Article de revue

Le textile dans la mondialisation malheureuse

Pages 32 à 33

Citer cet article


  • Fumey, G.
(2013). Le textile dans la mondialisation malheureuse. La Géographie, 1551(4), 32-33. https://doi.org/10.3917/geo.1551.0032.

  • Fumey, Gilles.
« Le textile dans la mondialisation malheureuse ». La Géographie, 2013/4 N° 1551, 2013. p.32-33. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2013-4-page-32?lang=fr.

  • FUMEY, Gilles,
2013. Le textile dans la mondialisation malheureuse. La Géographie, 2013/4 N° 1551, p.32-33. DOI : 10.3917/geo.1551.0032. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2013-4-page-32?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1551.0032


1 L’histoire se répète. L’Angleterre fut l’atelier du monde au XIXe siècle. La prolétarisation de ses ouvriers a été à l’origine du syndicalisme moderne et des internationales communistes. Un siècle plus tard, l’atelier textile s’est déplacé au Maghreb, en Turquie mais surtout en Chine qui, dans les années 1980, produisait les deux tiers des habits portés dans le monde. Les révolutions y ont été étouffées par le régime chinois. Les salaires ont grimpé et, à nouveau, les industriels ont délocalisé dans les pays voisins d’Asie du Sud-Est comme le Bengladesh, la Thaïlande, le Vietnam, l’Indonésie, la Malaisie, le Laos et le Cambodge.

2 Ces pays paient un tribut très lourd à la mondialisation du textile. Le 24 avril 2013, à Savar, dans la banlieue de Dacca (Bengladesh), le Rana Plaza s’effondre. Cet immeuble où s’entassaient des centaines d’ouvriers du textile jouxte d’autres sweat shops eux-mêmes à l’origine d’accidents régulièrement. Entre 2009 et 2012, ce sont plus de 700 personnes qui sont mortes au travail dans des usines textiles, selon le Bengladesh Institute of Labour Studies. Le textile est souvent le secteur par lequel un pays entre dans l’ère industrielle. Au Bengladesh, un haut-fonctionnaire coréen de Daewoo, Norul Quader lance l’industrie en 1980. Malgré les quotas américains contre le textile issu de ce pays, le Bengladesh est devenu le second exportateur mondial de textile, derrière la Chine et devant l’Inde. Les sociétés patriarcales locales emploient des mères célibataires, des veuves, des femmes répudiées et, évidemment, beaucoup d’enfants. En 2013, ce sont 4 millions de personnes qui travaillent dans les chaînes de ce pays de 150 millions d’habitants. « Le prix de l’esclavage » dénoncé par le pape, c’est un salaire de 38 dollars par mois. Les acheteurs que nous sommes ont du mal à savoir quelles firmes sont compromises : Zara, C&A, H&M et Carrefour (mais bien d’autres peu bavardes qui ne reconnaissent pas l’exploitation qu’ils mènent). Boycotter n’est pas la solution pour ce pays qui possède là une des chances de décoller économiquement. Il n’empêche. Les pays riches doivent dépenser beaucoup d’énergie pour limiter les ravages de cette mondialisation honteuse.

3 Car le Cambodge est entré aussi dans la répression. Début janvier 2014, la police a ouvert le feu sur des ouvriers du textile réclamant un meilleur salaire. 58 euros pour 60 heures par semaine, ce n’est plus suffisant pour vivre au Cambodge. Les manifestations devant les usines ont été violemment réprimées, faisant plusieurs morts et blessés graves. Les syndicats se plaignent notamment d’évanouissements collectifs, attribués à la sous-alimentation et au surmenage. L’Organisation internationale du travail (OIT) a souligné que les conditions de travail s’étaient détériorées. Le secteur textile emploie quelque 650 000 ouvriers, dont 400 000 pour des sociétés qui travaillent pour des grandes marques internationales. Les ouvriers passent en janvier 2014 à la phase politique de leur mouvement en s’alliant à l’opposition réclamant de nouvelles élections parce que celles de juillet 2013 étaient entachées de fraudes massives. Pour l’instant, les députés du Parti du peuple cambodgien (CPP) boycottent l’Assemblée nationale. Malgré sa croissance rapide, le Cambodge reste l’un des pays des plus pauvres de la planète, et le mécontentement de la population augmente face à l’accaparement des richesses, notamment des terres, par les proches du pouvoir.

Deux des victimes probablement mortes d’asphyxie à la suite de l’effondrement du Rana Plaza survenu en avril 2013

Description de l'image par IA : Un homme couvert de poussière, probablement mort, gisant parmi les débris après l'effondrement du Rana Plaza.

Deux des victimes probablement mortes d’asphyxie à la suite de l’effondrement du Rana Plaza survenu en avril 2013

© Taslima Akhter

Date de mise en ligne : 14/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1551.0032