Cinéma
- Par Gilles Fumey
Pages 56 à 57
Citer cet article
- FUMEY, Gilles,
- Fumey, Gilles.
https://doi.org/10.3917/geo.1548.0056
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1 La vague des films verts s’amplifie. Pour comprendre la transition écologique dans laquelle le monde s’engage, rien ne vaut des travaux d’artistes, êtres libres et souvent visionnaires. La région Île-de-France offre pour 2013 pas moins de cent vingt-trois moyens et longs métrages, et vingt-deux webdocumentaires venus de trente-quatre pays. En amont de la révision de la politique agricole commune à Bruxelles, le festival zoome sur l’agriculture et croise les regards sur la Grèce, l’Italie et la Turquie, pays méditerranéens en plein bouleversement. Attention : l’environnement n’exclut pas les conditions de travail, de vie pour les enfants en plus des approches « classiques » sur le développement durable. Jusqu’au 22 mars 2013, les vingt-deux webdocus sont accessibles sur la plate-forme web du festival dont huit présentés pour la première fois en compétition officielle. Le vote va donc se faire par Internet.
2 La soirée d’ouverture offre un film déroutant, terrible tant il remet en cause les pratiques agricoles des dernières décennies. Voici le compte-rendu que j’en faisais à l’issue du festival de Locarno où il a été présenté sur la Piazza en finale :
3 Locarno, Piazza Grande le 8 août 2012. La nuit est tombée sur la ville et 8 000 spectateurs vont enfin avoir des réponses sur la mort des abeilles. Markus Imhoof (Der Berg, Das Boot ist Voll) veut savoir pourquoi de la moitié à 90% de ces insectes, selon les régions, ont disparu dans le monde. Une épidémie troublante, puisque rien qu’aux États-Unis, plus d’un million et demi de colonies d’abeilles ne sont jamais revenues à la ruche après avoir pollinisé les plantes. On appelle cette hécatombe le « syndrome de Marie-Céleste » du nom d’un navire dont l’équipage en 1872 n’est jamais revenu.
4 Problème : 80% des espèces végétales sont fécondées par les abeilles. Nos fruits, nos légumes, au total, les trois quarts de nos cultures dépendent du travail d’Apis mellifera. Les responsables ? Les virus ? Les pesticides ? Les parasites comme le varoa ? Les voyages imposés par un homme âpre au gain sur des milliers de kilomètres ? Les émissions électromagnétiques perturbant les nanoparticules de magnétite dans l’abdomen des abeilles ?
5 Ce crépuscule des abeilles, Imhoof va tenter de le comprendre aux États-Unis sur lesquels pèse la suspicion d’un productivisme agricole destructeur. Mais aussi en Chine où les abeilles ont été décimées par une campagne d’éradication des moineaux qui a amené la vermine et contraint à l’usage des pesticides. Certains vergers doivent être pollinisés aujourd’hui… à la main. Pour Markus Imhoof, les abeilles sont aujourd’hui soumises à un véritable bras de fer de la part de l’économie libérale. Elles ne sont pas plus respectées que les ouvriers dans les Temps modernes de Chaplin.
6 Mais Imhoof vit dans l’aire culturelle allemande où l’agriculture biologique est la plus développée du monde. Il garde l’espoir que rien n’est perdu. C’est pourquoi il introduit dans son film une abeille tueuse, d’origine africaine, immigrée comme une clandestine en Amérique et qui semble très résistante. Une fable géopolitique contemporaine qui fait écho à la Fable des abeilles (1705) de Bernard Mandeville et son éloge de l’égoïsme et nous pique au vif. Pour en savoir plus : www.geographica.net (à l’article du film)
7 En compétition officielle, on retrouvera Trashed de Candida Brady, vu à Cannes en 2012, sur les dommages engendrés sur la chaîne alimentaire par la pollution de l’air, de la terre et de la mer par les déchets humains. Dans La Part du Feu, Emmanuel Roy revient sur le cancer de son père mort de l’amiante. Les festivaliers verront le magnifique Léviathan de Véréna Paravel et Lucien Castaign-Taylor qui a enflammé les écrans à Locarno (2012) en saisissant l’affrontement entre l’homme et la machine comme sur le baleinier Pequod de Melville. Notons Parabeton – Pier Luigi Nervi and Roman Concrete de Heinz Emigholz, une promenade émouvante dans les constructions de Pierre Luigi Nervi, un urbanisme moderne qui tire sa beauté de la Rome antique. Le festival nous emmène aussi en Asie du Sud-Est avec Wellang Trei du Coréen Tae-il Kim, narrant la vie quotidienne d’une famille de fermiers dans le Cambodge complexe et contrasté d’aujourd’hui. Et pour les nostalgiques de la géographie physique, on reverra Tectonics de Peter Bo-Rapmund, dont nous avons parlé dans le numéro de La Géographie (automne 2012).
8 Bien d’autres pépites attendent les passionnés de cinéma (entrées gratuites, dans la limite des places disponibles). Renseignements sur http://www.iledefrance.fr/festival-film-environnement/