Article de revue

Le Musée imaginaire

Saisons

Pages 45 à 49

Citer cet article


(2012). Le Musée imaginaire Saisons. La Géographie, 1544(1), 45-49. https://doi.org/10.3917/geo.1544.0045.

« Le Musée imaginaire : Saisons ». La Géographie, 2012/1 N° 1544, 2012. p.45-49. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2012-1-page-45?lang=fr.

2012. Le Musée imaginaire Saisons. La Géographie, 2012/1 N° 1544, p.45-49. DOI : 10.3917/geo.1544.0045. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2012-1-page-45?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1544.0045


Description de l'image par IA : Logo bleu avec "MUM" et statue en terre cuite.

1 L’hiver s’en va, vive le printemps ! C’est ce qu’exprimait, et exprime encore, lorsqu’on ne l’a pas oublié, le carnaval, fête bruyante et désordonnée qui marque la fin du grand cycle hivernal et appelle le renouveau printanier. En tout cas, le bannissement du « bonhomme hiver », et sa disparition, est la raison d’être première du carnaval, qui correspond, une fois christianisé, au temps d’attente et de préparation à la plus grande fête du calendrier chrétien, Pâques. Ce « passage » puisque c’est sa signification en hébreux, rappelle qu’il s’agit donc de préparer un grand passage, de mort à vie, d’hiver à printemps, de tristesse à joie.

Description de l'image par IA : Ciel bleu avec nuages blancs et duvetés, paysage plat en dessous.

2 Oui mais… ce n’est pas si simple. Il ne suffit pas d’appeler de ses vœux quelque chose pour que cela advienne. D’où l’importance du rite, collectif, fait par tout le monde ou au contraire par quelque spécialiste, voire par une troupe de créatures parfois à peine humaines. Les masques et costumes de carnaval, qui souvent à présent ne subsistent plus qu’à l’état de relique dans les écoles primaires, pour les enfants, étaient un élément essentiel de ces fêtes. C’étaient de véritables intercesseurs. Mais nos sociétés, plus vraiment agraires depuis déjà bien des lustres, ne comprennent plus vraiment ces accoutrements et les relèguent dans une « enfance de l’humanité » qui fleur bon le positivisme d’antan, jamais trop loin pour juger, et condamner, ce qui semble des « traditions ancestrales » tout juste bonnes à ranger au magasin des accessoires folkloriques. Rites pour appeler la pluie, rites pour appeler le printemps, au fond, tout cela concourt au même but : faire coïncider les grands cycles cosmiques avec ceux du temps ordinaire des hommes pour procurer sécurité et prospérité à des populations toujours en danger de famine ou de désastre. Mais nous qui nous croyons si loin de ces désastres, regardons-y de plus près, et apprenons la modestie au regard de l’inventivité et de la vitalité de nos ancêtres face à l’adversité.

3 Les deux objets sélectionnés illustrent fort bien cet aspect de la vie : un costume fait pour invoquer la pluie, originaire d’Afrique du nord, et un costume de « fou » du carnaval germanique, deux personnages, deux créatures énigmatiques mais dotées de pouvoirs tels qu’ils puissent souder et intercéder pour les communautés qui les poussent en avant, face au monde et aux éléments.

4 Nous en profitons pour souhaiter la bienvenue au Musée International du carnaval et du Masque de Binche, en Belgique, qui a accepté de collaborer avec notre revue.

Narro

Description de l'image par IA : Masque traditionnel avec moustache, vêtu d'un habit blanc avec motifs circulaires, et coiffé d'une fourrure.

Narro

Europe, Allemagne, Bade-Wurtemberg, Donau, Fridingen
Musée International du carnaval et du masque de Binche, FA/2418

5 Le carnaval de Fridingen possède une tradition assez particulière: le Pflugumzug, le Cortège avec la Charrue lors duquel on imite les labours. Une centaine de Narren tirent sur la Corde des Fous attachée à une charrue. Le Pflugheber (celui qui tient la charrue) est accompagné par les Schneller qui font claquer leurs fouets et font avancer la foule des Narren. Le Sämann (Semeur) porte un sac sur l’épaule dans lequel se trouvent des semences dont il arrose les spectateurs. Les Hackweiber (Femmes à la houe) sont en réalité des hommes qui cachent leurs visages derrière un morceau d’étoffe de rideau, d’autres tirent la herse et le rouleau.

6 Très probablement, ce cortège devait jadis assurer une bonne récolte et est donc à classer dans les rites agraires. Cependant, aujourd’hui une autre signification a été donnée au cortège à la charrue: on sème de nouveaux Narren… La nuit qui précède le Mercredi des Cendres, un costume de Narr est enterré pour signaler la fin du carnaval. Sur le dos du costume se trouve la date de sa fabrication ainsi qu’un motif en relation directe avec le propriétaire qui n’est pas forcément identique au porteur. Autrefois, il s’agissait souvent des symboles des différentes corporations.

7 Ce masque a probablement été fabriqué dans les années 1930 et a été porté jusqu’au milieu du XXe siècle.

8 Notice: MUM

9 Le Musée du quai Branly propose jusqu’au 13 mai une exposition dossier sur la pluie. De nombreux objets, issus de cultures variées, y sont exposées pour nous faire découvrir les multiples façons dont les sociétés humaines ont essayé d’apprivoiser le temps atmosphérique, garant des récoltes et donc de la survie de tous. Nous avons choisi une poupée rituelle berbère pour illustrer notre rubrique…

10 Deux louches sécantes « tarenja » ligaturées à un pilon de bois forment le corps de la poupée. Elle est habillée comme une femme mariée : « izar » drapé sur une tunique à manches, un « mendil » rose sur la tête et des bijoux (deux paires de bracelets et de multiples colliers).

11 C’est une poupée de rites agraires pour demander la pluie. Elle est appelée « la fiancée de la pluie » Le pilon symbolise la pluie pénétrante. Les louches, cuilleron tourné vers le ciel, implorent la venue d’une eau précieuse. Parée des bijoux des femmes fécondes, « tarenja » est promenée à la tête d’un cortège de jeunes filles au moment où la pluie est souhaitée ; de maison en maison, on asperge « tarenja » d’eau et l’on donne quelques présents en nature qui seront partagés par les jeunes filles au cours d’une agape nocturne. Ce rite de pluie est commun au Maroc et à une grande partie du Sud Algérien. En berbère la pluie est « ageffur » et « tarenja » est la cuillère…

12 Notice : MQB

Poupée rituelle Berbère dédiée à la puie, début du XXe siècle.

Description de l'image par IA : Poupée rituelle Berbère, début XXe, bois, métal, tissu, perles, 80 x 110 x 15 cm.

Poupée rituelle Berbère dédiée à la puie, début du XXe siècle.

Sahara Nord Occidental. Bois, métal, tissu, perles, 80 x 110 x 15 cm ; hauteur : 91 cm N° inventaire: 71.1960.39.1.1
© musée du quai Branly, photo Claude Germain

Date de mise en ligne : 23/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1544.0045