Une « nouvelle espèce de zoo » ?
Les héritages du Parc Zoologique de Paris
- Par Jean Estebanez
Pages 62 à 63
Citer cet article
- ESTEBANEZ, Jean,
- Estebanez, Jean.
- Estebanez, J.
https://doi.org/10.3917/geo.1554.0062
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- ESTEBANEZ, Jean,
https://doi.org/10.3917/geo.1554.0062
1 Depuis sa troisième ouverture, le 12 avril 2014, plus de 500 000 visiteurs ont passé les portes du zoo de Vincennes, soulignant l’intérêt manifeste du public pour un dispositif pourtant critiqué pour l’enfermement des animaux qu’il produit.
2 En 1931, le zoo temporaire de l’Exposition coloniale, présentant les animaux sauvages et exotiques des possessions françaises, parfois accompagnés des populations censées vivre à leurs côtés, accueille près de cinq millions de visiteurs. Alors que Londres ou Berlin disposent de grands zoos depuis la première moitié du XIXe siècle, Paris ne possède guère que la Ménagerie du Jardin des Plantes – dont l’ancienneté et le prestige ne compensent guère la taille.
3 Le zoo de Vincennes, inauguré le 2 juin 1934 par le président de la République Albert Lebrun, et construit par Charles Letrosne, architecte des bâtiments civils et des palais nationaux, se veut une mise à niveau des installations parisiennes, pour les rendre dignes du statut de la France. Directement inspiré du zoo de Stellingen de Carl Hagenbeck – qui vient d’établir un modèle révolutionnaire de présentation des animaux, avec des enclos dépourvus de grilles et composés par des plans paysagés – le nouveau parc zoologique de Vincennes attire les foules, plus de 50 000 personnes se pressant à l’ouverture. Le zoo complète alors la mise en scène de la puissance coloniale, économique et diplomatique de la France.
4 A la suite d’une lente désaffection du public et d’une vétusté croissante, le béton des faux-rochers partant par plaques, le zoo ferme de novembre 2008 à avril 2014 pour être presque totalement réaménagé, après 167 millions d’euros de travaux, conduits par l’architecte Bernard Tschumi.
5 Si le zoo reste un grand projet urbain, ce n’est plus la puissance publique qui finance les lieux, mais un partenariat public-privé. Le remboursement des loyers annuels (12,2 millions d’euros) explique ainsi la multiplication par quatre des tarifs d’entrée, alors même que le zoo – beaucoup plus que les musées, le théâtre ou, bien sûr, l’opéra – est fréquenté par (quasiment) toutes les couches sociales, y compris les plus populaires.
6 La communication de l’institution annonce une « nouvelle espèce de zoo », dans laquelle les animaux ne seraient plus des objets de curiosité mais des « ambassadeurs de la nature où ils vivent ». Ceux-ci sont en effet présentés dans des « biozones » évoquant leurs écosystèmes d’origine (Sahel-Soudan, Patagonie, Guyane, Europe et Madagascar) et non plus par des regroupements en taxons et espèces, comme à la Ménagerie du Jardin des Plantes. Ce mode de collection, accompagné de la constitution de vastes paysages (la plaine africaine s’étend sur 4 hectares), serait ainsi le gage du respect du bien-être des animaux, répondant ainsi à un des principaux griefs adressés aux zoos.
Bassin des lamantins dans la Grande serre
Bassin des lamantins dans la Grande serre
7 Loin d’être radicalement neuf dans son principe, le zoo de Vincennes s’inscrit dans une double lignée. Celle de l’héritage de C. Hagenbeck, dont les innovations en terme de régime de visibilité des animaux – l’effacement de la barrière et le paysage zoologiques – sont toujours centrales dans les zoos contemporains. C’est particulièrement net à Vincennes, dont la plupart des vues sont structurées par le grand rocher qui crée le point de fuite du paysage. Devenu un point de repère du sud-est parisien, il est désormais classé et a conditionné le plan de l’installation contemporaine, la grande volière s’amarrant par exemple à celui-ci. La seconde influence majeure qui structure le zoo est celle de l’immersion paysagère, mise au point dans les années 1970 par les architectes Jones & Jones au zoo de Seattle. Les visiteurs, au lieu d’uniquement observer des points de vue sont conduits par un parcours dans les milieux eux-mêmes, partageant même parfois un espace commun dans les serres ou les volières.
8 Si le dispositif visuel n’est pas particulièrement original, on notera cependant le choix effectué dans les biomes présentés et leur traitement. Pas de grandes mises en scène annonçant l’entrée en Afrique, accompagnées des reproductions de villages et d’activité humaines jugées authentiques, car proches de la nature. On notera au contraire la place de l’Europe, généralement absente d’un spectacle qui est d’abord celui de l’exotisme. Si Vincennes ne règle pas les questions post-coloniales que pose le principe même du zoo, il en évite les écueils trop manifestes, par une architecture épurée où l’activité humaine n’est jamais caricaturée.