Article de revue

Éditorial

Le paysage, notre culture commune

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Citer cet article


  • Fumey, G.
(2012). Le paysage, notre culture commune. La Géographie, 1546(3), 3-3. https://doi.org/10.3917/geo.1546.0003.

  • Fumey, Gilles.
« Le paysage, notre culture commune ». La Géographie, 2012/3 N° 1546, 2012. p.3-3. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2012-3-page-3?lang=fr.

  • FUMEY, Gilles,
2012. Le paysage, notre culture commune. La Géographie, 2012/3 N° 1546, p.3-3. DOI : 10.3917/geo.1546.0003. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2012-3-page-3?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1546.0003


1 Observons les touristes, les autres et nous, avec quelle frénésie nous tentons de mettre dans notre boîte numérique les chutes du Niagara, le mont Saint-Michel, la Cité interdite, le Machu Picchu, les dunes du Sahara et jusqu’à la moindre des petites plages ou le plus banal des bois dans les ors de l’automne. Aucun anthropologue n’explique facilement le sens de cette addiction à la photo tout terrain. Mais tout le monde s’accorde à reconnaître que certains lieux suscitent l’émotion et coupent le souffle, qu’un paysage « mérite le détour », qu’il peut être devenu une icône et qu’il faut sans doute le « protéger ». Cet été, la chambre de commerce de Monza et Brianza (Italie) a tenté de donner de la substance à cette valeur des paysages en calculant ce que « valent » la Tour Eiffel, le Colisée, la Sagrada Familia qui pointent au centre de nombreux clichés. Peu importent, au fond, ces milliards d’euros sur des monuments emblématiques qui « font paysage » s’ils n’étaient l’une des multiples manières de concevoir notre rapport au monde.

2 Étonnons-nous. Étonnons-nous devant un paravent japonais au paysage peint, à la fois objet esthétique et écran, qui invite à nommer l’invisible qu’il offre et dérobe en même temps. Étonnons-nous qu’un film américain ou russe ait fait du paysage non pas un décor mais un acteur à part entière du film. Étonnons-nous encore que nos parcs urbains ressemblent tant à ceux que la Chine a inventés il y a plus de mille ans.

3 Car le paysage n’a pas été nommé comme tel en Europe avant les Temps modernes. Après la Chine, l’Italie et les Pays-Bas ont dessiné les contours de ce qui allait être avec le paysage, un media entre l’homme et le monde. Grâce aux peintres, ces paysages se sont imposés comme une manière idéale de traduire nos représentations. L’école de géographie française en a fait des outils de travail pour les chercheurs. Un outil qui est utilisé aujourd’hui par les multiples gestionnaires de l’espace, tant dans les collectivités territoriales qu’à l’échelle mondiale de l’Unesco.

4 Dans l’abondante littérature sur les paysages (Les raisons du paysage, d’A. Berque, Paysages européens et mondialisation, Champ Vallon, Histoire du paysage français de J.-R. Pitte, etc.), on est étonné des ressources mises en œuvre par les sociétés pour utiliser les paysages à des fins économiques, environnementales, esthétiques, identitaires voire géopolitiques. Les institutions internationales comme le Conseil de l’Europe ou les Nations unies ont pris conscience de cette responsabilité en créant des instruments juridiques qui mettent au service des sociétés des outils de gestion directe des paysages. Va-t-on vers des normes communes à l’échelle planétaire, analogues à ce que la Déclaration universelle des droits de l’homme a initié ?

5 C’est possible. Et peut-être souhaitable. Pour peu que les paysages aident à créer cette culture partagée que l’humanité cherche dans sa quête d’absolu.


Date de mise en ligne : 16/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1546.0003