provoquent une réaction du gouvernement du Président du Mexique Porfirio Díaz sur le sort de cet atoll.

5 Pour affirmer la souveraineté sur cet îlot qui, d’après les autorités mexicaines de l’époque, faisait partie des possessions héritées de la Nouvelle Espagne, le général Díaz autorise en septembre 1905 l’installation à Clipperton d’un détachement du 11e bataillon d’Acapulco. Le ravitaillement de 36 personnes, commandées par le capitaine mexicain d’origine barcelonnette Ramón Arnaud Vignon, est assuré une fois par trimestre par les navires El Demócrata et Corrigan II. Entre-temps, le 2 mars 1909, le Mexique et la France signent à Mexico une convention visant le règlement du désaccord sur la souveraineté de Clipperton par la voie de l’arbitrage.

Description de l'image par IA : Plage de sable fin, eau turquoise, rochers au premier plan, ciel nuageux.

6 Or survient la révolution mexicaine qui renverse le régime de Díaz ; les habitants de Clipperton sont oubliés, leur dernier ravitaillement ayant lieu en janvier 1914. La plupart meurent de faim ou attaqués par les requins, mais en juillet 1917 le navire USS Yorktown réussit à sauver trois femmes et huit enfants, seuls survivants d’un drame aux allures de légende.

7 Enfin, la sentence de l’arbitrage du roi d’Italie Victor-Emmanuel III est rendue à Rome le 28 janvier 1931 : « la souveraineté sur l’île de Clipperton appartient à la France à dater du 17 novembre 1858 ». Le gouvernement du Président mexicain par interim Abelardo Rodríguez publie dans le Journal officiel du 18 janvier 1934 la réforme constitutionnelle qui supprime Clipperton des possessions territoriales des États-Unis du Mexique. Depuis lors, aucun geste de revendication de souveraineté n’a été accompli ou promu par le gouvernement mexicain. Au contraire, cette date marque une étape dans la coopération fructueuse entre la communauté scientifique et la société civile des deux pays, qui se poursuit jusqu’au XXIe siècle.


Date de mise en ligne : 03/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1564.0006