Territoire en vue
Le Cap-Vert, pays modèle
- Par Gilles Fumey
Pages 6 à 7
Citer cet article
- FUMEY, Gilles,
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- Fumey, G.
https://doi.org/10.3917/geo.1559.0006
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Île de Santo Antao, Cap-Vert
Île de Santo Antao, Cap-Vert
1 Dans les projets d’électrification pour les 650 millions d’Africains qui n’ont pas d’accès à cette énergie, le Cap-Vert a un kilowatt d’avance. Cet archipel d’un demimillion d’habitants au large du Sénégal n’a pas attendu Jean-Louis Borloo : sa production d’énergie électrique, très faible aujourd’hui, sera suffisante et propre en 2020. L’objectif du 100% renouvelable a été fixé en 2010, d’abord avec quelques éoliennes et panneaux solaires au moment où le fuel et le diesel assuraient tant bien que mal (mais plutôt mal) l’alimentation électrique du pays. C’est la hausse du prix du pétrole en 2008 privant 40% des Capverdiens ne pouvant pas suivre l’inflation des coûts qui a été à l’origine de la décision. Du coup, le Cap-Vert fit un bond vers le renouvelable en aménageant quatre parcs éoliens, soit 30 turbines pour une capacité de 25 MW. Côté solaire, deux champs de 7 MW sur les îles de Santiago et Sal. Le projet de J.-L. Borloo est évalué à 250 milliards de dollars sur dix ans, dont le cinquième doté par les pays riches. Le tout, argent et compétences administratives, seraient mutualisés dans une « agence panafricaine » réclamée pendant la COP21. L’ancien ministre pourrait parler du coffre-fort africain avec le cuivre, le fer, le charbon, le manganèse, l’uranium devenus… une malédiction car ce potentiel attire trop d’investisseurs peu regardants. D’autant que l’Afrique possède un immense réservoir d’énergies renouvelables (eau en climat équatorial, solaire au Sahel, géothermie au Kenya, éolien au Maroc et en Éthiopie.
Éoliennes installées à Ashego-da, nord de l’Éthiopie
Éoliennes installées à Ashego-da, nord de l’Éthiopie
2 Pour l’instant, au Cap-Vert, Cabeólica est l’entreprise qui gère les éoliennes réparties sur quatre îles. Le choix a été fait d’un partenariat public-privé pour limiter le recours aux caisses de l’État. Aujourd’hui, 25% de l’énergie est déjà acquise en renouvelable. Fini le temps des coupures décourageant d’avoir des frigos, des ordinateurs ou de programmer des soins dans les hôpitaux. L’Union européenne a financé l’installation des panneaux solaires, le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) et la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) le reste. Pour faire du Cap-Vert un lieu d’expérimentation de ce qui pourra s’étendre aux pays voisins et, aussi, à tout le continent. Le prix de l’électricité a chuté de 40% pour ceux qui étaient connectés aux centrales thermiques. Des campagnes anti-fraudes ont été lancées pour rassurer les investisseurs étrangers. Lorsque le soleil manque, les batteries sont prévues pour tenir trois à cinq jours, et si les nuages stagnent trop longtemps, les habitants réduisent leur consommation, notamment de télévision et de ventilateur.
3 Le Ghana est aussi sur cette lancée d’autant plus stupéfiante que l’électrification de l’Afrique au rythme actuel pourrait être achevée… en 2080. « Les naissances vont plus vite que les kilowatts » comme l’affirme J.-L. Borloo, et l’Afrique veut la lumière. Le Cap-Vert lui donne l’espoir.