De Grées ou de force ?
Pages 7 à 18
Citer cet article
- LÉVI-STRAUSS, Claude,
- Lévi-Strauss, Claude.
- Lévi-Strauss, C.
https://doi.org/10.4000/lhomme.170
Citer cet article
- Lévi-Strauss, C.
- Lévi-Strauss, Claude.
- LÉVI-STRAUSS, Claude,
https://doi.org/10.4000/lhomme.170
Notes
-
[1]
On dit aussi que le héros avait mis son pénis dans la main de la vieille au lieu de la nourriture qu’elle attendait. Dans une version de la légende grecque, Persée menace les Grées de son épée, aussi gratuitement semble-t-il, puisque, s’étant emparé de leur œil, elles sont déjà à sa merci (Palæphate, « De fabulosis narrationibus liber I », in Julii Hygini Fabularum liber…, Basilae, Ion. Hervagium, 1535 : § 32).
-
[2]
Jane Harrison, Prolegomena to the Study of Greek Religion, New York, Meridian Books, 1955 : 187.
-
[3]
Eschyle, Prométhée enchaîné, in Tragédies. Texte établi et traduit par P. Mazon. Paris, Les Belles Lettres, 1984 : 795.
-
[4]
Par exemple, les mythes kwakiutl dépeignent des femmes-oies aveugles qui arrachent à tâtons les racines dont elles se nourrissent. Boas traduit le nom indigène de ces racines par clover, mais donne pour leur nom scientifique Argentina occidentalis Rydb., autrement dit Potentilla anserina Howell, en français Anserine (du latin anser, oie) et, dans la langue populaire, Herbe aux oies, parce que, croyait-on, la plante pousse surtout dans les terrains fréquentés par les oies ou parce que les oies en seraient friandes.
-
[5]
Hésiode, Théogonie. Texte établi et traduit par P. Mazon. Paris, Les Belles Lettres, 1947 : 270-273.
-
[6]
Claude Lévi-Straus, L’Homme nu, Paris, Plon, 1971 : 352-359, 385-389, 397-400.
-
[7]
Henry Rink, Tales and Traditions of the Eskimo, Edinburgh-London, W. Blackwood and Sons, 1875 : 159.
-
[8]
Ovide, Les Métamorphoses, in Œuvres complètes, sous la dir. de M. Nisard. Paris, Dubochet & Cie, 1838, VII : 139-141. On notera que la double torsion caractéristique des transformations mythiques, sur laquelle j’ai souvent insisté, prend ici la forme d’un passage de la voix active à la voix pronominale. Ce n’est pas le lieu de rechercher si le phénomène peut être généralisé.
-
[9]
Valerius Flaccus, Les Argonautiques, Paris, Didot (« Collection des Auteurs latins »), 1857 : VII, 605-614.
-
[10]
Homère, L’Iliade. Texte établi et traduit par P. Mazon, Paris, Les Belles Lettres, 1946 : XIV, 320.
-
[11]
Homère, L’Odyssée. Texte établi et traduit par V. Bérard. Paris, Les Belles Lettres, 1947 : XII, 69-73.
-
[12]
Hésiode, Théogonie, op. cit. : 280, 992sq. ; Pindare, Pythiques, in The Odes. With an Introduction and an English Translation by Sir John Sandys. Cambridge, MA, Harvard University Press, 1957 : IV, XII.
-
[13]
Apollonius de Rhodes, The Argonautica. With an English translation by R.C. Seaton. Cambridge, MA, Harvard University Press, 1961 : IV, 1091, 1513-1518.
-
[14]
Diodore de Sicile, Histoire universelle. Traduite en français par M. l’abbé Terrasson, Amsterdam, Changuion, 1780 : IV, xi.
-
[15]
Hérodote, Histoires. Texte établi et traduit par P.-E. Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 1945, IV : 179.
-
[16]
Apollonius de Rhodes, The Argonautica, op. cit., IV : 552-556.
