Article de revue

La démocratie présentation du dossier

Pages 11 à 12

Citer cet article


  • Da Silva, B.
(2023). La démocratie présentation du dossier. L’Enseignement philosophique, 73e Année(1), 11-12. https://doi.org/10.3917/eph.731.0011.

  • Da Silva, Benoît.
« La démocratie présentation du dossier ». L’Enseignement philosophique, 2023/1 73e Année, 2023. p.11-12. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2023-1-page-11?lang=fr.

  • DA SILVA, Benoît,
2023. La démocratie présentation du dossier. L’Enseignement philosophique, 2023/1 73e Année, p.11-12. DOI : 10.3917/eph.731.0011. URL : https://shs.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2023-1-page-11?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/eph.731.0011


1 « Pédagogues » contre « Républicains », on se souvient de la querelle. Ouverte au milieu des années 80, elle avait ensuite, pendant plusieurs décennies, animé le débat public au sujet de l’école.

2 On sait aussi, la chose a été fréquemment soulignée, que les ténors du camp républicain étaient souvent professeurs de philosophie. De façon générale, un certain êthos dans la profession pouvait disposer les collègues à se montrer sensibles aux arguments de ce camp : la vocation nécessairement laïque de notre enseignement ; sa dimension civique, au sens plein du terme ; son lien essentiel avec le projet d’une école qui instruit et qui, selon le modèle condorcétien, fonde l’égalité des individus sur l’acquisition des savoirs. Les raisons ne manquaient pas pour se dire « républicain » – et nul n’était besoin, comme le firent certains, de soupçonner les professeurs de philosophie d’être indifférents à la question des médiations pédagogiques nécessaires à la transmissions des savoirs.

3 Aujourd’hui, c’est heureux, cette querelle est largement derrière nous.

4 Reste que les termes dans lesquels le débat avait alors été posé n’ont pas manqué de susciter des incompréhensions, de justifier par là aussi des postures.

5 De cela, il reste encore des traces assez vives.

6 On se souvient ainsi du fameux article de Régis Debray : « Êtes-vous démocrate ou républicain ? ». Le titre n’était pas de l’auteur (celui-ci, dans le corps de l’article, affirmait clairement : « Opposer la république à la démocratie, c’est la tuer ») : c’est la rédaction du Nouvel Observateur qui avait mis en exergue cette distinction. Or, depuis, elle a fait florès. Aujourd’hui encore, elle est souvent reprise par les journalistes lorsqu’il s’agit pour eux de faire état de certains débats au sujet de l’école. Partant, un soupçon a fini par se faire jour, et on peut craindre qu’il persiste dans certains esprits. Défendre l’école dans sa dimension républicaine n’irait-il pas toujours de pair avec un désintérêt vis-à-vis de la question de la démocratisation de l’enseignement ? Promouvoir l’idée républicaine, dans la dimension nécessairement anhistorique qui est la sienne, ne conduirait-il pas à adopter une position de surplomb, impropre à juger des crises qui agitent la vie démocratique ?

7 Le présent dossier, nous l’espérons, permettra de lever ces doutes.

8 Un premier groupe d’articles s’inscrit dans le champ de la philosophie politique. Les articles de Ludmilla Lorrain et de Charles Boyer examinent ainsi les causes des crises et des dysfonctionnements qui affectent aujourd’hui nos démocraties représentatives. Tous deux interrogent le lien entre la démocratie et l’élection.

9 Le premier restitue la genèse de nos démocraties modernes, retrace les métamorphoses de la référence à la démocratie et montre comment les régimes électifs, longtemps perçus comme aristocratiques et édifiés de manière à contrer la participation effective du peuple à l’exercice du pouvoir, ont fini pourtant par s’imposer.

10 Le second présente les différents enjeux de la crise actuelle des mécanismes de représentation, ainsi que les formes à travers lesquelles elle s’exprime : le populisme et la « démocratie sauvage ». Il propose enfin des éléments pour évaluer les « dispositifs innovants » que les promoteurs de la démocratie participative présentent comme des remèdes face à la défiance accrue des citoyens vis-à-vis de de l’élite au pouvoir.

11 L’article de Christophe Béal prolonge ces réflexions en examinant le rôle essentiel qu’il conviendrait selon lui d’accorder aux processus de délibération publique en démocratie. Il montre ainsi en quoi, pour peu que l’on reconnaisse que la démocratie ne peut s’apprendre que par la pratique de la démocratie, l’apprentissage de la délibération doit être tenu pour l’un des enjeux décisifs d’une authentique éducation démocratique. Traitant ainsi conjointement de la question de la délibération démocratique en général et de l’acquisition, dans le cadre scolaire, des vertus éthiques et épistémiques qu’elle suppose, cette contribution introduit également au second groupe d’articles portant sur le lien entre l’éducation et la démocratie.

12 Comment expliquer que, malgré la démocratisation de l’accès aux études longues, les inégalités de réussite à l’école perdurent et que l’origine sociale des élèves détermine encore largement leur destin scolaire ? L’article de Michel Delattre instruit la question. Il nous propose ainsi une mise en perspective historique et un rappel des principaux éléments du débat sociologique sur l’école. Il invite enfin à considérer la nécessité d’ajustements pédagogiques, afin de relever le défi d’une véritable démocratisation de l’école.

13 Enfin, c’est en philosophe de l’éducation que Nicolas Piqué aborde la question du lien entre le régime démocratique et l’action éducative. Dans le sillage de Tocqueville et d’Arendt, il montre en quoi cette relation, devenue théoriquement problématique dans le contexte de l’avènement de l’individu moderne, a pu justifier l’imposition d’un paradigme éducatif centré exclusivement sur l’élève et l’auto-déploiement de sa spontanéité propre. Il estime cependant que s’il est nécessaire de dépasser l’opposition, analysée par Marcel Gauchet, entre la « logique de l’enseigner » et la « logique de l’apprendre » et de faire ainsi droit à l’activité de l’élève, l’éducation ne saurait pourtant faire l’économie d’un processus de liaison avec une totalité transcendante : le monde, l’ordre symbolique dans lequel les élèves sont appelés à vivre.


Date de mise en ligne : 04/05/2023

https://doi.org/10.3917/eph.731.0011