Compte rendu

Et pan sur le globe !

Pages 60 à 61

Citer cet article


  • Fumey, G.
(2012). Et pan sur le globe ! La Géographie, 1545(2), 60-61. https://doi.org/10.3917/geo.1545.0060.

  • Fumey, Gilles.
« Et pan sur le globe ! ». La Géographie, 2012/2 N° 1545, 2012. p.60-61. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2012-2-page-60?lang=fr.

  • FUMEY, Gilles,
2012. Et pan sur le globe ! La Géographie, 2012/2 N° 1545, p.60-61. DOI : 10.3917/geo.1545.0060. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2012-2-page-60?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1545.0060


Nouveau portrait de la France. La société des modes de vie, Jean Viard, L’Aube, 2011

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec titre "Nouveau portrait de la France" de Jean Viard. Illustration d'une ville avec des bâtiments et des personnes.

1 Qui n’aime pas les livres de Jean Viard ? Son regard distancié sur la France, les territoires, notamment le Midi, et surtout ses idées sur les vacances, le temps libre, les pay-sans ? Et pourtant, son entretien dans Libération (25 février 2012) titré « Il vous reste en gros 400 000 heures pour vivre » m’a chiffonné. Je déteste autant les chiffres qu’il les aime, comme ces 400 000 heures dont je n’arrive pas à me faire plus une idée que s’il s’agissait de 42 millions de minutes. Ma vie n’est pas faite de milliers d’heures, ni de ces minutes au cours desquelles meurent des enfants, tombent des personnes âgées ou se séparent des couples.

2 Jean Viard est un excellent sociologue qui s’est pris les doigts dans Excel. Sa jubilation est d’avoir calculé que ma grand-mère à moi a eu 100 000 heures pour « apprendre, aimer, militer, mourir ». Manque de chance. Décédée dans sa centième année, elle en a eu 175 000 de plus et pendant les 500 000 heures de travail qu’il lui a allouées, elle apprenait, aimait et militait… La société est-elle réellement « bâtie sur deux piliers, le monde du travail et le monde du temps libre » ? J’en doute.

3 Quand le sociologue devient géographe, cela donne : « On fait, en moyenne, 45 kilomètres par jour : 15 pour se rendre au travail, 15 pour les vacances et 15 autour de chez soi – pour aller au cinéma, faire du sport, rencontrer les amis ». Cette belle moyenne écrase les données concernant les personnes âgées, les malades, certains enfants et bobos des centres villes qui n’ont pas ce genre de vie « moyen ». 12 millions de Français auraient une « bi-résidence », et « ceux qui n’ont qu’un logement vivent à la campagne ». Et les millions de citadins qui n’ont pas de maison de vacances ? Écrire qu’on est « tous des urbains » parce qu’on regarde « tous la même télé », parce que les paysans vont « au supermarché comme tout le monde, est-ce convaincant ? (…) » Le grand point est : « Comment refaire du monde vert une seule question. L’homme est un être de nature et de culture ». Descola appréciera d’avoir tant travaillé pour des prunes.

4 Quand on lit le monde avec des chiffres, on prend des risques. Dans son livre, Jean Viard parle de « Paris à trois heures de la Méditerranée » (p. 11). Il faudrait se demander pour qui ? « L’exode rural est terminé » (id.). Mais pas pour les enfants qui naissent dans les campagnes qu’ils quittent dès le lycée. « La France bascule dorénavant vers le sud et les grands territoires urbains. (…) La densité de création des entreprises suit de très près la géographie des résidences secondaires » (p. 13). Si on parle de PME et de grandes entreprises, celles qui créent des emplois, le déficit est très important pour le sud. La France riche et industrielle est encore au nord et à l’est et le sera encore longtemps.

5 Les moyennes donnent des visions simplistes et fausses : « En 1900, pour la très grande majorité des citoyens, le travail et le sommeil occupaient 70% du temps de la vie, ils n’occupent plus, ensemble, en 2011, que 40% ». Le sociologue a-t-il fait si peu d’ethnologie pour savoir que dans les campagnes du XXe siècle, avant la mécanisation, le travail était fortement imbriqué avec ce qu’on appelle du loisir aujourd’hui, les sociabilités n’étaient pas les mêmes.


Date de mise en ligne : 23/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1545.0060