-
[17]
L’épisode du lac Triton, auquel Apollonius et Hérodote donnent une grande importance, mériterait un examen attentif. Ce lac marécageux interdit la navigation à moins qu’on y découvre un chenal. Un mythe américain de même provenance que ceux des vieilles aveugles traite le motif, mais fait d’un marais, qui empêche la navigation parce qu’il monte et descend sans cesse, des symplégades, dirait-on volontiers, en clé d’eau. Pour que les pirogues puissent le traverser et gagner les eaux libres, il faudra que des héros transformateurs le stabilisent puis tracent (ou révèlent, à la façon du dieu Triton de Libye) un chenal navigable au milieu (Lévi-Strauss, L’Homme nu, op. cit. : 388).
-
[18]
Diodore de Sicile, Histoire universelle, op. cit, IV : vi. Les mots grecs pour « pomme » et « troupeau de brebis » sont homophones.
-
[19]
J’ose à peine suggérer qu’en faisant les Grées filles de Phorkys et de sa sœur Kètô, deux divinités de la mer, les mythes pourraient reconnaître implicitement l’affinité marine des Grées avec les symplégades. Car le lien des autres enfants de Phorkys et Kètô avec la mer devrait aussi s’expliquer.
-
[20]
Franz Boas, Indianische Sagen von der Nord-Pacifischen Küste Amerikas, Berlin, Asher & Co., 1895 : 352.
-
[21]
Claude Lévi-Strauss, « Hérodote en mer de Chine », in Poikilia. Études offertes à Jean-Pierre Vernant. Paris, École des hautes études en sciences sociales, 1987 : 31-32.
-
[22]
Georges Dumézil, Heur et malheur du guerrier, Paris, PUF, 1969 : 136-138 (repris de Horace et les Curiaces, 1942).
-
[23]
C. Lévi-Strauss, Histoire de Lynx, Paris, Plon, 1991 : 317-318.
-
[24]
C. Lévi-Strauss, Le Cru et le cuit, Paris, Plon, 1964 : 243-245 ; Du miel aux cendres, Paris, Plon 1966 : 63. Ce renvoi au code astronomique m’offre l’occasion de souligner que si, pour mettre en rapport vieilles aveugles et symplégades, j’ai surtout pris pour grille de lecture un code qu’on pourrait appeler pétrographique (roches mortes et roches vives), rien n’exclut le recours éventuel à d’autres codes. On a, non sans quelque raison, discrédité des théories qui voyaient dans les Grées, les Nymphes, les Gorgones des nuages sombres ou clairs personnifiés : code météorologique, donc. Je dois à la vérité de signaler qu’en Amérique, deux personnages féminins qui, sous plusieurs rapports, transforment les vieilles aveugles, se changent après leur mort sur un bûcher, l’un en nuage noir de l’hiver, l’autre en nuage blanc de l’été (C. Lévi-Strauss, L’Homme nu, op. cit. : 359, 367, 379, 428, 445-446).
Résumé
Si l’on consent à traiter certains épisodes des légendes de Persée et de Jason comme des variantes, on constate que les Grées dans l’une, les symplégades dans l’autre occupent la même place et remplissent la même fonction. Or une famille de mythes amérindiens fournit la preuve directe d’une homologie entre les symplégades et une paire de vieilles aveugles en tous points comparables aux Grées. Cette rencontre inexpliquée, que l’analyse structurale au mise à jour, est offerte en exemple des difficultés provisoirement ou définitivement insolubles auxquelles la mythologie comparée continue de se heurter.
Mots-clés
- mythologie comparée
- Grèce
- Persée
- Jason
- symplégades
- Grées
Mots-clés éditeurs : Grèce, Grées, Jason, mythologie comparée, Persée, symplégades
Abstract
If certain episodes in the Perseus and Jason legends are treated as variants, we notice that the Graiai in the one case and the Symplegades in the other occupy the same place and function. A family of native American myths provides direct proof of a homology between the Symplegades and a pair of old women who, blind, can be fully compared to the Graiai. This unexplained homology, brought to light through a structural analysis, is used as an example of the temporarily or definitively unsolvable difficulties that still crop up in comparative mythology.
Keywords
- compared mythology
- Greece
- Perseus
- Jason
- clashing rocks
- Graiai
Mots-clés éditeurs : clashing rocks, compared mythology, Graiai, Greece, Jason, Perseus
Cet article est aussi disponible en version papier
Acheter ce numéro
19,00 €